Université d'été « La formation continue ouverte et à distance »

A partir de besoins de formation identifiés,quelles plus values et limites de la FOAD ?

La table ronde restitutive des ateliers thématiques animée par Dominique LIAUTARD, maître de conférences à l'université d'Aix-Marseille II

Présentation des thèmes et rapporteurs de chaque atelier

  1. Préparation aux concours internes, notamment ceux qui concernent de faibles flux d'enseignants, et aux formations qualifiantes du premier degré
    Louis-Charles William, académie de la Martinique


  2. Formations diplômantes et formations dans le premier degré (langues vivantes, arts, sciences) y compris formations à dominante
    Corinne GALLE, académie de Rouen


  3. Approfondissement des connaissances disciplinaires : compléments disciplinaires de haut niveau
    Daniel Dieudonné, académie de Nice


  4. Dispositif d'information, d'animation et de formation en appui aux nouvelles modalités d'enseignement (itinéraires de découverte, ppcp, tpe, ecjs)
    André Baratier-Buisson, académie de Grenoble


  5. Dispositif d'accompagnement de l'entrée dans le métier (accueil, service, positionnement, mise à disposition de ressources, réseaux, " tutorat " à distance, formation)
    Elisabeth Eschenlohr, académie de Strasbourg


  6. Identification des compétences des formateurs
    Alain Boulineau, académie de Rouen

Dominique LIAUTARD

Dans un premier temps, chaque rapporteur d'atelier indiquera les plus-values de la FOAD qui ont été identifiées au cours des débats. Il essaiera d'éclairer cet énoncé par les exemples qui ont été cités et qui sont particulièrement représentatifs des situations rencontrées. Dans un second temps, chacun effectuera le même exercice en soulignant cette fois les limites de la FOAD et les craintes qui ont émergé quant à ce type de formation.

Louis-Charles WILLIAM

Notre atelier, " formation aux concours internes et formations qualifiantes ", a repéré trois types de plus-values.

Tout d'abord, la FOAD permet de répondre au faible flux d'enseignants souhaitant se former dans certaines disciplines. Quelle que soit l'académie, les candidats à la préparation de certains concours internes ne sont pas très nombreux. De ce fait, les académies de Reims et d'Amiens ont mis en place une expérience de FOAD leur permettant de répondre au peu de demandes dans le domaine de la philosophie (elles avaient respectivement 13 et 6 candidats à cette formation). En présence de faibles flux de candidats, les académies hésitent et parfois renoncent à mettre en place des formations classiques assez coûteuses. La FOAD peut donc représenter une solution alternative. L'expérience de Reims et d'Amiens a permis de soulever la question de la mutualisation de ressources. En effet, cette expérience a été l'occasion d'un partage de connaissances. Le dispositif de FOAD mis en place pour la formation à l'agrégation de philosophie sera étendu à l'académie de Dijon. Le bilan de l'expérience est assez contrasté. Dans l'ensemble, les stagiaires ont apprécié ce système, même si les tutorats mis en place n'ont pas été totalement satisfaisants. Le dispositif sera amélioré et cette expérience se poursuivra l'an prochain.

La FOAD permet ensuite d'apporter une réponse intéressante aux problèmes liés à la distance et aux coûts associés que la formation engendre pour les stagiaires. En effet, les préparations aux concours durent généralement une année. Lorsque les lieux de formation sont éloignés du domicile des stagiaire, ces formations nécessitent parfois des déménagements. Ainsi, dans le premier degré, la préparation aux examens de psychologue scolaire devient rapidement très onéreuse et très pénible pour les enseignants qui ne déménagent pas sur leur lieu de stage. De fait, les enseignants de la Marne qui veulent suivre la formation au CAPSAIS doivent se rendre non pas à Paris, mais à Lille, ce qui en décourage plus d'un. La FOAD pourrait constituer une réponse possible à ces cas de figures problématiques. Pourrait-elle totalement remplacer les formations traditionnelles ? Nous nous interrogeons toujours sur ce point. Un de nos collègues de Besançon nous a fait part d'un exemple concernant la préparation aux concours d'adjoint administratif pour les agents de la Poste. Cette expérience de formation à distance a bien fonctionné et elle est très prometteuse. Nous ne savons pas s'il possible de transférer l'expérience aux enseignants, mais pourquoi ne pas l'envisager ? Les enseignants semblent assez bien équipés en matériel informatique à domicile, ce qui devrait leur permettre de suivre plus largement les formations à distance.

