Université d'été « La formation continue ouverte et à distance »

Examen des différents modèles exposés Synthèses des ateliers sur la FOAD

Ces ateliers ont été précédé de la conférence «Typologie du e-learning» présentée par Gérard Weidenfeld ; dans chaque atelier, les débats ont été précédés de la consultation de produits et sites relatifs à la formation à distance.

Atelier 1

Michel BOIS, Directeur adjoint de l'IUFM de Lyon

Les débats ont été introduits par des questions de type générique : pourquoi un dispositif, quel dispositif et comment l'évaluer ? Les participants ont ensuite posé des questions de type défensif : existe-t-il une réglementation pour décompter le temps des tuteurs ? Est-ce qu'il ne s'agira pas de masquer l'insuffisance des ressources humaines par une substitution de produits, notamment en langues vivantes ? Peut-on valider les formations à distance en raison des problèmes d'identification des personnes qui répondent effectivement aux diverses épreuves ? La FOAD peut-elle impulser une nouvelle dynamique de formation continue ? La FOAD n'est-elle pas simplement un nouvel habillage de méthodes anciennes ? En quoi la FOAD permet-elle de se rapprocher d'un " idéal ", selon lequel chacun est acteur de sa formation ? Les enseignants du premier degré continueront-ils de bénéficier d'une formation continue sur leur temps de travail ? Si oui, comment mesurer le temps qu'ils consacrent à leur formation à distance ? Les effets sociaux de la formation ne disparaissent-ils pas dans le cadre de la formation à distance ? Comment motiver les apprenants à se former à distance ?

Des réponses ont été apportées sur un certain nombre de points. Le métier de tuteur n'est pas réglementé, les tuteurs n'ayant pas de statut spécifique. De plus, il n'est pas habituel de réglementer les pratiques pédagogiques en France. La FOAD présente des avantages en matière de coût de transport et de mutualisation des ressources. Les deux gains très nets de la FOAD par rapport aux autres modalités de formation sont d'une part, la mise en œuvre de formations coopératives ou collaboratives et, d'autre part, la possibilité de s'appuyer sur des simulations qui peuvent être mises en ligne. La FOAD apparaît comme le passage d'un système à un autre : il s'agit d'une évolution qualitative et non seulement d'un changement de méthode. Par ailleurs, l'Éducation nationale ne peut se désintéresser de la FOAD et doit y développer des valeurs de service public.

L'enjeu essentiel de la FOAD n'est pas l'espace mais le temps. Cette dimension se traduit par des entrées en formation à des moments différents pour les membres d'un groupe en formation et par l'articulation souple entre les moments de travail individuel et les moments de travail en groupe. Par ailleurs, il ne faut pas sous-estimer les résistances du public et des acteurs de la formation continue face à cette nouvelle modalité de formation. La critique sur l'absence des effets sociaux de la formation n'est pas pertinente pour les formations collaboratives et pour les travaux qui doivent être validés en commun, lesquels supposent un travail collectif. Pour ce qui concerne la question des remplacements dans le premier degré, il est possible de mettre en place des dispositifs de récupération du temps passé à la formation en dehors du temps scolaire.

Enfin, l'évaluation d'un site peut se faire d'un double point de vue, pédagogique et ergonomique. Ces deux points ne doivent pas être confondus : les utilisateurs maîtrisant l'ergonomie d'un site au fur et à mesure que la formation se déroule, la question essentielle réside dans la qualité pédagogique.

Je terminerai par deux réflexions d'ordre stratégique : quels sont les publics avec lesquels il serait pertinent de commencer la mise en œuvre de la FOAD et que faut-il faire pour que la structure et/ou les représentations des acteurs ne fassent pas trop obstacle aux changements ?

Atelier 2

Pierre DANEL, Directeur du CRDP d'Auvergne

Pour piloter une FOAD, il faut être comme Ben Hur sur son char : il est nécessaire de mettre en place un certain nombre d'actions comportant de multiples paramètres, de d'assurer que les chevaux tirent tous dans le même sens, tout en prenant garde aux autres chars car la compétition est acharnée sur la piste…

Il est aussi nécessaire de définir une véritable stratégie pédagogique, qui ne peut se limiter à délivrer des connaissances aux usagers. Parmi les actions à mettre en œuvre, un certain nombre sont communes à toutes les formations : la définition, la mise en forme et l'édition des contenus.

Il n'y a pas une solution unique aux difficultés nées du développement de la FOAD : il ne suffit pas de recourir aux professeurs qui sont en sous service pour mettre en place des dispositifs de formation. Il faut faire évoluer ensemble les dispositifs et les acteurs, que ces derniers soient formateurs ou usagers.

