Prévention du décrochage scolaire
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Source : Table ronde - Salon de l'éducation, Paris, Porte de Versailles, 19 novembre 2003
Nature du document : prise de notes
Intervention deFrançoise Ropé, professeure à l'université de Picardie et, notamment, responsable scientifique d'une équipe de chercheurs des laboratoires : Savoirs et socialisations en éducation et formation (SASO) de l'université de Picardie, Savoirs, cognition et pratiques sociales (SACO) de l'université de Poitiers et de l'atelier de recherches sur l'éducation et les savoirs (ARES) de Bondy, dans le cadre du programme interministériel de recherches sur les "Processus de déscolarisation" commandité, entre autres institutions, par la direction de l'Enseignement scolaire.
L'équipe de Françoise Ropé, constituée de Guy Brucci, Louise Fromard, Bertrand Geay, Jean-Paul Gehin, Aude Girier, Bénédicte Kail, Arlette Meunier, Nathalie Oria, Laurence Proteau, Laurence Tarrin, Claude Thiaudière, a montré, dans ce cadre, que :
Une étude ethnographique, dans un collège, a mis en lumière un investissement très important autour de la gestion des absences, avec des négociations internes sur la nécessité de procéder à des " signalements " parfois discriminants car seuls les parents les moins démunis savent utiliser les procédures de justification d'absences qui permettent d'échapper au signalement (certificat médical, courrier, visite, etc.).
Le travail de tous est difficile et souvent remarquable, tout en révélant des logiques, des mondes sociaux différents :
Un point commun existe, cependant, entre tous ces acteurs : chacun fait une analyse sociologique de la situation puis tient un discours psychologique imputant l'essentiel des problèmes à la famille : quand plusieurs causes se superposent (divorce, famille instable, trajectoires sociales impossibles…), les acteurs ont tendance à ne retenir, par exemple, que l'idée de la famille monoparentale.
L'équipe de chercheurs a pris le parti de refuser les typologies trompeuses. Les transformations économiques et sociales rendent plus décisives les ruptures survenant dans les existences individuelles. Le chômage de masse, la précarité pèsent lourdement sur l'évolution des situations.
À Amiens, l'équipe a vécu un véritable "plongeon dans la misère" et a observé des modes de scolarisation chaotiques ou vides de réelle activité scolaire et de sens.
Or l'apprentissage est, en lui-même, une forme majeure de socialisation.
Il faut se garder des généralisations : certaines pratiques permettent, au contraire, de réels progès scolaires à la fois régulateurs et émancipateurs. Dans un foyer pour délinquants lourds, une professeure parvenait, entre autres, à remobiliser des adolescents en mathématiques de manière exemplaire.
Cependant, on peut observer des dysfonctionnements importants :
Ces quelques éléments non exhaustifs ont été rappelés, seulement, pour lancer le débat.
Intervention d'Ahmed Dakki, professeur de sciences physiques, qui témoigne des pratiques d'une équipe pédagogique. Il a enseigné en classe relais dans un collège de Blois. Il s'occupe maintenant d'une "structure d'accueil d'aide et d'accompagnement scolaire" (SAS) interne au collège Rabelais de Blois.
Cette structure bénéficie du soutien de la mission académique des innovations pédagogiques (MAIP) de l'académie d'Orléans-Tours.
La structure SAS repose sur un travail d'équipe entre le chef d'établissement, trois professeurs du collège, l'assistante sociale, l'infirmière, l'assistant d'éducation et l'équipe éducative de la classe d'origine de chaque élève.
Ce travail porte, essentiellement, sur la prise en charge individuelle et sur la liaison entre la classe d'origine et la classe SAS.
Cette structure accueille des élèves de 5e et de 4e démotivés qui n'ont pas de gros problèmes de comportement mais qui risqueraient, s'ils restaient en échec sans être soutenus rapidement, d'aller vers la rupture scolaire, voire la délinquance pour quelques-uns. Lorsque c'est le cas, un autre type de structure est nécessaire.
Les équipes pédagogiques du collège repèrent les élèves susceptibles de tirer profit de la structure SAS. Le professeur principal fait la synthèse des observations recueillies et propose la structure.