Enfin, sans nous baser sur des exemples précis, nous avons identifié d'autres plus-values potentielles de la FOAD. Ainsi pour des préparations de concours qui ne concernent pas nécessairement des petits flux d'enseignants, telles que les agrégations internes de mathématiques par exemple, il pourrait être intéressant de capitaliser le passif de préparations traditionnelles et de mettre en ligne une partie des modules. Ces programmes sont assez lourds. Or les enseignants ne disposent en général que de 90 heures de préparation. Par conséquent, il serait intéressant de mettre en ligne des modules de remise à niveau, consultables au préalable. Par ailleurs, dans les DOM, nous sommes souvent confrontés au problème du vivier de formateurs. Nous devons faire appel à des formateurs hors académie, ce qui nous coûte cher. La FOAD pourrait donc apporter une réponse partielle mais concrète à ce problème.

Corinne GALLE

Au sein de l'atelier sur les formations diplômantes et formations dans le premier degré, nous avons accueilli un public peu diversifié, majoritairement composé d'IEN et d'IA-IPR. Hier, nous avons beaucoup parlé de la place et du rôle des langues vivantes. Aujourd'hui, nous nous sommes attardés sur la question du lien entre les différents intervenants qui pouvaient participer à ce type de formation.

Tout d'abord, nous avons mis en évidence une plus-value en termes de respect du rythme personnel basé sur les besoins de l'apprenant. Nous avons cité l'exemple du bilan de compétences, notamment pour le B2I et les langues vivantes. Concernant les langues vivantes, nous avons envisagé une évaluation autour de la compréhension orale et écrite et de la production écrite. Cela nous a permis de souligner la complémentarité entre la FOAD et la formation traditionnelle dans le domaine des langues vivantes par exemple. En effet, toutes les évaluations orales ne peuvent se faire qu'en présence réelle.

Il nous semble également que la FOAD permet d'entretenir et d'assurer un suivi de la motivation. Nous avons pris l'exemple de la formation des directeurs d'école. Nous avons également pensé aux enseignants qui ont besoin d'une rencontre avec un médiateur, plutôt que d'un tête-à-tête avec un formateur. Cela permettrait aux stagiaires de reprendre confiance en eux.

Nous avons aussi noté que la FOAD constitue une réponse à l'isolement géographique. Certains IEN ont souligné leur difficulté pour rejoindre les centres de formation, certains du fait de leur éloignement de la métropole et d'autres du fait de la ruralité de leur circonscription.

Quant à la mutualisation des ressources, elle constitue une plus-value évidente.

Enfin, la FOAD permettrait d'établir des partenariats entre l'IUFM, le CNED, l'inspection académique et le rectorat. Cette possibilité a soulevé de nombreux débats.

Elisabeth ESCHENLOHR

Le thème de notre atelier était le dispositif d'accompagnement de l'entrée dans le métier mais, compte tenu de la diversité des fonctions et des lieux d'exercice des participants à l'atelier, nous nous sommes refusés à n'accompagner que les enseignants en début de carrière. Nous avons réfléchi à l'accompagnement de la totalité des enseignants, quels que soient leurs origines et leurs modes de recrutement.

