Séminaire « Partenariat académies - établissements français à l'étranger »

Ouverture du séminaire

Alain ABECASSIS, chef du service des établissements, DESCO
Philippe Duval, inspecteur général de l'Éducation nationale

Intervention d'Alain Abecassis

Au nom de la direction de l'Enseignement scolaire (DESCO) et du ministère de l'Éducation nationale, je vous souhaite la bienvenue à ces deux journées de séminaire. Cette rencontre témoigne des modes de travail que nous désirons instituer entre le ministère des affaires étrangères et celui de l'Éducation nationale, et plus particulièrement entre l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE) et la DESCO en ce qui concerne l'animation du réseau des établissements français à l'étranger. Nous souhaitons traduire ce rapprochement par l'animation du réseau des académies en liaison avec le réseau des établissements français à l'étranger.

Ce séminaire est le premier organisé sur ce sujet : j'espère qu'une longue série de réunions suivront et que cette rencontre créera des habitudes de travail en commun entre les deux réseaux que nous devons animer et faire vivre.

Je présenterai l'organisation détaillée de ces deux journées, mais je voudrais auparavant expliquer la place de ce séminaire dans le dispositif de pilotage et d'animation du réseau des établissements français à l'étranger et du réseau des académies.

Le dispositif de pilotage et d'animation du réseau des établissements français à l'étranger

La responsabilité du pilotage du réseau des établissements français à l'étranger incombe au ministère des affaires étrangères. Le ministère de l'Éducation nationale a seulement la responsabilité directe et principale de l'homologation des établissements et de l'organisation de cette homologation. La loi d'orientation de 1989 et les textes adoptés en 1993 et 1994 pour l'application de cette responsabilité d'homologation ont fait l'objet, au cours de l'année écoulée, d'un travail approfondi pour fixer les modalités d'application des critères d'homologation. Nous avons pu nous appuyer sur une pratique ancienne, sur le travail accumulé par l'AEFE et les corps d'Inspection générale pour pouvoir essayer de mettre en forme les critères qui doivent présider à l'homologation du réseau des établissements français à l'étranger. Nous avons souhaité que le dispositif d'homologation s'attache moins à la lettre de la liste annuelle qui est éditée chaque année qu'à l'esprit dans lequel l'homologation doit être donnée. Cet esprit, c'est la notion d'un prolongement du service public de l'Éducation nationale dans les établissements français à l'étranger. C'est également une notion de vision pluriannuelle de l'homologation, même si la lettre des textes nous fixe comme obligation de prévoir cette homologation de manière annuelle. Nous avons souhaité nous inscrire dans une démarche pluriannuelle afin que le dossier constitué pour l'homologation nous serve de référence commune pour le pilotage et l'analyse des établissements français à l'étranger.

Un dispositif à l'attention des établissements

Le dispositif de pilotage et d'analyse est mis en place en priorité pour le compte des responsables des établissements. Le dossier d'homologation, tel qu'il a été constitué, représente une grille d'analyse et de compréhension de la réalité éducative, pédagogique, voire de gestion d'un établissement, qui mérite d'être réétudiée régulièrement pour que chaque établissement puisse faire le point et mesurer ensuite les évolutions survenues. Les résultats du projet d'établissement pourront ainsi faire l'objet d'une réflexion afin de savoir pourquoi certains objectifs ont été atteints alors que d'autres ont posé plus de problèmes. A chaque fois, ce travail d'interrogation doit être utile aux établissements eux-mêmes et à leurs équipes.

