Séminaire interacadémique sur l'accompagnement éducatif

État des lieux de l'accompagnement éducatif

Jocelyne Leydier IGAENR - Hélène Mathieu IGEN
mai 2009

Introduction: la commande et notre méthodologie de travail

  1. La commande présidentielle arrivée durant l'été 2007 en réponse à une demande sociale forte des familles aspirant essentiellement à un accueil, une aide aux devoirs, à compléter par une offre d'activités culturelles et sportives.
  2. Notre ministre a lancé l'opération dès juillet en direction des collèges de l'éducation prioritaire et il a passé, à l'automne commande, aux deux inspections générales, d'une étude fondée sur trois objectifs : analyser la mise en place de l'opération, l'accompagner et émettre des recommandations pour sa généralisation.
  3. Le cadre méthodologique de l'étude : elle a été conduite tout au long de l'année scolaire 2007/2008 par 9 IG dans 7 académies (les 5 où l'éducation prioritaire est le plus représentée +Orléans/Tour et Poitiers). Nous avons opéré en deux phases structures académiques et départementales plus un certain nombre de collèges avant Noël et retour en avril/mai dans ces mêmes collèges. Nous avons aussi rencontré les grands partenaires nationaux (directions concernées du ministère chargé des affaires sociales - DIF- DIV- ACSé- CNAF -associations AFEV- LIGUE - et collectivités AMF -ANDEV).
  4. La photographie renvoyée aujourd'hui porte en elle-même deux limites : certaines des difficultés pointées sont propres au démarrage de l'opération, de même qu'une partie des données peut être spécifique à l'éducation prioritaire, enfin les langues vivantes ne faisaient pas partie du dispositif.
    Cette intervention est un déclencheur pour conduire nos échanges permettant de dégager les marges de progrès pour ceux d'entre vous qui sont en année 2, en éducation prioritaire, de souligner des constantes pérennisées dans le cadre de l'élargissement de l'opération, mais aussi de faire émerger des questions nouvelles auxquelles nous allons réfléchir, ensemble, au sein des ateliers.

 

I - DANS UN CONTEXTE COMPLEXE UNE MOBILISATION IMPORTANTE DES ACTEURS

Cette opération aura mobilisé beaucoup d'énergie de la part de l'ensemble des acteurs, à tous les niveaux de l'institution, nous avons tenu dans notre rapport et nous tenons encore à saluer leur réactivité.

A -LES DIFFICULTES LIEES A UN DEMARRAGE RAPIDE

Constat majeur : les facteurs organisationnels auront pris le pas les premiers mois pour tout un chacun, sur la réflexion éducative. Il s'agissait de mettre en place.

1- Pour les recteurs et les inspecteurs d'académie épaulés par les coordonnateurs départementaux :

Il a fallu informer, mobiliser les chefs d'établissement de RAR et de RRS, le plus souvent à l'automne, alors que les emplois du temps étaient déjà bouclés, mais aussi assumer la complexité d'une gestion financière à cheval sur deux BOP (second degré puis vie scolaire), les différentes tarifications liées au statut des intervenants et enfin gérer, tout au long de l'année scolaire l'inquiétude des équipes d'établissement sur la pérennisation des moyens.

2- Pour les chefs d'établissement

Il s'agissait :

  • de mobiliser les enseignants volontaires, donc de susciter des candidatures avec une grande liberté de choix éducatif tel que la laissait le texte (version optimiste) ou « un certain flou conceptuel » (version pessimiste) ;
  • de prendre en compte l'existant éducatif de l'intérieur de leur collèges mais aussi de l'extérieur ;
  • de construire une offre à organiser au fil de la semaine et dans la journée.

En prenant en compte dans l'organisation les contraintes des collectivités territoriales qui conditionnent le périmètre de l'offre éducative, avec le calage nécessaire de l'heure de fin des séquences sur les heures de transports scolaire et la question de la disponibilité des TOS pour le nettoyage des salles le soir. Il faut rajouter dans certains collèges les questions de sécurité. Ce verrou lié aux transports scolaire reste déterminant.