Pour un débutant, il est intéressant d'échapper à un cadre contraint. Le fait d'avoir un tuteur est intéressant. En outre, lorsque ce tuteur est à distance, l'apprenant peut lui poser des questions qu'il n'oserait pas toujours poser à quelqu'un qu'il verrait tous les jours. Ainsi, les dispositifs de formation des chefs d'établissement et des gestionnaires prévoient que les apprenants aient un tuteur direct et un tuteur distant, avec lesquels ils peuvent analyser leur parcours. L'apprenant a donc un guide de proximité et un guide symbolique, situé à distance. Si le dispositif de formation est bien conçu, ces deux personnes peuvent même dialoguer.

La deuxième plus-value de la FOAD réside dans sa capacité de réactivité. Les nouveaux arrivants auront des besoins de formation de plus en plus nombreux. La formation à distance permet une réactivité accrue dans certains domaines et sur certains sujets. Il est parfois difficile de réagir rapidement dans le cadre d'un enseignement traditionnel présentiel.

La FOAD développe également chez les apprenants le sentiment d'appartenance à des cercles ou à des groupes différents. Elle leur permet de ne pas être catégorisé trop rapidement. En outre, elle assure aux apprenants la possibilité d'avoir des " compagnons de voyage ", selon le mot d'Andersen. Ces compagnons accompagnent l'apprenti jusqu'au moment où il peut marcher seul. La FOAD sert à créer du lien entre les apprenants.

Enfin, dans le cadre d'une formation à distance, l'apprenant bénéficie d'un accompagnement dans le temps. J'insiste sur le fait que l'accompagnement précède la formation à distance.

Daniel DIEUDONNE

Pour ce qui concerne l'approfondissement des connaissances disciplinaires par des compléments universitaires de haut niveau, les exemples exposés hier ont démontré l'intérêt de diffuser des formations rares. Ainsi, une formation latino-américaine mise en place dans les universités d'Aix-Marseille et Nice a permis de toucher plus de 300 personnes.

Au travers d'un autre exemple, nous avons remarqué que la FOAD pouvait apporter une valeur ajoutée importante en complétant les connaissances scientifiques des professeurs sur des points précis et des notions nouvelles contenus dans les programmes scolaires. Du fait des contraintes liées au plan de formation, seuls les enseignants directement concernés par telle discipline, à tel niveau d'enseignement sont susceptibles de participer aux formations disciplinaires. Le recours à la FOAD permettrait de démultiplier les actions et d'en ouvrir l'accès à d'autres disciplines et d'autres niveaux d'enseignement. L'exemple d'enseignants de collège souhaitant participer à des formations réservées aux enseignants de lycée a été donné.

La diffusion de connaissances de haut niveau dans des disciplines peu ou pas enseignées dans les établissements scolaires (architecture, psychologie, droit, etc.) est une plus-value indéniable. En effet, il est intéressant de voir comment un même objet peut être éclairé par différentes disciplines. Un des participants a cité l'exemple d'une action qui s'est déroulée dans l'académie de Grenoble : un mathématicien, un biologiste et un économiste ont expliqué leurs visions de la croissance, chacune bien différente. Le recours à la FOAD pourrait être utile en termes d'enrichissement culturel des enseignants.

André BARATIER-BUISSON

L'atelier était relatif aux dispositifs d'information, d'animation et de formation en appui aux nouvelles modalités d'enseignement. Les besoins de formation que nous avons listés ont mis en évidence des demandes non pas en matière de contenus, mais de méthodes de travail : les professeurs souhaiteraient travailler en équipes pluridisciplinaires et aimeraient apprendre à gérer ce type de situation. Ils souhaiteraient également bénéficier de formations leur apprenant à gérer les recherches documentaires sur des sujets qui ne relèvent pas de leur spécialité. Ils veulent savoir utiliser non seulement la documentation des CDI, mais aussi les autres types de documentation disponibles. Enfin, les professeurs ont exprimé leur besoin d'utilisation des TICE, notamment dans la formalisation et l'évaluation des productions TPE.

