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Le colloque de Dijon

Ce colloque, brillamment organisé les 07, 08 et 09 mars 2002 par la mission de l’éducation artistique et de l’action culturelle du ministère de l’éducation nationale, réunissait près de 500 personnes d’horizons diversifiés qui partagent tous la conviction que la formation artistique et musicale des élèves doit pleinement participer de la formation générale des élèves. Quarante trois ateliers réunis autour de six thèmes génériques (Regards sur l’éducation musicale, La voix, Les formations, les partenariats, Technologies et enseignement, Les musiques d’aujourd’hui) proposaient un contenu riche et diversifié qui permettait de parcourir toutes les problématiques et témoignages qui font aujourd’hui l’actualité de la discipline. 

Outre l’intervention intégrale de Vincent Maestracci, inspecteur général de l’éducation nationale, vous trouverez plus loin le descriptif de chacun des ateliers et quelques éléments de contenus.

Les ateliers du colloque.

Regards

Depuis quasiment deux siècles que l’éducation musicale est entrée dans le champ des préoccupations des responsables successifs du système éducatif national, une réflexion épistémologique, didactique, pédagogique s’est peu à peu construite pour aujourd’hui permettre à notre discipline de prendre toute sa place dans la mise en œuvre de la politique éducative. Les « Regards sur l’éducation musicale », coups de projecteur sur quelques réalités incontournables et emblématiques de ce qu’est l’enseignement de la musique aujourd’hui en témoigneront.

Il s’agit d’abord de son inscription dans le champ de la formation générale obligatoire de la maternelle à la troisième de collège. Puis du choix offert à l’élève, en rentrant au lycée et fort d’une formation générale artistique menée jusqu’en 3e, de poursuivre sa formation musicale jusqu’au niveau du baccalauréat. Quatre voies lui sont alors offertes : option facultative toutes séries, enseignement de spécialité de série L, filière technologique TMD (F11) et, cursus discret mais remarquable et efficace, brevet de technicien « Métiers de la musique ». 

Cet ensemble, de la maternelle au baccalauréat, est assis sur des programmes d’enseignement, instructions officielles nationales. En moins de dix années, la plupart de ces textes ont été modernisés, précisés et développés, donnant à la discipline une cohérence verticale précieuse à sa juste perception par la société, sinon à son identité. Après le collège il y a quelques années, le lycée profite actuellement de la mise en place de nouveaux programmes et l’école à son tour se voit dotée de nouvelles instructions particulièrement attendues. 

Trois ateliers témoigneront séparément de ces avancées. Il m’est est alors indispensable de noter ici le parallélisme des évolutions. 

En effet, à chaque niveau, l’éducation musicale vise clairement à développer les compétences des élèves, certaines spécifiques au champ musical, d’autres rencontrant volontiers des objectifs transversaux. Pour cela, il s’agit de multiplier les occasions de rencontres actives, interactives, en un mot concrètes avec le sonore. Les programmes parlent ainsi de pratiques musicales, qu’elles soient vocales, d’écoute, instrumentales, créatives ou de projet, soulignant à chaque fois la nécessité absolue de mettre l’élève et la classe en action devant le fait musical. C’est de cette approche que découlera l’acquisition de connaissances culturelles et techniques, toujours limitées aux objectifs des programmes et aux possibilités des élèves. 

Les nouveaux programmes de lycées qui concernent la musique parmi les six disciplines enseignées à ce niveau précisent assez clairement cette articulation : 

(Les enseignements artistiques se structurent) autour de trois composantes, pratique, culturelle, technique et méthodologique (…). La première composante, pratique, serait celle du faire. La deuxième composante, culturelle, celle de "savoirs savants". Elles sont l'une et l'autre essentielles (…). La troisième composante, technique et méthodologique, intervient pour aider à la pleine mise en œuvre des précédentes lorsque le besoin se fait sentir : c'est la composante des savoir-faire.

