Colloque « Les contenus culturels dans l'enseignement scolaire des langues vivantes »

La culture générale dans les concours externes : l'épreuve hors programme à l'agrégation d'anglais

Marc Porée, professeur à l'université Paris III - Sorbonne nouvelle

Historique de l'épreuve

En 1999, la commission Agrégation 2000, présidée par Frédéric Ogée, professeur à l'université de Paris VII, se mettait en place à l'initiative du ministère. Sa mission ? Réfléchir à l'opportunité de compléter, voire d'amplifier les réformes déjà apportées au fonctionnement de l'agrégation externe d'anglais. Ses objectifs ? Veiller à ce que l'agrégatif du début du deuxième millénaire reçoive une formation à la fois comprehensive, c'est-à-dire généraliste, et spécialisée. Après avoir élargi le socle du généralisme à l'écrit, il était naturel que les membres de la Commission s'interrogent sur le moyen d'en faire autant à l'oral. Carte blanche leur avait été laissée pour imaginer les contours d'une épreuve inédite, chargée de tester les compétences d'ensemble de l'angliciste, quelle que soit sa spécialité (linguiste, civilisationniste ou littéraire). Pour nourrir sa réflexion, la Commission allait s'appuyer sur un certain nombre de précédents - en particulier sur l'expérience acquise par les collègues enseignant en classes préparatoires. Dans les concours d'entrée aux Grandes Écoles, la synthèse de documents se généralise en effet. En classe de B/L, notamment, l'épreuve prend la forme d'une comparaison entre plusieurs documents (au moins trois, et parfois quatre et plus), à caractère civilisationnel au sens le plus large du terme, c'est-à-dire de nature et de genre très divers, comprenant des extraits de romans, d'essais, de discours, des articles de journaux de qualité 1 ... La difficulté de l'exercice réside dans l'obligation qui est faite au candidat de rapprocher des textes que rien ne destinait à l'être, en tout cas sous une forme aussi explicite. Il faut faire preuve de discrimination, et s'employer à tirer le meilleur parti d'une problématique donnée comme commune, mais se présentant sous des dehors divers, voire antinomiques. L'exercice, particulièrement formateur, demande du discernement, disais-je ; or, discerner, "n'est-ce pas immédiatement établir des analogies, lancer des passerelles ? " C'est du moins l'avis de l'helléniste Marcel Detienne, qui s'est fait une spécialité, depuis Stanford où il enseigne, de Comparer l'incomparable 2 . Un rien provocateur, il entend ouvrir une voie nouvelle dans le domaine de l'anthropologie trans-nationale qui est le sien, laquelle passe par la confrontation et la mise en perspective des enjeux culturels, sous des angles variés, de manière à échapper à la logique de repli qui guide les historiens nationaux, préoccupés de leur pré carré, trop étroitement identitaire à ses yeux. Sa devise est la suivante : " Il n'y a rien que l'esprit humain fasse aussi souvent que des comparaisons." 3

Autre précédent de choix à verser au dossier, la contribution personnelle de Bernard Brugière, président du Jury de l'Agrégation d'anglais de 1987 à 1991. Dans les colonnes du bulletin de la Société des anglicistes de l'enseignement supérieur, il réfléchissait à voix haute sur l'opportunité de créer une épreuve nouvelle, lointainement inspirée de l'épreuve hors programme à l'agrégation d'histoire. Dans son esprit, il s'agissait de mettre à la disposition des candidats des textes et documents unseen, portant sur des grandes questions touchant, par un biais ou par un autre, à la "culture" anglo-saxonne. Son souci premier était de décloisonner les disciplines, de ne pas couper la civilisation de l'histoire et de la culture, ainsi que des grandes questions constitutives de l'anglicité. Importait à ses yeux la perception par l'angliciste de l'histoire longue, des facteurs de continuité et de rupture, des tournants et des grands repères chronologiques. Cette perception diachronique est particulièrement difficile à mettre en place, quand on sait la nature morcelée des programmes semestriels dans les cursus universitaires. Dans ces conditions, avait-il pour habitude de dire, interrogez un agrégatif moyen sur la Magna Carta, les 39 articles, la Glorieuse Révolution, le Second Reform Bill, le Balfour Act de 1902, etc., et vous serez édifiés ! Sans doute parce qu'elle était trop ambitieuse, trop difficile à mettre concrètement en œuvre aussi, l'épreuve imaginée par Bernard Brugière ne vit malheureusement pas le jour.

La commission se fit un devoir de réfléchir à la manière d'en reprendre l'esprit, à défaut de la lettre. Non sans débats internes, ni critiques de fond, émanant pour l'essentiel des civilisationnistes de la Commission, redoutant un "abâtardissement" de leur méthodologie propre, on finit par se mettre d'accord. Plutôt que de proposer des sujets de culture générale, en mettant à la disposition du candidat toute une bibliothèque et huit heures de préparation, on se recentrerait, plus modestement, sur une épreuve qui comporterait trois documents, dont l'un serait littéraire, l'autre civilisationnel, le dernier (ou le premier, comme on voudra) iconographique. L'épreuve serait donc comparatiste et synthétique. Restait à se livrer à des travaux pratiques, en s'essayant à constituer des dossiers type, pour voir comment cela pourrait fonctionner concrètement. Malgré l'âpreté des discussions, chacun s'accorda à reconnaître l'importance du document iconographique. Il était plus que temps d'inclure dans la formation de l'angliciste une réflexion critique et informée sur l'image : celle-ci n'est pas seulement un bon déclencheur de parole, elle contribue également au désenclavement des savoirs et des disciplines, rendu possible par sa polysémie.

