Lutte contre le tabagisme

Suivi de l'expérimentation du projet "lycées non fumeurs" 2004 [archive]

28 Aôut 2006

I Préambule

L'expérimentation de sites pilotes de lutte contre le tabagisme vise à ce que 22 établissements scolaires deviennent des lieux non fumeurs ; ce projet d'une durée de cinq ans (2003/2008) concerne l'ensemble des élèves et des personnels de ces établissements.
Un questionnaire a été envoyé à ces lycées afin d'établir un premier état des lieux et un suivi de l'expérimentation. L'OFDT en effectue de son côté une évaluation.
Il convient de préciser que parmi les 22 établissements, un établissement a engagé une action dans le domaine de la lutte contre le tabagisme depuis trois ans. Deux autres ont déjà engagé une démarche similaire au cours de l'année scolaire 2002/2003. De fait, l'analyse des documents fait apparaître des diversités dans les modalités de mise en œuvre.

II Le cadrage du projet

1.1 Composition de l'équipe projet

Dans tous les lycées, les chefs d'établissement assurent le pilotage, la coordination étant la plupart du temps confiée à l'infirmière. L'équipe projet est constituée des membres du CESC ou représentative de l'équipe éducative (conseiller principal d'éducation, surveillant, médecin, COP, parents d'élèves, élèves, enseignants, assistante sociale, chef de travaux, personnels ATOSS, documentaliste). Cependant, compte tenu de la spécificité du projet, la présence des professionnels du réseau de soins est fréquente.
Tous les établissements ont saisi leur conseil d'administration pour effectuer la validation du projet et obtenir ainsi une adhésion plus importante de la communauté éducative.

1.2 Les partenaires extérieurs

Ils sont représentatifs des différentes institutions, associations et professionnels des réseaux locaux : conseil régional, CRES, Conseil général, CODES, DDASS, CPAM, municipalité, centre de prévention local, ADOSEN, point accueil ado, ligue nationale contre le cancer, hôpital, Institut de formation en soins infirmiers (IFSI), institut Pasteur, responsable sécurité routière, responsable maison de jeunes, éducateurs, professionnels de santé principalement pneumologue, tabacologue, diététicienne et psychologue.

1.3 Les dispositifs sur lesquels s'appuient les actions

La réalisation des actions s'appuie généralement sur un des dispositifs existants qui facilite le travail en synergie et les actions partenariales :

  • projet d'établissement, comité d'éducation à la santé et à la citoyenneté, comité d'hygiène et de sécurité, CVL, PPCP, heure de vie de classe, commission santé, heures de cours banalisées et projet baccalauréat
  • projet CPAM

III Les objectifs

L'objectif général qui a été retenu pour tous les établissements est de s'inscrire dans le cadre du plan national de lutte contre le cancer et de la prévention des conduites addictives.

Les objectifs opérationnels pour l'année 2003/2004 :

  • informer et faire acter au conseil d'administration que l'établissement fait partie de l'expérimentation,
  • informer et sensibiliser l'ensemble des personnels et des élèves
  • évaluer les besoins de l'établissement
    appliquer la loi Évin selon des modalités diverses : limiter la sortie des élèves à l'extérieur de l'établissement lors des intercours, autoriser les élèves à fumer uniquement pendant la pause de midi (zone spécifique), encourager les adultes à cesser de fumer sauf dans le fumoir, supprimer les mégots dans les cours et interdire les cigarettes aux intercours
  • poursuivre le projet pour la 3eme année en réalisant notamment un bilan auprès des élèves de terminale.

IV Les modalités de mise en œuvre

4.1 La réglementation

L'application de la loi Évin constitue l'action préalable à l'ensemble des actions mises en place, avec des variations selon le niveau actuel d'application de la loi dans l'établissement au moment du démarrage de cette expérimentation. Tous les lycées révisent si besoin leur règlement intérieur, notamment en y inscrivant le respect de la loi Évin au sein de l'établissement ; une présentation et un vote du conseil d'administration confirme l'importance accordée au respect de la loi Évin.

Certains lycées signalent toutefois un problème récurrent : les élèves qui fument aux abords de l'établissement.

La question des locaux spécifiques pour les fumeurs (problème différent pour les élèves et les personnels) est régulièrement soulevée.

Par ailleurs, trois lycées sont déjà au-delà de l'application de la loi Évin, c'est-à-dire dans l'interdiction totale ou presque de fumer (échéance juin ou septembre 2004).

4.2 Les actions de prévention et d'éducation

Elles prennent différentes formes telles que la mise en place de sessions de réflexion et d'accompagnement autour de la notion de dépendance pour les élèves et les adultes, la passation de test d'évaluation et des sessions d'aide au sevrage.
Afin d'avoir un impact plus important, les établissements optent pour des modes de communication variés.

De nombreuses actions d'information et de sensibilisation ont déjà été développées. On peut citer à titre d'exemple : semaine "info tabac", journée porte ouverte sur le tabac, forum, débats dans les classes, campagnes d'affichages, stand d'animation, exposition, intervention d'associations ou d'organismes spécialisés et d'intervenants propres à l'établissement ou professionnels du réseau de soins.

