Éducation aux médias et à l'information

TraAM EMI 2014-2015, synthèse et analyse

Synthèse du premier TraAM sur l'éducation aux médias et à l'information accompagnée d'une analyse et augmentée d'éléments puisés dans les TraAM documentation et physique-chimie.

Un groupe TraAM réduit mais très engagé

5 académies ont été retenues pour ce premier TraAM EMI :

  • Bordeaux (référente : Anne Jothy, CARDIE),
  • Créteil (référente : Élodie Gautier, Clemi),
  • Dijon (référent : Johann Jambu, IAN),
  • Nantes (référente : Isabelle Le Seven, chargée de mission DANE),
  • Versailles

Particularités

L'EMI s'inscrit fortement dans les réflexions et préoccupations des 5 académies retenues et 2 d'entre elles sont dotées d'un dispositif lourd autour des médias : Créteil avec les « classes à PEM » pilotées par la déléguée académique du Clemi et bien ancrées dans le paysage académique ; Versailles, avec la mise en place d'un parcours collège / lycée « adopte un / ton média » annoncé lors de l'appel à projet.

Le petit nombre des académies retenues (initialement fixé à 4) a eu une incidence : le TraAM EMI 2015-2016 est en cours, on veillera à identifier plus clairement les axes forts et à travailler la continuité collège/lycée comme ce fut le cas dans le cadre des travaux produits sur l'identité numérique en sixième, cinquième, seconde, terminale par Dijon et Bordeaux.

Focus sur l'axe spécifique dijonnais

Dijon a augmenté le dispositif TraAM d'un second niveau, copiloté par la Dane (voir focus) : une réflexion sur les représentations de l'EMI entre les IAN de l'académie (cf. « Les bonnes pratiques disciplinaires en EMI »).

Objectif : travailler sur le repérage des pratiques disciplinaires liées à l'EMI.

Les IAN de l'académie de Dijon ont « travaillé à une impulsion descendante de l'EMI par une analyse de leurs pratiques disciplinaires ». Même si l'EMI est par essence transversale, le parti a été pris par les IAN de structurer la publication finale par disciplines.

Une interdisciplinarité qui n'induit pas la transversalité

La répartition est équitable et homogène entre collèges, lycées et LP. Sans surprise mais significatif de leur intérêt pour ce sujet, on note une concentration de professeurs documentalistes chez les référents. La déléguée académique du Clemi est professeur d'histoire géographie.

Au sein des équipes académiques, les disciplines représentées sont variées et il n'existe pas de dominante lettres ou sciences ; sont représentés les professeurs de lettres, d'histoire-géographie-ECJS, de SVT, d'anglais, d'informatique, de technologie, d'arts appliqués, d'éducation musicale ainsi qu'un CPE.

La pluridisciplinarité des équipes (élément requis dans le cahier des charges) ainsi que la réflexion engagée autour de l'EMI dans toutes les équipes ont permis d'éviter l'écueil de scénarios exclusivement centrés autour de la presse.

L'interaction entre les équipes a fonctionné, cependant les éléments suivants doivent être indiqués.

L'axe spécifique de Dijon (réflexion des IAN autour de l'EMI) montre que la représentation de l'EMI dans les disciplines pose problème ; la synthèse du groupe de travail de la Dane souligne une méconnaissance des enjeux de l'éducation aux médias et à l'information, la non verbalisation des compétences avec les élèves (d'où le scénario « Guider les 6e dans leur "EMIsphère" informationnelle, médiatique et numérique »), une posture de consommateur plutôt que d'acteur ; il y a donc des besoins indispensables d'explication, d'appropriation, de compréhension de l'EMI par chaque discipline avant de pouvoir réinvestir en pluridisciplinarité.

Cette difficulté à appréhender la transversalité est relevée également dans le rapport du CSEM « Les compétences en éducation aux médias. Un enjeu éducatif majeur » (Cf. HabiloMédias). Et le dossier 100 de l'IFE de mars 2015 (« Éduquer au delà des frontières disciplinaires ») pourrait constituer un bon document de référence pour réfléchir à ce sujet avec les équipes.