Les familles et les élèves doivent donner leur accord et ressentir la classe SAS comme une chance de repartir vers la réussite.
Le travail s'effectue autour de trois axes principaux :
Le but est que l'élève revienne dans sa classe au bout de trois semaines, motivé et en ayant repris confiance en lui-même, en sa capacité de progresser.
Ce qui différencie une classe relais et une classe SAS :
Intervention de Dominique Brossier, directrice au bureau des méthodes de la direction de la protection judiciaire de la jeunesse (DPJJ).
En réponse à une inquiétude exprimée quant aux nouveaux textes qui vont sanctionner les parents d'élèves absentéistes, Dominique Brossier tient à apporter quelques précisions : cela concerne uniquement les familles qui entravent délibérément la scolarité de leurs enfants. L'amende peut aller jusqu'à 750 €. C'est un maximum. Il est possible de s'en tenir à un ou deux € symboliques. C'est au tribunal de juger au cas par cas. Ces parents peuvent aussi bénéficier de modules de soutien à la "parentalité".
La procédure de suppression ou de suspension des allocations familiales, en vigueur depuis longtemps, était longue, lourde et inique. Elle a été abrogée.
Les services de la DPJJ prennent en charge des mineurs et, parfois, jusqu'à 21 ans, des jeunes majeurs confiés par un magistrat de la jeunesse. Ces jeunes ont eu, en général, de nombreux malheurs : problèmes de santé, problèmes sociaux et familiaux, entraînement au sein de bandes, rencontres avec les produits illicites. Sur le plan scolaire, ils ont plus de retard que la moyenne des élèves : deux ans et plus, très souvent, dès la 6e. La plupart quitte l'école avant 15 ans. Ils présentent souvent des troubles du comportement.
Les mesures ordonnées par les juges des enfants le sont à deux titres :
La carrière scolaire des mineurs délinquants est souvent marquée par l'échec et le décrochage mais cela ne permet pas d'en déduire un lien direct de cause à effet réciproque. Cela devra être dit fermement dans le projet de loi de prévention de la délinquance. La déscolarisation ne conduit pas automatiquement à la délinquance.
Les éducateurs sont impuissants devant un certain nombre de problèmes rencontrés par les familles : chômage, misère sociale, logement, troubles mentaux…
Pour les jeunes, c'est l'éducation et la culture qui permettent d'ouvrir des portes de sorties. Il faut donc les maintenir à tout prix sur un parcours scolaire ou de formation.
Dès 1985, la première classe relais a, ainsi, été créée à Montpellier et, depuis, les collaborations entre la DESCO et la DPJJ n'ont pas cessé de se développer et de se diversifier. La PJJ est satisfaite des classes relais du fait même qu'elles n'accueillent pas seulement les jeunes qui lui sont confiés. Elles permettent, au seul titre de l'obligation scolaire, de maintenir ces jeunes dans un statut d'élève qui est fondamental pour la construction de leur identité d'adolescent, pour " être comme les autres ".
L'Éducation nationale ne peut pas faire face seule à tous les problèmes de ses élèves. Parfois, il est difficile de travailler en mêlant, dans une même classe, les problèmes de comportement et de compréhension.
Il faut noter, par ailleurs, que les jeunes les plus délinquants ne sont pas forcément les plus gênants.
La situation des élèves six mois après leur sortie de classe relais est, en moyenne, la suivante :
Ainsi, au total, 73% retrouvent un parcours de formation.
Quelques grossesses précoces sont classées dans cette catégorie d'obstacles à la reprise d'études ou de réinsertion directes.
Françoise Ropé signale également l'important travail de multiples associations qui ont pu s'occuper de ces derniers.
Intervention de Liliane Octave, principale du collège "Le pré des Roures" au Rouret dans l'académie de Nice, qui témoigne d'autres pratiques face à d'autres formes de ruptures, dans le cadre d'un autre dispositif SAS de soins/études à Vence.