Un dispositif à l'attention des postes diplomatiques

Le dispositif d'homologation, outil de pilotage et de dialogue avec l'établissement, est également important pour les postes diplomatiques. En effet, le réseau des établissements français à l'étranger implique fortement la politique extérieure française dans les pays où sont implantés ces établissements. Cette implication ne peut pas se faire de manière fortuite, nos postes diplomatiques servant de simples boîtes aux lettres et émettant un avis conforme sur le dossier constitué par les établissements. Il y a en effet une responsabilité très forte du ministère des affaires étrangères et de nos postes diplomatiques dans l'analyse de chaque établissement, dans le rôle que doit y jouer l'homologation et dans le poids que nos établissements à l'étranger représentent pour la politique culturelle de notre pays. Les avis des postes diplomatiques doivent donc être circonstanciés et éclairés par des questions du dossier d'homologation portant sur des notions que nous appellerions en métropole " carte scolaire ", " analyse de la rationalité de l'offre de formation ", " public potentiel ".

Un dispositif à l'attention du ministère de l'Éducation nationale

Enfin, le dispositif d'homologation est un outil de pilotage et d'animation pour nous, responsables politiques un peu lointains à qui il appartient de prononcer in fine l'homologation, assortie d'éventuelles conditions. Nous ne souhaiterions pas utiliser ce dispositif d'homologation comme un outil non pas de sanction mais de dialogue, permettant de suivre de manière objective les évolutions de chaque établissement français à l'étranger. Les ministères de tutelle pourront ainsi exercer pleinement les attributions confiées par le législateur. Dans le pilotage du réseau des établissements français à l'étranger, l'homologation est le seul rôle du ministère de l'Éducation nationale prévu par les textes. En effet, la responsabilité du réseau, et notamment de son financement, incombe au ministère des affaires étrangères. Les préoccupations, les contraintes et les impératifs de la politique extérieure de notre pays guident bien souvent le pilotage des établissements français à l'étranger.

La notion d'établissement français à l'étranger

Je souhaiterais livrer quelques interrogations sur la notion d'établissement français à l'étranger. Il ne s'agit que d'interrogations parce que je n'ai pas de certitudes à ce sujet. En effet, le ministère de l'Éducation nationale n'a pas arrêté une définition des établissements français à l'étranger. On peut toutefois définir les établissements français à l'étranger sous des angles différents.

La scolarisation des enfants des français expatriés

Dans une première acception, sans doute la plus familière, l'établissement français à l'étranger est destiné à scolariser les enfants de nos compatriotes expatriés. Il s'agit ainsi du prolongement naturel du service public de l'Éducation nationale qui implique l'existence, dans chaque pays où les Français s'expatrient, d'un lieu d'accueil appliquant les programmes français. Dans une vision très traditionnelle, l'école de Jules Ferry serait ainsi identique à Dunkerque et dans des pays très éloignés. Les enfants des Français expatriés seraient scolarisés dans des conditions équivalentes à celles de la métropole. A la même heure, les élèves de France et de l'étranger suivraient les mêmes leçons.

Nous savons en métropole que ce type de conception est une fiction, qu'il y a là la nostalgie d' un âge d'or qui n'a sans doute jamais véritablement existé. A l'étranger, cette vision est encore plus surréelle, mais reste néanmoins une ambition pour de nombreux acteurs de l'enseignement français à l'étranger. Je pense en particulier aux familles françaises expatriées, à leurs représentants, les Délégués des Français de l'étranger, et aux Sénateurs des Français de l'étranger qui expriment régulièrement cette forme d'aspiration alors que, dans nos établissements, la réalité est infiniment plus complexe.

La formation des élites du pays d'accueil

Selon une deuxième acception, les établissements français à l'étranger ont vocation à former, grâce à l'excellence de notre système éducatif et à son attractivité quasi universelle, les élites des pays dans lesquels nous avons implanté des établissements français. La notion d'élite est cependant incertaine. Elle peut se rapporter aussi bien à des élites financières, des élites politiques, d'affaires ou administratives. Dans un sens plus républicain, profondément enraciné dans notre système éducatif, il peut s'agir des élites scolaires : une forme de méritocratie permettrait ainsi à nos établissements à l'étranger d'accueillir les meilleurs élèves étrangers qui souhaiteraient poursuivre leurs études dans le système français avec pour perspective d'être accueillis en France pour suivre leurs études supérieures.