 B- UN PAYSAGE EDUCATIF TOUFFU

L'accompagnement éducatif une onde de choc qui affecte :

  • le collège dans ses composantes internes du temps scolaire, à travers les différentes aides apportées aux élèves en difficulté (ATP -PPRE ..)
  • le collège dans ses propres dispositifs éducatifs qui irriguent les mêmes champs des pratiques artistiques, culturelles et sportives, l'UNSS, ainsi qu'Ecole ouverte..;
  • mais aussi les dispositifs portés par et/ou en relation avec ses partenaires publics et les associations déjà très engagées sur ces champs : les opérations d'excellence conduites dans les RAR -les contrats éducatifs locaux (CEL) - les contrats locaux d'accompagnement à la scolarité (CLAS) - les dispositifs de réussite éducative (DRE) du Plan de cohésion sociale.

  • Conséquences :
  • pour le système nous avons observé des innovations mais aussi du retraitement. Un certain nombre d'actions déjà portées par l'Ecole et ayant fait leur preuve ont été mises à l'actif de cette démarche et se sont inscrites dans le dispositif.
  • pour l'extérieur deux questions majeures : quel avenir pour les associations engagées dans l'accompagnement à la scolarité et comment intégrer ce dispositif dans les nouveaux cadre de la politique de la ville, projet éducatif local, les contrats urbains de cohésion sociale (CUCS).

C- LA MOBILISATION DES ACTEURS ET SES EFFETS

  1. Les personnels de direction se sont extrêmement mobilisés et continuent de l'être : il est clair qu'au-delà des tâches organisationnelles, ils sont plus que jamais interpellés par le pilotage pédagogique de cette opération « qui n'est pas un supplément d'âme ».
  2. Les enseignants : malgré les réserves manifestées par certains sur des fondements pratiques ou idéologiques (particulièrement en ce qui concerne l'EPS), force est de constater et (les chiffres du bilan 2008 de la DGESCO sont parlants) qu'il y a eu une réelle mobilisation des enseignants. Dans le champ de l'éducation prioritaire, nous avons pointé le rôle des professeurs RAR et l'engagement de nombreux professeurs des écoles pour l'aide aux devoirs (particulièrement utiles dans le cadre de la liaison école/collège). Le facteur humain joue et le charisme de certains, leur côte de popularité a pu drainer les élèves au point de déséquilibrer les groupes.

    En termes d'effets : nous avons noter que :
    le regard des professeurs sur les élèves a changé : en petit groupe, il est plus aisé d'observer les comportements différenciés des élèves face à la difficulté et de les mieux comprendre,
    le regard des élèves sur les professeurs a changé, créant une forme d'apaisement dans cette autre forme de relation pédagogique, fondée sur la confiance, l'élève ressentant dans ce contexte que l'adulte est là pour l'aider,
    le regard de l'enseignant sur les prescriptions de travail données par ses collègues aux élèves, l'interroge sur ses propres pratiques (surtout quand il n'intervient pas dans sa discipline) il réalise la somme des devoirs donnés et quelques fois l'inintelligibilité de certaines consignes,
    le regard des parents a changé sur les enseignants qu'ils plébiscitent, mais au-delà, sur l'institution scolaire dont ils saluent « une nouvelle bienveillance »,
    reste que les élèves et les parents nous ont exprimé leur satisfaction et que le changement des représentations est massif « on n'est plus de SAS (sans avenir scolaire) », « un prof cela peut m'aider ».
  3. L'implication et l'expérience des assistants pédagogiques ont joué aussi, surtout lorsque la coordination avec l'équipe enseignante s'est bien faite.
  4. L'implication des CPE a retenu notre attention. Au delà de leur implication classique dans le contrôle des présences, certains ont été de vrais « agents de liaison » (avec les professeurs principaux et les chefs d'établissement) pour convaincre les familles et les élèves, d'autres ont aussi pris part à l'aide aux devoirs ou à d'autres actions. Ils s'y sont intéressés car cela leur permet d'avoir un rapport différent (d'aide plus que de surveillance) avec les élèves.
    Nous avions très fortement pointé la question de leur rémunération ainsi que celle des documentalistes et l'administration centrale en a tenu compte.
  5. Les personnels ATOS se sont impliqués : des gestionnaires ont animé des activités et les personnels TOS déjà concernés dans leur fonction classique d'entretien et de fait affectés par le décalage des horaires ont dans certains cas (cuisine -jardin) participé à l'opération.
  6. Les intervenants extérieurs sont apparus, dans cette première phase, plus souvent comme un élément de complexité en raison des problèmes de tarification ou de questions liées à leur statut (professionnels du spectacle : accord UNEDIC pour artistes et techniciens du spectacle vivant ne pouvant déclarer les heures faites en EPLE pour l'ouverture des droits à assurance chômage que s'ils sont payés par un établissement de formation. Par ailleurs nos tarifs pour les intervenants extérieurs sont très inférieurs à ceux pratiqués par les collectivités locales ou les associations et fondés sur la notion de diplômes pas adéquate dans ce cas ), mais aussi parce que notre institution dans sa relation partenariale balance toujours entre deux tendances : un juste contrôle de leur déontologie et de la qualité de leur apport éducatif et une propension à les considérer plus comme « un apport plus supplémentaire que réellement complémentaire », c'est à dire comme des co- constructeurs de projets.
  7. Les corps d'inspection ont accompagné la mise en place système quand ils étaient coordonnateurs ou référents RAR. Certains ont réalisé des guides d'accompagnement par discipline et /ou des livrets pour les élèves.


