Université d'été « La formation continue ouverte et à distance »

Ouverture des travaux

Jean-Paul de GAUDEMAR, Directeur de l'enseignement scolaire

Intervention enregistrée

Je souhaite la bienvenue à tous les participants de cette université d'été consacrée à la formation ouverte et à distance. Tout d'abord, je voudrais vous faire part de mes regrets de ne pouvoir être parmi vous mais, comme nous allons parler de formation à distance, je profite de cet outil pour m'adresser à vous. Permettez-moi, en cette ouverture, quelques propos sur les enjeux de cette université d'été et sur ce que nous en attendons.

Au préalable, il faut rappeler - et beaucoup d'entre vous le savent - tous les espoirs que nous plaçons dans un renouvellement de la formation continue. Nous sommes, dans les années qui viennent, face à quelques questions essentielles pour lesquelles la formation continue doit nous aider à trouver des réponses.

Citons quelques unes de ces questions essentielles.

Dans les dix années qui viennent, nous allons avoir à renouveler près de la moitié du corps enseignant et, au-delà de l'effort de formation qu'implique ce renouvellement, nous aurons aussi à aider les enseignants actuellement en poste - et ceux qui le seront dans quelques années - à mieux accomplir leur métier. De ce point de vue, les besoins de professionnalisation vont croissants et la formation continue nous aidera à y répondre : évolution des programmes et de l'organisation de nos enseignements et, plus généralement, évolution des savoirs et des compétences. Notre système doit évoluer en permanence et il est important que nous puissions aider tous les enseignants à suivre ces nécessaires transformations.

La première d'entre elles concerne tout ce qui peut aider les jeunes enseignants à entrer dans le métier. Il y a, bien sûr, la formation initiale dispensée dans les instituts universitaires de formation des maîtres, mais malgré tous les efforts, malgré tout ce qui peut être fait d'important et de positif au sein des IUFM, chacun s'accorde à reconnaître que ce n'est pas en quelques mois que le métier s'apprend. Nous avons donc décidé de mettre en place une formation d'accompagnement à l'entrée dans le métier, au moins au cours des deux premières années d'exercice.

Plus généralement, nous souhaitons aider les enseignants, non seulement à réussir leur carrière, mais aussi à relever quelques nouveaux défis, qui tiennent en particulier à la nécessité croissante de travailler en équipe. Le travail en équipe permet de faire découvrir aux élèves les bienfaits d'une approche conjointe de plusieurs disciplines pour qu'ils comprennent mieux pourquoi on leur enseigne ce qu'on leur enseigne et comment la diversité des disciplines participe à la connaissance d'un même objet d'étude. Cela suppose que les enseignants soient eux-mêmes formés et ouverts à ces nouvelles approches pédagogiques.

Dans le second degré, il convient d'encourager l'interdisciplinarité et, dans le premier degré, à l'inverse, d'aider les enseignants fondamentalement polyvalents à développer, non pas des spécialisations, mais des formations à dominante au sein d'un travail en équipe.

Au-delà de ces enjeux, des constats sont à faire en matière de formation ouverte et à distance. Il y a un très grand décalage entre, d'une part, un intérêt extraordinaire, notamment médiatique, pour la formation à distance qui se traduit par de très nombreux colloques, séminaires, salons de tous types - et d'une certaine manière notre université d'été en est un exemple - et, d'autre part, la réalité du terrain.

Pour ne parler que du terrain de l'Éducation nationale, la mise en œuvre de la formation ouverte et à distance reste encore assez pauvre. Au-delà du travail réalisé par nos équipes pionnières dans les académies et par le centre national d'enseignement à distance, il faut bien avouer que nous sommes encore bien timides dans le développement de cette nouvelle façon de concevoir la formation, étant entendu qu'il ne faut pas la considérer en elle-même, mais en liaison avec les autres modalités de formation.

Un des objectifs de cette université d'été est de contribuer à réduire ce contraste et de faire en sorte que la réalité soit plus proche des espoirs que nous pouvons placer dans la formation à distance. C'est l'intérêt principal de ces journées qui présentent le grand mérite de rassembler toute une série de compétences - qu'elles viennent des corps d'inspection, des IUFM, des conseillers pédagogiques ou des chefs d'établissement - pour essayer ensemble d'inventer un nouveau mode d'usage. Alors lequel ? Eh bien, l'usage ou les usages qui correspondent aux besoins nouveaux de la formation continue, en particulier dans le domaine de l'ingénierie de formation et de la diversification des formes de la formation continue que nous n'avons, pour l'instant, que commencé à esquisser.

Plus que jamais, il faut savoir analyser les besoins au plus près de la demande du terrain, en liaison avec ce que nous souhaitons développer par ailleurs : la capacité des écoles et des établissements à élaborer leur propre programme ou projet de formation. Il faut également être capable d'établir des cahiers des charges, de concevoir de manière concertée, avec les utilisateurs mais aussi avec les opérateurs, des dispositifs de formation et aussi d'inventer des dispositifs de suivi et d'évaluation sur lesquels, là encore, nous avons beaucoup à apprendre.

En matière de diversification des formes de la formation continue, cela fait plusieurs années que nous sentons bien que des formes longtemps dominantes, notamment la forme magistrale, doivent, non pas disparaître, mais être de plus en plus accompagnées par d'autres façons de travailler, plus près de la demande, plus près du terrain, davantage conçues dans l'optique d'un échange guidé de pratiques entre pairs.

