Séminaire « Les perspectives actuelles de l'enseignement en maternelle, incidences sur la formation des enseignants »

Ouverture des travaux

Bernard MACCARIO, chargé de la sous-direction des Enseignements des écoles et des Formations générales et technologiques des collèges et lycées, DESCO

Ce séminaire, consacré à la formation initiale et continue en école maternelle, s'adresse aux personnels ayant à concevoir des dispositifs de formation en IUFM et dans les académies. Il s'inscrit dans le cadre plus général de la politique de formation définie par la direction de l'enseignement scolaire. En effet, nos actions sont désormais identifiées au sein d'un programme national de pilotage, dont la formation constitue un vecteur essentiel.

Nous nous attacherons à réfléchir aux incidences des nouveaux programmes sur l'évolution de l'école maternelle et la formation de ceux qui y interviennent. L'objectif de cette réflexion sera double : d'une part, esquisser une conception renouvelée de la formation afin de mieux prendre en compte les spécificités de l'école maternelle, d'autre part, identifier les compétences nécessaires aux formateurs pour contribuer à la construction de la professionnalité de l'enseignant.

Les actions mises en place au niveau national concernent en premier lieu les personnes qui auront ensuite la charge de diffuser, de démultiplier et de mettre en œuvre cette politique. Ce séminaire, marqué par une volonté d'ouverture, se propose d'associer les différents acteurs de la formation initiale et continue, réunissant personnels d'encadrement ou d'inspection et formateurs d'IUFM.

Cette réflexion s'inscrit à la fois dans l'actualité pédagogique immédiate et dans un contexte politique renouvelé.

Au plan pédagogique, la rentrée de septembre 2002 sera marquée, pour le premier cycle, par la mise en œuvre des nouveaux programmes. Naturellement, les écoles maternelles sont concernées. Nous procéderons par une mise en œuvre progressive étalée sur les années de chaque cycle en commençant par les premières années, soit la petite et la grande section, désormais identifiée comme première année du cycle 2, ainsi que le CE 2. Au-delà de cette actualité directement corrélée à la mise en œuvre des nouveaux programmes, nous nous intéresserons aux nouvelles dispositions concernant la formation en IUFM, en particulier en seconde année, dont le texte vient d'être publié au Bulletin officiel n°15 du 11 avril 2002.

Le contexte actuel donne en outre un relief particulier à ces questions. En effet, le renversement démographique observé depuis les années 1999 et 2000 ne constitue pas un simple pic, mais correspond à une véritable tendance de fond. Cette remontée démographique se traduit par la hausse des effectifs en école maternelle.

Par ailleurs, nous entrons dans une période qui sera marquée par le renouvellement de près de la moitié des effectifs du corps enseignant, en particulier du premier degré.

En évitant de paraphraser les textes officiels, je m'emploierai à développer quatre grands points d'ancrage possibles d'une politique pour l'école maternelle avant d'esquisser à grands traits la formation des enseignants.

Les points d'ancrage d'une politique de l'école maternelle

Il convient tout d'abord de clore un débat récent en soulignant que l'école maternelle est désormais considérée de manière unanime comme une école de plein exercice. Les programmes, qui indiquent des compétences pour la fin de l'école maternelle, le confirment. Ils rappellent que la grande section, tout en amorçant les apprentissages du cycle 1, est incluse dans l'école maternelle. L'école maternelle porte une double responsabilité : d'une part, mener à bien les apprentissages premiers, d'autre part, engager tous ses élèves sans exception dans cette première étape des apprentissages fondamentaux sans laquelle l'entrée dans l'écrit ne saurait être réussie. Ce point est désormais suffisamment clarifié pour pouvoir constituer un point d'appui de la politique en école maternelle.

Il appartient à cette école de conduire la structuration des apprentissages dans une perspective à la fois dynamique et progressive. En effet, sans anticiper sur le rythme de ces apprentissages, l'école doit s'attacher à ménager des avancées afin que les enfants et les élèves des écoles maternelles puissent construire des repères et être accompagnés dans ces apprentissages. Cette politique doit également permettre d'expliciter les enjeux, les perspectives et l'importance de chaque étape, notamment vis-à-vis de parents parfois désireux d'accélérer les parcours. La grande section, qui conclut le cycle 1 et ouvre le cycle 2, visant en particulier les premiers apprentissages à l'écrit, constitue la première illustration de cette démarche.

Comme l'a récemment rappelé le Ministre, l'apprentissage et le développement du langage représentent l'un des objectifs majeurs de l'école maternelle. Cette politique sera poursuivie : les programmes, qui insistent sur ce point, exposent la progressivité à conduire dans les apprentissages.