L’un des « Regards » précisera à cette lumière les objectifs que peut aujourd’hui poursuivre l’éducation musicale concernant la connaissance des langages musicaux. Des musiques tonales aux mondes électroacoustiques, des métissages de toutes natures aux musiques nées de l’électronique populaire, des musiques d’hier à celles d’aujourd’hui bien entendu, l’essentiel n’est-il pas de développer chez chaque enfant, outre la curiosité culturelle qui lui permettra d’embrasser plus tard ces vastes mondes, les compétences auditives et les références sensibles qui lui permettront d’en prendre l’exacte mesure pour ensuite venir sans cesse s’y ressourcer et y trouver du plaisir ? 

L’atelier qui abordera cette question s’enrichira certainement de la réflexion menée par ailleurs sur les pratiques instrumentales. Celles-ci, composantes des programmes obligatoires de l’école au lycée, ont vu leur nature se modifier profondément. Ne visant ni la maîtrise autonome d’un instrument de musique ni l’apprentissage d’un langage musical, elles tendent aujourd’hui à mettre aux services de l’éducation musicale des moyens d’expression toujours plus divers et que le professeur choisira toujours en fonction du projet musical qu’il poursuit avec ses élèves. De la flûte à bec au synthétiseur en passant de plus en plus par la diversité des percussions, les ressources mobilisées doivent toujours répondre à un objectif artistique dont la mise en œuvre suppose ces ressources là ! C’est à cette condition que des compétences particulières pourront être renforcées et développées. 

A tous les niveaux d’enseignement, et comme l’ensemble des disciplines participant de la formation générale et commune, l’éducation musicale est fortement concernée par la mise en œuvre des dispositifs transversaux obligatoires et facultatifs. A la dynamique du collège unique ont répondu des questions toujours plus insistantes des élèves d’abord, de toute la société ensuite, sur le sens des enseignements dispensés. Même si chaque discipline doit sans cesse travailler sa propre réponse, il est vite apparu que le croisement des champs de connaissance était de nature à redonner force et cohérence aux contenus enseignés. Si l’école, forte de la polyvalence du maître qui la spécifie, trouve plus aisément des réponses à ce défi –et l’accueil favorable réservé par les maîtres aux classes à PAC en témoigne-, tout le second degré est maintenant mobilisé par cette question. Parcours diversifiés et travaux croisés ont permis d’expérimenter nombre de rencontres entre disciplines pour maintenant laisser place aux itinéraires de découverte, cette fois obligatoires pour tous les élèves de 5e et 4e comme le sont les TPE en 1er . 

Depuis le milieu des années 90, l’éducation musicale s’est fortement engagée, à l’initiative de professeurs toujours plus nombreux, dans des projets de cette nature. Aujourd’hui, les compétences spécifiques et transversales développées par la discipline et qui la justifient, les croisements et enrichissements permanents des activités, le travail par thématiques ou problématiques ouvertes sur d’autres champs de la connaissance et qui organisent le cheminement didactique, tout cela permet à l’éducation musicale de devenir une force de proposition importante pour investir ces nouveaux dispositifs. Même si, à n’en pas douter, ce potentiel apparaîtra en filigrane dans nombre d’atelier, plusieurs d’entre eux feront un point systématique sur cette question.

Voix

Si ces quelques « regards sur l’éducation musicale » dressent déjà l’identité de la discipline, ceux sur « la voix » souligneront encore davantage la convergence des évolutions durant ces dernières années. En effet, depuis les programmes de collège au milieu des années 90 jusqu’à la publication toute récente des nouveaux programmes de l’école tout concourt à ce que les pratiques vocales occupent dorénavant et à chaque niveau une place privilégiée. Voici ce qu’en disent les programmes de sixième : 

« La maîtrise progressive des possibilités sonores et expressives de la voix contribue de manière fondamentale au développement personnel de l’élève : c’est un enjeu majeur du cours d’éducation musicale où elle occupe une place privilégiée. » 

Car la voix est objectif et moyen : s’il s’agit de permettre à chaque élève de développer et contrôler de mieux en mieux ses capacités vocales, de lui apprendre à en faire usage dans des contextes diversifiés, c’est aussi l’instrument privilégié des pratiques musicales collectives, des chorales et de toutes leurs vertus , d’une rencontre toujours renouvelée avec des répertoires divers, de cheminement très précis dans une œuvre travaillée en classe ou d’expérimentation du matériau sonore visant la création musicale. La voix, c’est aussi la langue nationale, les langues étrangères, et à ce titre les pratiques vocales peuvent d’une façon originale contribuer à la maîtrise des langages, enjeu majeur des nouveaux programmes de l’école et au delà... 