Chacun de nos établissements vit certainement les contradictions et les ambiguïtés qui existent entre ces deux acceptions des établissements français à l'étranger. Il est impossible de choisir entre ces deux visions et d'avoir des établissements monocolores dont la vocation serait univoque. En effet, ce sont toujours des équilibres extrêmement subtils et complexes qui existent dans chaque établissement. Nous devons donc agir avec beaucoup de nuance et de doigté pour piloter ces établissements de manière non monolithique, ce qui doit être reflété par l'homologation.

Le statut des établissements français à l'étranger

Le caractère statutaire de la plupart des établissements français à l'étranger est ambigu. Ancien élève du lycée Lyautey de Casablanca où j'ai suivi toute ma scolarité, je n'aurais pas pu imaginer qu'un lycée français puisse être payant et privé. Je constate aujourd'hui que le lycée Lyautey était en fait une exception. Les 400 établissements français à l'étranger ont des statuts d'une grande diversité : ce sont en grande majorité des établissements privés et ils peuvent également être soumis au statut national du pays d'accueil.

Il s'agit probablement de la principale difficulté conceptuelle à laquelle nous nous heurtons pour affirmer que les établissements français à l'étranger sont le prolongement du service public de l'Éducation nationale. En effet, dans notre acception de ce service public, les principes de gratuité, de laïcité et de neutralité sont très forts. Il est difficile de les maintenir dans des établissements français qui sont privés et qui n'ont de français que l'appellation que nous voulons bien leur donner par le dispositif d'homologation.

Nous souhaitons prendre en compte dans le dossier d'homologation ces différentes nuances qui existent entre les établissements. C'est la raison pour laquelle c'est une commission plurielle qui est mise en place, avec des représentants du ministère des affaires étrangères, de l'AEFE, des deux Inspections générales et de la direction de l'enseignement scolaire.

Un réseau des établissements français à l'étranger qui bénéficierait de l'expérience des académies

Je souhaiterais insister à présent sur un dispositif qui n'est pas prévu par les textes, mais qui traduit certainement la forte valeur ajoutée que le ministère de l'Éducation nationale peut apporter à l'accompagnement du réseau des établissements français à l'étranger. Au-delà de l'homologation, il nous paraît important que le réseau des établissements français à l'étranger bénéficie de tout ce qui constitue la vie des établissements français situés en France. C'est pour cette raison que nous avons conçu, en liaison avec l'AEFE, ce dispositif qui nous rassemble aujourd'hui, c'est-à-dire le partenariat entre les académies et des regroupements d'établissements français à l'étranger.

Un partenariat pour traduire les évolutions du système éducatif

Le partenariat entre les académies et les établissements français à l'étranger n'est pas un caprice ou une commodité, pas davantage une " trouvaille " originale et ingénieuse. L'objectif est essentiellement de traduire les évolutions profondes que le système éducatif a connues depuis 20 ans. Après une décentralisation qui est encore inachevée et mal comprise, l'idée est que pour demeurer nationale, l'Éducation nationale doit devenir académique. Tous les mouvements de déconcentration qui ont été opérés ces dernières années sont allés dans le sens d'un renforcement du poids du pilotage académique du système éducatif. Cette évolution a été plus ou moins consciente, plus ou moins bien pilotée et maîtrisée : il n'en reste pas moins qu'il s'agit d'un mouvement de fond caractéristique de notre système éducatif. A ce titre, le partenariat entre les académies et les établissements français à l'étranger prend une autre signification. Il est le reflet de l'évolution de l'Éducation nationale.

Nous avons essayé d'en tirer les conséquences en mettant en place la démarche de contractualisation entre le ministère et les académies autour de la notion de projet d'académie. Nous assumons l'idée qu'il existe des politiques éducatives à perspective pluriannuelle en académie, politiques qui doivent se développer pour tenir compte de la diversité des territoires et assurer la mise en œuvre effective des orientations nationales. Il ne s'agit pas d'opposer les politiques éducatives académiques et nationales, mais de comprendre qu'une réflexion doit être menée au niveau académique et même départemental pour que soient appliquées les orientations nationales.

