Sciences en langues étrangères

Transcription - Discours Jean-Michel Blanquer - Sciences en langues étrangères 2012

Discours d'ouverture de Jean Michel Blanquer, directeur général de l'enseignement scolaire

"Actualité de la politique éducative"

Bonjour à toutes et à tous,

Je suis particulièrement heureux pouvoir m'adresser à vous sur un sujet qui me paraît particulièrement important, notamment parce qu'il est en pointe sur des questions qui sont parmi les plus cruciales de notre système éducatif, mais en réalité, de tout système éducatif.

C'est pourquoi, je suis heureux de saluer d'ailleurs en premier lieu, les représentants étrangers qui sont présents ici aujourd'hui et qui vont contribuer à la qualité de cette réunion, en confrontant les différentes expériences venues du monde entier et les confronter avec les premières expériences françaises, que nous avons en la matière.
Cette confrontation d'expériences, parait naturelle pour tout sujet pédagogique et elle est encore plus pour un sujet pédagogique comme celui-ci puisque la question des langues est au cœur de ce que nous occupe aujourd'hui.

Mais l'un des intérêts de ce que vous allez traiter aujourd'hui, c'est ce que il met en relation deux sujets qui sont cruciaux pour nous tous, pas seulement pour la France, mais pratiquement pour tous les pays du monde.

D'abord la grande question de la culture scientifique dans notre pays.
D'abord la question de la culture scientifique générale, qui est toujours insuffisante, et dans un monde qui a besoin de croire à la notion du progrès, qui a besoin d'avoir une approche rationnelle du réel, et qui a besoin aussi d'éviter le cœur d'irrationnel. Cette culture générale scientifique doit aussi s'accompagner, pour un nombre important de nos élèves, d'une véritable vocation scientifique. On doit avoir envie de pratiquer les sciences. On doit comprendre que ca fait partie de la vie. On doit comprendre que les sciences ne se découpent pas seulement en disciplines, mais qu'elles représentent quelque chose de global, une approche concrète du monde ; et ceci on doit le saisir le plutôt possible dans l'enfance, c'est-à-dire dès l'école primaire, et ensuite tout au long des études y compris bien sûr, au cours des études supérieures, d'où l'importance des premières démarches que nous avons actuellement, pour développer cette approche vivante et efficace des sciences.

La France, comme la plupart des pays du monde, a un problème de ce côté-là puisque nous avons trop peu de vocations scientifiques. Trop peu de filles par exemple, se destinent à des métiers scientifiques, alors qu'elles ont des bons résultats en sciences à l'école. Ce problème là, nous partageons avec d'autres pays, et c'est donc à l'échelle internationale que nous pouvons contribuer à le résoudre par toute une série d'approches. Une des approches, c'est de faire de deux problèmes une solution. Ce qui est déjà, une approche scientifique d'ailleurs, c'est-à-dire, de considérer un autre sujet pour notre système, qui est celui des langues. La France, là aussi peut mieux faire, pour dire les choses avec l'euphémisme.

Nos élèves ont pu progresser ces dernières années, notamment à l'école primaire en matière des connaissances de la langue de l'autre mais cela reste insuffisant nous avons des pistes de progrès qui sont d'ailleurs souvent explicitées dans un rapport récent d'une commission présidée par Mme Halimi, qui nous a donné des nombreuses idées pour l'enseignement des langues en France, notamment les pratiques orales.

Donc, cette nécessité de progresser dans l'enseignement des langues, peut tout à fait se combiner avec la nécessité de progresser en matière scientifique et la combinaison de deux et bien ca donne notre sujet, c'est-à-dire, apprendre les sciences dans une langue autre que la sienne et avec toutes les vertus que l'on peut attendre. Une vertu dans le domaine scientifique, c'est évident, une vertu dans le domaine linguistique, c'est aussi assez évident, mais à la croisée de deux quelque chose d'encore plus important, est que l'on pourrait appeler un progrès épistémologique ou un progrès de la conscience scientifique.

Je veux vous dire par là, que derrière la langue il y a une vision du monde. Lorsqu'on en parle le français et bien on développe une vision du monde particulière. Cette vision du monde évidemment doit être ouverte et elle est d'autant plus ouverte si on connait d'autres langues.

C'est Georges Steiner qui dit, que quand on entre dans une langue on entre dans un autre monde. Et d'une certaine façon, il n'y a pas de meilleure façon de voyager que d'apprendre une langue. Et bien cette capacité à entrer dans une façon de voir différente, grâce à la langue, c'est exactement ce qu'on doit réussir sur le plan cognitif en sciences. Il y a quelque chose évidemment comparable en ca.

Si on prend le cas de la France, nous avons une très grande tradition déductive, c'est qu'on appelle parfois la tradition cartésienne. Cette tradition déductive, a évidement été un facteur d'excellence à bien des égards. Nous avons encore des grands scientifiques en France et évidement, une excellence de la recherche qui est réelle, nous avons par exemple en mathématiques de quoi être assez fier de ce qui se passe. Néanmoins, cette force de la tradition déductive, que nous ne devons en aucun cas perdre, s'accompagne d'une certaine faiblesse de ce qu'on pourrait appeler, de notre tradition inductive.

On sait très bien par exemple, que des pays comme l'Angleterre ou les Etats-Unis ont en revanche des qualités symétriques, et que notamment la traduction inductive y est très forte et donc la démarche expérimentale est très bien ancrée ; on ne peut pas ne pas faire une relation entre la structure de la langue et cette approche scientifique. Il est évident que pour tout scientifique, non seulement il faut connaître l'anglais, aujourd'hui, comme langue de communication, et de communication scientifique, en particulier, mais aussi connaître une autre langue, l'anglais en occurrence, mais toutes les langues sont utiles à ce titre. C'est entrer dans une autre façon de voir, c'est aussi articuler dans son esprit, différentes manières de voir qui sont elles-mêmes des vecteurs de richesse intellectuelle et des vecteurs de progrès tout simplement.

On a donc des vertus pour l'élève, qui sont indiscutables si nous progressons en matière des sciences en langues étrangères, il y a aussi des vertus collectives : j'ai cité la question du développement des vocations scientifiques qui sont évidemment un enjeu national pour tout pays mais aussi le développement d'un état d'esprit en général, l'état d'esprit de progrès dont j'ai parlé, l'état d'esprit de compréhension d'autrui mais aussi l'état de communication entre différentes cultures et entre ce qu'on pourrait appeler les humanités et les sciences. Autrement dit, une approche humaniste du monde, qui ne se pose pas aux sciences mais qu'au contraire intègre les sciences.

Donc, on voit bien, l'enjeu de ce dont vous avez discuté, est absolument considérable, on y retrouve ce qu'il y a le plus important dans ce que l'on peut souhaiter dans un système éducatif et donc je vous souhaite d'excellents travaux et je serai particulièrement attentif à ce que vous allez faire.

Merci beaucoup.

Mis à jour le 03 octobre 2012
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