Cette forte évolution devrait à n’en pas douter contribuer encore à renforcer la dynamique des chorales d’école, de collège et de lycée. En effet, leur développement est étroitement dépendant du travail de fond mené au sein des enseignements obligatoires qui, outre les objectifs rappelés plus haut, construisent patiemment la motivation des élèves à se lancer dans l’aventure exigeante d’une participation à la chorale de l’établissement. Les concerts prévus ce soir et demain qui sollicitent fortement les élèves et professeurs de l’académie de Dijon en témoigneront certainement brillamment. 

Plusieurs ateliers rendront compte de ces réalités. Physiologie de la voix, direction de chœur, méthodologie d’apprentissage d’un chant, échange de répertoires appropriés à chaque niveau d’enseignement, voix chantée comme moyen original contribuant à la maîtrise de la langue, improvisation, jeu ou création, de nombreux témoignages justifieront que l’éducation musicale aujourd’hui s’engage résolument dans cette voie riche et diverse qui, si elle semble renouer avec des préoccupations anciennes, s’enrichit considérablement d’un siècle d’histoire de la pédagogie.

Formation

Ces grandes tendances de l’éducation musicale aujourd’hui supposent que nous réfléchissions d’une façon nouvelle à la formation des jeunes professeurs à tous les niveaux du système scolaire. Si cette question, au moment ou une proportion considérable d’enseignant va partir en retraite, dépasse largement notre discipline, ses déclinaisons spécifiques valent que l’on s’y arrête. 

Dans le second degré, le souci maintenant permanent de remédier à l’étanchéité des cheminements disciplinaires dessine en creux l’originalité et la chance du premier degré. La polyvalence du maître y reste un gage précieux de la cohérence et du sens des enseignements dispensés. Mais celle-ci ne peut se concevoir exclusivement dans la maîtrise des tenants et aboutissants de toutes les disciplines, certaines d’entre elles supposant des savoir-faire techniques que l’on ne peut raisonnablement exiger de tous. 

Pour l’éducation musicale comme pour le maître, la polyvalence doit consister, d’une part à identifier ce qui peut et doit être du ressort de ses propres compétences, d’autre part à définir les besoins complémentaires qui permettront d’aboutir certains aspects de l’éducation musicale. C’est dans tous les cas sa responsabilité pleine et entière sur le projet de formation de la classe, quelles que soient les ressources à mobiliser pour le mettre en œuvre. 

Alors, échange de services, artistes associés ou interventions extérieures, je ne crois pas que la question centrale soit là. En terme de formation, l’urgence est davantage de travailler selon trois axes : le premier est de préciser la nature et la qualité de la formation indispensable pour que tous les maîtres mettent en œuvre et assument l’entière responsabilité d’une éducation musicale de qualité ; le second consiste à réfléchir et investir ces nouvelles dominantes en formation initiale à l’IUFM, évitant alors de laisser en jachère des compétences acquises antérieurement ; le troisième est de développer le vivier d’intervenants extérieurs diplômés … et de former une part importante de ceux qui interviennent déjà sans formation spécifique ; les CFMI y contribuent avec qualité et exigence depuis près de 20 ans. 

Sur ce long chemin visant à développer la compétence de tous les acteurs de l’éducation musicale, ne négligeons pas la formation continue sous des formes originales -car spécifiques- inscrivant dans la durée un parcours de formation. Les chartes départementales de développement des pratiques vocales et chorales, en mettant en synergie plusieurs vecteurs de formation et d’impulsion du chant choral dans le cadre scolaire, seront désormais les instruments appropriés de cet objectif. 