La plus-value de la FOAD sur le dispositif d'itinéraires de découverte ne nous a pas paru très importante. Il faut faire le bilan de l'usage que font les enseignants des nombreuses informations disponibles en ligne : les pages Internet relatives aux TPE foisonnent, tant sur les sites académiques, disciplinaires que sur les sites personnels. Ces sites sont-ils très visités ? L'académie de Rennes avait organisé un séminaire de formation au premier et au second trimestre. Lors de la première formation, des informations sur les sites avaient été données aux participants. Toutefois, au cours du second séminaire, ils ont avoué qu'ils n'avaient pas été les consulter. Il faudrait donc peut-être faire entrer dans les usages la consultation de ces éléments statiques que sont les lieux d'information. A contrario, certains sites disciplinaires paraissent assez fréquentés.

Concernant la formation continue des professeurs, il est apparu que la formation présentielle était tout à fait nécessaire. La présence d'un formateur est utile, même s'il n'est que légèrement plus compétent que les stagiaires. Toutefois, il est possible de distiller un peu de formation à distance dans la formation continue, selon le format de l'équipe. Dans le cas d'une équipe d'établissement, le calendrier de travail prévoit des rendez-vous successifs et un temps de travail relativement bref tout au long du cursus. Il est normal que les stagiaires n'aient besoin du formateur qu'à certains moments de leur parcours et qu'il ne soit accessible que par message électronique. En outre, si des stagiaires peu au fait des TPE et des PPCP sont regroupés pour travailler sur ce thème, il peut être utile de mettre en place une liste de diffusion afin qu'ils puissent travailler de manière cohérente entre les sessions de formation. Le recours au formateur se ferait comme dans le cas précédent.

La visioconférence de l'ENS Cachan sur les TPE, qui a eu lieu à l'initiative de l'Inspection générale de mathématiques, a montré qu'il était nécessaire de mettre en place un suivi de formation. En effet, cette expérience, qui a été fort appréciée sur le moment, n'a eu que très peu de retombées.

Enfin, nous avons discuté de l'utilisation de la FOAD dans le cadre de la formation de formateurs.

Dominique LIAUTARD

L'inventaire que vous venez de dresser peut paraître disparate, voire quelquefois contradictoire. Ainsi, Madame Eschenlohr a souligné qu'il était parfois intéressant d'avoir un tuteur symbolique qui procurait un confort psychologique. En revanche, Monsieur Baratier-Buisson semble considérer que les difficultés de formation sur les TPE ne pouvaient être résolues que par le biais d'une formation présentielle. Vos propos ont démontré qu'il y avait matière à s'interroger.

Monsieur Boulineau, avez-vous retrouvé les compétences décrites par Didier Paquelin au travers des compétences que vous avez identifiées comme nécessaires chez les formateurs ?

Alain BOULINEAU

Il faut reconnaître qu'au sein de l'atelier relatif à l'identification des compétences des formateurs, il a été difficile d'entrer d'emblée dans le sujet. Hier soir, au sein d'un petit groupe dans lequel étaient particulièrement bien représentées les personnes ayant des responsabilités politiques, tant dans les rectorats que dans les IUFM, nous avons cherché à identifier les compétences et les rôles des formateurs, plutôt que de travailler directement sur la FOAD. Ce matin, les praticiens, les formateurs et les responsables de dispositifs de formation semblaient plus nombreux. Nous avons d'abord réfléchi à une question fondamentale : qu'est-ce que la FOAD ? Une partie des réflexions de l'université d'été a été reprise car, avant d'identifier les compétences des formateurs, il faut au préalable identifier les dispositifs dans lesquels ils interviendront et les objectifs à poursuivre. Le thème initial de notre atelier n'a donc occupé qu'une partie de notre temps de discussion.

Il ne s'agissait pas de reprendre les propos de Monsieur Paquelin ou le contenu du document inclus dans le dossier des participants de l'université d'été. La FOAD apporte-t-elle une plus-value en matière d'identification des compétences des formateurs ? La question est pertinente, mais nous n'en savons rien, car aucun atelier n'a vraiment abordé ce sujet. Nous n'avons que très superficiellement soulevé la question de l'utilisation de la FOAD pour la formation de formateurs.