Enfin, l'école maternelle, en particulier dans sa dernière année, joue un rôle fondamental dans la prévention des difficultés. Dans sa première conférence de presse sur les grandes orientations de l'enseignement scolaire, Luc Ferry a inscrit la prévention de l'illettrisme parmi les chantiers prioritaires de la politique éducative. Ce souci nous renvoie aux travaux engagés autour de la maîtrise de la langue. Il est en effet impossible d'envisager des actions de prévention de l'illettrisme qui ne seraient pas accompagnées d'actions positives et constructives d'apprentissage et de maîtrise du langage. Parallèlement à la contribution des personnels spécialisés dans la prise en charge des jeunes enfants, les enseignants ont donc un rôle central à jouer, au sein de leurs classes, dans le repérage de ces difficultés.

Les travaux menés par la direction de la programmation et du développement ont permis d'aboutir à la mise en place d'évaluations en grande section et en CP. Il est crucial de rappeler que l'évaluation, par delà le repérage des difficultés, comporte une composante pédagogique essentielle d'aide et de pilotage des apprentissages en fonction des besoins des élèves. Il s'agit en effet d'utiliser les évaluations pour mettre en œuvre une conduite informée de la classe : au-delà des évaluations de rentrée, l'intérêt de cette démarche repose sur l'accompagnement du processus pédagogique tout au long de l'année.

La formation des enseignants en école maternelle : premières pistes

Afin que cette volonté se concrétise par un véritable impact dans les classes, il convient de s'interroger, à partir de ces points de repère, sur la politique de formation des enseignants. Plusieurs pistes, qui demeurent ouvertes, sont susceptibles d'être évoquées.

Une première réflexion conduit à s'interroger sur la validité d'un constat souvent formulé : l'école maternelle serait, au plan quantitatif, le parent pauvre de la formation initiale et continue. Il convient donc d'examiner la part des actions engagées par les volets départementaux de formation continue en direction de l'école maternelle et de mettre ce volume en rapport avec le poids de l'école et des enseignants en maternelle. Sachant que ces derniers représentent 40 % du total des effectifs, chacun pourra constater que le volume des actions de formation se rapproche de cette proportion.

Nous devons par ailleurs nous attacher à déterminer quelles priorités devront être favorisées en matière de formation dans le contexte et les contraintes actuelles. Les nouvelles dispositions concernant la formation initiale visent à expliciter les différentes dimensions de la seconde année d'IUFM. Cependant, le programme apparaît particulièrement chargé, tant au niveau des stages sur le terrain que des travaux d'analyse et de pratique. Dans la mesure où la formation initiale ne peut prétendre préparer à l'ensemble des thèmes, selon quelles modalités formation initiale et formation continue doivent-elles s'articuler dans les écoles maternelles ?

Ces questions nous amènent à évoquer la professionnalité de l'enseignement en classes maternelles et à examiner en quoi la profession d'enseignant en maternelle diffère ou se rapproche, dans sa nature, de l'enseignement en école élémentaire. Parce que de nombreux acteurs extérieurs à l'Éducation nationale interviennent à l'école maternelle, dont les professionnels dits " de la petite enfance ", il apparaît aujourd'hui nécessaire de définir l'identité et les compétences professionnelles des enseignants de maternelle. Dans cette perspective, un rapprochement avec les autres intervenants de l'école est-il envisageable ?

La dernière série de questions a trait aux principes et éléments structurants de la formation. La formation à la pédagogie de l'école maternelle doit-elle être envisagée comme une simple déclinaison d'une formation plus générale à l'école primaire, ou être bâtie sur des fondements propres ? En effet, la formation à l'école élémentaire tend à être calée sur des exigences particulières de contenu, relevant pour l'essentiel de l'ordre du disciplinaire. Au contraire, l'école maternelle s'organise autour de grandes problématiques, telles que la prise en charge des élèves, la prise en compte de leurs besoins, le suivi de ces apprentissages et la gestion de l'hétérogénéité. Faut-il ainsi envisager, au vu des particularismes de l'école maternelle, une politique de formation spécifique pour les enseignants ?

Présentées de manière ouverte, ces questions ne peuvent appeler de réponse a priori, mais souhaitent contribuer à ouvrir une réflexion, à éclairer les débats, et à apporter les premiers éléments de réponse. En effet, ce séminaire se propose, à travers l'échange et la mutualisation d'expériences, de dégager des objets de travail afin de définir des plans d'actions de niveau national et académique en matière de formation initiale et continue.

Le tableau ainsi brossé de la formation des enseignants en école maternelle relève d'un éclairage " institutionnel ". Il s'inscrit en effet dans les perspectives de travail de la direction de l'enseignement scolaire chargée, au sein de l'Éducation nationale, d'assister les académies et les départements dans le pilotage et la mise en œuvre de la politique pédagogique. Il est nécessaire de compléter ce panorama par la mise en lumière des actions engagées par les IUFM dans le cadre de leur mission de formation initiale et continue.

Mis à jour le 15 avril 2011
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