Concernant le second degré, les difficultés rencontrées sont d’une autre nature. Notons tout d’abord qu’en moins de trente ans, CAPES 72, agrégation 74, un effort considérable de recrutement et de formation a permis de combler une déficit quantitatif et qualitatif très important et qu’aujourd’hui la compétence des professeurs d’éducation musicale et de chant choral est volontiers plébiscitée par les chefs d’établissement. 

La formation de professeurs spécialistes peut a priori paraître plus aisée car circonscrite clairement dans ses ambitions. Mais les difficultés croissantes des missions d’enseignement dans l’école de masse supposent une proximité appropriée et renforcée entre connaissances scientifiques et techniques pédagogiques. La formation qui conduit un jeune collègue à exercer pleinement ses missions de professeur est un long parcours jalonné de moments particuliers ou déterminants. Evidemment, le concours de recrutement en est un. Mais il doit être mis en regard de ceux qui le précèdent et le suivent , le concours n’étant qu’un moment fort qui valide la formation reçue au préalable et évalue le potentiel qui reste à former. Les nouvelles épreuves des concours qui se mettent en place cette année comme la poursuite de la formation au delà de l’année de stage pratique s’inscrivent dans ces préoccupations. Concernant les nouveaux concours, je me réjouis qu’après un nécessaire travail d’explication, chacun contribue cette année à ce que chaque candidat donne sa pleine mesure face à ces épreuves modernisées. 

Dans ce grand chapitre sur les formations, restait à faire un point aussi précis que possible sur les formations universitaires dispensées aujourd’hui. Si, pour une proportion significative d’étudiants, ces études débouchent sur le professorat de l’enseignement du second degré, pour d’autres, il s’agit d’investir une pléiade de métiers qui, de la recherche musicologique à la gestion culturelle, sont plus que jamais indispensables à la vie artistique de notre société. Un regard particulier sera porté sur la recherche en ethnomusicologie qui, en ces temps de métissages artistiques, sinon de mondialisation culturelle rampante, est de nature à éclairer tous ceux qui, patiemment, transmettent l’identité de notre culture en l’enrichissant de celle des autres.

Partenariats

La diversité des participants à ce colloque en témoigne : le partenariat éducatif est aujourd’hui une réalité qui ne cesse de se développer. Elle est cependant hétérogène et ce colloque nous donne l’occasion d’éclairer et mutualiser ce paysage. 

Il y a d’abord ce que j’appellerai les « enseignements partenariaux », CHAM et filière technologique TMD. Ils sont un des fers de lance d’une collaboration ancienne entre ministère de la culture et ministère de l’éducation nationale. Ils sont aujourd’hui à la croisée des attentes de l’éducation nationale, de nos partenaires… et des familles. Comment concilier enseignement de masse et pôles d’excellence, comment accompagner une formation musicale technique de haut niveau inscrite dans une formation générale ouverte, comment contribuer à ce que ces classes rayonnent largement au delà des élèves qu’elles concernent au quotidien, comment attirer vers elles des élèves qui, traditionnellement, s’en éloignent ? 

Autant de questions complexes qu’il faut aborder avec modestie. Le travail soutenu et de qualité mené avec nos partenaires du MCC permet aujourd’hui d’envisager à brève échéance la modernisation de ces dispositifs avec, pour les CHAM, une souplesse accrue dans les objectifs et les moyens qui devra s’accompagner systématiquement d’une étroite concertation entre les équipes, pour la filière technologique TMD, après une modernisation des épreuves terminales actuelles, une nouvelle définition des contenus collant davantage à ce que le couple technologie et musique peut laisser imaginer dans le paysage professionnel et contemporain de la musique. 

Il y a ensuite la préoccupation éducative croissante des institutions culturelles. Ce partenariat là est par nature protéiforme et aujourd’hui en pleine expansion. Plusieurs ateliers en témoigneront. 