En revanche, il me paraît nécessaire de souligner que le recours à la FOAD est révélateur des besoins des formateurs. La FOAD agit comme un révélateur de besoins déjà existants, mais insuffisamment analysés. La mise en place d'une formation à distance apparaît comme une réponse satisfaisante à ces besoins impératifs. Hier, nous avons mis en évidence la nécessité de structurer les formateurs en groupes de projets, c'est-à-dire de créer des équipes de formateurs. L'utilisation de la FOAD apparaît donc comme un catalyseur d'organisation des équipes de formateurs. Ce matin, notre débat portait davantage sur les nouvelles postures de formation qu'appelle immanquablement la FOAD.

Elisabeth ESCHENLOHR

Il nous est rapidement apparu que la FOAD était probablement une bonne ressource pour l'accompagnement des accompagnateurs. La FOAD clarifie les obligations méthodologiques partagées par les formateurs et les stagiaires. En effet, la formation à distance impose de produire des écrits, de formaliser et d'échanger des pratiques. Ces compétences professionnelles sont davantage mises en valeur dans le cadre d'une formation à distance que dans le cadre d'un enseignement plus traditionnel. Par ailleurs, la FOAD met en évidence l'articulation entre la génération PC (papier-crayon) et la génération MC (mulot-clavier).

Dominique LIAUTARD

Cet élément nous permet de faire une transition vers les contraintes de la FOAD. Former et produire des ressources pour la FOAD ne se fait pas de la même manière que pour la formation traditionnelle.

Corinne GALLE

Le problème générationnel existant entre les générations " PC " et " MC " était l'une des premières limites soulevée dans l'atelier sur le premier degré. Comment mettre en place une formation à distance qui repose en partie sur l'utilisation des nouvelles technologies, alors que de nombreuses écoles ne sont pas connectées à Internet et que de nombreux enseignants ne possèdent pas la culture de l'ordinateur ? Certaines personnes étaient venues dans notre atelier pour obtenir des réponses sur la manière de s'organiser pour répondre de manière efficace et en temps limité aux commandes ministérielles. Nous avons réfléchi à la manière de gérer ce type de formation. Même si le nouveau logiciel GAIA prévoit un temps de formation individualisée, je ne sais ni comment les enseignants l'accueilleront, ni comment la hiérarchie considérera effectivement ce temps de formation.

Enfin, nous nous sommes demandés si le recours à la FOAD n'ouvrait pas la voie à un assistanat, notamment du fait de la mise en place d'un tutorat électronique. Le recours à la FOAD ne se fera-t-il pas au détriment d'une réflexion et d'une recherche entre pairs ?

Louis-Charles WILLIAM

Je crois beaucoup aux possibilités offertes par le développement de la FOAD. Toutefois, certaines craintes ont émergé de nos discussions. Les participants à notre atelier ont exprimé leur méfiance à l'égard de toute tentative de formation continue hors du temps de travail. De ce fait, il ne sera probablement pas toujours évident de mettre en place des formations à distance, particulièrement dans le premier degré où les enseignants sont assez réticents.

Le financement du coût de la FOAD nous a paru constituer un second obstacle. Les estimations de coût ne sont pas simples à réaliser. Nous manquons de pratiques et de savoir-faire : comment calculer la rétribution des tuteurs et des concepteurs ? Au total, il est probable que ce coût soit assez élevé. Or, à ressources budgétaires constantes, les participants ont craint que les formations à distance ne soient mises en place au détriment des formations traditionnelles qui ont fait leurs preuves et qui continuent de répondre aux besoins.

