Séminaire « Prévention de la violence et accompagnement des établissements »

Clôture des travaux

Daniel Bancel recteur de l'académie de Versailles

Je voudrais tout d'abord vous saluer, vous et votre implication dans l'ensemble des débats qui ont eu lieu tout au long de ce séminaire. Ces journées s'adressaient en effet à des personnes fortement impliquées dans les dispositifs de prévention de lutte contre la violence, à des personnes qui ont pu confronter leur réflexion à la réalité du terrain. Ceci explique sans aucun doute la qualité de vos travaux dont j'ai été régulièrement informé et à l'occasion le témoin comme lors de cette table ronde.

Nous pouvons ensemble souligner l'importance d'une manifestation comme celle-ci. Il s'agit d'une action de formation très particulière dont l'enjeu est fort puisqu'il s'agit de mutualiser les réflexions, de s'approprier les démarches, de former des relais, pour développer sur le terrain un potentiel efficient capable de contribuer à l'accompagnement des établissements confrontés à la violence.

Je remercie la direction de l'enseignement scolaire d'avoir associé les trois académies à une réflexion dont l'objet sera certainement dans les prochains mois, pour être réalistes dans les prochaines années, un des éléments constitutifs des dispositifs des outils à la disposition des établissements scolaires. En effet, les responsables que vous êtes, dans l'inspection, principaux, proviseurs, vont l'intégrer dans leurs pratiques et leur culture professionnelle.

Mon collègue le recteur Blanchet ouvrait ces journées en employant les mots humilité et modestie. Je veux les reprendre pour qu'ils guident notre connaissance sur les phénomènes de violence. La recherche elle-même, y compris quand elle mobilise des équipes nombreuses et des moyens importants, produit finalement peu de réponses directement transférables dans nos quotidiens. Nous sommes au début d'une période de réflexion et non au terme d'un temps achevé où on commencerait à voir se préciser un certain nombre d'éléments structurants. Ce qu'on croit savoir se fonde encore sur des approches très parcellaires et mérite d'être confronté à la réalité, approfondi et vérifié.

Je conserverai donc la même modestie pour évoquer la prévention et le traitement de la violence. Je serai attentif et vous recommande de l'être en permanence et d'éviter les effets d'annonce.

Il me semble qu'il n'y a pas d'uniformité dans les diverses expressions de la violence dans leurs localisations et dans leurs causes. Les affirmations relatives à leur maîtrise sont appréhendées avec prudence même si par exemple nous améliorons notre capacité d'anticipation. La violence et son recours à la force demeure un phénomène imprévisible. On peut se former à en reconnaître les prémices, on peut tendre à éviter les gestes ou les mots qui génèrent ces passages à l'acte. On ne peut cependant en prémunir totalement les élèves, les personnels et les usagers de l'école. Tout se construit ici avec patience et nuance sur le long et le moyen terme. J'incite chacun à évoquer l'ensemble des initiatives et à les placer dans le cadre à la fois réglementaire et fonctionnel qui progressivement se met en place.

Il s'agit, me semble-t-il, d'un ensemble dont la mise en place a demandé du temps, et qui a progressivement atteint dans nos académies une cohérence satisfaisante. Les effets d'annonce s'accommodent mal de la nuance. Ces annonces s'accompagnent invariablement d'effets d'image lesquels ont très certainement des effets sur le comportement.

L'académie de Versailles a payé cher pour pouvoir maintenant se méfier des effets d'annonce. La façon dont la presse a interprété, en janvier dernier, l'annonce, faite par le Comité national contre la violence, de progrès considérables dans la prévention de la lutte contre la violence partout dans l'hexagone, sauf dans la région parisienne, nous a imposé, pendant deux mois, matin et soir, jour et nuit, une véritable chasse de tout ce qui pouvait ressembler de près ou de loin à des phénomènes de violence dans l'académie.

Nous nous sommes aperçus que nous devions nous appuyer sur une mobilisation résolue. Nous savons nous mobiliser pour répondre aux besoins des lycées, des collèges, des écoles, confrontés à des tensions répétées ou à des violences avérées. Nous avons peut-être encore un trop grand délai de réponse, celle-ci ne s'appuie peut-être pas suffisamment sur les personnes en place.