Cette structure accueille 150 jeunes de 7 à 25 ans en rupture scolaire depuis longtemps. Ces jeunes souffrent de maladies surtout somatiques : dépression, anorexie, surcharge pondérale, accidents de la circulation... Tous les niveaux de scolarité sont représentés : école, collège, lycée, lycée professionnel, études supérieures.
Le but est d'offrir le moyen de continuer la scolarité ou les études chaque fois que c'est possible, ou de trouver un parcours alternatif. Le plus souvent ces jeunes ne supportaient plus l'école du fait de leur maladie.
Un dispositif d'enseignement à la carte leur est proposé avec des ateliers et des modalités pédagogiques plus attractives (créations poétiques, littéraires, artistiques avec des expositions pour les valoriser, mathématiques sous forme de jeux, mots croisés, appui sur l'histoire, la géographie, la mythologie...)
Des professeurs volontaires se regroupent autour d'un professeur référent qui accueille l'élève avec le proviseur. Le potentiel médical et intellectuel du jeune est évalué de manière à pouvoir proposer des activités correspondant à cette évaluation l'après-midi et des soins le matin ou d'autres types d'activités telles que des stages de sensibilisation aux métiers.
L'élève fait des allers et retours entre la classe et les lieux de ses stages. Il reste de plus en plus longtemps et souvent en milieu scolaire, au fur et à mesure que le temps d'attention, de concentration et de travail qu'il supporte s'allonge, jusqu'à son retour, complet parfois.
Une seule activité est obligatoire : l'atelier hebdomadaire "Projet personnel".
Les professeurs s'impliquent beaucoup en faisant souvent du bénévolat.
L'équipe est soutenue par la mission académique des innovations, et par deux types de soutien : médical et psychologique. Les professeurs participent régulièrement à un groupe de parole.
Selon Dominique Brossier, des pratiques pédagogiques adéquates favorisent ces progrès.
Il n'y a pas d'un côté la socialisation et de l'autre les apprentissages : cela se construit et s'étaye mutuellement, simultanément. Les élèves des classes relais, dispositif de l'Éducation nationale, savent qu'ils sont là pour apprendre. Si leur sont proposées des activités uniquement pour rendre les relations meilleures, ils ne sont pas dupes et expriment leur désaccord.
C'est pourquoi des outils pédagogiques ont été créés avec la DESCO.
Les ressources pédagogiques sont nombreuses et les élèves ont reçu déjà de multiples aides avant d'arriver en classe relais. Il était nécessaire de tenir compte de la spécificité de leur situation.
Une classe relais ne durant pas plus d'un an, il fallait :
Le travail de groupe, le "conflit socio-cognitif", le fait de "frotter sa cervelle à celle d' autrui", comme disait en substance Montaigne, de ses pairs en particulier, sont aussi importants que le travail individuel et duel. Même si les niveaux sont très différents dans la classe, il est indispensable de "manger tous à la même table et de parler de ce que l'on mange".
Ces outils, conçus pour les classes relais, ont essayé de cibler le "noyau dur" incontournable des savoirs en collège en français, en mathématiques, en sciences expérimentales, en technologie. Ainsi, le théorème de Thalès est resitué dans l'histoire du philosophe mathématicien, dans le contexte de sa découverte et dans des contextes concrets actuels où sa connaissance va être indispensable. L'élève est ainsi conduit à penser que les savoirs du programme n'ont pas pour finalité de lui "prendre la tête" de façon inutile et gratuite. Il s'agit d'une construction humaine que certains inventeurs et découvreurs ont payée de leur vie.
Françoise Ropé insiste sur le fait que, selon les circonstances dans lesquelles se trouvent les élèves qui subissent les "accidents de la vie" évoqués par Liliane Octave, les conséquences ne sont pas les mêmes. Un élève accidenté soutenu par toute sa famille a des chances de trouver sa place malgré son handicap. Sans cette aide intense et éclairée, les autres restent dans des situations dramatiques. D'autre part, les élèves décrocheurs sont souvent les reflets de la société.
La crainte du chômage pèse lourdement dans la "démotivation".
Conclusion (Claude Bisson-Vaivre, sous directeur à la direction de l'Enseignement scolaire) :
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