Un tableau comme Le Fighting Téméraire conduit à son dernier mouillage, de Turner, donne en effet à tous du grain à moudre : les civilisationnistes, en particulier, seront sensibles au passage de témoin qu'exprime la toile, l'âge de la marine à voile, aristocratique, se voyant irrévocablement supplanté par l'âge de la marine marchande à vapeur. De plus, le Téméraire est le dernier grand témoin des campagnes napoléoniennes (il était présent à Trafalgar), si bien qu'en filigrane, le tableau exprime une réflexion mélancolique sur la fin d'une certaine grandeur militaire : l'Angleterre qui tombe, en quelque sorte...Les autres, c'est-à-dire les mêmes, seront sollicités par le travail sur la couleur, sa vaporisation, son éclat, son orientation - le soleil est-il couchant ou levant ? Les deux, mon capitaine, le tableau pouvant se lire comme préludant à l'émergence de l'abstraction, coupant les ponts avec la figuration - ce serait, par exemple, l'interprétation privilégiée par les commissaires de l'exposition qui s'est tenue il y a quelques mois au Musée d'Orsay : "Aux origines de l'abstraction, 1800-1914". On n'oubliera pas non plus la lecture du philosophe Michel Serres, historien des sciences, mais également marin, pour qui Turner "traduit" Carnot en particulier, et les lois de la thermodynamique en général, entre entropie, révolution industrielle et machine à feu. Un travail du même ordre, c'est-à-dire pluriel, pourrait être mené sur le tableau de Hans Holbein, Les Ambassadeurs ; je vous renvoie pour cela à la lecture conduite par Danielle Bruckmuller-Genlot, qui rappelle utilement qu'un monument de la peinture mondiale peut aussi être un grand document historique revisité, en l'occurrence un témoignage de première force sur ce moment où tout est sur le point de basculer en Angleterre avec le schisme anglican de 1533, date de composition du tableau. La pompe de la mission diplomatique y est minée par le crâne anamorphique, tout comme l'esprit renaissant, d'apparence triomphant, y est confronté aux ébranlements du baroque.

La nouveauté historique de l'épreuve, celle que tout le monde (ou presque) attendait depuis longtemps, tenait donc à la présence de l'image.

Modalités de l'épreuve

Lorsque la maquette de l'agrégation nouvelle fut soumise pour avis aux enseignants du supérieur, l'épreuve hors programme recueillit de nombreux avis favorables - enfin, une épreuve qui échappait au bachotage ! - tout en déclenchant, soyons justes, quelques critiques bien senties. On lui reprochait, pour aller vite, son caractère " élitiste ". L'absence de bornage temporel - au CAPES, la périodisation est limitée à deux siècles, du XIXème à nos jours -, à laquelle vient s'adjoindre la très grande diversité des aires de culture anglo-saxonne, déterminent un aspect encyclopédique de la connaissance que bien peu de candidats seraient susceptibles de posséder. Ce serait une épreuve pour normaliens, pour parisiens, pour candidats issus de milieux socioculturels favorisés. En un mot comme en cent, l'épreuve aggravait les inégalités devant le concours, grave accusation s'il en est. Elle favorisait, enfin, le savoir-faire, pire encore, le faire-savoir, aux dépens du savoir.

En partie pour prévenir ces objections et en attendant de pouvoir se prononcer sur leur recevabilité, la présidente du jury de l'agrégation décidait, pour la session inaugurale de l'an 2000, de donner officiellement un contenu, autrement dit un programme, à l'épreuve hors programme, histoire de familiariser les candidats comme les collègues préparateurs avec les contours d'une épreuve résolument nouvelle. La nature universitaire ayant horreur du vide, le sujet en serait "New York, des origines à nos jours". Vaste programme ! Mais, dans l'esprit de la présidente, ce n'était qu'une étape intermédiaire, avant la suppression de tout programme l'année suivante. Aux origines de l'épreuve, donc, un contenu historique, architectural, économique, culturel, de première force, bien à même de s'imposer à tous, même...aux britannistes convaincus par ailleurs de l'antériorité de Londres. Après tout, New York valait bien une messe...

Reste que, trop contents de l'aubaine, certains se mirent en demeure de transformer ledit contenu en question de cours. Et de disserter, de colloquer, de publier, de labourer le terrain en long, en large et en hauteur. C'était de bonne guerre, dans l'intérêt bien compris des candidats qui allaient essuyer les plâtres, mais les intentions n'étaient pas toutes aussi louables. Et ce alors même que, pour la première fois, les préparateurs se montraient dans l'ensemble disposés à travailler en équipe, à échanger leurs compétences, à croiser leurs méthodologies disciplinaires - avancée à marquer d'une pierre blanche, quand on connaît le cloisonnement qui règne au sein des UFR de France et de Navarre. Mais les professionnels de la profession voulaient reprendre le dessus. Oui à New York, mais à condition de ne pas creuser là où les fondations n'étaient pas assurées, ce qui eut pour effet d' alourdir considérablement la charge de travail des candidats, sommés d'ingurgiter un surcroît de connaissances sur New York à travers les âges. Autre effet fâcheux, leurs prestations s'en trouvèrent plombées. À l'oral, cette année-là, le jury entendit un trop grand nombre de récitations, plates et ennuyeuses, et assez peu d'authentiques mises en relation ; énormément de placages, et de trop rares synthèses.