La table ronde nous a montré que les solutions envisagées sont diversifiées dans les trois académies et liées à leur histoire et leur sociologie. Nos trois académies ont développé des dispositifs spécifiques qui confortent et rendent opérationnelles les dispositions de la circulaire du 23 août 2001. L'un de ses principaux mérites est d'avoir placé sous la signature de plusieurs ministres la confirmation de la pertinence d'un certain nombre de dispositifs d'action qui étaient déjà en œuvre dans nos académies. Le diagnostic de sécurité, l'aide directe aux équipes confrontées à la violence, le partenariat sur le terrain sont des aspects développés dans cette circulaire que nous mettons en place et qui ont été parfois initiés par nos académies.

En ce qui concerne l'académie de Versailles, la situation paraît caractérisée par un certain nombre d'acquis. Je pense que la vision globale de la prévention de la maternelle au lycée est pertinente. Par concentration de moyens, d'énergies, des choses importantes ont été faites dans un certain nombre de zones expérimentales.

Le travail en réseau s'était beaucoup développé à l'occasion de la mise en place des réseaux prioritaires. L'appui sur le partenariat est un élément important même si la situation est, comme dans la plupart des académies, contrastée avec des réussites évidentes et des échecs certains. Comme la plupart des académies nous avions beaucoup progressé en terme de suivi des élèves.

Avec cette tension que nous avons connue au printemps dernier, nous avons dégagé un certain nombre de priorités. D'abord, il convient d'améliorer la lisibilité de nos dispositifs car il n'est pas toujours évident pour un établissement de savoir où solliciter une aide. Ensuite, nous avons résolument décidé d'utiliser les bassins d'éducation pour accroître la cohérence de notre action. Les caractéristiques de l'académie de Versailles font que chaque département a la taille d'une académie et que chaque bassin de population a la taille d'un département. Enfin, parallèlement, nous avons réaffirmé l'importance du pilotage. C'est une problématique assez claire pour n'importe quelle autre académie, il faut en permanence veiller à mettre à disposition des établissements des ressources tout en fonctionnant en réseau.

Nous sommes engagés dans le développement de dialogues avec les parents et les élèves, et de partenariat avec des acteurs extérieurs comme le préfet ou le procureur, surtout depuis le 23 août. Nous avons souhaité intensifier la réflexion sur la violence dans l'ensemble des niveaux, apporter une aide aux victimes, c'est à cette occasion que nous avons mis en place un centre académique dont l'action ne se limite pas seulement à l'aide.

Tous discours sur la violence risque de banaliser le phénomène. Il faut donc lui opposer un propos sur l'ordinaire de l'école. Je fais référence à des outils de prévention qui ne figurent pas explicitement dans la circulaire du 23 août. Je peux parler pour la majorité des établissements et dans la plupart des circonstances du recours résolu aux moyens apportés par la structuration des apprentissages, aux moyens apportés par la pratique des disciplines, à ceux qui portent des innovations pédagogiques, et aux moyens des textes sur le règlement intérieur. Et ceci se fait sans angélisme, en tenant compte de la réalité, en maintenant les exigences, la qualité des parcours de formation et les processus d'orientation.

L'accompagnement des établissements se situe dans cette perspective. Il s'agit particulièrement de développer les possibilités de réflexion, d'analyser les difficultés rencontrées, de bénéficier de rapides mises en place de formations adaptées répondant aux configurations particulières de leurs établissements, et ce, en référence constante aux misions et au sens de l'école. Nous entendons par accompagnement le développement d'une nouvelle compétence professionnelle chez les acteurs locaux. Je rejoins donc tout à fait ce que vient de déclarer Dominique Berteloot. Les acteurs locaux devront savoir mieux faire appel aux ressources académiques et départementales. L'accompagnement pourra alors se construire sur mesure en fonction du besoin local.

Actes du séminaire - Prévention de la violence et accompagnement des établissements

Mis à jour le 16 avril 2011
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