Séminaire interacadémique sur l'accompagnement éducatif

Restitution des ateliers du séminaire de Créteil

Evelyne BALLANFAT, IA-IPR de lettres

Articulation de l'accompagnement éducatif et du projet d'établissement

Les ateliers ont fait le constat que le démarrage du dispositif d'accompagnement éducatif a pris en compte à la fois l'existant, le volontariat des personnels et l'urgence liée aux délais de mise en œuvre. Un paradoxe est né de cette situation : bien que n'ayant pas bénéficié de beaucoup de temps d'élaboration pour se mettre en place, le dispositif a finalement bien fonctionné.

Quels sont les points positifs de l'accompagnement ?
Sa part d'innovation et d'originalité dans les démarches, liées à une forte envie de transmettre ; d'où la nécessité, par delà les contraintes d'organisation, de ne pas rendre sa structure trop rigide et de tenir compte de la liberté pédagogique.

L'organisation qui préside à sa mise en œuvre - constitution des emplois du temps, des groupes, des projets, disponibilités des structures - doit favoriser une lecture aisée de son fonctionnement et de ses objectifs, tant au collège que dans l'espace urbain, lui-même riche de dispositifs multiples.

Une telle lisibilité est possible grâce à un diagnostic des besoins, d'autant plus pertinent qu'il résultera d'un regard collectif porté par tous les personnels.
Le point de vue des associations par exemple, pourrait également être pertinent dans ce travail en amont.

La notion de culture peut être un critère pour effectuer un tel diagnostic. Le manque de culture est, en effet, facteur d'iniquité. Il faut, par conséquent, distinguer ce qui relève de la culture scolaire et ce qui est de l'ordre de la construction personnelle. Il est donc essentiel de donner à l'élève la capacité de travailler seul, en favorisant la construction de son autonomie. C'est le moyen de pallier le manque de culture personnelle dont il ne bénéficie pas à la maison. Pour cela, il importe de connaître ce dont dispose l'élève en temps scolaire, hors temps scolaire ainsi qu'au sein de sa famille.

Enfin, il faut avoir conscience que les élèves ont des demandes en termes d'accompagnement qui ne reflètent pas forcément leurs besoins. Ils ne sont pas à même d'élaborer le diagnostic de leurs propres besoins, d'où la nécessité, par ailleurs, de développer leur curiosité en créant des liens entre les savoirs en vue d'un enrichissement personnel.

Si la question de l'articulation entre les besoins des élèves et les offres des enseignants est récurrente, il faut sans doute l'envisager en proposant un projet qui soit à la fois global et s'inscrive pour chaque élève dans un projet individualisé.

Un des groupes a fait la proposition d'une journée qui ne comporterait pas d'aide aux devoirs mais uniquement des activités sportives, artistiques ou culturelles, linguistiques afin de raccrocher les élèves ensuite aux apprentissages. On contournerait ainsi les contenus purement scolaires pour y revenir ensuite, une fois l'estime de soi appréhendée différemment. Il est également important d'impliquer les élèves dans le choix des actions.

Quelle que soit la stratégie envisagée, il apparaît comme fondamental de recentrer le dispositif autour de l'idée de réussite scolaire : l'objectif est d'aider les élèves en difficulté à entrer dans un processus de réussite. A propos du recrutement des élèves et de la notion de volontariat, il a été rappelé qu'on peut inciter fortement mais non obliger.

Il est également important de répondre aux attentes des familles : la réussite ne peut se faire qu'en faisant travailler les élèves sur le long terme en évitant l'écueil du désengagement.

Il est à noter que l'accompagnement éducatif est perçu parfois comme un outil pour débloquer des situations de gestion de classe. Ce dispositif permet de créer d'autres relations avec les élèves, de modifier les regards de part et d'autre.

Si la présence d'heures supplémentaires effectives (HSE) a favorisé l'implication des enseignants, tous ont trouvé, au fil du travail, une véritable motivation pédagogique.