II- VERS UNE NOUVELLE DONNE EDUCATIVE ?

En préalable : les collèges de l'éducation prioritaire avaient déjà l'expérience de la difficulté et d'une certaine forme d'organisation, (avec des petits groupes, salles à part, accès CDI, salles informatiques) l'accompagnement éducatif aura juste permis de différencier ce temps du temps d'enseignement

A- DU COTÉ DES ÉLÈVES

Il faut bien admettre que les plus en difficulté ne viennent pas : il s'agit plutôt d'élèves très moyens qui veulent se débarrasser du poids des devoirs et des leçons pour rentrer tranquilles à la maison, les parents se réjouissant aussi de cette prise en charge du suivi scolaire qu'ils ne peuvent pas toujours assumer.

Leur participation doit être volontaire selon les textes, pourtant, beaucoup sont désignés par les professeurs principaux, à l'issue des conseils de classe du 1er trimestre par exemple ou inscrits d'office par leurs parents. D'après nos observations seul le volontariat marche vraiment quand l'élève est motivé et désireux de se perfectionner : il est nécessaire qu'il adhère.

Il est clair que les équipes éducatives doivent susciter l'adhésion des élèves qui en ont le plus besoin sans exclure les autres volontaires pour progresser. En effet nous avons constaté les bienfaits d'une certaine mixité des publics car elle permet la transmission par les pairs .(ex à Jean Lurçat Sarcelles, c'est un tutorat entre un bon élève, un autre qui a des difficultés d'expression, primo arrivant et un troisième qui peine en mathématiques. Les élèves sont calmes, travaillent en autonomie, motivés et très participatifs. L'équation personnelle de l'enseignant, là en recours, contribue sans doute beaucoup au climat de confiance. Mais la réussite est telle que certains élèves projetaient de revenir aider au collège l'année d'après quand ils seront en 2nde).

Mais le risque est de faire de ces élèves très consommateurs d'école, des assistés, incapables de travailler seuls au lycée et candidats au décrochage. Il faut donc les aider en les préparant à l'autonomie comme le préconise le socle commun qui précise que l'élève doit être « capable de concevoir, de mettre en oeuvre ou de réaliser des projets individuels ou collectifs dans les domaines artistiques, sportifs ou socio -économiques...d'apprendre à passer des idées aux actes, de prendre des décisions, s'engager, prendre des risques en conséquence. ».

Leur assiduité est variable dans le temps avec une évolution au fil de la semaine, en fonction des trimestres et selon la typologie des ateliers : les élèves sont beaucoup plus assidus lorsque l'atelier est construit sur un projet avec une production de fin d'année (ex film, pièce de théâtre, exposition, jardin).Cela pose le problème du contrôle.

B -LE SENS PEDAGOGIQUE DE L'AED ET LA POSTURE DES FORMATEURS

La première chose à faire est de préciser de quoi on parle et ce qu'on veut faire dans l'aide aux devoirs.