Je peux illustrer mon propos par l'exemple suivant. En matière de scolarisation à l'âge de deux ans, la politique ne sera pas la même dans l'académie de Rennes, où tous les enfants de deux ans vont à l'école, et dans l'académie de Strasbourg où la scolarisation à deux ans se heurte à des traditions et des cultures qui ne sont pas familiarisées à l'accueil de la petite enfance. La loi de 1989 constitue une orientation nationale pour la scolarisation à l'âge de deux ans, qui est une priorité en ZEP. Mais lorsque l'on observe les résultats dix ans après, on s'aperçoit que malgré une baisse de plus de 300 000 élèves dans l'enseignement primaire, la scolarisation à deux ans n'a que très légèrement progressé. Les écarts entre les académies se sont par ailleurs accrus.

Il apparaît donc que le pilotage du système éducatif doit donner à chaque académie la possibilité de se fixer des objectifs qui lui seraient propres en fonction de son contexte, des attentes de sa population, des compétences qui sont partagées avec les collectivités territoriales. J

e ne souhaite pas parler trop longtemps des notions de contractualisation et de politique académique. Il s'agit seulement pour moi de montrer à quel point le pilotage académique revêt aujourd'hui une grande importance. C'est bien avec les académies que les établissements français à l'étranger doivent nouer des liens. C'est en effet au niveau des académies que se trouve la partie vivante de l'action éducative. Le ministère de l'Éducation nationale ne peut que définir des orientations, des programmes nationaux, et non concevoir une politique de formation continue au plus près des besoins de chacun des établissements.

La responsabilité des académies en matière de ressources humaines

La déconcentration de la gestion des personnels a été initiée il y a plusieurs années.
Mais ce n'est que depuis deux ou trois ans, le verrou symbolique du mouvement national des enseignants ayant sauté, que la question se pose explicitement pour les académies d'avoir une politique de gestion des ressources humaines. Je souhaite d'ailleurs faire remarquer que la gestion des personnels ATOSS était déconcentrée depuis plusieurs années.

La mise en place de dispositifs de gestion des ressources humaines dans les académies est en train de se développer fortement, dans une improvisation et un apprentissage parfois douloureux. Les remontées qui me sont faites des projets d'académies mettent en évidence des initiatives très intéressantes, très imaginatives, que nous n'aurions jamais pu concevoir et piloter au niveau central. En raison du nombre considérable de personnel, il aurait été impossible d'effectuer des gestions individualisées au niveau national. Lorsqu'il faut recenser les 3 000 ou 5 000 candidats souhaitant partir dans les établissements à l'étranger, la sélection ne peut pas être améliorée par le seul fait du ministère de l'Éducation nationale. En effet, le nombre de candidats reste trop grand pour que nous soyons capables d'avoir des approches suffisamment individualisées.

Les politiques de gestion des ressources humaines se heurtent également à ce problème du nombre de personnel au niveau des académies, mais elles peuvent être davantage affinées. Certaines académies ont ainsi proposé que les enseignants qui ont été les plus innovants dans les zones les plus difficiles puissent " s'aérer " sous forme d'une année sabbatique dans d'autres établissements, pour y mettre en place les innovations conçues dans leur établissement d'origine. Cela pourrait également être intéressant de proposer à ces enseignants de partir un ou deux ans dans un établissement à l'étranger pour être confrontés à un nouvel environnement. De ce fait, l'accueil des personnels qui auront exercé dans les établissements français à l'étranger ne se fera plus dans les mêmes conditions. En effet, le réseau des établissements français à l'étranger sera mieux connu.

