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En archives - Le socle de 2006

Dès 2006, la loi d'orientation pour l'avenir de l'école fait obligation à l'État de « garantir à chaque élève  les moyens nécessaires à l'acquisition d'un socle commun constitué d'un ensemble de connaissances et de compétences qu'il est indispensable de maîtriser pour accomplir avec succès sa scolarité, poursuivre sa formation, construire son avenir personnel et professionnel et réussir sa vie en société »

Le socle commun de connaissances et de compétences et l’éducation musicale

Éditorial du site national - 24 juin 2006 - révision du 29 octobre 2006

La loi d'orientation pour l'avenir de l'école fait obligation à l'État de « garantir à chaque élève les moyens nécessaires à l'acquisition d'un socle commun constitué d'un ensemble de connaissances et de compétences qu'il est indispensable de maîtriser pour accomplir avec succès sa scolarité, poursuivre sa formation, construire son avenir personnel et professionnel et réussir sa vie en société ». Là où son article 9 organisait ce socle en 5 ensembles, le décret pris en application de la loi, après avis du haut conseil de l'éducation, en détermine 7 : la maîtrise de la langue française, la pratique d'une langue vivante étrangère, les principaux éléments de mathématiques et la culture scientifique et technologique, la maîtrise des techniques usuelles de l'information et de la communication, la culture humaniste, les compétences sociales et civiques, l'autonomie et l'initiative. Si certains d'entre eux font directement référence à des champs disciplinaires des programmes de l'école et du collège (français, mathématiques), la plupart engagent chaque champ disciplinaire à s'approprier ces objectifs de formation et à y apporter sa propre contribution. Cette exigence est d'emblée rappelée en introduction du décret :

Le socle commun s'acquiert progressivement de l'école maternelle à la fin de la scolarité obligatoire. Chaque compétence qui le constitue requiert la contribution de plusieurs disciplines et, réciproquement, une discipline contribue à l'acquisition de plusieurs compétences.
À l'école et au collège, tous les enseignements et toutes les disciplines ont un rôle à jouer dans l'acquisition du socle. Dans ce cadre, les pratiques scolaires artistiques, culturelles et sportives y contribuent pleinement.


Pour illustrer cette évidence, qui est aussi un défi pour chaque pédagogue, arrêtons nous, sur quelques éléments constitutifs du socle commun et regardons-les à la lumière de l'éducation musicale.

Maîtrise de la langue française : qu'il s'agisse de « mémorisation » ou de la « récitation » des textes littéraires, de l'acquisition d'un «  vocabulaire juste et précis pour désigner des objets réels, des sensations, des émotions, des opérations de l'esprit, des abstractions », de « lire à haute voix, de façon expressive, un texte en prose ou en vers », de « dire de mémoire des textes patrimoniaux » ou encore de développer « un goût pour les sonorités, les jeux de sens, la puissance émotive de la langue », l'éducation musicale n'est pas dépourvue d'atouts pour apporter une part originale à ces objectifs de formation. Le travail sur les textes à interpréter, de celui des chansons à ceux des jeux vocaux, celui sur la perception qui suppose d'acquérir progressivement un vocabulaire adapté et maîtrisé, nombre de situations alimentent les objectifs visés par l'acquisition du socle en ce domaine.

La pratique d'une langue vivante étrangère : si, pour les besoins de la réalisation d'un projet d'interprétation, l'éducation musicale peut amener la rencontre d'un langue étrangère, l'essentiel de sa contribution repose ici encore sur le développement de l'acuité auditive qu'elle ne cesse de rechercher. «Connaître les formes sonores permettant de comprendre et de produire des messages corrects et significatifs dans le contexte de la vie courante ». Il s'agit bien de développer une sensibilité auditive permettant de percevoir puis de mobiliser les inflexions sonores qui font une partie du message porté par la langue.

