L'opération école ouverte

Point de vue sur École Ouverte : observation, évaluation et analyse

Dominique Glasman et Catherine Luneau : " École Ouverte : observation, évaluation et analyse à partir de quatre sites ". Université J. Monnet-St Étienne, faculté Arts-Communication-Pédagogie, centre de recherche en éducation

Serge Chaumier et François Sicot sous la responsabilité de Jean-Paul Payet : " École Ouverte : monographie de quatre sites et analyse d'un dispositif expérimental " (ARIESE, université Lumière Lyon 2 bâtiment K - 5, av P. Mendès France 69 500 Bron)

Des études ont été réalisées en 1998 par l'ARIESE (Association de Recherches d'Intervention et d'Études Sociologiques et Ethnologiques) et le centre de recherche en éducation de l'Université Jean Monnet (Saint-Étienne). Elles ont été faîtes à partir de l'observation de 4 sites " École Ouverte ", 3 de la région Rhône-Alpes, et 1 de l'académie de Nancy-Metz. Elles se sont intéressées au public accueilli dans le dispositif École Ouverte, et ont permis de faire une analyse des différentes stratégies d'acteurs.
Ces études ne portaient donc que sur quelques sites. Les intervenants ne se sont pas attachés uniquement à décrire les monographies des sites mais à s'interroger sur le public accueilli, les transformations de l'École et de son fonctionnement à travers le dispositif École Ouverte et sur le statut de l'espace scolaire dans École Ouverte.
En effet, même si les monographies ne sont pas représentatives de l'ensemble des opérations École Ouverte et ne peuvent avoir valeur de généralisation, elles agissent comme des révélateurs du rapport de l'école et de son environnement.

En inaugurant un modèle au-delà de la doctrine des ZEP, en l'intégrant à un contexte, ou en réaffirmant les principes d'ordre scolaire, École Ouverte permet de mettre en œuvre un idéal d'École républicaine dans un contexte où justement ce dernier est mis en cause.
Cet idéal d'École républicaine est porté par des acteurs, les chefs d'établissements ou leurs adjoints qui trouvent dans cette action une revalorisation de leur identité professionnelle. École Ouverte est un moyen pour eux, comme pour les conseillers d'éducation, d'élargir une fonction trop réduite par les autres acteurs, à la gestion de la discipline et aux tâches administratives.
Le chef d'établissement prend ainsi parti sur ce que devrait être le travail des enseignants et tente en s'appuyant sur l'environnement local, d'impulser des transformations de l'École.
A contrario les enseignants peuvent percevoir École Ouverte, par les rapprochements avec les élèves qu'elle induit, comme une perte de prestige et d'autorité.

École Ouverte touche un public défavorisé mais pas en rupture avec l'École : ce sont des jeunes de milieux populaires, la plupart des élèves moyens. Sont exclus de ce dispositif les publics prédélinquants.
Les parents de ces jeunes ont confiance dans l'École, en ont une certaine idée qu'ils retrouvent dans l'esprit de cette action. En effet, École Ouverte ne rompt pas avec l'ordinaire du collège mais développe une autre manière d'apprendre, une autre pédagogie qui transparaît à travers les productions collectives des jeunes, exposées dans l'établissement.
Toutefois, dans deux établissements évalués, le mode d'organisation choisi semble ne pas vouloir instaurer et établir comme prévu la loi habituelle du collège : certains élèves tentent donc de s'approprier le collège en y imposant une autre loi, celle de la rue ce qui devient l'occasion d'un défi à l'institution.

En fait le collège doit demeurer un espace symbolique : les activités pratiquées et les relations avec les adultes, dans le cadre d'École Ouverte, permettent aux jeunes de développer un sentiment d'appartenance ou d'affiliation à l'établissement.

École Ouverte est un dispositif qui repose plus sur des personnes que sur des équipes, des personnes qui sont généralement impliquées tout au long de l'année dans d'autres actions novatrices.

En conclusion il convient de tenir compte des points suivants :

  • Le public : penser le choix du type de public à accueillir et des types d'activités. École Ouverte exclut de fait les enfants les plus difficiles, en rupture avec l'école, le collège n'étant pas adapté pour ce type de participants. Elle permet en revanche à des élèves moyens des classes populaires d'éviter une marginalisation.

  • La participation des enseignants : l'implication des enseignants est une spécificité de l'École Ouverte par rapport aux autres dispositifs (ville, vie, vacance, accompagnement scolaire). Si leur participation reste trop faible elle ne paraît cependant pas toujours indispensable. Le climat de l'établissement peut changer en leur absence. De cette manière, la fonction symbolique de l'enseignant n'est pas remise en question.

  • Le partenariat : certains établissements fonctionnent sans partenaires ; il apparaît opportun de redéfinir les rôles de chaque partenaire institutionnel en terme de territoire. Les contrats éducatifs locaux devraient permettre cette remise à plat pour maintenir la qualité de l'offre pour des périodes extra scolaires.

En revanche, il apparaît essentiel de maintenir la grande liberté d'interprétation laissée aux acteurs d'École Ouverte, par une charte non directive. Elle induit un effet très positif sur la création d'identité des établissements et autorise une variété d'expériences. De plus, elle permet la revalorisation de la fonction des chefs d'établissement, des conseillers d'éducation.

Même si certains objectifs initiaux ne sont pas atteints (jeunes prédélinquants, faible implication enseignante) École Ouverte est réellement un outil positif, notamment en matière de prévention de la violence, d'évolution des établissements et de leur image, ainsi que de revalorisation des fonctions administratives.


Mis à jour le 03 septembre 2009
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