L'objectif du partenariat est ainsi de favoriser une connaissance mutuelle : les académies pourraient avoir une meilleure connaissance des établissements français à l'étranger qui eux-mêmes pourraient mieux percevoir les problèmes concrets auxquels sont confrontées les académies.

La formation continue constitue le point d'entrée le plus naturel et le plus immédiat pour l'organisation de ce partenariat. Mais les autres dimensions ne doivent pas être négligées. En effet, la formation continue s'inscrit dans une évolution des modes de pilotage du système éducatif par l'administration centrale, mais aussi par les académies.

Une ouverture internationale du système éducatif français

Le système éducatif français est confronté aux enjeux de son ouverture internationale. Il serait irresponsable de ne pas penser à tout ce que peut nous apporter le réseau des établissements français à l'étranger à ce sujet. En ce qui concerne notamment l'enseignement bilingue et l'adaptation et l'ouverture des programmes, il serait criminel de ne pas utiliser le capital de compétences et de savoir-faire constitué par le réseau des établissements français à l'étranger au fil des années.

Les Inspections générales, le ministère des affaires étrangères et tous ceux qui se sont penchés sur ce sujet sont d'accord mais se heurtent au problème de la mise en œuvre sur le terrain. Comment assurer l'ouverture internationale du lycée de Romorantin ? Comment trouver dans des établissements alsaciens ou bretons les personnels qui assureront une formation bilingue ? Nous pensons que toutes les capacités d'évolution du système éducatif et son ouverture internationale résident dans les échanges avec les académies. Cela ne signifie pas qu'à eux seuls les établissements français à l'étranger vont bouleverser le système éducatif français et les pratiques des académies. Mais je pense que les établissements français à l'étranger peuvent mettre en évidence des possibilités nouvelles. Il existe sans doute de nombreuses " recettes " ingénieuses et originales qui ont été utilisées ailleurs avec succès et qui permettront de vaincre les scepticismes et les réticences.


Intervention de Philippe DUVAL

Je tiens tout d'abord à vous présenter les excuses de Geneviève Becquelin, doyenne de l'Inspection générale de l'Éducation nationale, qui n'a pas pu être présente aujourd'hui en raison d'une mission à l'étranger.

L'Inspection générale est présente à ce séminaire, à l'invitation de la DESCO et de l'AEFE, pour apporter son appui à la démarche engagée. Nous souhaitons également témoigner de ce que vous réalisez, vous chefs d'établissements à l'étranger.

Une page est en train de se tourner. Ce qui était possible dans le passé devient aujourd'hui difficilement réalisable en raison de la rapidité des évolutions auxquelles nous devons faire face. Une réflexion nouvelle doit donc être engagée.

Je représente aujourd'hui Geneviève Becquelin, mais je suis également parmi vous à titre personnel. En effet, je suis membre de la commission d'homologation qui va bientôt se réunir et qui a beaucoup travaillé. Je vais d'ailleurs me rendre prochainement dans une académie pour l'évaluation de la fonction conseil aux établissements. L'évolution à laquelle nous sommes confrontés pose la question suivante : nous inscrivons-nous dans des cohérences d'ensemble ou dans des discontinuités qui ne peuvent pas accompagner un pilotage, une déconcentration et un partenariat de qualité ?

Mon propos s'adressera plutôt aux académies. En 1989, l'Inspection générale a en effet réalisé 172 missions, s'est rendue dans 55 pays et a totalisé 1700 journées passées dans les établissements français à l'étranger, soit l'équivalent de 12 postes d'inspecteurs généraux travaillant à plein temps. Je vous incite à lire le rapport annuel de l'Inspection générale, paru à la Documentation française comme chaque année : un quart des missions sont réalisées à l'étranger. Ce rapport dresse un tableau de ce que nous pouvons observer à l'étranger, pas seulement au cours de notre mission d'évaluation ou d'inspection, mais aussi dans les missions d'expertise. Sans oublier ces missions, je pense qu'il faut réarticuler les politiques de qualité des établissements. L'homologation est un élément important. Elle engage automatiquement une dimension de projet, de contrat et naturellement d'évaluation.