Les principaux éléments de mathématiques et la culture scientifique et technologique : lorsque les mathématiques « développent la pensée logique et les capacités d'abstraction », on se remémore les étroites relations entretenus depuis des siècles entre spéculations scientifiques et création musicale. À l'époque contemporaine, on sait que nombre de compositeurs profitent d'une formation scientifique de haut niveau lorsque la musique est une pratique répandue chez de nombreux scientifiques. Aujourd'hui, les relations entre sciences et création musicale se cristallisent volontiers dans des centres de recherche et création associant les spéculations mathématiques aux recherches expressives sur le sonore. C'est que la musique est l'art de l'abstraction : en construire une perception pertinente suppose de s'abstraire des moments éphémères qui la constituent pour conceptualiser un projet musical global. C'est bien ce que les pratiques musicales, qu'elles visent à produire ou percevoir la musique visent à apporter à chaque élève.

Maîtrise des techniques usuelles de l'information et de la communication : la pertinence pédagogique des technologies de l'informatique musicale est maintenant avérée. L'est tout autant le développement de pratiques musicales personnelles appuyées sur ces technologies de l'écoute plus ou moins instrumentées. De l'usage réfléchi de ces nouveaux médias aux délicates questions du droit d'auteur, l'éducation musicale a une contribution originale et évidente à apporter à cette dimension du socle commun.

La culture humaniste : « continuité et rupture », « identité et altérité », « sensibilité », « jugement » et « goût », « perception du réel », « ouverture d'esprit », « émotions esthétiques », etc. Mais aussi « repères », « périodes de l'histoire », « faits culturels et artistiques », les défis sont considérables et aucune discipline d'enseignement ne peut rester à l'écart. Pour l'éducation musicale à l'école, au collège et même au lycée, ces objectifs sont l'évidence. Ils forment le cour du projet pédagogique mené avec les élèves visant à articuler l'émergence d'une identité unique et cultivée à celle d'une communauté de valeurs dépassant l'individu.

Les compétences sociales et civiques : il s'agit de « favoriser une participation efficace et constructive à la vie sociale et professionnelle et d'exercer sa liberté en pleine conscience des droits d'autrui ». Notons en regard que, d'une activité d'écoute menée en classe à la chorale d'un établissement, l'éducation musicale suppose une approche collective des objets d'étude ou des projets artistique à réaliser. « Responsabilité individuelle », « respect dû à la diversité des choix de chacun », « évaluation de la subjectivité ou de la partialité » de son propre discours sont des attitudes indispensables à tout projet d'éducation musicale.

Autonomie et initiative : s'agissant de « capacité à s'impliquer », de « curiosité et créativité »ou de « motivation et détermination dans la réalisation d'objectifs », l'expression artistique multiplie les occasions d'approfondir ces compétences et attitudes. En effet, les situations d'exploration, de recherche, d'improvisation ou de création, déjà nombreuses, se développent encore grâce à l'arrivée massive des TICCE dans les établissements scolaires. Si les objets sur lesquels s'appuie la pédagogie y contribuent par nature, les outils maintenant disponibles pour les étudier induisent volontiers des pédagogies singulières solidement adossées au développement de l'autonomie et l'initiative des élèves.

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Le socle commun de connaissances et compétences devient dorénavant un repère partagé par la communauté éducative dans son ensemble. Si nous devons veiller à y articuler les programmes des disciplines - les travaux en ce sens débuteront sans plus tarder, chaque projet pédagogique doit aussi intégrer ses exigences afin de garantir sa maîtrise à chaque élève. La loi nous oblige, elle oblige l'éducation musicale et les arts plastiques, disciplines de formation générale obligatoires pour tous les élèves, a approfondir leur réflexion, formaliser la spécificité de leur apport, contribuer ainsi avec efficacité et originalité à relever le défi de l'École aujourd'hui.

NB : les textes entre guillemets citent le décret n° 2006-830 du 11-7-2006 publié au journal officiel le 12-7-2006

  

Vincent Maestracci
Inspecteur général de l'éducation nationale
Doyen du groupe des enseignements artistiques de l’inspection générale
110, rue de Grenelle 75357 Paris 07 SP