Globalement les groupes ont travaillé dans une dimension inter disciplinaire (travail sur les représentations communes d'une même notion, sans création d'une réelle culture commune) et les projets locaux proposés ont relevé de problématiques liées à l'EMI mais sans mise en perspective transversale.

De leur côté, les professeurs documentalistes, souvent identifiés en établissement comme experts légitimes, ont eux aussi éprouvé des difficultés à sortir des partenariats habituels des enseignements info-documentaires et à mettre en place des équipes réellement transversales. Cette posture d'expert du professeur documentaliste ne saurait être exclusive, sous peine de constituer un frein à la dimension transversale souhaitée. Mais comment fédérer autour de l'EMI, la question reste encore posée à l'issue de ce TraAM.

La mise en œuvre du socle commun de compétences, de connaissances et de culture à travers les programmes sera sans doute un facteur facilitateur de la compréhension de l'EMI, mais quid de la transversalité ? Les dispositifs comme les enseignements d'exploration, les TPE ou les EPI pourraient-ils constituer un levier, comme il est suggéré (pour les TPE) dans l'article de Delamotte, Liquète, Frau-Meigs (p.13) « La translittératie ou la convergence de l'information : supports, contextes et modalités » ?

Le scénario (Dijon) identifié autour des enseignements d'exploration va dans ce sens ; le référent dijonnais relève que les partenariats développés l'ont été le plus souvent avec des équipes dont les programmes disciplinaires les incitaient à travailler dans une « logique » EMI ou dans des dispositifs ; dans les TraAM Physique Chimie, les TPE sont cités comme un outil favorisant la pédagogie de projet et le travail collaboratif.

Cette problématique de la transversalité s'est aussi traduite concrètement autour de la question des espaces de publication des travaux. Il s'agit d'un TraAM EMI et non d'un TraAM documentation. La question d'un espace EMI sur les sites académiques est posée.
Bordeaux a publié sur le site des documentalistes.

La référente de l'académie de Créteil étant déléguée Clemi, la publication s'est effectuée logiquement sur le site du Clemi en attendant sa publication sur la plateforme du Pôle numérique de Créteil.

Versailles a envisagé une double publication sur le site dédié éducation aux médias (EAM) de l'académie et le site des documentalistes, avant d'abandonner le dispositif TraAM.

Double publication également pour Dijon, sur le site de la DAN et celui des documentalistes.

Nantes a tranché en faveur du site de la DANE.

Les scénarios ont été publiés sur l'Edu'Base documentation.

La DANE, élément clé ?

Dernier élément permettant de caractériser le groupe, le nombre important de partenaires institutionnels. Il s'explique par les fonctions occupées par les référents dans le réseau Canopé (Bordeaux), au Clemi (Bordeaux, Dijon pour l'axe spécifique uniquement), à la DANE (Dijon, Nantes), à la CARDIE (Bordeaux).

L'engagement des DAN / de la DANE peut très certainement avoir un réel impact sur le développement de l'EMI en établissement et dans l'académie en général, comme le montre le dispositif dijonnais.

Un besoin d'outils et d'espaces sécurisés mais ouverts pour communiquer, collaborer, diffuser, stocker

Pour la plupart, les outils utilisés en ligne sont essentiellement collaboratifs : prise de notes, publication, cartes heuristiques, etc.
Les professeurs dijonnais se sont penchés sur l'influence des outils nouveaux comme GuidiGO (réalisation de visites virtuelle ou Evernote etc.) sur l'intérêt des élèves. Afin d'établir une comparaison, ils se sont répartis en deux groupes ; deux projets ont volontairement fait l'impasse sur la découverte de nouveaux outils pour se concentrer sur l'acquisition de savoirs liés au numérique, ne retenant que des outils traditionnellement utilisés dans le cadre des TraAM.

Cette posture, également plébiscité dans le cadre du TraAM Physique Chimie, a donné de bons résultats : elle permet aux élèves, alors détachés de l'utilisation d'un outil, de se concentrer sur les compétences : identité numérique, technique du monde numérique. Dans l'autre groupe, les professeurs ont constaté une réelle appétence des élèves pour la nouveauté. En contrepartie, la réflexion sur la scénarisation pédagogique, notamment en ce qui concerne la publication, nécessite d'être davantage travaillée en amont afin de dépasser cet aspect découverte de l'outil et pouvoir aller vers l'acquisition de compétences EMI.