Il devenait urgent de passer à autre chose. En 2001 était officialisée la disparition de tout programme. Mais dans l'esprit de la présidente, ce n'était pas fait dans l'intention de pousser les candidats dans le vide, avec ou sans parachute. Grâce à la mise à disposition d'outils de documentation tels que le dictionnaire unilingue, le dictionnaire des noms propres, et surtout l'Enclyclopedia Britannica, l'obstacle de l'encyclopédisme pouvait être en partie levé. Nul n'exige du candidat qu'il ait tout lu, tout vu, tout compris de l'évolution des différents courants picturaux ou esthétiques au sens large, ni qu'il ait tout appris et tout retenu de l'histoire de cinq (bientôt six) siècles avant d'aborder les documents qui lui sont remis. En revanche, il est attendu qu'il dispose, dans ses bagages personnels, d'un certain nombre de repères fondamentaux, chronologiques, contextuels ou civilisationnels au sens large 4 . Ces repères lui permettent d'amorcer une recherche documentaire simple, forcément partielle, mais qui devrait faciliter la mise en perspective des documents. Car c'est bien la mise en relation de ces documents d'origine et de nature diverse qui prime. Au terme des cinq heures de préparation, le candidat dispose de vingt minutes, ce qui est un temps très court, pour problématiser les enjeux communs aux documents, sous la forme synthétique de son choix, et de manière aussi convaincante que possible. Suivent vingt minutes d'entretien avec les trois membres du jury, ces derniers posant toutes les questions qui leur semblent de nature à ouvrir et prolonger la discussion, mais toujours en liaison avec le dossier (qui n'est jamais perdu de vue, et qui ne doit pas devenir un prétexte à déverser un savoir non pertinent).

Dans ses consignes transmises au jury de l'épreuve hors programme et répercutées aux candidats, la présidente a toujours insisté sur les deux points suivants : l'épreuve se doit d'être ambitieuse, ce qui implique un contenu intellectuel fort, aux antipodes d'une quelconque problématique dictée par "l'écume des jours" : est ainsi proscrit tout texte journalistique postérieur à 1945. Deuxième point : l'épreuve doit permettre de vérifier une vraie culture d'angliciste. Je traduis : une culture acquise tout au long de la formation intellectuelle et humaine de l'étudiant. Est-il illusoire d'attendre de l'épreuve qu'elle fasse, entre autres, le bilan de la formation acquise, notamment sur les bancs de la faculté d'anglais, mais pas seulement, pendant l'année de préparation ? Car c'est tout un parcours dans la carrière qui se trouve mobilisé et retracé au grand jour. L'épreuve s'apparente à la géologie, à l'archéologie ; elle part à la recherche d'une culture stratifiée, sédimentée, déposée de plus ou moins longue date. Dépôts de culture, dira-t-on, culture fossile, encore, enfouie dans le paysage de la mémoire, et qui ne demande qu'à être réveillée. Et l'on trouvera la trace de cette démarche, par exemple, dans l'ouvrage de Simon Shama, Landscape and Memory 5 , fruit de ses fouilles aventureuses dans les mécanismes d'acculturation du paysage au fil des âges. Pratiquement, le candidat est appelé à puiser dans des ressources lentement mûries, à travers l'attention et la curiosité tous azimuts ayant présidé à ses lectures personnelles, à travers sa fréquentation des musées et des cinémas, à travers ses voyages, en chambre ou en direct, d'un lieu de mémoire à un autre.

C'est que le champ des possibles est aussi vaste qu'est vaste l'aire culturelle anglophone. En terme de balisage, elle commence avec Shakespeare et ses contemporains, pour recommencer hier, voire même aujourd'hui ; en terme d'étendue géographique, elle comprend l'Inde de la révolte des cipayes, la drôle d'Angleterre d'Hanif Kureishi, l'Amérique des églises baptistes ou des Indiens, l'Irlande de John McGahern, l'Australie des anciens bagnards, l'Afrique du Sud des Boers, etc. Le goût du jury le porte vers des dossiers diachroniques, où sont mis en relation des lieux et des moments nettement distincts, ceci de manière à ne pas enfermer le candidat dans le modèle simpliste de type "texte, contexte, illustration". Plus le dossier est d'apparence éclatée, centrifuge, et mieux il se prêtera à une prise en charge par le candidat susceptible de faire jouer ce que Marina Warner nomme le kontakion. Romancière et anthropologue de la vie culturelle britannique, Marina Warner désigne sous ce terme emprunté aux usages du théâtre grec ce qu'elle privilégie dans la confrontation des sources et des matériaux de types fort divers sur lesquels elle travaille, à savoir leur capacité à entrer en résonance, à dialoguer de part et d'autre des travées de l'amphithéâtre, à se répondre en un mot.