On ne peut intervenir dans un établissement français à l'étranger sans analyser au préalable la spécificité de son histoire. En effet, tous nos établissements à l'étranger ont une origine et un vécu différents. Il est également important de prendre en compte la spécificité de leurs publics, qui ne sont pas constitués exclusivement d'élèves français. Se posent enfin les problèmes de l'éducation à la citoyenneté, de l'organisation de la vie scolaire et de l'application des rénovations pédagogiques entreprises en France. Des adaptations sont nécessaires, notamment en ce qui concerne l'enseignement de la langue du pays d'accueil.

Je tiens à souligner la qualité du projet pédagogique et éducatif pour l'enseignement français à l'étranger qui mentionne le décret du 9 septembre 1993 précisant qu'il est possible d'apporter des aménagements aux programmes en fonction des spécificités du pays d'accueil.

Le partenariat entre les académies et les établissements français à l'étranger présente un grand intérêt, mais nous avons quelques mises en garde à exprimer. Je pense que nous devons nous mettre d'accord sur la notion de partenariat. Le partenariat implique une égalité dans les échanges : chacun peut apprendre de l'autre. Ce qui est intéressant, c'est que les établissements français à l'étranger rencontrent les mêmes problèmes qu'en métropole, c'est-à-dire des problèmes de projet, de déconcentration, de pilotage, de motivation, etc…

Je voudrais aussi vous faire comprendre qu'il ne peut pas y avoir de partenariat si l'on ne maîtrise pas les attentes et les besoins des établissements français à l'étranger. Il faut que nous nous dégagions des structures de pensée actuelles.

Ma dernière mise en garde est sans doute la plus légitime pour les corps d'inspection. Le morcellement, c'est-à-dire l'action individuelle, est souvent une réponse à l'urgence mais n'a aucun sens dans un système cohérent. Il faut travailler dans la globalité, l'homogénéité et la continuité. Si cela nous oblige tous, mes chers collègues des académies, à travailler en termes de diagnostic (où en est-on ? Quel est le projet que l'on veut mettre en place ? Quelle fonction voulons-nous privilégier ? Quelle évaluation régulière conduisons-nous ? Quel est notre réinvestissement ? ), je crois que nous aurons vraiment mutualisé ce qui est l'objectif d'un partenariat. Il n'existe pas de degrés de supériorité mais des différences qui doivent s'enrichir mutuellement. Si nous parvenons tous à conduire véritablement une action cohérente qui rendra à l'établissement le service qu'il attend, l'ensemble des établissements français à l'étranger en tireront les bénéfices.

Nous sommes le seul pays à posséder un tel réseau d'établissements à l'étranger. Alors que nous possédons des outils, des méthodes et des volontés nécessaires, il serait grave que nous ne sachions pas construire un partenariat qui déboucherait sur l'enrichissement mutuel et la qualité de l'enseignement. Je rappelle que nos établissements français à l'étranger appartiennent à un champ concurrentiel : ils ne peuvent survivre que dans le respect de la qualité.

Échanges avec la salle

Jacques VERCLYTTE
Nous avons régulièrement des échos en provenance des établissements français à l'étranger. Je suis sûr que certains d'entre vous ont des suggestions ou des observations à faire en ce qui concerne le rôle de l'inspection. On a ainsi souvent fait part à l'AEFE d'un sentiment de frustration, qui est plutôt d'ordre quantitatif. Lorsque le personnel d'inspection passe, et en particulier l'inspecteur général, le taux de satisfaction est très élevé, mais la question suivante se pose : comment répondre aux fortes attentes du terrain pour que les corps d'inspection soient de véritables partenaires de l'évolution de l'enseignement français à l'étranger.