Il s'avère toutefois nécessaire d'offrir une formation à tous les intervenants (enseignants, assistants pédagogiques, assistants d'éducation, intervenants extérieurs) afin que tous travaillent avec des objectifs communs.

Dans un souci de coordination du dispositif, il a été suggéré qu'un enseignant par collège soit responsable de l'accompagnement éducatif et qu'une demi-journée soit destinée lors de la pré-rentrée à réfléchir sur la problématique du projet accompagnement éducatif.

Enfin, la question du devenir du FSE a été posée.


Lien entre le projet d'accompagnement éducatif et l'offre faite à chaque élève dans le cadre d'un parcours personnalisé

3 mots clés ont lancé la réflexion : adhésion, engagement, contractualisation.

La notion de volontariat a posé quelques problèmes, et la question s'est posée de « rendre volontaires » ceux qui en ont le plus besoin. L'idée d'une contractualisation a été émise avec une réserve, toutefois, liée à la volonté de ne pas rendre le cadre trop rigide. Il apparaît important de rendre les élèves moteurs du travail qu'ils vont accomplir.
Comment peut se justifier l'idée de contractualisation ? Elle pourrait répondre à un souci de lisibilité à l'égard des enseignants, des élèves, mais aussi des familles.

Comment répondre au plus juste aux besoins des élèves ?

  • en conciliant besoins et demandes ;
  • en articulant l'accompagnement éducatif avec les dispositifs et les PPRE s'il y en a ;
  • en établissant un diagnostic qui s'intègre au projet d'établissement ;
  • en mettant en lien les différents acteurs (en favorisant aussi les relations entre élèves) ;
  • en s'appuyant sur les compétences du socle ;
  • en préconisant des actions ciblées et identifiables ;
  • en mobilisant les ressources.

Il est nécessaire d'avoir comme objectif constant la clarification.

Autre étape de la réflexion : comment concilier volontariat et besoins ?

  • La notion de réussite scolaire peut constituer un appui.
  • Un temps de coordination des différents acteurs semble aussi s'imposer.
  • La notion de personnalisation implique une certaine souplesse, et doit s'accompagner d'une réflexion pédagogique concertée.

Interaction accompagnement éducatif / temps de classe

Si le travail est bien engagé sur le terrain, le bouleversement qu'il entraîne peut inquiéter. L'accompagnement éducatif « dérange ». Il est donc nécessaire de voir comment il va procéder de façon constructive.

Il faut veiller à l'écueil de l'empilement des dispositifs au sein des collèges et à celui de l'inadéquation de l'offre et de la demande.

De nouveau, l'idée d'un diagnostic précis, intégré à la démarche pédagogique des enseignants, et en lien avec le projet d'établissement, doit permettre de redonner du sens. De même, la mise au point d'évaluations en vue d'obtenir de véritables progrès dans les apprentissages, participe à cette construction du sens.

Aussi est-il nécessaire de définir des indicateurs en :

  • s'appuyant sur l'existant ;
  • sollicitant le conseil pédagogique ;
  • se recentrant sur l'élève ;
  • en raisonnant par compétences : la venue prochaine du livret de compétences serait un bon outil en ce sens.

Quelques mots-clés sont revenus fréquemment au cours des ateliers : cohérence et continuité, volonté de réveiller le désir d'apprendre. Des chartes d'accompagnement à la scolarité, des programmations hebdomadaires ont été évoquées pour favoriser la cohérence du projet et pour lier disciplines, domaines et intervenants.

Il est important également que soient clarifiées les pratiques lors de l'accompagnement éducatif et celles à l'œuvre dans la classe. Il est intéressant de constater que l'absence de lien commence à être perçue comme une perte de temps. Des fiches navettes ont été expérimentées de façon ascendante et descendante : les unes partent des intervenants de l'accompagnement éducatif en direction des enseignants de la classe (fiches navettes indiquant les devoirs faits pendant le temps de l'accompagnement éducatif et en fin de cycle les progrès réalisés) ; les autres vont des enseignants de la classe vers l'accompagnement éducatif (fiche navette mentionnant les devoirs à faire, les consignes...). Il arrive aussi que l'élève soit acteur de son propre suivi et remplisse lui-même les documents de liaison.

