Séminaire « L'analyse de pratiques professionnelles et l'entrée dans le métier »

Invariants et différences des approches 

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Suzanne Nadot, maître de conférences, IUFM de Versailles

Vous avez pu découvrir différentes approches de l'analyse de pratiques lors des exposés que vous avez entendus aujourd'hui. Mon propos va être de tenter de les mettre en relation.

Les objectifs de l'analyse de pratiques

De manière générale, l'analyse de pratiques procède de l'échange et de la discussion autour de situations professionnelles. Cependant, il est possible de considérer les situations professionnelles dans leur généralité, en les sortant de leur contexte ou de considérer ces situations très singulières et liées, en particulier, aux comportements des praticiens. Par ailleurs, l'importance accordée dans les situations aux dimensions didactique, pédagogique et institutionnelle peut varier.

Quand le praticien est pris en compte dans l'analyse de pratiques, des théories du sujet prédominent. Ainsi, Gilles Monceau travaille sur les effets de l'institution à laquelle on appartient, alors que Ludovic Gadeau s'intéresse plus aux enjeux personnels et aux affects. Le sujet peut également être considéré d'un point de vue technique, en utilisant une typologie des gestes. Je pense que le choix d'analyser tous les plans en même temps en utilisant une grille systématique empêche le lent travail de compréhension. En effet, nous savons que la compréhension est longue : il peut arriver qu'une situation travaillée au mois d'octobre soit mieux comprise qu'au mois de mai seulement.

La notion d'identité professionnelle est régulièrement utilisée mais elle renvoie à des systèmes différents. Un professionnel reconnaît-il son appartenance à une profession à travers une série de gestes spécifiques, de compétences reconnues et identifiantes ? L'identité est-elle liée à l'appartenance à un groupe social ? Cette notion d'appartenance est souvent problématique chez les enseignants stagiaires, qui doivent passer d'un statut d'étudiant à un statut d'enseignant. L'identité renvoie aussi aux images idéalisées et constatées d'un soi professionnel. Chacun a une idée de ce qu'il veut être professionnellement et il est essentiel de pouvoir accorder cet idéal de soi à ce qui en est perçu. Enfin, quelle que soit la conception de l'identité qui est mise en avant, pour tous elle n'est jamais figée et elle se construit en permanence.

Comment se pratique l'analyse de pratiques ?

La parole est évoquée comme essentielle dans les différentes formes d'analyse de pratiques, mais cette parole n'est pas celle échangée dans une salle des professeurs ou autour d'un café. De fait, mettre en mots des événements et des actions permet de découvrir des éléments qui n'étaient pas connus auparavant. La parole est confrontée à l'écoute de l'autre, qui propose une autre idée, une autre approche de la situation. Cette formulation d'idées permet à chacun d'évoluer et de formuler de nouvelles théories. Les deux derniers intervenants ont cependant parlé différemment de cette parole qui aide à comprendre.

La parole révèle-t-elle l'inconscient du sujet ? À quel niveau faut-il s'arrêter ? Comme vous l'avez vu, les points de vue varient. Ludovic Gadeau s'approche de ce travail sur l'inconscient, alors que Dominique Fablet et André Bernard en sont plus éloignés. Quant à Marguerite Altet, elle situe la parole sur un autre registre.

Le questionnement diffère également selon la forme d'analyse de pratiques. Dans certains cas, on dispose de grilles de lecture et le questionnement est connu d'avance. Dans d'autres cas, l'animateur guide un questionnement en accord avec ce qui se passe au cours de la séance d'analyse de pratiques. Ainsi, les questions posées au fur et à mesure ne sont pas connues au début de la séance.

Mettre en place l'analyse de pratiques

Je souhaite évoquer la mise en place du dispositif. La formation de formateurs est une étape incontournable, que l'analyse de pratiques soit instrumentalisée ou non. Dans tous les cas, le formateur doit mettre en retrait ses présupposés qui permettraient d'expliquer une situation, pour avancer dans la compréhension de cette dernière. En cas d'instrumentalisation, les formateurs doivent maîtriser les concepts. Dans une analyse de pratiques moins outillée, une posture d'écoute compréhensive est à acquérir ; le formateur doit pouvoir entendre les informations et les traiter de manière ouverte et confronter en permanence son propre système de compréhension avec celui des autres.

Il est essentiel de vivre les situations d'analyse de pratiques pour comprendre comment ce travail contribue à évoluer. Cela permet de différencier le ressenti dans une situation de la situation elle-même, d'identifier les paramètres en jeu dans l'immédiateté de la décision et de mieux repérer comment la dimension personnelle interfère avec la situation professionnelle.

Si la mise en place d'une formation de formateurs est importante, il faut aussi veiller au cadre global de la formation et à la place que va occuper l'analyse de pratique. Roger Fetter a développé ce point. À ce propos, il ne faut pas sous-estimer les habitudes de formation. Les propositions de formation en analyse de pratiques sont parfois difficiles à intégrer. L'analyse de pratiques est souvent mal comprise, chargée de trop d'évidence ou de trop d'obscurité. Il est parfois difficile de convaincre de son intérêt. Elle ne correspond pas à une demande explicite et on peut comprendre que les enseignants ne peuvent demander des formations dont ils ne connaissent pas l'existence. Il faudra du temps pour que les différents personnels s'approprient ces formations et que les dispositifs trouvent toute leur pertinence.


Actes du séminaire : L'analyse de pratiques professionnelles et l'entrée dans le métier, les 23 et 24 janvier 2002 à Paris

Mis à jour le 15 avril 2011
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