De plus, l'adhésion de tous les enseignants à la FOAD n'est pas acquise. Cela se vérifie tant chez les enseignants préparant des concours que chez les enseignants formateurs. Actuellement, l'image de la FOAD n'est ni très valorisante et ni très valorisée auprès du public enseignant.

En outre, la mise en place de formations à distance implique un important travail d'adaptation des contenus et des pratiques de la formation traditionnelle. En effet, ces éléments ne seront pas directement transférables d'un type de formation à un autre. Il faudra donc redéfinir les objectifs et les contenus de la FOAD, trouver de nouveaux formateurs, de nouvelles présentations de cours en ligne, etc. Cela prendra probablement du temps.

Les éléments que je viens de citer ne constituent pas tant des limites que des interrogations sur la FOAD. Peut-être ne parviendrons-nous jamais à reproduire totalement les formations présentielles dans le cadre de formation à distance. De fait, les préparations à l'oral de l'agrégation ont nécessité des visioconférences, afin que les stagiaires aient bien l'impression d'être devant un jury. Dans certains cas, les séances en présentiel sont irremplaçables.

Daniel DIEUDONNE

Ce ne sont pas tant des craintes dont nous avons évoquées que la nécessité d'un accompagnement des apprenants. Pour pouvoir tirer tout le profit possible d'une formation à distance, il peut être utile de réaliser, avant le début des cours, une diffusion traditionnelle auprès des stagiaires d'une partie des documents utilisés, afin qu'ils puissent commencer leur travail d'appropriation. En aval, il faut aussi organiser le suivi de la formation. Il ne suffit de recevoir une formation de haut niveau : les apprenants doivent pouvoir recevoir toutes les explicitations nécessaires à la bonne compréhension du sujet. En outre, il nous paraît nécessaire d'engager une réflexion sur les transferts didactiques.

Par ailleurs, nous avons insisté sur le problème de l'équipement technologique nécessaire au suivi d'une formation à distance.

Enfin se pose le problème de l'organisation financière du suivi (est-ce les mêmes personnes qui assure la formation et le suivi des stagiaires ? ). De même, nous nous sommes interrogés sur le moment le plus opportun pour suivre la formation : en période scolaire ou hors période scolaire ?

André BARATIER-BUISSON

Si les équipes d'établissement sont en contact fréquent avec les formateurs, cela suppose des échanges de courrier électronique. En effet, les communications téléphoniques sont coûteuses.

Elisabeth ESCHENLOHR

Les craintes des membres de notre groupe n'étaient pas très marquées. Nous nous sommes toutefois demandés si nous dirigions vers le " tout FOAD ". Dans le cadre de la mise en place d'une formation à distance, des difficultés organisationnelles apparaissent : quels sont les éléments qui peuvent être " pré-industrialisés ", c'est-à-dire organisés de manière stabilisée ?

La question de la création de lien social était récurrente. Les participants ont exprimé leur crainte de " l'abandonnisme " des jeunes enseignants et ils ont souligné la nécessité de créer une dynamique de groupe.

Enfin, le contrôle de pertinence des contenus et de la logique de la formation nous apparaît indispensable. Il faut considérer que nous nous plaçons dans un cadre de service ouvert et à distance et pas seulement dans un cadre de formation ouverte et à distance.

Alain BOULINEAU

Si elle est révélatrice des besoins des formateurs, la FOAD est aussi révélatrice de nombreuses contradictions. Les débats que nous avons eus hier et aujourd'hui l'ont mis en évidence. Ce matin, les participants ont beaucoup insisté sur la nécessité de s'appuyer sur des initiatives individuelles, car nous ne sommes pas parvenus à un stade où nous pouvons décréter la mise en place de formations fondées sur la FOAD. Il faut d'abord s'appuyer sur " les formateurs qui sont prêts ", pour reprendre l'expression utilisée par les participants. La mise en place d'une FOAD dépend de " déclics individuels ". En revanche, hier, les participants insistaient sur le besoin d'organisation des formateurs. La contradiction entre la volonté de s'appuyer sur les initiatives individuelles et la nécessité d'organiser des équipes de formateurs autour de projets apparaît clairement.

