Universités d'été « La pluridisciplinarité dans les enseignements scientifiques : Tome 2 »

Atelier n°3 : Évaluer la pratique expérimentale au baccalauréat : pourquoi ?

Animateur : Marie Bourgarel, professeur de physique et chimie à Montpellier

Intervenants : Daniel Allard, IEN-ET de sciences et techniques industrielles ; Adeline Géronimi, professeure de SVT au lycée Paul Lamour de Nîmes ; Nicole Longuet, professeure de SVT au lycée Blaise Pascal de Clermont-Ferrand ; Josette Maurel, professeure de physique et chimie au lycée Maurice Ravel à Paris ; Robert Pacchioni, professeur de SVT au lycée Jacques Audiberti d'Antibes.

L'atelier réunit au total 21 participants, professeurs de sciences de la vie et de la Terre et de sciences physiques, en deux sessions d'égale importance. L'objectif est de comparer les modalités mises en œuvre pour évaluer la pratique expérimentale au baccalauréat en sciences de l'ingénieur, en physique-chimie et en sciences de la vie et de la Terre, d'analyser les compétences évaluées dans chaque discipline, de recenser les difficultés rencontrées et de voir si l'on peut faire émerger des propositions de solutions communes.

Les enjeux dans les différentes disciplines

La prise en compte à l'examen

  • Elle est effective en sciences de l'ingénieur sous la forme d'une épreuve de 4 heures constituée d'un contrôle en cours de formation ou d'une évaluation ponctuelle destinée à valider les savoir-faire participant d'une qualification professionnelle et d'un métier.
  • En physique-chimie et en sciences de la vie et de la Terre, la pratique expérimentale ne fait pas l'objet d'une note à l'examen.

Cependant, elle est devenue obligatoire en physique-chimie en 2001, sous la forme d'une évaluation locale en fin d'année qui donne lieu à l'attribution d'une note reportée sur le livret scolaire.

En sciences de la vie et de la Terre, elle deviendra de même en 2003 avec l'introduction des nouveaux programmes. Elle est facultative en 2001.

Les compétences évaluées

  • En physique-chimie, l'épreuve évalue le suivi d'un protocole, les gestes techniques, la présentation et l'exploitation des résultats, le réinvestissement des connaissances et la production écrite. Les annexes 1 et 2 fournissent deux exemples de sujets, l'un de physique et l'autre de chimie : ils sont constitués d'un ensemble de fiches, chacune ayant une destination bien particulière.
  • En sciences de la vie et de la Terre, la réalisation technique et la communication des résultats sont toujours évaluées. En revanche, les gestes, la conception d'un protocole et l'exploitation des résultats ne le sont pas systématiquement et ces derniers points font actuellement l'objet de discussions entre les professeurs.

Les manipulations actuellement proposées reposent assez souvent sur l'utilisation du microscope en sciences de la vie et de la Terre, sur celles de l'oscilloscope et de la burette et physique et chimie. Des efforts doivent sans doute être accomplis dans le sens d'une diversification des sujets.

Modalités de l'évaluation

  • En physique-chimie, il s'agit d'une épreuve terminale de 45 minutes dans laquelle un professeur évalue 4 élèves, au sein de son établissement. Les sujets sont pris dans une banque nationale.
  • En sciences de la vie et de la Terre, les pratiques sont plus diversifiées. Une épreuve terminale analogue à celle de la physique-chimie est préconisée par les textes officiels. Elle est parfois remplacée par une évaluation étalée sur l'année. Les professeurs disposent d'une banque de 20 sujets mais peuvent avoir des sujets personnalisés.

Les résultats

Dans les deux disciplines, la moyenne s'établit autour de 13/20 ; elle est donc supérieure à celle des épreuves écrites. Ce résultat concerne la session 2001 dans les académies :

  • de Montpellier, en physique-chimie, où tous les élèves ont été évalués ;
  • de Nice et de Montpellier en sciences de la vie et de la Terre, discipline pour laquelle l'épreuve était facultative et seuls 20 % des élèves ont été évalués.

Discussion entre les participants

L'évaluation de la pratique expérimentale au baccalauréat soulève encore chez certains des difficultés, matérielles ou de principe. L'objectif de la discussion est de recenser, par les échanges entre les participants, quelques arguments en sa faveur, d'identifier quelques-uns des points qui posent encore problème et de proposer des solutions pour les résoudre.

Quelques arguments en faveur de l'évaluation de la pratique expérimentale

  • Du point de vue des élèves, on observe une modification du comportement en travaux pratiques, une valorisation de la pratique de l'élève, l'acquisition d'un goût pour la manipulation, une meilleure répartition du travail dans le binôme en cours d'année et enfin une meilleure appropriation des Tice, conséquence de cette meilleure répartition du travail.
  • Du point de vue des enseignants, la perspective de cette évaluation a contribué à la relance et à l'harmonisation de la réflexion des professeurs à propos de leurs exigences en matière expérimentale. On signale aussi la valorisation de l'aspect expérimental des disciplines.
  • En physique-chimie et au baccalauréat S, cette évaluation complète heureusement l'exercice de l'épreuve écrite qui porte sur un sujet expérimental. Dans les lycées professionnels et toujours en physique-chimie, cette évaluation a largement favorisé, par sa présence, la mise en place et la réalisation des travaux pratiques.