Si un nombre croissant d’institutions culturelles développent des actions remarquables élaborées en étroite collaboration avec les enseignants, ces derniers sont aussi de plus en plus nombreux à prendre l’initiative d’une recherche d’un apport extérieur indispensable à la réussite d’un projet. Deux faits en témoignent : dans toutes les académies, l’appel à projet des classes à PAC a recueilli un écho favorable permettant de réaliser, en nombre et largement, l’objectif quantitatif fixé. 

Dans le secondaire, s’appuyant sur les associations académiques et la Fédération Nationale des Chorales Scolaires, chaque année davantage, des projets chorals sont montés en étroits partenariats avec des musiciens professionnels et des scènes parfois aussi prestigieuses que cet auditorium de Dijon ! 

Dans les deux cas, maîtres et professeurs sont à l’initiative de ces partenariats qui sont la condition indispensable à la réussite de leurs projets. 

Finalement, entre offre et demande, il s’agit de partager un idéal d’éducation artistique auquel chacun apportera sa part. Je souhaite vivement que ce colloque contribue encore un peu plus à atteindre cet objectif. 

Entre enseignement de la musique obligatoire jusqu’en 3e, et projets de toutes natures qui ont pour eux une visibilité souvent immédiate et parfois exigée par les textes, il nous faut sans cesse éviter les confusions. L’éducation musicale de l’individu se joue sur le long terme -et tout le monde en est certainement ici convaincu. Dans ce long parcours, les aventures exceptionnelles sont comme des coups de projecteurs éblouissant jetés sur une paysage en plein devenir. Spectacle ou concert choral dans une salle prestigieuse, projet mené avec un artiste, un orchestre, un opéra, création musicale originale, que sais-je… résonnent d’autant plus fortement qu’ils s’appuient sur ce cheminement au long cours qu’est l’éducation musicale dans la formation générale. Un des ateliers s’attachera à préciser au travers de différents témoignages les richesses de cette relation.

Technologies

Le développement des technologies plus ou moins spécifiques au champ musical est aujourd’hui un fait majeur de notre paysage. Qu’il soit une réalité pour l’éducation musicale est une impérieuse nécessité. Souvenons-nous en effet qu’il fallu attendre 1937 et surtout 1947 pour qu’enfin les programmes de l’éducation musicale dans le secondaire évoquent les bénéfices que l’enseignant pouvait tirer de l’usage d’appareils de reproduction du son… Gardons nous de la même inertie ! Aujourd’hui, les programmes de collège et de lycée insistent sur la nécessité d’investir ces techniques au service des objectifs fondamentaux de l’éducation musicale. C’est qu’il ne s’agit pas de transformer chaque élève en expert de l’informatique musicale, ce n’est pas notre objet, mais bien davantage d’optimiser les pédagogies existantes sinon d‘en développer de nouvelles toujours au service des objectifs majeurs de l’éducation musicale. 

Plusieurs ateliers permettront d’aborder les différentes facettes de ces technologies. Il y a tout d’abord ce qui est communément appelé TICE et qui renvoie à toutes les vertus du réseau Internet permettant enfin de communiquer, mutualiser, débattre, échanger et se documenter sur tout ce qui touche à la discipline. L’espace multimédia témoignera de cette ouverture nouvelle qui sort enfin les professeurs d’un isolement disciplinaire au sein des établissements. 

Il y a ensuite le développement des ressources multimédia, certaines produites dans le cadre du dispositif spécifique de la direction de la technologie ou par les CRDP, d’autres, initiatives privées et commerciales, étant labellisées par le ministère. Il y a enfin la multitude d’outils logiciels aisément accessibles qui allient de plus en plus puissance et ergonomie mais, force est de le constater, posent encore bien des problèmes pour une mise en œuvre par les élèves. 