Les nombreuses attentes générées par les TIC reposent toutefois sur un certain nombre de mythes que nous avons essayé de mettre à bas. Il ne faut pas croire, par exemple, que les TIC permettront de résoudre les problèmes de mise à disposition de ressources en formation. Il faudra élaborer des pratiques nouvelles afin d'utiliser pleinement les TIC dans la FOAD. Premièrement, les TIC permettent de rechercher les informations de manière plus simple et plus adaptée aux préoccupations, via des sites académiques ou des ressources documentaires. La deuxième attente concerne les échanges entre pairs qui doivent s'en trouver facilités. Troisièmement, il faut mettre en place de nouvelles formes d'accompagnement et de tutorat. Ces trois éléments sont indispensables à la réussite de la FOAD. Certains utilisateurs semblent plus concernés par ces outils et ces pratiques, notamment les documentalistes et les personnes ressources dans le domaine des technologies de l'information et de la communication pour l'enseignement.

Dès lors que les acteurs peuvent disposer des outils nécessaires, ils ont des besoins le plus souvent clairement formulés en matière d'information et de formation. Il est nécessaire d'intégrer la dimension FOAD dans le cadre de parcours pluriannuels de formation afin de diversifier les possibilités offertes aux enseignants.

Un certain nombre de questions méritent d'être approfondies. La première concerne les enjeux de pouvoir : la résistance des enseignants à la FOAD a été évoquée au cours de cette université d'été, mais il semble qu'il y ait également des résistances fonctionnelles ou culturelles de la part de l'institution. La seconde, des enjeux économiques. La FOAD ne se résume pas à la mise en forme d'éléments préexistants : elle propose de nouveaux services qui correspondent à de nouveaux besoins. Cette dimension économique doit être prise en compte.

Atelier 3

Alain POMIROL, conseiller aux technologies de l'information et de la communication, académie de Bordeaux

Cet atelier a tenté de répondre à trois questions. La première porte sur le vocabulaire utilisé. Le terme " ouverture " signifie pour certains qu'il n'est pas nécessaire d'avoir des diplômes pour participer à une FOAD ; pour d'autres, que l'on peut prendre le temps que l'on souhaite pour suivre ce type de formation. Le terme " distance " peut signifier que l'on ne travaille pas de façon synchrone mais en temps différé. Il peut aussi se rapporter à l'éloignement des différents acteurs.

La deuxième question concerne l'intérêt de la FOAD. Celle-ci peut intéresser les personnes travaillant dans des zones éloignées (zones rurales) ou qui connaissent des contraintes professionnelles particulières (agriculteurs ou saisonniers). La FOAD permet également de mêler des publics qui n'ont pas l'habitude de se côtoyer, de faire travailler les enseignants entre eux, de leur proposer d'autres méthodes en espérant que ces méthodes seront diffusées auprès des élèves, de compléter le dispositif de formation actuel par un système d'accompagnement entre chaque session, d'éviter certains gaspillages (perte de temps, coûts des transports) et d'apprendre à son propre rythme. La mise en place de la FOAD nécessite de déterminer les moments où le professeur enseigne et ceux où il apprend. Par ailleurs, l'enseignant peut-il s'approprier l'outil informatique pour accéder à l'information ? Nous avons évoqué le problème des tuteurs : a-t-on les ressources humaines suffisantes pour répondre à la demande ? Le problème des coûts doit aussi être soulevé à travers la création de supports de formation, la maintenance du système informatique, la prise en charge du coût des communications, etc. Enfin, les participants issus des organismes publics de formation pour adultes n'ont pas les mêmes besoins que les enseignants du secondaire. Par exemple, il n'est pas nécessaire de faire des bilans professionnels pour les enseignants qui suivent des formations, alors que les formateurs pour adultes utilisent cet outil. Il faut s'interroger sur ce que va rapporter la FOAD aux participants.

Le troisième point est relatif à la mise en œuvre des formations. Le formateur en présentiel gère l'ensemble du dispositif. En revanche, en FOAD, le dispositif doit pouvoir être géré par l'ensemble de l'équipe qui va intervenir (informaticiens, graphistes, professeurs…). Tous ces intervenants sont nécessaires pour faire fonctionner le système. Nous avons évoqué la complexité du support de formation, qui doit être distinct du support papier. La FOAD doit favoriser une plus grande autonomie de l'apprenant.

Atelier 4

Bernard WLOCH, Chargé de mission formation continue à l'IUFM de Grenoble

Les échanges dans cet atelier ont été très intéressants et tous les participants sont prêts à s'engager dans la FOAD. Il a été nécessaire de clarifier le vocabulaire : nous avons parlé de la FOAD et non de l'EOAD, c'est-à-dire de formation et non d'enseignement.