Outre ces outils, quelques facteurs peuvent aider le lien entre la classe et l'accompagnement éducatif :

  • le temps de concertation,
  • les instances telles que le conseil d'enseignement ou le conseil pédagogique,
  • le fait d'avoir sa propre classe en accompagnement éducatif, avec, toutefois, cette réserve majeure : le professeur n'a pas le même recul par rapport aux attentes ou aux consignes des devoirs à faire qu'un professeur extérieur à la classe (en particulier pour les consignes qu'il a lui-même formulées).

Enfin, s'impose l'idée que lorsque l'élève perçoit les liens entre l'accompagnement éducatif et la classe, le décrochage scolaire a tendance à diminuer. Le travail sur l'estime de soi est également un facteur important.

Evaluation

Des effets sont constatés, notamment la baisse des incivilités, mais leur évaluation relève du ressenti. La difficulté de l'évaluation est en partie liée à la diversité des mises en œuvre. L'accompagnement éducatif favorise de manière significative le travail en équipe, la concertation en termes d'exigences et de contenus. En revanche, quelques enseignants ont tendance à trop compter sur l'accompagnement éducatif pour résoudre des problèmes pédagogiques. La vigilance est donc de mise.

Se pose aussi la question de pouvoir répondre à une commande nationale d'évaluation du dispositif tout en prenant compte de la diversité des contextes locaux. Il apparaît donc nécessaire de poser un cadre méthodologique et de bien en définir les enjeux : pour qui (pour le système, pour les élèves ?), par qui, sur quelle durée (court, moyen, long terme ?) et pour quoi faire ?

On pourrait parler de la nécessité d'une « forme hybride » de l'évaluation, incluant des indicateurs à la fois nationaux et locaux. Pour cela, il faut du temps, une autonomie de réflexion pour l'établissement, des critères à formaliser. La multiplicité des dispositifs est une difficulté supplémentaire qui ne facilite pas l'évaluation de l'accompagnement pour lui-même. Mesurer la valeur ajoutée du dispositif à partir des compétences du socle peut être une piste de travail. Il faut alors veiller à ne pas confondre évaluation et notation.

Le conseil de classe peut être le lieu où évaluer l'évolution d'un savoir être des élèves, leur intérêt pour des domaines nouveaux. Mesurer l'évolution d'un savoir être vers un savoir faire peut être une nouvelle étape de l'évaluation.

L'accompagnement éducatif cristallise et fait ressortir tous les problèmes sous-jacents. L'absence du livret de compétences à ce jour apparaît comme un véritable manque. Il serait souhaitable également de créer un livret de l'accompagnateur et de mettre à disposition un cahier et des fiches de suivi pour une auto-évaluation.

Conclusion

Avec l'accompagnement éducatif, c'est un changement de perspective, une révolution tranquille qui s'opère : il n'est plus question d'un adulte face à une communauté d'élèves mais d'une communauté d'adultes qui regarde l'élève dans sa singularité.

Les trois termes : accompagner, élever, éduquer soulignent l'enjeu paradoxal de l'accompagnement éducatif :

  • Accompagner, c'est partager son pain, être avec, aux côtés de.
  • Elever, c'est permettre de grandir, d'aller plus haut.
  • Eduquer, c'est conduire.

L'enjeu et le paradoxe de l'accompagnement éducatif résident donc dans le fait d'être à côté et de conduire en donnant les moyens de se conduire seul.

En conclusion, pour que l'accompagnement éducatif permette un enseignement équitable, il est nécessaire qu'il se pose, avant tout, comme une pédagogie solidaire.

Mis à jour le 08 août 2011
Partager cet article
fermer suivant précédent