L'ingéniosité dans le rapprochement des documents n'est pas une valeur en soi, même si elle fait partie de l'exercice ; ce qui l'est en revanche, c'est la capacité des documents à tenir lieu de jalons littéraires, esthétiques, idéologiques. Il est préférable, en effet, que le document se signale par sa richesse et son importance à l'intérieur de la culture anglophone. S'il est bien choisi, il doit être susceptible de résonner, de signifier au-delà de lui-même. Il doit ensuite, ou plutôt simultanément, servir de tremplin à une mise en relation avec les autres documents. L'objectif est de promouvoir une interprétation de ces mêmes documents qui n'en laisse aucun dans l'ombre, qui s'attache, c'est très important, mais c'est plus facile à dire qu'à faire, à ne pas perdre de vue la spécificité de chacun d'entre eux. Last but not least, ces documents nous parlent différemment, de manière neuve et imprévue dans le voisinage inédit aménagé par le concepteur du dossier. La rencontre sur une table de dissection d'un parapluie et d'une machine à coudre a ceci de révélateur, en effet, qu'elle dé-familiarise le premier et la seconde, tout en donnant naissance à une configuration nouvelle, dont le caractère a priori inattendu demande à être motivé.

Attentes du jury et contenu culturel with a twist (à un bémol près)

Voyons comment peut fonctionner cette re-motivation à partir du sujet proposé : une gravure du XIXème siècle, "English Homes in India" 6  ; un extrait du "Birmingham Speech" d'avril 1968 d'Enoch Powell 7 ; un extrait de The Buddha of Suburbia 8 , de Hanif Kureishi. Sans entrer dans les détails, on peut supposer que les attentes du jury seront les suivantes : une mise en perspective historique, tout d'abord, en rapport avec trois aléas de la condition impériale, puis post-coloniale.

Premier document : la révolte des cipayes de 1857, quelque part dans la vallée du Bengale, prit les Anglais par surprise et constitua le premier grand traumatisme de la colonisation. En s'en prenant aux femmes et aux enfants, ainsi que le montre l'image, les cipayes, ces soldats autochtones, engagés au service de la Compagnie des Indes, avaient en quelque sorte brisé le gentleman's agreement sur lequel reposait la colonisation en Inde, vue du point de vue anglais, bien sûr. La répression fut sanglante, et marqua un tournant dans le durcissement des pratiques et de la philosophie impériales. La gravure, en noir et blanc, évoque un moment particulièrement critique de la grande mutinerie. Deux cipayes viennent de pénétrer par effraction à l'intérieur d'une demeure abritant une mère et sa jeune enfant. De part et d'autre d'un axe vertical s'opposent ainsi l'étrangeté hostile et sanguinaire et l'anglicité terrorisée et vulnérable. À l'arrière-plan, une fenêtre ouverte donne sur la luxuriance de la végétation indienne ; pour le reste, le décor est typiquement celui du Home, Sweet Home - mais transplanté au Bengale. Les expressions affichées par les cipayes ne laissent planer aucun doute quant à leurs intentions. Le traitement de l'image correspond à la volonté de frapper le public britannique sous l'angle le plus sensationnel.

Deuxième document 9 : Birmingham, 1968 ; dans un bastion industriel et ouvrier des Midlands, Enoch Powell, grande figure du parti conservateur (mais son discours lui vaut d'en être exclu dès le lendemain) exprime son inquiétude devant les grandes vagues d'immigration que connaît le pays, favorisées par un code de la nationalité qui, à l'époque, faisait des anciens colonisés, Indiens, Pakistanais, etc., des sujets de sa Gracieuse Majesté, des citoyens britanniques. Powell exprime sa peur d'une invasion, et prédit un massacre - d'où l'allusion, devenue tristement célèbre, au Tibre rouge de sang, souvenir mal digéré de sa culture classique : Londres sera l'Urbs impériale livrée aux hordes barbares.

Troisième document 10 : les années 1990, la banlieue londonienne (suburbia), et le temps des mariages mixtes, des anglo-pakistanais de la deuxième génération, à l'image du romancier Hanif Kureishi et de son personnage Karim.

En facteur commun à ces trois moments, le franchissement d'un seuil critique (voir la main brandie par-delà la moitié de la page) : nous sommes à la veille de grands changements, lesquels sont bien sûr politiques, mais aussi idéologiques et narratifs.

Second fil rouge, la représentation, l'usage et le symbolisme du sang dans les trois documents. Sang littéral, sang figuré ; sang spectaculaire, sensationnel, objet de propagande et de manipulation dans le grand récit des origines ; sang pur contre sang impur ; le sang dans son rapport privilégié à l'anglicité du foyer (Home sweet Home). Le dossier met en effet en scène une image fantasmatique de l'identité nationale, entre sanctuarisation et profanation de ce territoire bien particulier qu'est la mère patrie.