Nous avons essayé de repérer les intérêts et les limites de la FOAD. Elle présente un certain nombre d'avantages. Premièrement, elle est un élément d'ouverture au niveau des ressources, des conceptions que l'on peut mettre en œuvre dans les formations et du partage des expériences. Ce dernier élément permettra de mettre en lumière l'intérêt du travail en équipe. Deuxièmement, la FOAD permet d'élargir l'offre de formation. Certains besoins de formation qui ne répondent pas à des besoins institutionnels pourront malgré tout être pris en compte dans les plans de formation académiques ou départementaux. La FOAD présente aussi un intérêt pour les formations rares, à public réduit, qui sont peu dispensées. Certains ont également pensé que la FOAD pourrait attirer les collègues qui ne s'intéressent habituellement pas à la formation. Troisièmement, la FOAD est une modalité très souple, tant dans la durée que dans ses mises en œuvre diversifiées. Quatrièmement, la FOAD permet au stagiaire d'être acteur de sa formation et d'avoir une véritable stratégie de formation. L'enseignant est ainsi plus autonome et bénéficie d'un parcours plus individualisé. Enfin, la FOAD suppose une structuration plus forte que la formation en présentiel, donc une organisation plus réfléchie et une plus grande détermination des objectifs de formation.

La FOAD présente également de nombreuses limites. La FOAD ne pourra pas répondre à tous les besoins de formation et certains besoins ne pourront être satisfaits par ce type de formation. Elle est complémentaire d'autres modalités de formation. Le temps nécessaire à la mise en place du dispositif est très important car le travail en amont est considérable : il faut prendre en compte les ressources, les stratégies et le management d'une équipe de conception qu'il faut fédérer. La validation des dispositifs mis en place pose également problème. Qui pourra dire qu'un dispositif répond au mieux à un besoin ? Quel gain pourra en retirer l'apprenant ? Sera-t-elle organisée sur le temps de travail ou sur le temps personnel ? Par ailleurs, la dimension sociale de la formation continue ne peut s'y développer. Enfin, le stagiaire aura à gérer les écarts entre la FOAD et sa pratique enseignante.

Certaines pratiques doivent être mises en place pour assurer le succès de ce type de dispositif. Il faut être clair sur les principes qui sous-tendent la FOAD et il est nécessaire de mener de nombreuses analyses préalables à sa mise en œuvre. Il faut être capable d'anticiper en termes de pilotage d'activités et d'organisation. Il faut repérer les paramètres les plus pertinents par rapport aux objectifs, aux modalités et aux ressources pour être en mesure d'évaluer la formation. Enfin, il est nécessaire de prendre en compte des principes de réalité : la faisabilité, la fiabilité de la formation et les aspects économiques de la FOAD.

Atelier 5

Jean-Michel KASBARIAN, inspecteur de l'Éducation nationale 1er degré, Agence pour l'enseignement fançais à l'étranger (AEFE) Kenya

Dans un dispositif FOAD, on peut distinguer des temps d'élaboration et de fonctionnement. L'élaboration commence par la mise en place d'une stratégie adoptée par le commanditaire et l'organisme de formation. La question du coût du dispositif est ensuite posée. Il faut dans une troisième phase se consacrer à l'étude des marchés et des publics afin de démontrer la pertinence du dispositif. Il faut également analyser l'environnement de la formation : les institutions présentes, les autres offres disponibles, etc. La phase finale de l'élaboration est celle de la conception du dispositif, sa modélisation et sa médiatisation avec l'intervention des informaticiens. Le fonctionnement est davantage centré sur les usagers. Il faut définir les productions qui seront soumises à évaluation, ainsi que les phases de suivi du parcours de formation. Il faut également clarifier l'accès en ligne pour les usagers. L'évaluation de la formation doit être faite à la fois par l'apprenant et par le commanditaire.

Nous nous sommes ensuite intéressés aux limites de la FOAD. Nous avons souligné que la FOAD était un enjeu commercial pour notre institution et le problème du coût de la formation a été posé. La FOAD ne semble pas moins coûteuse que la formation en présence. La question du droit d'auteur des concepteurs de formations doit également être soulevée. Quant aux attentes des usagers, elles sont difficiles à cerner. La FOAD, qui implique une grande souplesse d'utilisation et une adaptation individualisée, est-elle compatible avec les modes habituels de formation où les temps sont clairement délimités ? Par ailleurs, l'e-learning doit-il se faire sur le temps de travail ? Il y aurait un risque à ce que la formation se poursuive en dehors du temps de travail. Il faut que la FOAD soit suivie d'une validation des connaissances acquises et qu'elle ait des conséquences en termes de carrière ou de diplôme.

Nous nous sommes demandés quels étaient les besoins auxquels la formation classique ne répondait pas et qui pourraient être relayés par la FOAD. De ce point de vue, la FOAD présente un certain nombre d'avantages : l'action présentielle démultipliée, le suivi et l'accompagnement par le tuteur, la diversification du public, etc. Nous avons particulièrement insisté sur l'importance de la formation en présence : il ne faut pas opposer formation en présence et FOAD. L'apprentissage collaboratif a fait l'objet d'un débat : ce type de FOAD semble intéressant mais compliqué à mettre en œuvre. Il convient de réfléchir à ces avantages et à ces limites avant de construire des dispositifs FOAD.

 

Actes de l'université d'été - La formation continue ouverte et à distance

Mis à jour le 15 avril 2011
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