Dossier La poésie à l'école
Les chemins pour aborder la poésie sont multiples et il importe que la scolarité primaire permette aux élèves d'en emprunter une grande variété, avec la récurrence qui seule permet que quelque chose se construise.
Les élèves peuvent ainsi prendre conscience que la poésie "fait écart"
Trois grandes familles d'expériences sont à vivre
Ces expériences peuvent -doivent- être vécues dans la classe avec le maître et ce sera là le mode majeur, le plus continu même si de manière ponctuelle, d'autres expériences rassemblent les élèves avec leur maître autour d'un intervenant (poète, illustrateur, comédien, diseur, etc.). C'est alors un temps fort de nature exceptionnelle du fait même de la confrontation avec un " expert d'ailleurs ", dont la qualité fait qu'il a autorité pour faire faire autrement, pour faire essayer d'autres voies, pour communiquer à partir de sa subjectivité et de son expérience particulière.
L'attention et la concentration des élèves ne va pas de soi. Il est bon parfois de proposer une consigne qui facilite l'entrée dans l'écoute. On peut commencer par un travail d'anticipation à partir du titre, d'un extrait, d'une liste de mots tirés du texte... à partir aussi des éléments d'illustration offerts par le recueil ou proposés par le maître. On peut aussi proposer aux élèves de se remémorer les mots qui leur auront plu, ou un extrait, on peut faire jouer des associations d'idées (si ce poème était une saison ? était un meuble ? ...) C'est la qualité des libres échanges après la lecture qui engagera les élèves à une plus grande attention.
L'écoute de poèmes dits par un auteur ou par un comédien (un voix autre que celle du maître de la classe) permet encore d'affiner cette capacité d'attention.
L'illustration plastique, sonore... est un travail intéressant pour approfondir la réception d'un poème. Le choix des moyens, le choix de ce qu'on décide d'illustrer incitent à explorer en profondeur ce qu'on a lu dans le poème. On peut avoir recours à des matériaux déjà élaborés (le maître apporte un ensemble de reproduction d'images ou de musiques entre lesquelles il faudra choisir) ou bien les élèves peuvent élaborer eux-mêmes l'illustration en utilisant telle ou telle technique plastique ou musicale. On peut alors, bien sûr, travailler étroitement avec les intervenants en musique ou arts plastiques si l'école en reçoit.
Les choix de support (type et taille du papier), d'instruments (encre, crayon...), de type de calligraphie (rôle des majuscules, mise en couleur des initiales, formes anglaises, gothiques... des lettres...etc.), de mise en page, ouvrent aussi des occasions de relire attentivement le poème. La copie peut servir plusieurs projets : affichage, présentation d'une exposition, constitution d'un cahier personnel...
Quand les élèves ont l'habitude de présenter des poèmes de leur choix, on peut travailler sur la diction. Plusieurs élèves explorent chacun leur manière de dire, on confronte ces manières, on élucide les difficultés rencontrées et les solutions envisagées. Plus tard, le maître peut proposer des textes qui amènent à travailler plus précisément débit, rythme, intensité de la voix, intonation, prosodie, timbre...
Le choix d'une répartition des voix et le choix du mode de polyphonie (en écho, en duo, avec un chœur et un soliste...) amènent à approfondir la lecture.
Le jeu poétique est à la fois une pratique fantaisiste et insouciante de la langue, et aussi la liberté au sein de la langue elle-même de travailler celle-ci, dans les jeux de mots par exemple. Les consignes de jeux poétiques qu'on peut proposer aux élèves visent à leur autoriser un usage de la langue découplé des usages utilitaires habituels. Les écritures à contrainte, comme l'OULIPO a pu les pratiquer, les écritures d'imitation ("à la manière de...") ont pour objectif principal que les élèves acquièrent de la liberté dans leur langue, loin des formules toutes faites.
Des activités de comparaison de textes ou d'extraits, de tris, de chasse à l'intrus peuvent aider les élèves à identifier des constantes dans les usages du verbe poétique. On pourra ainsi amener les élèves à repérer des formes traditionnelles de prosodie (isosyllabisme, rôle de la rime ou de l'assonance), de procédés rhétoriques (métaphores filées, usage de formes négatives ou interrogatives, anaphores...) ou de disposition dans la page.
Individuellement ou collectivement, les élèves peuvent constituer des réserves d'images poétiques (métaphores) recueillies dans les lectures, des réserves de mots qui les séduisent, de jeux de mots... Cela peut rejoindre l'élaboration d'anthologies personnelles (penser aux retours sur cette anthologie, à la réorganisation des textes - d'où l'intérêt de la forme-classeur) selon une thématique, un projet personnel, une chronologie, etc.
On propose aux élèves des déclencheurs qui incitent à une écriture non contraignante. On peut partir d'un matériel linguistique (liste de mots, premier vers, ...) ou non linguistique (image non figurative, fragment sonore...). Le maître engage l'élève à améliorer son texte dans le sens d'une plus grande originalité, en assumant mieux les procédés spontanément mis en œuvre, en s'écartant des clichés, en réfléchissant à l'ordre des éléments et à leur mise en page. Il peut faire des propositions d'amélioration entre lesquelles l'élève devra choisir (à moins qu'il opte pour des formules que ces propositions lui auront inspirées), il peut aussi fournir des consignes de relecture qui aideront l'élève à prendre conscience de ce qu'il a écrit. La lecture par les camarades peut aussi constituer un appui utile.
L'étude de l'œuvre d'un poète vivant s'enrichit quand la classe peut le rencontrer. Un échange de correspondance avec lui permet de lui soumettre les interprétations que la classe élabore de son œuvre, voire les productions des élèves.
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