Troisième volet : une réflexion autour des lignes de partage et de division qui structurent et sous-tendent les trois documents, de manière interne, mais aussi transversale : les divisions sont internes à l'image, grossièrement manichéenne ; elles sont internes au discours du démagogue xénophobe (sur le modèle : Them and Us) ; elles ne le sont déjà plus dans l'extrait de fiction, car à peine le pater familias indien et indigne est-il dans la place qu'il va chercher à en partir pour jouer au yogi de banlieue, histoire de "surfer" sur la vogue de l'orientalisme. Elles sont transversales, surtout, ces divisions, quand elles se répondent de manière le plus souvent ironique : voir la torche brandie par l'indigène dans l'image, qui renvoie à la lumière de la civilisation apportée par l'homme blanc ; son éclat sanglant éclaire encore les références hystériques d'Enoch Powell et nourrit les stéréotypes sur lesquels joue le romancier.

Ainsi, selon le point de vue adopté, la perception de l'altérité varie : l'autre en Inde, l'autre en Angleterre, l'Anglais, autrement. On notera que si chacun est dans son rôle, le romancier l'est particulièrement, prenant le risque, en plus de concurrencer l'état-civil, de se faire obstétricien, accouchant d'une humanité nouvelle, hybridée moins pour le pire que pour le meilleur.

Il me faut à présent préciser la portée de mon bémol. Pour ce qui est de l'agrégation, force est de constater que le format de l'épreuve donne également à la méthodologie un rôle prépondérant. Les compétences intellectuelles transversales sont fortement sollicitées : prise en compte des différents codes sémiotiques, interaction du texte et de l'image, etc. Primordiale est l'attention portée aux modes d'énonciation et aux circonstances de leur production : la transmission d'un sens à travers un texte, mais également par une image, met en œuvre un dispositif énonciatif spécifique ; tout document, discours, image, s'avère une représentation, voire une construction ou une interprétation du réel.

Et puis, il y a ces vingt minutes d'entretien qui suivent la prestation du candidat. On ne perdra pas de temps à l'interroger sur les causes premières et secondes de la révolte des Cipayes ; on cherchera plutôt à s'approcher de sa vérité humaine, faite de sensibilité - aura-t-il été sensible à l'irrésistible drôlerie du texte de Kureishi ? - d'intelligence, de sang-froid (ou chaud). Pour l'avoir pratiquée pendant quatre ans, je peux témoigner des étonnantes vertus socratiques de l'épreuve : la maïeutique y joue à plein, pour le candidat comme pour le jury. Poussé parfois dans ses derniers retranchements, on se découvre des talents cachés, des savoirs qu'on croyait ignorer.

Alors, et je terminerais là-dessus, l'épreuve cesse d'être académique ; d'abord redoutée par les candidats, pour la raison qu'on y travaille sans filet, elle s'est largement imposée, devenant au sein d'une lourde machine à formater une trop rare plage de créativité, où chacun se voit appelé à tracer les parcours qui l'inventent tel qu'il est : un sujet sensible, un citoyen du pays des idées, un lecteur soucieux d'éclairer des enjeux politiques et sociaux à partir de la culture du contexte. Au fond, c'est un avant-goût de ce qui attend le futur enseignant, dans la préparation de ses cours, dans l'exploitation des documents figurant dans les manuels scolaires, mais aussi et surtout, ajouterais-je, dans la manière qui sera la sienne de faire vivre la culture, en payant de sa personne, en s'en faisant le passeur et l'interprète auprès de ses élèves. Un passeur de préférence inspiré et stimulant, un interprète désireux de faire partager sa passion pour la culture anglo-saxonne.

Annexes

Enoch Powell, The Birmingham Speech, 21 April 1968, extrait de Freedom and Reality, Elliot Right Way Books, Kingswood, 1969.

Enoch Powell (born in 1912), a Conservative of high repute and a very effective public speaker, Wolverhampton MP 1950-February 1974, Minister of Health 1960-1963, then a member of Health's Shadow Cabinet, began to distance himself from his party with his speech on the fear of swamping, the first openly racist speech by a major politician in post-war Britain. He eventually resigned the Conservative whip after Britain's decision to join the EEC (effective in 1973) and, above all, after the Sunningdale agreements on powersharing in Northern Ireland (1972). He did not fight the Feb. 1974 election, but stood successfully as a Unionist candidate in South-Down, Ulster from October 1974 to 1987, when he was defeated.

A matter of numbers

In fifteen or twenty years, on present rends, there will be in this country 3 ½ million Commonwealth immigrants and their descendants. That is not my figure. That is the official figure given to Parliament by the spokesman of the Registrar General's office. There is no comparable official figure for the year 2000 ; but it must be in the region of five to seven million, approximately one-tenth of the whole population, and approaching that of Greater London. Of course, it will not be evenly distributed from Margate to Aberystwyth and from Penzance to Aberdeen. Whole areas, towns and parts of towns across England will be occupied by different sections of the immigration and immigrant-descended population.

As time goes on, the proportion of this total who are immigrant descendants, those born in England, who arrived here by exactly the same route as the rest of us, will rapidly increase. Already by 1985 those born here would constitute the majority. It is this fact above all which creates the extreme urgency of action now, of just that kind of action which is hardest for politicians to take, action where the difficulties lie in the present but the evils to be prevented or minimized lie several parliaments ahead.