S'agit-il d'Étude surveillée : travail personnel dans un lieu silencieux, d'Étude dirigée : avec recours ponctuel à un adulte ressource, de tutorat adulte/élève : lien privilégié avec un adulte, de Monitorat pour faire profiter de jeunes élèves de l'expérience d'élèves plus avancés, transmission par les pairs ? Quels en sont les objectifs ? Aide disciplinaire : à apporter à un élève en difficulté ponctuelle ou régulière, par un spécialiste de la discipline ?

Aide méthodologique : organisation du travail, rangement du cartable, tenue du cahier de textes, prise de notes ? Aide mixte ? Aide spécifique : difficultés avec la langue française, le raisonnement, par exemple. En fonction des réponses à ces questions on choisira les horaires : soir, matin, midi, heures de permanence ; la durée : trimestre/semestre/année ; le lieu : salle de classe, petite salle dédiée, CDI ; le type d'évaluation et ses indicateurs (résultats, motivation, comportement).

Faut-il penser l'accompagnement éducarif en complémentarité des PPRE (programmes personnalisés de réussite éducative) ? Certains recteurs le préconisent dans le cadre d'une évolution du système éducatif qui exige désormais de prendre en charge une aide de plus en plus individualisée (ATP en 6ème..) et à côté de l'instruction de développer une démarche d'éducation d'accompagnement des apprentissages, en primaire comme en licence.
Mais attention à ne pas toujours privilégier que l'aide individualisée, le travail en petit groupe est aussi efficace.

Enfin ce dispositif renvoie à la question du temps consacré aux devoirs : 1 heure peut s'avérer insuffisante pour les niveaux 4 eme et 3 eme et cela nous interpelle sur la quantité de devoirs donnés et à leur répartition sur la semaine ; en effet, certains soirs les élèves ne finissent pas et d'autres soirs, ils sont inoccupés. Donc l'accompagnement éducatif ne peut être construit qu'en articulation avec les cours ce qui nécessite pour optimiser le système une réelle concertation entre les enseignants de classe et les autres intervenants.

Cela nous mène aussi, tout naturellement à considérer l'accompagnement éducatif comme un élément dans le parcours de l'élève qui y adhère et s'implique.

Certains établissements ont élaborés des carnets de bord ou carnet de compétences que l'élève tient lui-même (collège de Creil, mais aussi inspection académique des Bouches du Rhône). Il en existe bien pour les élèves de première et de terminales des sections L3 Théâtre, cinéma et cirque dans lesquels l'élève y consigne ses propres avancées sur la matière enseignée, ses découvertes, sa réflexion. Demander à l'élève de noter sa progression, au fur et à mesure, est un excellent moyen de l'aider à s'approprier sa scolarité, d'en prendre conscience.

Enfin, l'accompagnement éducatif constitue un moment pour approfondir, prendre le temps, expérimenter. Avec des élèves volontaires, demandeurs, plus disponibles ...Une autre manière d'apprendre, un moment pour apprendre à apprendre. A signaler la posture intéressante d'enseignants, disant d'eux-mêmes « nous avons joué un rôle d'adulte instruit plutôt que de précepteur expert » sortant quelques fois de leur champ disciplinaire et acceptant d'éventuels tâtonnement. C'est aussi une occasion de rencontre avec les parents et les partenaires.

C- L'EQUILIBRE ENTRE LES DOMAINES A ESSAYER DE PRESERVER DE FAÇON VOLONTARISTE

L'équilibre entre les différents domaines est peu respecté.
Cette année l'aide aux devoirs représente en moyenne 64 ,4 % du total des activités ; 11,3 % pour le sport, 21,1 % pour la culture, 3,2 % pour les langues vivantes. Mais ce ne sont que des chiffres de moyenne nationale, lesquels écrasent un peu la réalité dont nous souhaitons signaler la diversité.
Pour mémoire, l'an dernier dans l'éducation prioritaire, l'aide aux devoirs a représenté 71, 2 %, la pratique artistique et culturelle 19,4 % et la pratique sportive 9,4 %
La prééminence de l'aide aux devoirs (répondant à la demande des élèves et des familles) a eu tendance à faire glisser l'ensemble du système vers le soutien et la remédiation pénalisant la mise en place d'activités artistiques et culturelles ou sportives.