Je me permets alors d’attirer votre attention sur la diffusion prochaine d’un nouvel outil logiciel réalisé par une équipe de professeurs d’éducation musicale en partenariat avec l’IRCAM. C’est en effet la première fois qu’un produit logiciel de ce niveau technique intègre dès sa conception toutes les contraintes liées à son utilisation dans le cadre scolaire. Permettant aisément d’expérimenter des notions musicales à différents niveaux de complexité, il bascule facilement en outil de création qui certainement fera la joie des élèves ! Il sera libre de droit et librement diffusable pour tous les besoins de l’éducation musicale. Sa prochaine mise en ligne sur le site éducation musicale du serveur Educnet devrait enfin contribuer à lever l’objection précédente. 

Concernant les usages en classe de ces technologies, deux perspectives doivent aujourd’hui être développées. La première, très urgente, consiste à ce que le professeur, comme il dispose déjà d’appareils d’écoute et d’un piano, puisse associer à ces outils une station d’informatique musicale. Les bénéfices qu’il en tirera sont considérables et l’un des ateliers en présentera quelques-uns des plus évidents. 

La seconde met à disposition de l’élève cet instrument de manipulation du sonore lui permettant alors d’expérimenter la musique selon des contraintes fixées par le professeur. Il s’agit alors, par une approche expérimentale de phénomènes éventuellement complexes, de construire une intimité active avec le matériau musical qui, parfois donnera lieu à la création de petites pièces originales. Cette perspective nouvelle qui permet enfin de disposer d’un outil particulièrement riche pour développer la création musicale à l’École justifie que plusieurs ateliers en fassent état. Ils apporteront plusieurs témoignages de réalisation et permettront aux participants de découvrir à leur tour quelques-unes des possibilités offertes. 

Je n’oublie pas une technologie, certes éprouvée aujourd’hui, mais dont les potentiels éducatifs sont toujours d’une très grande actualité. L’enregistrement et tout ce qu’il permet dès l’école maternelle, sujet qui sera traité par un des ateliers.

Musiques d’aujourd’hui

Dernier thème fédérateur qui organise une part significative des ateliers du colloque, « les musiques d’aujourd’hui ». Comme me le suggérait récemment un collègue, s’agit-il de réfléchir aux musiques d’aujourd’hui pour l’éducation musicale ou à la musique aujourd’hui pour les élèves ? Evoquant il y a un instant les nouvelles technologies, nous avons souligné le nombre et la qualité d’outils maintenant disponibles pour manipuler le sonore. Et nous savons la place que la musique enregistrée occupe dans le quotidien de l’élève hypermusicalisé… L’éducation musicale doit alors se positionner dans ce paysage complexe et diversifié de la consommation musicale moderne. Mais pour autant, il ne s’agit en aucun cas de viser d’autres objectifs que ceux qui la justifient : développer des compétences d’interprète, voire de compositeur, d’auditeur et multiplier les références sur la diversité des expressions musicales d’hier et d’aujourd’hui. 

Les programmes d’enseignement précisent exactement ces exigences. La diversité des répertoires écoutés ou interprétés est une impérieuse nécessité et doit trouver sa cohérence, d’une part dans les notions identifiées et permanentes, d’autre part dans les compétences transférables sur tous supports esthétiques qu’elle permet de développer, enfin dans l’élaboration progressive d’un ensemble de références qui donne à l’élève des points de repère dans l’espace et le temps de la musique. 

De la chanson étudiée, apprise et interprétée en classe jusqu’aux expériences, sinon créations, électroacoustiques, l’éducation musicale prend à bras le corps les expressions musicales contemporaines et ceci d’autant plus, qu’elles offrent souvent des opportunités nouvelles pour amener l’élève à être lui-même créateur. 

Là encore, plusieurs ateliers témoigneront de ces pratiques et réflexions. De la chanson à la musique techno, des musiques savantes contemporaines aux musiques extra-européennes, des concerts lecture sur les œuvres contemporaines du programme du baccalauréat aux politiques éducatives des festivals spécialisés, nous profiterons d’un large tour d’horizon des perspectives passionnantes qui, ici encore, s’ouvrent pour le devenir de l’éducation musicale. 

Je vous souhaite à tous un excellent colloque."