The natural and rational fist question for a nation confronted by such a prospect is to ask : 'How can its dimensions be reduced ? ' Granted it be not wholly preventable, can it be limited, bearing in mind that numbers are of the essence. The significance and consequences of an alien element introduced into a country or population are profoundly different according to whether that element is on per cent or 10 per cent. The answers to the simple and rational question are equally simple and rational : by stopping, or virtually stopping, further inflow, and by promoting the maximum outflow. Both answers are part of the official policy of the Conservative Party.

It almost passes belief that as this moment 20 or 30 additional immigrant children are arriving from overseas in Wolverhampton alone every week - and that means 15 or 20 additional families a decade or two hence. Those whom the gods wish to destroy, they first make mad. We must be mad, literally mad, as a nation to be permitting the annual inflow of some 50,000 dependents, who are for the most part the material of the future growth of the immigrant-descended population. It is like watching a nation busily engaged in heaping up its own funeral pyre.

I turn to re-emigration. If all immigration ended tomorrow, the rate of growth of the immigrant and immigrant-descended population would be substantially reduced, but the prospective size of this element in the population would still leave the basic character of the national danger unaffected. This can only be tackled while a considerable proportion of the total still comprises persons who entered this country during the last ten years or so. Hence the urgency of implementing now the second element of the Conservative Party's policy : the encouragement of re-emigration. Nobody can make a, estimate of the numbers which, with generous grants and assistance would choose either to return to their countries of origin of go to other countries anxious to receive the manpower and the skills they represent. Nobody knows, because no such policy has yet been attempted. I can only say that, even at present, immigrants in my own constituency from time to time come to me, asking if I can find them assistance to return home. If such a policy were adopted and pursued with the determination which the gravity of the alternative justifies, the resultant outflow could appreciably alter the prospects for the future.

It can be no part of any policy that existing families should be kept divided ; but there are two directions in which families can be reunited, and if our former and present immigration laws have brought about the division of families, albeit voluntary or semi-voluntary, we ought to be prepared to arrange for them to be reunited in their countries of origin. In short, suspension of immigration and encouragement of re-emigration hang together, logically and humanly, as two aspects of the same approach.

The third element of the Conservative Party' policy is that all who are in this country as citizens should be equal before the law and that there shall be no discrimination of difference made between them by public authority. As Mr. Heath has put it, we will have no 'first-class citizens' and 'second-class citizens'. This does not mean that the immigrant and his descendants should be elevated into a privileged or special class or that the citizen should be denied his right to discriminate in the management of his own affairs between one fellow-citizen and another or that he should be subjected to inquisition as to his reasons and motives for behaving in one lawful manner rather than another.

Discrimination : against whom ?

There could be no grosser misconception of the realities than is entertained by those who vociferously demand legislation as they call it 'against discrimination', whether they be leader-writers of the same kidney and sometimes on the same newspapers which year after year in the 1930s tried to blind this country to the rising peril which confronted it, or archbishops who live in palaces, faring delicately, with the bedclothes pulled right over their heads. They have got it exactly and diametrically wrong. The discrimination and the deprivation, the sense of alarm and of resentment, lies not with the immigrant population but with those among whom they have come and are still coming. This is why to enact legislation of the kind before Parliament at this moment is to risk throwing a match on to gunpowder. The kindest thing that can be said about those who propose and support it is that they know not what they do.

Nothing is more misleading than comparison between the Commonwealth immigrant in Britain and the American negro. The negro population of the United States, which was already in existence before the United States became a nation, started literally as slaves and were later given the franchise and other rights of citizenship, to the exercise of which they have only gradually and still incompletely come. The Commonwealth immigrant came to Britain as a full citizen, to a country which knew no discrimination between one citizen and another, and he entered instantly into the possession of the rights of every citizen, from the vote to free treatment under the National Health Service. Whatever drawbacks attended the immigrants - and they were drawbacks which did not, and do not, make admission into Britain by hook or by crook appear less than desirable - arose not from the law or from public policy or from administration but from those personal circumstances and accidents which cause, and always will cause, the fortunes and experience of one man to be different from another's.

But while to the immigrant entry to this country was admission to privileges and opportunities eagerly sought, the impact upon the existing population was very different. For reasons which they could not comprehend, and in pursuance of a decision by default, on which they were never consulted, they found themselves made strangers in their own country. They found their wives unable to obtain hospital beds in childbirth, their children unable to obtain school places, their homes and neighbourhoods changed beyond recognition, their plans and prospects for the future defeated ; at work they found that employers hesitated to apply to the immigrant worker the standards of discipline and competence required of the native-born worker ; they began to hear, as time went by, more and more voices which told them that they were now the unwanted. On top of this, they now learn that a one-way privilege is to be established by Act of Parliament : a law, which cannot, and is not intended, to operate to protect them or redress their grievances, is to be enacted to give the stranger, the disgruntled and the agent provocateur the power to pillory them for their private actions.