 LES ARTS

Les pratiques artistiques peinent encore aujourd'hui à être considérées comme un vecteur d'aide à la scolarité des élèves, car elles sont enfermées dans des représentations fausses, de divertissement ou d'animation : trop souvent les collègues ne proposent aux élèves en difficulté de lecture que du soutien, des études dirigées, de l'aide aux devoirs, toujours centrés sur le déchiffrage. C'est au contraire, une nouvelle occasion, de les replacer au cœur de la mission d'éducation, comme un fabuleux levier de réconciliation avec le système scolaire des élèves démotivés, décrocheurs ou en difficulté.

Cela implique de lever l'ambiguïté des termes de « pratiques artistiques et culturelles » dont le périmètre reste flou devant un constat de catalogue à la Prévert d'activités entretenant parfois un lien très distendu avec des pratiques artistiques.
Il y a lieu de distinguer la pratique artistique, démarche particulière intérieure de recherche et d'expression qui engage tout l'individu à s'emparer d'un langage, de matériaux et d'objets /de la pratique culturelle qui va de la recherche documentaire sur un patrimoine local, la visite préparée d'un musée, la réalisation d'une exposition, à la rencontre d'un artiste ou des acteurs d'un conseil d'architecture, d'urbanisme et d'environnement (CAUE).
Appuyions nous sur la longue expérience des enseignements artistiques obligatoires et insistons sur le rôle majeur du partenariat en l'inscrivant dans le projet d'établissement avec garantie d'actions durables et de qualité. La circulaire de 1992 sur les jumelages trouve dans ce contexte tout son sens car permet à l'établissement scolaire de passer des conventions avec un organisme culturel qui assure alors la rémunération des intervenants à un tarif plus attractif que le notre.

LES SPORTS

C'est l'activité la moins développée (si l'on excepte les langues vivantes).
Les raisons en sont multiples :
l'offre des clubs sportifs est déjà abondante, les équipements sont saturés en soirée ou inexistant,
le ramassage scolaire qui rend la pratique en soirée difficile.
Les enseignants d'EPS se sont faiblement mobilisés, inquiets de perdre avec cette offre gratuite des adhérents à l'association sportive et donc de menacer à terme les 3 heures hebdomadaires de forfait. (menace du décret du 12 février 2007, abrogé le 31 août 2007). Sauf par endroits où ils voulaient « occuper le terrain face aux clubs sportifs ».
Par ailleurs les dossiers de financements des DDJS ont quelques fois semblé à certains complexes à monter.
Quand cela fonctionne, le projet est alors fondé sur une complémentarité avec l'AS (activités proposées différentes de celle de l'AS, ou articulation avec un deuxième niveau en escalade quand le 1er niveau est assuré par l'AS.

LES TICE

Paradoxalement l'utilisation des TICE est marginale dans l'aide aux devoirs et aux leçons ainsi que dans les ateliers artistiques ou culturels ; le professeur en reste souvent le principal utilisateur. Même si quelques collèges se donnent comme objectif la maîtrise des TICE, en relation avec la validation progressive des compétences du Brevet informatique et Internet (B2i).

Pourtant les TICE constituent un facteur de motivation propre à susciter les inscriptions volontaires et entretenir l'assiduité. Elles permettent de diversifier les supports et les modalités d'apprentissage.
Les outils numériques offrent la possibilité de travailler à son rythme, l'accompagnateur laisse les élèves autonomes, favorise leur prise d'initiative dans un certain nombre d'activités adaptées à leurs acquis et aux compétences visées, comme le recommandent les deux derniers chapitres du socle commun. Il gère plus aisément l'hétérogénéité des groupes. Les professeurs documentalistes ont un rôle majeur à jouer qu'il conviendrait de développer.