Quelques difficultés et quelques propositions de solutions

  • Une première difficulté est de disposer de sujets de travaux pratiques effectivement évaluables au baccalauréat. Un serveur disposant d'une banque de sujets suffisante, alimentée par un groupe de travail national et améliorée d'année en année au fil de l'avancement de la réflexion a donné jusqu'ici satisfaction pour la physique-chimie. Le nouveau programme de terminale S nécessitera que ces sujets soient renouvelés. Une solution analogue devrait sans doute être envisagée pour les sciences de la vie et de la Terre.
  • Une objection porte sur l'organisation de l'évaluation et sur le temps consacré à cette évaluation en classe de terminale S à une période de l'année où la disponibilité des élèves et des professeurs est faible. Parmi les suggestions entendues, on note la proposition d'une évaluation en fin de première, avec le risque inévitable de voir l'aspect expérimental de l'enseignement dénaturé en classe terminale. Une solution plus raisonnable semble être la banalisation d'une semaine de travaux pratiques. Encore faut-il que le programme de déroulement des travaux pratiques sur l'année permette cette banalisation sans préjudice pour les travaux pratiques au programme. Cette semaine ne pourrait-elle pas se situer juste après l'écrit ?
  • L'inégalité dans la difficulté des sujets proposés à l'évaluation peut être levée en introduisant un peu de contrôle en cours de formation dans cette évaluation : on propose de choisir une manipulation terminant, en cours d'année, un cycle d'apprentissage et d'effectuer une péréquation des notes. Pour autant, l'idée du contrôle continu est loin de faire l'unanimité.
  • La difficulté à évaluer plusieurs élèves à la fois au cours d'une séance peut être levée par la mise en place de grilles d'évaluation communes à plusieurs manipulations et par une meilleure explicitation des critères.
  • Le risque de devoir évaluer ses propres élèves inquiète certains enseignants, surtout dans les petits lycées. Une solution serait l'établissement d'ordres de mission pour que les professeurs aillent évaluer les élèves dans un autre lycée, avec toutes les difficultés matérielles que cela comporte lorsqu'il s'agit d'évaluer les élèves travaillant sur un matériel qu'on connaît mal.
  • Le coût de l'épreuve : en termes de prix de revient du matériel, il est nul puisque cette évaluation remplace une séance de travaux pratiques.
  • Le surcroît de travail du personnel technique de laboratoire est réel, la mise en place de cette évaluation nécessitant une organisation beaucoup plus lourde que celle d'une séance de travaux pratiques ordinaire. Il convient donc d'en tenir compte en offrant aux personnels concernés des jours de récupération durant les vacances scolaires. Une autre solution consisterait à prévoir une rémunération pour les personnels de laboratoire.
  • Les jurys de baccalauréat ne tiennent pas suffisamment compte de la note de pratique expérimentale qui figure actuellement (pour la physique-chimie) sur le livret scolaire. La solution est donc que la note soit effectivement intégrée dans le baccalauréat.
  • Enfin certains objectent que les sujets accessibles sur un serveur risquent d'entraîner un bachotage des élèves qui peuvent avoir accès à la banque de sujets. La solution réside dans une banque de sujets suffisamment riche et surtout évolutive d'année en année.

Conclusion

L'intérêt de l'évaluation de la pratique expérimentale ne doit pas être masqué par les difficultés bien réelles qu'elle soulève pour certains. Ces difficultés doivent être analysées et des solutions proposées. Une réponse à certaines d'entre elles pourrait être trouvée en tirant parti d'une éventuelle suppression de l'oral de rattrapage et en plaçant cette évaluation après les épreuves écrites du baccalauréat. Quoiqu'il en soit, cette épreuve supplémentaire pour les élèves de la voie S devrait aller de pair avec un allégement des épreuves finales dans d'autres disciplines : de même que les élèves des voies L et ES bénéficient, outre l'épreuve anticipée de français, d'une épreuve anticipée d'enseignement scientifique, il faut que les élèves de la voie S puissent bénéficier d'une seconde épreuve anticipée. Sinon, une charge de travail trop lourde risque de décourager certains élèves, pourtant intéressés, de s'engager dans une voie scientifique, à une époque où l'on déplore précisément le manque de vocations scientifiques.

Sujet de physique : Résonance d'intensité

Sujet de chimie : Détermination du pKa de quelques couples

Actes de l'université d'été - La pluridisciplinarité dans les enseignements scientifiques - La place de l'expérience

Mis à jour le 16 avril 2011
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