[...] The other dangerous delusion from which those who are willfully or otherwise blind to realities suffer, is summed up in the word 'integration'. To be integrated into a population means to become for all practical purposes indistinguishable from its other members. Now, at all times, where there are marked physical differences, especially of colour, integration is difficult, though over a period, not impossible. There are among the Commonwealth immigrants who have come to live here in the last fifteen years or so, many thousands whose wish and purpose is to be integrated and whose every thought and endeavour is bent is that direction. But to imagine that such a thing enters the heads of a great and growing majority of immigrants and their descendants is a ludicrous misconception, and a dangerous one to boot.

Communalism

We are on the verge of a change. Hitherto it has been force of circumstances and of background which has rendered the very idea of integration inaccessible to the greater part of the immigrant population - that they never conceived or intended such a thing, and that their numbers and physical concentration meant the pressures towards integration which normally bear upon any small minority did not operate. Now we are seeing the growth of positive forces acting against integration, of vested interests in the preservation and sharpening of racial and religious differences, with a view to the exercise of actual domination, first over fellow-immigrants and then over the rest of the population. The cloud no bigger than a man's hand, that can so rapidly overcast the sky, has been visible recently in Wolverhampton and has shown signs of spreading quickly. The words I am about to use, verbatim as they appeared in the local press of 17th February [1968], are not mine, but those of a Labour Member of Parliament who is a Minister in the Government. 'The Sikh community's campaign to maintain customs inappropriate to Britain is much to be regretted. Working in Britain, particularly in the public services, they should be prepared to accept the terms and conditions of their employment. To claim special community rights (or should one say rites ? ) leads to a dangerous fragmentation within society. This communalism is a canker ; whether practised by one colour of another it is to be strongly condemned.' All credit to John Stonehouse for having had the insight to perceive that, and the courage to say it.

For these dangerous and divisive elements the legislation propose in the Race Relation Bill is the very pabulum they need to flourish. Here is the means of showing that the immigrant communities can organize to consolidate their members, to agitate and campaign against their fellow-citizens, and to overawe and dominate the rest with the legal weapons which the ignorant and the ill-informed have provided. As I look ahead, I am filled with foreboding. Like the Roman, I seem to see 'the River Tiber foaming with much blood'. That tragic and intractable phenomenon which we watch with horror on the other side of the Atlantic but which there is interwoven with the history and existence of the States itself, is coming upon us there by our own volition and our own neglect. Indeed, it has all but come. In numerical terms, it will be of American proportions long before the end of the century. Only resolute and urgent action will avert it even now. Whether there will be public will to demand and obtain that action, I do not know. All I know is that to see, and not to speak, would be the great betrayal.

Hanif Kureish, extrait de The Buddha of Suburbia, Faber and Faber, Londres, 1990

Chapter One

My name is Karim Amir, and I am an Englishman born and bred, almost. I am often considered to be a funny kind of Englishman, a new breed as it were, having emerged from two old histories. But I don't care - Englishman I am (though not proud of it), from the South London suburbs and going somewhere. Perhaps it is the odd mixture of continents and blood, of here and there, of belonging and not, that makes me restless and easily bored. Or perhaps it was being brought up in the suburbs that did it. Anyway, why search the inner room when it's enough to say that I was looking for trouble, any kind of movement, action and sexual interest I could find, because things were so gloomy, so slow and heavy, in our family, I don't know why. Quite frankly, it was all getting me down and I was ready for anything.

Then one day everything changed. In the morning things were one way and by bedtime another. I was seventeen.

On this day my father hurried home from work not in a gloomy mood. His mood wad high, for him. I could smell the train on him as he put his briefcase away behind the front door and took off his raincoat, chucking it over the bottom of the banisters. He grabbed my fleeing little brother, Allie, and kissed him ; he kissed my mother and me with enthusiasm, as if we'd recently been rescued from an earthquake. More normally, he handed Mum his supper : a packet of kebabs and chapatis so greasy their paper wrapper had disintegrated. Next, instead of flopping into a chair to watch the television news and wait for Mum to put the warmed-up food on the table, he went into their bedroom, which was downstairs next to the living room. He quickly stripped to his vest and underpants.

'Fetch the pink towel, ' he said to me.

I did so. Dad spread it on the bedroom floor and fell on to his knees. I wondered if he'd suddenly taken up religion. But no, he placed his arms beside his head and kicked himself into the air.

'I must practice, ' he said in a stifled voice.
'Practice for what ? ' I said reasonably, watching him with interest and suspicion.
'They've called me for the damn yoga Olympics, ' he said. He easily became sarcastic, Dad.

He was standing on his head now, balanced perfectly. His stomach sagged down. His balls and prick fell forward in his pants. The considerable muscle in his arms swelled up and he breathed energetically. Like many Indians he was small, but Dad was also elegant and handsome, with delicate hands and manners ; beside him most Englishmen looked like clumsy giraffes. He was broad and strong too : when young he'd been a boxer and fanatical chest-expander. He was as proud of his chest as our next-door neighbours were of their kitchen range. At the sun's first smile he would pull off his shirt and stride out into the garden with a deckchair and a copy of the New Statesman. He told me that in India he shaved his chest regularly so its hair would sprout more luxuriantly in years to come. I reckoned that his chest was the one area in which he'd been forward-thinking.