III - PARTENARIAT ET PILOTAGE

A- LES PARTENAIRES : UNE POSITION NON HOMOGENE

  1. La réserve et l'attentisme prudent des tenants de l'accompagnement scolaire partenaires d'Etat et associatifs

    Certains partenaires d'Etat, directement, ou via des associations qu'ils financent ont investi, depuis les années 80 d'autres les années 90 « l'accompagnement scolaire » (devenu accompagnement à la scolarité) dans des créneaux horaires de fin d'après midi et /ou ont investi les collèges de l'éducation prioritaire en co-finançant l'opération Ecole ouverte.
    Le ministère en charge des affaires sociales, dans sa composante politique de la ville, depuis 2005, prend en charge des élèves des zones de l'éducation prioritaire et de ses propres périmètres à travers les Projets de réussite Educative qui sont consacrés à 60 % à l'aide aux devoirs (bilan 2007). Avec la CNAF, ils constituent les deux plus importants supports financiers de l'accompagnement à la scolarité, au sein du CLAS.
    Ces partenaires se sont posés et se posent la question de la réorientation éventuelle de leurs priorités donc de leurs financements.
    L'opération Ecole ouverte aussi, construite sur ces bases partenariales et dont les fondements (l'école après l'école -les trois volets d'activités avec une recherche d'équilibre l'ouverture aux animateurs extérieurs) ont été « clonés » pour créer l'accompagnement éducatif, pourrait connaître des évolutions.
    Les grandes associations qui accompagnent l'enseignement public qui revendiquent la particularité de leur approche ont exprimés leur crainte d'une scolarisation des temps éducatifs : elles souhaitent la prise en compte de l'existant, une articulation entre projet d'établissement  ou d'école et projets éducatifs locaux (PEL) et font référence, en termes de garanties déontologiques à la Charte de l'accompagnement scolaire : le ministère les incitent à s'engager fortement dans l'accompagnement éducatif soyons attentifs à leur offre.
    Il est extrêmement difficile pour les ACEP de proposer des activités, défiance des personnels de direction. Pas d'organisation au niveau départemental ! Il y aurait un intérêt à des conventions départementales avec les associations et certaines équipes culturelles pour une meilleure diffusion des activités, sinon les collèges ruraux resteront toujours à l'écart.
  2. L'opposition marquée des collectivités territoriales

    Attachées historiquement au secteur péri éducatif, les communes craignent la désaffection des familles à leur endroit d'autant que leurs formations sont payantes et qu'elles recrutent souvent des personnels de l'institution.
  3. La volonté de participation des ministères en charge du Sport et de la Culture

    Le partenariat avec le Sport s'est construit à tous les niveaux du système, articulé sur un système conventionnel avec la mise en œuvre de crédits importants. Ces crédits permettent la rémunération d'intervenants et du petit équipement. Cet apport extérieur a pu permettre de diversifier certaines pratiques (golf, cheval) mais l'afflux de l'offre de ces partenaires n'a eu localement qu'un succès relatif (seulement 1000 ateliers) alors que de très bons partenariats se tissaient entre les acteurs institutionnels.

    Le partenariat avec la Culture : le risque est de revenir en arrière question qualité des actions ; depuis 1983 beaucoup de progrès ont été faits en terme de collaboration entre enseignants et équipes artistiques ou patrimoniales. Avec l'accompagnement éducatif les EPLE ont tendance à faire seuls, c'est dommageable !

B- LE PILOTAGE INTERNE ET EXTERNE : plutôt des recommandations (qui rejoignent les problématiques posées par les ateliers)


  1. Au niveau de l'établissement
    L'intégration de l'accompagnement éducatif à la politique de l'établissement est à construire au sein du projet d'établissement en organisant des réunions de concertation entre les différentes catégories d'intervenants et en faisant du projet un lieu de convergence entre l'offre éducative du collège et l'offre l'extérieur. En prenant appui sur le conseil pédagogique, comme lieu d'analyse, construire un projet global qui lie étroitement cours et aide aux devoirs, essayer de mieux répartir les devoirs sur la semaine, moduler les activités proposées en fonction de la période de l'année scolaire et réaffirmer les vertus des pratiques artistiques culturelles et sportives.

    Dans ce projet la gestion du temps : en raison, mais pas seulement, de la question des transports scolaire l'accompagnement éducatif s'est souvent développé au fil de la journée dans les trous de l'emploi du temps avec des actions étiquetées aide aux devoirs, à la place des études ou des activités artistiques et sportives. Certains collèges ont choisi d'offrir la même activité, pendant les deux heures, mais plus fréquemment une heure d'aide aux devoirs est suivie d'une heure d'activité artistique et /ou sportive.
    Nous avons recommandé de ménager une pause de 16 H à 16H 15 avec un goûter (repos des élèves et rupture symbolique) mais réaction de certains élèves qui craignent de n'avoir pas fini leurs devoirs.