L'utilisation de l'ENT

On constate une utilisation de l'ENT dans le cadre des activités proposées (Partager des expériences à l'étranger grâce à l'ENT). Il faut sans doute y voir une conséquence des pratiques menées dans le cadre de l'EMI, notamment avec la mise des élèves en situation de production, de publication et de diffusion ainsi que la nécessité de publier dans un environnement sans publicité, respectant les droits afférents aux données des élèves.

Dans ce sens, les outils comme Calaméo, qui pourtant motivent grandement les élèves et sont faciles d'utilisation, conviennent moins, ce qui est dommage compte tenu de l'intérêt dans ce type de projet d'une intégration poussée avec les réseaux sociaux et d'une ouverture hors les murs de l'ENT. L'usage de l'ENT pour stocker et comme espace de discussion est également recommandé par les TraAM Physique Chimie.

Par ailleurs l'ENT a joué un rôle dans l'apprentissage de la gestion du temps de travail par les élèves, avec des phases en et hors établissement.

Une ouverture sur l'extérieur indispensable

Le besoin d'espaces de stockage institutionnel plus ouverts que l'ENT (comme Médiacad, la médiathèque académique de stockage de Bordeaux) doublé d'une plateforme collaborative (plateforme wikiradio utilisée par Créteil pour la webradio ou Blogpeda, hébergement académique bordelais de blogs) se fait donc bien sentir, à condition que le matériel et les connexions soient fiables.

La webradio, couteau suisse des apprentissages

La production de contenu médiatique et informationnel par les élèves est apparue comme essentielle, leur offrant l'occasion de se plonger dans l'apprentissage par la découverte et la pratique, de découvrir les spécificités des médias et d'exprimer leurs idées. Dans ce cadre, une partie importante de cette production a été réalisée autour des webradios (webradio et usage d'internet), outil favorisant l'inter disciplinarité.

L'usage de la webradio tout comme l'écriture collaborative inscrivent l'élève dans une dimension collective où chacun a un rôle à jouer, créant ainsi des conditions favorables aux apprentissages et au vivre ensemble. Permettre de s'exprimer sur des sujets variés facilite la communication orale et écrite des élèves, renforce leur motivation. La webradio modifie positivement la vie de l'établissement, instaurant un climat de confiance, changeant les relations au sein de la communauté éducative, y compris entre élèves. L'information créée et diffusée est également suivie par les parents.

L'EIM (équipement individuel mobile), source de créativité, d'autonomie, de collaboration

Deux académies (Bordeaux et Dijon) ont travaillé avec des tablettes dans le cadre d'une classe ; l'évaluation formative des élèves a montré une forte implication des élèves lors des sorties culturelles ainsi que dans le cadre de reportages réalisés avec cet équipement. La créativité des élèves est sollicitée ; l'impact de l'écriture collaborative sur la formation de la personne et du citoyen a été relevé : développement de l'autonomie, de l'esprit d'initiative et du sens de la collaboration.

Bordeaux a pu s'appuyer sur les ordinateurs portables des élèves fournis par le Conseil Général des Landes dans le cadre du dispositif "Un collégien, un ordinateur portable".

Analyse détaillée des travaux menés

Rappel du thème 2014-2015 :

« Avec le numérique, construire un parcours et contribuer à une appropriation de l'information pour un usage responsable et citoyen ».
La construction de projets doit permettre d'engager l'élève sur les questions des identités numériques, celles de choix de technologies, de plateformes ou services, sur les modalités de diffusion et de production de l'information et sur l'engagement citoyen. Cette formation de l'élève comporte ces trois dimensions :

  1. savoir accéder à l'information, la traiter, l'évaluer ; savoir produire de l'information et la diffuser ;
  2. comprendre le monde de l'information en particulier l'organisation des médias, incluant les questions d'architecture de l'information ainsi que les questions d'éthique qui les sous-tendent ;
  3. comprendre les principes fondamentaux (algorithmique, langage) de l'informatique et du numérique.

Préciser et guider : un nécessité

En précisant le thème en 3 axes, l'appel à projet a, semble-t-il, induit significativement les projets menés, si l'on se réfère aux intitulés des scénarios.