Soon, my mother, who was in the kitchen as usual, came into the room and saw Dad practising for the yoga Olympics. He hadn't done this for months, so she knew something was up. She wore an apron with flowers on it and wiped her hands repeatedly on a tea towel, a souvenir from Woburn Abbey. Mum was a plump and unphysical woman with a pale round face and kind brown eyes. I imagined that she considered her body to be an inconvenient object surrounding her, as if she were stranded on an unexplored desert island. Mostly she was a timid and compliant person, but when exasperated she could get nervily aggressive, like now.

'Allie, go to bed, ' she said sharply to my brother, as he poked his head around the door. He was wearing a net to stop his hair going crazy when he slept. She said to Dad, 'Oh God, Haroon, all the front of you's sticking out like that and everyone can see ! ' She turned to me. 'You encourage him to be like this. At least pull the curtains ! '

'It's not necessary, Mum. There isn't another house that can see us for a hundred yards - unless they're watching through binoculars.'
'That's exactly what they're doing, ' she said.

I pulled the curtains on the back garden. The room immediately seemed to contract. Tension rose. I couldn't wait to get out of the house now. I always wanted to be somewhere else, I don't know why.

[...] Dad waited at the door for me, his hands in his pockets. He wore a black polo-neck sweater, a black imitation-leather jacket and grey Marks and Spencer cords. When he saw me he suddenly looked agitated.

'Say goodbye to your mum, ' he said.

In the living room Mum was watching Steptoe and Son and taking a bite from a Walnut Whip, which she replaced on the pouf in front of her. This was her ritual : she allowed herself a nibble only once every fifteen minutes. It made her glance constantly between the clock and the TV. Sometimes she went berserk and scoffed the whole thing in two minutes flat. 'I deserve my Whip, ' she'd say defensively.

'Don't show us up, Karim, ' she said, continuing to watch TV. 'You look like Danny La Rue.'
'What about Auntie Jean, then ? ' I said. 'She's got blue hair.'
'It's dignified for older women to have blue hair, ' Mum said.

Dad and I got out of the house as quickly as we could. At the end of the street, while we were waiting for the 227 bus, a teacher of mine with one eye walked past us and recognized me. Cyclops said, 'Don't forget, a university degree is worth £2,000 a year for life ! '

'Don't worry, ' said Dad. 'He'll go to university, oh yes. He'll be a leading doctor in London. My father was a doctor. Medicine is in our whole family.'

It wasn't far, about four miles, to the Kays', but Dad would never have got there without me. I knew all the streets and every bus route.

Dad had been in Britain since 1950 - over twenty years - and for fifteen of those years he'd lived in the South London suburbs. Yet still he stumbled around the place like an Indian just off the boat, and asked questions like, 'Is Dover in Kent ? ' I'd have thought, as an employee of the British Government, as a Civil Service clerk, even as badly paid and insignificant a one as him, he'd just have to know these things. I sweated with embarrassment when he halted strangers in the street to ask directions to places that were a hundred yards away in an area where he'd lived for almost two decades.

But his naïveté made people protective, and women were drawn by his innocence. They wanted to wrap their arms around him or something, so lost and boyish did he look at times. Not that this was entirely uncontrived, or unexploited. When I was small and the two of us sat in Lyon's Comerhouse drinking milkshakes, he'd send me like a messenger pigeon to women at other tables and have me announce, 'My daddy wants to give you a kiss.'

Dad taught me to flirt with everyone I met, girls and boys alike, and I came to see charm, rather than courtesy or honesty, or even decency, as the primary social grace. And I even came to like people who were callous or vicious provided they were interesting. But I was sure Dad hadn't used his own gentle charisma to sleep with anyone but Mum, while married.


  1. Cf. François PORTIER, Documents for Civilization Studies of Great Britain and the English-Speaking World, PUF, Paris, 1996.
  2. Cf. Marcel DETIENNE, Comparer l'incomparable, Seuil, Paris, 2000.
  3. Son dernier ouvrage paru, Comment être autochtone ?, n'envisage de répondre à la question que par une nouvelle mise en relation : Thèbes contre Athènes, "du pur athénien au français racine", mettant ainsi en lumière, dans son sous-titre même, ce même souci d'imbriquer plutôt que de séparer, de comparer au lieu de cloisonner.
  4. Cf. par exemple Nicole MOULINOUX (ss dir.), L'Epreuve de synthèse aux concours du CAPES et de l'agrégation, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, 2001 : cet ouvrage comporte en annexe une chronologie Grande-Bretagne, Irlande, États-Unis, un tableau des grands mouvements artistiques, ainsi qu'un glossaire de termes techniques en usage dans le commentaire iconographique.
  5. Simon SCHAMA, Landscape and Memory, Harper Collins, Londres, 1995.
  6. Extrait de Narrative of the Indian Revolt, 1858.
  7. Extrait de Freedom and Reality, Elliot Right Way Books, Kingswood, 1969.
  8. Faber and Faber, Londres, 1990.
  9. Cf. infra, Annexe 1.
  10. Cf. infra, Annexe 2.


 

Actes du colloque - Les contenus culturels dans l'enseignement scolaire des langues vivantes 4-5 décembre 2003
Direction générale de l'Enseignement scolaire - Publié le 01 décembre 2004
© Ministère de l'Éducation nationale

Mis à jour le 15 avril 2011
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