    L'information : participation : il revient aux principaux de faire connaître l'accompagnement éducatif par une demi-journée ouverte aux parents et aux élèves (penser à faire témoigner les élèves et à préparer ces journées avec les professeurs, les travailleurs sociaux et les intervenants associatifs qui sont une aide pour faire venir les familles que l'on ne voit pas).
    Leur faire passer le message de l'assiduité (sur une durée à arrêter un peu contractuellement).

    Le travail partenarial nécessite évidemment la prise de contact avec les communes, les associations, les chefs de projets des dispositifs de réussite éducative pour positionner notre offre éducative en articulation avec celle des autres. Essayer de garder la pluralité des intervenants même si nous répondons préférentiellement à la demande sociale des parents demandeurs d'enseignants. Mais bien positionner le rôle des assistants pédagogiques des assistants d'éducation sous la responsabilité des enseignants et associer les équipes éducatives au choix des partenaires.
    L'idéal serait d'organiser des formations communes pour intervenants intérieurs et extérieurs.

    La mise en place d'une évaluation s'impose : les premiers retours que nous avons eus renvoyaient plutôt à de l'auto évaluation du côté des élèves, les professeurs notant des progrès sur le comportement, sur l'organisation du travail chez les vrais volontaires : ils étaient, à cette époque, plus nuancés en matière d'acquis disciplinaires.
  2. Les échelons académiques et rectoraux ont en charge la mobilisation et le suivi des équipes éducatives, par un travail croisé entre les coordonnateurs départementaux et les corps d'inspection.

    Les rectorats et inspections d'académie sont aux avants- poste pour le partenariat avec le ministère des Sports et les fédérations des mouvements associatifs. Les corps d'inspection doivent se mobiliser ainsi que les responsables de l'action culturelle, de manière à expliciter la liaison à construire entre projet d'établissement, accompagnement éducatif et la mission éducative des institutions culturelles.
    Revient plus spécifiquement au niveau départemental, la responsabilité des contacts avec les Conseils généraux sur le problème prégnants des transports.
    La réflexion sur l'évaluation se situe aussi à ce niveau ; production d'outils, guides, échanges de pratiques... organisons les synergies.
  3. Au niveau national
    Nous avions demandé : d'élaborer un dispositif national de formation pour accompagner la montée en charge, de concevoir des documents en lien avec les partenaires institutionnels et associatifs, de créer un espace dans EDUSCOL et bien sûr, aussi de travailler sur l'évaluation en élaborant un tableau de bord partagé entre administration centrale et académies.

CONCLUSION

Vous avez un rôle majeur à jouer, face à la complexité des dispositifs qui se surajoutent d'une année sur l'autre ; l'accompagnement éducatif est une opportunité de retravailler sur le sens de l'acte éducatif, le sens commun aux enseignements, à la vie scolaire et à tout le péri éducatif.
Nous avons tous tendance naturellement à partir de l'offre alors qu'il faudrait plutôt partir d'un diagnostic des besoins des élèves.

Essayions de leur faire percevoir l'intérêt de cette mesure afin de les rendre acteurs de leur propre scolarité, d'un parcours auxquels ils adhéreraient. Mais aussi à leurs parents, pour éviter qu'ils se « déchargent totalement de ce suivi scolaire » et qu'ils les accompagnent en toute connaissance de cause.

Enfin, informons nos partenaires des autres ministères, les collectivités territoriales, et les associations avec qui nous partageons la responsabilité de cette mission d'éducation, afin de construire de la cohérence éducative dans l'intérêt des élèves et des deniers publics.

La mission d'éducation n'est pas autre chose, en vérité, que cette humilité d'accompagner la rencontre de l'enfant avec la connaissance et l'émotion. C'est à chaque fois une aventure profonde, intime, singulière, largement imprévisible qui peut certes s'aménager, mais ne saurait se décréter!
Vous l'aurez compris, l'humilité n'interdit pas la conviction !

Mis à jour le 08 août 2011
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