On est ici beaucoup plus sur les « savoirs faire » et « savoir être » (savoir s'informer en SVT, utiliser l'ENT pour produire, produire de l'information avec des tablettes, développer l'esprit citoyen) que sur « un média pour apprendre à » (dessin de presse pour informer ou provoquer ?).

La nécessité de guider et de préciser les concepts, compétences etc. a été relevée à tous les niveaux : entre l'experte EMI et les référents TraAM, entre les référents et leurs équipes pluri disciplinaires, entre les équipes et les élèves.

Typologie des scénarios

L'axe 1 a permis de faire émerger une webradio fédératrice (bien présente dans l'axe 2 aussi), outil de développement de compétences transversales et d'engagement citoyen responsable.

L'axe 2 arrive en (courte) tête du nombre de scénarios produits, devant l'axe 1 et avec une nette dominante identité numérique (Maîtriser son identité numérique, Identité numérique en classe de 5e, Identité numérique en classe de 6e ), un sujet abondamment traité dans le cadre des TraAM documentation cette année. L'utilisation du jeu sérieux Ex Machina (Bordeaux, Maîtriser son identité numérique en 2de) a permis d'aborder cette thématique de manière ludique et interactive. L'aspect citoyen (y compris la formation à la juridiction de la publication en ligne) a été traité au travers d'un projet webradio mené avec un CPE et dont l'impact a été assez significatif sur la vie scolaire pour perdurer tout au long de l'année, entrainant dans son sillage d'autres petits projets citoyens.

Un seul scénario (un peu de technique pour comprendre), assorti d'une réflexion à formaliser l'an prochain entre le IAN de l'académie de Dijon et celui de l'académie de Nantes pour l'axe 3. Significatif de la difficulté à s'emparer de ce sujet ?

Les référents ont bien identifié les compétences concernant le Socle et le B2i en servant des textes officiels et la richesse des scénarios a permis de couvrir la quasi totalité des domaines et compétences qui ne seront donc pas énumérés ici.

Par contre, lors des travaux du TraAM (septembre 2014), en l'absence de référentiel officiel concernant l'EMI au moment de la conception des projets, les référents ont « pioché » un peu partout, se servant du socle comme référence EMI, ou comme Bordeaux, du projet de programmes pour le cycle 4, ou encore comme Nantes du rapport éducation aux médias de l'inspection générale.

Il pourrait être intéressant, lors de l'édition 2015-2016, de se servir de la matrice élaborée par les professeurs documentalistes de l'académie de Toulouse dans le cadre du TraAM documentation, ou encore du document élaboré par la DNE A2, identifiant les compétences EMI en croisant B2i et nouveau socle.

Comment individualiser le parcours d'un élève, comment construire un parcours sans environnement, sans curriculum, sans référentiel partagé est un problème clairement identifié.

Pour tenter de répondre à cette question, Dijon a transformé un cycle de formation 6e « initiation à la recherche documentaire » axé sur les étapes de la recherche documentaire, en une progression didactique et pédagogique transdisciplinaire (documentation, technologie, histoire-géographie, éducation civique et SVT) de 31h de cours, basée sur l'EMI, pour permettre de développer les cultures informationnelle, médiatique et numérique des élèves.

Conclusion

L'EMI est un sujet ressenti comme complexe, y compris pour ceux qui travaillent autour de l'éducation aux médias depuis de nombreuses années. Le TraAM EMI, en impulsant des réflexions autour de l'éducation aux médias et à l'information dans les établissements a contribué à élargir les représentations de l'EMI ; celle-ci n'est alors plus appréhendée uniquement au travers du média « presse ».

Tout en confirmant les hypothèses du groupe de travail ministériel EMI, ce premier TraAM EMI a suscité de nombreuses interrogations. Certaines restent pour le moment sans réponse, faute de recul suffisant. Mais il a permis aussi d'identifier des freins, des outils phare, des besoins forts. Certains de ces besoins sont contradictoires, comme la nécessité d'utiliser des espaces à la fois sécurisés et ouverts sur l'extérieur. D'autres, comme l'extension de l'exception pédagogique pour travailler sur les œuvres en toute légalité, sont nécessaires.

Mis à jour le 14 janvier 2016
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