Ce matin, nous avons beaucoup discuté des initiatives individuelles, mais non d'initiatives politiques. Qui doit être à l'origine du projet ? Quel sens l'initiative politique doit-elle prendre ? Cet élément de débat important reste à éclaircir.

Dominique LIAUTARD

L'objectif de ces derniers échanges n'était pas de parvenir à la conclusion que la FOAD est une solution parfaite ou au contraire impossible. Nous devons être réalistes et identifier des éléments que chacun de nous retrouvera dans son académie lors de la mise en œuvre d'une formation à distance. L'inventaire de ces données devra peut-être être organisé et contextualisé. Il pourra toutefois donner des repères pour mettre en œuvre des dispositifs.

Les propos que vous avez rapportés sont-ils représentatifs de l'avis de l'ensemble des participants ? êtes-vous parvenus à un consensus au sein des ateliers ?

Elisabeth ESCHENLOHR

Je crois que notre groupe a soulevé des interrogations assez représentatives des questions que chacun peut se poser lors de la mise en place d'une FOAD.

Alain BOULINEAU

Hier comme aujourd'hui, j'ai ressenti une très grande homogénéité lors des échanges et tentatives de réponses. Cependant, je crains que ce ne soit d'abord l'expression d'une homogénéité de principe : " la solution réside dans le partenariat et dans la convergence ". Nous n'avons pas poussé la réflexion plus loin. Nous ne nous sommes pas demandés quelle forme devrait prendre ce partenariat, comment il pouvait apporter des réponses précises à nos problèmes, comment il contribuerait à instaurer un équilibre entre la nécessité de s'appuyer sur des initiatives individuelles et celle de se conformer à une direction politique.

André BARATIER-BUISSON

Notre groupe ne comprenait pas de représentant du premier degré. Hier comme aujourd'hui, les discussions ont été longues à débuter. En effet, nous devions traiter des itinéraires de découverte, TPE, PPCP, ECJS. Or peu de personnes avaient effectivement expérimenté ces dispositifs d'animation et de formation. Le travail présenté hier sur les formations ouvertes et à distance en TICE portait sur l'acquisition de savoirs et de compétences techniques et scientifiques. Les dispositifs que nous avons étudiés n'avaient pas le même objet. Nous avons donc éprouvé des difficultés à délimiter notre sujet, ce qui me paraît normal, dans la mesure où les TPE ne sont institués que depuis peu. Nous manquons de recul.

Corinne GALLE

Autant notre public était homogène, nos participants appartenant presque tous au premier degré, autant les positions exprimées hier ont divergé de celles d'aujourd'hui. Hier, nous nous sommes concentrés sur les éléments que nous pourrions utiliser pour concevoir une FOAD. Ce matin, les participants ont exprimé leur frustration. Tous ont senti les apports positifs de la FOAD, mais ils se sont demandés comment ces dispositifs allaient concrètement être mis en place et utilisés.

Louis-Charles WILLIAM

Je crois que le public de notre atelier était assez représentatif de la diversité des membres de l'université d'été : il comprenait des IEN, des enseignants chargés des TICE, des représentants des IUFM, etc. Sans aller jusqu'à affirmer que les positions étaient toutes homogènes, je peux dire qu'elles étaient convergentes. Les participants ont tous convenu que la FOAD permettait de répondre à des situations jusqu'ici réputées difficiles (faibles flux, éloignement du lieu de formation, etc.).

En revanche, ils ont divergé sur les conditions de mise en œuvre et de faisabilité de ce type de formation. Trois catégories de personnes peuvent être distinguées : les personnes très optimistes et enthousiastes, qui ont déjà commencé à mettre en place et à utiliser la FOAD et qui veulent poursuivre leur action en ce sens ; les personnes plus sceptiques qui ont exprimé leurs craintes et dénombré les obstacles à une plus large diffusion de la FOAD ; les personnes qui n'ont pas encore été confrontées à la mise en place de la FOAD, mais qui sont alertées par d'autres sur des questions de coût et de suivi des apprenants.