Alors, comment la formation ouverte et à distance peut-elle y contribuer ? C'est bien la question qui se pose à nous au cours de ces journées. Ce que je dirais volontiers, dans l'attente des résultats de vos travaux, c'est simplement qu'il ne faut pas concevoir la formation ouverte et à distance comme susceptible de se substituer à tout ce que nous avons fait jusqu'à présent. Bien entendu, elle offre des vertus considérables en affranchissant d'une certaine manière les opérations de formation des contraintes de temps et d'espace. Mais, pour autant, à trop concevoir les choses indépendamment du temps et de l'espace, il faudra veiller à ne pas s'éloigner des besoins des utilisateurs. C'est pour cela que je crois qu'il faut concevoir la formation ouverte et à distance comme un outil complémentaire, étroitement articulé avec les formes que nous connaissons, voire avec d'autres modalités de formation que nous apprendrons à développer.

Si je peux formuler par là même un souhait, c'est que précisément cette université d'été nous aide à penser cette articulation, nous aide à penser l'outil de la formation à distance comme un outil, j'allais dire volontiers " banalisé ", qui s'intègre parfaitement à l'arsenal des autres outils que nous maîtrisons déjà. Et que, par conséquent, nous en voyions toutes les plus-values, tout ce qui va nous permettre, non seulement de réduire cet écart que nous constatons aujourd'hui, mais surtout de faire progresser qualitativement notre formation continue.

Philippe Mahou, directeur du service communication du CNED

Monsieur le directeur, quels liens peut-on concevoir entre la formation ouverte et à distance et le principe de formation tout au long de la vie ?

Jean-Paul de Gaudemar

La réponse à cette question me permet de faire le lien entre deux perspectives : une perspective dans le temps - l'idée très importante que les enseignants font un métier qui exige, tout au long de leur carrière, qu'ils continuent à se former - et une perspective dans l'espace, la formation à distance nous aidant à surmonter un certain nombre de barrières en apportant un peu plus d'équité d'accès à la formation. En effet, le fait d'être une " formation ouverte ", accessible sur tout le territoire et même au-delà du territoire métropolitain, nous donne l'opportunité de progresser dans l'accès et l'équité d'accès à la formation continue et de développer des parcours individualisés de formation.

Ainsi, nous pourrons disposer d'un outil mieux adapté au paradoxe auquel nous avons à faire face : le développement d'une formation continue de masse - de plus en plus de personnes concernées, des demandes de formation à des niveaux de qualification toujours plus élevés - et, en même temps, le besoin d'individualisation, chaque individu ayant des besoins qui lui sont propres. La formation continue est depuis longtemps confrontée à ce paradoxe et la formation ouverte et à distance, tout comme d'autres outils développés sur des modes présentiels, doit nous aider à diversifier nos approches.

La souplesse extraordinaire de cet outil permet de s'affranchir des contraintes de temps et d'espace, non seulement d'espace comme l'indique la notion de formation à distance, mais aussi de temps, puisqu'on peut travailler sur des produits qui peuvent être utilisés à tout moment. Cette souplesse nous oblige, en terme d'ingénierie, à concevoir des produits de formation adaptés à ces nouveaux outils.

Philippe Mahou

En matière de formation de formateurs, quelles commandes peuvent être formalisées ?

Jean-Paul de Gaudemar

La question est extrêmement importante, la qualité de la formation continue reposant d'abord sur la qualité des formateurs. De la même manière que la formation continue est destinée à faire évoluer les compétences, les connaissances, les savoirs, les savoir-faire des personnes auxquelles elle s'adresse, de la même manière les formateurs eux-mêmes doivent évoluer, savoir s'adapter à l'évolution des besoins et ne pas considérer qu'ils sont formateurs une fois pour toutes.

Le risque serait grand - et nous n'avons pas toujours su l'éviter par le passé - de concevoir une formation adaptée aux compétences des formateurs. A l'inverse, il nous faut penser le recrutement, voire la formation des formateurs, au regard de l'évolution des besoins, de la genèse des demandes de formation que nous avons à recueillir et analyser. Il y a là, pour toutes les autorités académiques et tous ceux qui travaillent avec elles comme opérateurs privilégiés - je pense en particulier aux IUFM ou à des organismes comme le CNED - un enjeu essentiel : comment renouveler en permanence le vivier des formateurs de façon à être au plus près de la demande et se mettre en capacité d'y répondre, au lieu de moduler la demande en fonction de ce que les formateurs savent faire.

Tout cela suppose qu'on se donne les capacités de faire émerger cette demande, de renouveler en permanence le vivier des formateurs, et si possible d'avoir des formateurs qui gardent un contact très étroit avec le terrain, qu'ils participent ou non à une formation à distance.

Philippe Mahou

Monsieur le directeur, quelles suites donner à ces travaux pour aider les départements et les académies dans la réalisation de leurs projets ?

Jean-Paul de Gaudemar

J'attends beaucoup de cette université d'été, notamment par la diversité des compétences qui y sont rassemblées et par la manière dont elle est organisée, à l'image de cette diversité des formes de la formation continue pour laquelle nous plaidons : il y a bien entendu des conférences, mais aussi des moments de réflexion et d'échange entre pairs. Je suis convaincu que nous allons rassembler un matériau très riche que nous allons restituer aux participants, mais aussi, si tant est que la matière le mérite, diffuser plus largement afin d'en tirer matière à recommandation, à illustration, à incitation forte auprès des autorités académiques et de tous ceux qui oeuvrent à la formation continue, pour aller de l'avant, pour oser davantage s'emparer de cet outil et, par conséquent, oser une plus grande diversification. Cela sera à la mesure de ce que vous saurez apporter et, par avance, je vous en remercie.

Actes de l'université d'été - La formation continue ouverte et à distance

Mis à jour le 15 avril 2011
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