Jacques NEPLAZ
Je m'occupe du partenariat entre l'académie de Lyon et l'Asie du Sud-Est. Existe-t-il des limites à ce partenariat du point de vue de l'inspection ? Nous sommes sollicités par les établissements pour faire de la formation continue. Or certaines personnes qui partiront faire cette formation continue sont des IPR. On nous demande alors la chose suivante : ces IPR pourront-ils aussi inspecter les professeurs qui travaillent dans les établissements qui les accueillent pour faire de la formation continue ?

Jacques VERCLYTTE
D'autres personnes ont-elles des questions à poser afin que nous puissions y répondre de manière groupée ?

De la salle
Je ne parlerai pas, comme vous l'avez fait Monsieur le directeur, de frustration. Mais nos enseignants sont en effet demandeurs à la fois d'inspections et de formations. La venue d'IPR est-elle envisagée dans les établissements scolaires, notamment dans notre relation avec nos académies de rattachement ?

Jean-Marie BIGEARD
Je suis IA-IPR de l'académie de Besançon. Je souhaite poser la question suivante à Monsieur le directeur : comment sont mis en place et officialisés les partenariats avec les établissements ? Je précise que l'académie de Besançon n'a pas de partenaire officiel.

Alain MARGNAC
Je suis inspecteur de l'Éducation nationale à Abidjan. L'idée d'un partenariat nous intéresse beaucoup, mais nous avions déjà des relations avec des IUFM et des académies. Nous souhaitons que ces liens, moins formels, puissent perdurer. Nous voudrions également que les spécificités des pays étrangers soient conservées et fassent partie des échanges avec les académies.

Philippe DUVAL
S'agissant des questions relatives aux problèmes d'inspection, je pense qu'il faut bien comprendre que nous nous inscrivons dans un processus nouveau. Nous nous réunirons le 13 décembre pour mettre en place le comité d'évaluation. Des inspecteurs territoriaux participeront à nos travaux.

Vous connaissez l'infinie richesse en hommes de nos corps d'inspection : il est bien connu qu'ils sont en surnombre et qu'ils n'ont aucune difficulté pour assumer les tâches qui leur ont été confiées… Soyons réalistes ! Il serait absurde de mettre en place des interventions dans vos établissements en restreignant l'action des corps d'inspection dans les académies. Deux problèmes apparaissent : un problème de relais et un problème de programmation de l'intervention. Il faudrait peut-être passer de la notion de programme académique théorique à la notion de programme académique réaliste, adapté aux moyens et aux priorités. J'ajoute que les corps d'inspection devraient maîtriser la spécificité des établissements français à l'étranger. En effet, l'intervention ne doit pas être ponctuelle mais intégrée dans l'action de partenariat. Si la fonction d'inspection consistait seulement à inspecter le personnel, répondrait-elle aux besoins de l'établissement qui doit désormais monter en compétence les personnels, mettre en place les réformes dans un délai compatible avec l'homologation ? La diversité de statuts, de parcours et de formation de nos expatriés implique une approche qui ne serait pas seulement personnelle mais globale.

En conclusion, nous devons avoir une approche globale, intégrée dans le partenariat. Il faut que nous préparions notre intervention pour qu'elle soit efficiente, adaptée et qu'elle présente une véritable plus-value de qualité. Sans cela, nous mettrions en place une opération extrêmement coûteuse et réductrice. Enfin, comme nous faisons partie d'un réseau public, qui doit donc être homogène, il ne serait pas acceptable que des différences entre les académies s'accroissent. Il faut tenir compte du principe d'égalité, en respectant néanmoins les spécificités des différentes zones.

Alain ABECASSIS
Vous nous avez demandé comment s'est effectué le choix des académies. Nous avons d'abord présenté le dispositif en réunion des recteurs, puis nous avons écrit à chacun des recteurs pour leur demander s'ils étaient volontaires pour s'engager dans un partenariat. J'ai moi-même démarché un certain nombre d'académies pour aider le lancement de ce processus.