Les supports utilisés sont variés et adaptés à l'action proposée :

  • les outils :
    • sessions d'aide au sevrage
    • utilisation du testeur de CO2
    • test d'évaluation (Fagerstrom)
    • test sportif et respiratoire
    • mise en place de sessions d'accompagnement et de réflexion autour de la notion de dépendance
  • les aides :
    • relais diététique
    • carnet du fumeur
    • création d'un livret contenant un test de la dépendance au tabac et cannabis
    • échéancier d'arrêt du tabac (juin 2004) pour les élèves et salle spécifique pour le personnel (fumoir)

Ces outils et ces aides sont principalement utilisés à titre individuel.

4.3 Les actions spécifiques pour les non fumeurs et les fumeurs

  • Amener les fumeurs à diminuer leur consommation, aider et accompagner au sevrage
  • Evaluer la dépendance à la nicotine et mesurer la pollution
  • Mettre en place la possibilité d'entretien individuel avec conseil et suivi
  • Faire réfléchir les fumeurs sur leur consommation personnelle et répondre à leurs questions
  • Conforter les non fumeurs dans leur choix et les valoriser.

 

V Les observations

5.1 Les points forts

L'analyse des documents fait apparaître que ce projet favorise la cohésion entre les membres de l'équipe qui l'ont en charge et permet ainsi une meilleure adhésion de la part des fumeurs et des non fumeurs. De fait, le projet est accepté, respecté et des demandes spontanées d'aide apparaissent.

Ce projet repose sur une équipe stable et déterminée avec une communauté scolaire mobilisée. Il n'y a pas d'antagonisme entre les fumeurs et non fumeurs, ceux qui souhaitent arrêter de fumer respectant les règles édictées. Cela permet une confrontation d'idées et des échanges avec notamment un professionnel de santé pour les élèves et les adultes.

Ce projet entraîne également plus de dialogue, que ce soit lors d'entretien individuel, de questionnaire motivationnel entre les fumeurs et les non fumeurs.

Enfin, les élèves sont valorisés par leurs réalisations utiles et visibles.

5.2 Les points faibles

Des difficultés ont été soulevées à plusieurs reprises par les établissements en ce qui concerne l'organisation en termes de personnel (projet qui repose souvent sur l'infirmière) et particulièrement pour assurer la vigilance, le contrôle dans le lycée. Un manque d'espace pour des groupes de paroles (locaux) est également signalé.

Les enseignants ont été quelques fois réticents lors du démarrage de l'opération, mais ils ont ensuite progressivement adhéré au projet.

La motivation des élèves à l'arrêt ou la diminution du tabagisme reste modérée lorsque d'autres problèmes de l'adolescence sont vécus comme étant plus prioritaires et quelques uns n'admettent pas que la structure scolaire s'immisce dans "leur liberté individuelle".

Un établissement a signalé la difficulté d'adhésion de parents au projet.

La délivrance de Nicorette aux mineurs n'est pas résolue (absence de protocole).

Les travaux de rénovation ou de restructuration dans l'établissement ne facilitent pas la mise en œuvre du projet.

VI Les commentaires

Dans l'ensemble, les établissements ont noté que la durée du projet (5ans) nécessitait une mobilisation, une implication et la détermination d'un grand nombre de personnes adultes et élèves ainsi qu'un partenariat extérieur

Les modifications du règlement intérieur ont facilité la mise en place du projet et grâce à une présence constante dans la cour des personnels et un dialogue sur cette question a pu être établi avec les élèves

Dès la rentrée 2004, le projet de tous les établissements intègre une interdiction totale pour les élèves de fumer et prévoit une solution alternative pour les personnels en aménageant dans un premier temps pour eux d'une "salle fumeur" pour arriver à terme à une interdiction au même titre que pour les élèves.

La couverture médiatique nationale a permis de légitimer le projet au niveau local ; aucune réaction négative n'a été enregistrée depuis le démarrage du dispositif et les parents d'élèves sont globalement satisfaits du contexte ainsi mis en place

Des initiatives intéressantes ont été prises, comme par exemple des actions pilotes menées par un certain nombres d'enseignants qui ont engagés des travaux dans le cadre de leur classe (ECJS-TPE)
La communication régulière de l'avancement du projet effectuée à la suite de la réunion hebdomadaire du groupe de pilotage issu du CESC, favorise la mobilisation de la communauté scolaire (les comptes rendus sont affichés en salle des professeurs, sur le panneau santé et à la maison des lycéens).
Un établissement fait part lors de la passation d'un questionnaire motivationnel de la précocité des prises d'alcool, tabac et de drogue (13ans)

Il a été constaté des effets positifs tels que des démarches de sevrage entreprises tant par les élèves que par les adultes, une prise de conscience qui a conduit certains à s'arrêter de fumer.
Il a été souhaité que le sevrage et la prise de substituts se fassent sans autorisation parentale.

Enfin, il existe une inquiétude par rapport au budget qui est annuel alors que le projet est sur cinq ans. Plusieurs établissements signalent le manque de temps des personnels de santé pour s'impliquer dans le projet.

Les 22 établissements pilotes se sont réellement investis dans la démarche de l'opération "lycées non fumeurs" et, d'ores et déjà, il est satisfaisant de constater leur engagement sur plusieurs années pour la réalisation des objectifs initialement prévus, malgré les difficultés qui restent encore à résoudre.

 

Mis à jour le 06 septembre 2009