Daniel DIEUDONNE

Notre groupe était restreint et essentiellement composé de représentants du second degré. Nous sommes parvenus à un consensus sur les apports de la FOAD.

Dominique LIAUTARD

Au titre de leur groupe ou à titre personnel, certains d'entre vous souhaitent-ils ajouter un élément au débat sur lequel il veut insister ?

Elisabeth ESCHENLOHR

Nous avons soulevé l'idée que le dispositif d'accompagnement de l'entrée dans le métier pouvait induire de nouvelles pratiques professionnelles. Comme la FOAD est aussi exigeante pour les stagiaires que pour les formateurs, les personnes seront peut-être plus nombreuses que prévu à évoluer vers de nouvelles compétences professionnelles.

En outre, les personnels de l'Éducation nationale, comme les autres, considèrent la notion de formation continue avec la valeur d'usage habituelle, c'est-à-dire le droit commun. Or, depuis la loi de 1971, de nombreuses évolutions ont eu lieu dans ce domaine hors de l'Éducation nationale, notamment en matière de gestion de carrière, d'individualisation des cursus, de formation qualifiante, etc. Aujourd'hui, je perçois aussi des signes d'évolution au sein de l'Éducation nationale. La FOAD n'est jamais qu'un outil comme un autre.

Enfin, en vertu de la loi de modernisation sociale votée en 1992, nous pourrons développer et surtout valider des compétences dans des situations non traditionnellement pédagogiques. En ce sens, nous rejoignons le droit commun, ce dont je me réjouis.

André BARATIER-BUISSON

Dans le cadre des dispositifs tentant de faire évoluer les pratiques enseignantes, l'information institutionnelle est gérée verticalement par le rectorat. Concernant la FOAD, je serai favorable à son recours, dans des proportions limitées et à bon escient.

Louis-Charles WILLIAM

Je voudrais souligner l'importance de la complémentarité et de la mutualisation. Le directeur de l'institut du CNED de Toulouse, Monsieur Laborde, nous a parlé des actions mises en place pour les professeurs des écoles qui bénéficient d'un tutorat assuré par l'IUFM et d'une logistique assurée par le CNED. Au-delà de cette expérience, il me semble qu'il peut être enrichissant pour différentes académies de capitaliser leurs compétences. Un participant de notre atelier a d'ailleurs lancé l'idée d'une " foire à la mutualisation ". Certains points d'appui existent déjà.

Corinne GALLE

Je retiendrai le fait que pour être efficace, la FOAD doit susciter une adhésion des enseignants du premier degré. En outre, il est nécessaire de réellement valider le temps consacré à la formation, même à distance. La FOAD doit également recueillir l'adhésion des formateurs qui devront mettre en place une réflexion spécifique sur les contenus et les méthodes. Enfin, elle doit susciter l'adhésion de l'institution afin d'obtenir des moyens pour faire vivre ces formations.

Dominique LIAUTARD

Pour revenir à la question récurrente de la mutualisation, je vous précise que vous pouvez proposer des éléments de partage, via la rubrique " Formation continue des enseignants " du site ÉduSCOL.

Comme pour chaque dispositif apparemment innovant que nous mettons en place, nous devons parvenir à distinguer ce qui relève de la mise en œuvre de tout nouveau dispositif et ce qui est spécifique d'une nouvelle manière de former. Je ressens aussi la nécessité de ne pas placer les personnes avec lesquelles on prévoit de travailler en position d'apprenant mais en position d'apprenant acteur. En effet, chacun possède des compétences qu'il faut mobiliser pour que de nouveaux dispositifs de formation voient le jour.

Actes de l'université d'été - La formation continue ouverte et à distance

Mis à jour le 15 avril 2011
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