Le démarrage a été très lent parce que ce partenariat n'est pas apparu comme étant d'une priorité et d'une nécessité évidentes pour les académies. Ces dernières ont jugé l'initiative intéressante, mais ont eu tendance à penser qu'elles la mettraient en œuvre quand elles auraient le temps… Il a donc fallu insister et expliquer quels sont les intérêts de ce partenariat pour les académies. Je crois que l'idée de partenariat commence aujourd'hui à être acceptée, ce séminaire ayant notamment pour objectif d'amplifier le phénomène.

Le partenariat n'est pas mis en place pour figer une situation et appliquer un modèle théorique et bureaucratique à une démarche qui doit au contraire être très concrète. Il ne s'agit pas de remettre en cause des initiatives et des actions que vous avez déjà lancées. Si vous avez constitué des partenariats avec un IUFM ou un établissement, continuez dans cette voie si elle vous donne satisfaction. Nous proposons simplement une approche plus systématique, plus construite et plus cohérente. Bien entendu, vous n'aurez pas seulement à travailler avec votre académie partenaire. Mais si vous ne savez pas à qui vous adresser, l'académie partenaire pourra vous aider à trouver des interlocuteurs, qui pourront dépasser le cadre de l'académie. Nous proposons donc que vous ne vous limitiez pas à des réseaux personnels, ponctuels, construits au gré des liens que vous auriez pu nouer dans le passé.

Enfin, le processus n'est pas terminé. Les académies qui n'ont pas encore de zone partenaire peuvent proposer leurs services et leurs compétences. Toutes les initiatives sont les bienvenues.

Jacques VERCLYTTE
Toutes les académies, et pas seulement celles qui ont déjà lancé le processus de partenariat, ont d'ailleurs été invitées à ce séminaire.

Nous travaillons sur le long terme : la première information auprès des recteurs date du mois de juillet 1999. Il est normal que les partenariats se construisent à vitesses variables. Parmi les académies qui sont déjà entrées dans la phase concrète du partenariat, je peux citer les académies de Lyon, Lille, Grenoble, Nancy-Metz, Strasbourg, Rennes, Bordeaux, Toulouse, Rouen, Nantes, Créteil et Paris. Les partenariats sont en cours de préparation dans les autres académies. Le recteur de l'académie de Montpellier a par exemple manifesté récemment sa volonté de voir démarrer un partenariat avec une zone déterminée.

Nous voyons par ailleurs apparaître des partenariats impliquant une zone à l'étranger et deux académies. Pour répondre à la question du représentant de Besançon, rien n'empêche son académie de prendre contact avec la DESCO pour qu'une zone lui soit affectée. Les académies de Nancy-Metz et Strasbourg travaillent ensemble, comme celles de Toulouse et de Bordeaux.

Alain FLEURY
Vous avez souligné l'importance des réseaux internationaux pour l'Éducation nationale. Mais j'ai pu constater en lisant la liste des participants à ce séminaire la différence qui peut exister entre le discours et la réalité. Depuis 1997, il existe en effet auprès de chaque recteur des délégués académiques aux relations internationales et à la coopération. Or la liste des participants n'y fait pas référence.

Je voudrais également dire qu'il ne faudrait pas que les partenariats mis en place demeurent trop franco-français. Les établissements français à l'étranger jouent un rôle très important dans le cadre de notre appareil diplomatique. Nous sommes engagés actuellement dans une logique planétaire, de concurrence. Je pense donc qu'il serait intéressant que nos discussions portent également sur la façon dont nous pouvons rendre plus performante notre relation avec les milieux étrangers. Que faisons-nous de ces fameuses élites que nous sommes censés former ? Que faisons-nous de ces bacheliers dont nous sommes si fiers ? Nous les voyons partir vers des universités américaines parce que nous n'avons pas su les accueillir dans nos Universités. Nous devons mener une réflexion sur ce sujet.


Actes du séminaire national Partenariat "académies - établissements français à l'étranger"

Mis à jour le 15 avril 2011
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