Séminaire « L'enseignement des sciences et de la technologie à l'école »

L'apport des partenaires du plan de rénovation

Le partenariat : du mondial au local

Georges Charpak, académicien, prix Nobel

Ce séminaire prouve que l'objectif que s'étaient fixé certains depuis parfois six ans est en grande partie réalisé. Sont aujourd'hui présents les représentants des principaux partenaires du plan de rénovation de l'enseignement des sciences et de la technologie à l'école. Le jaillissement de ces partenaires est extraordinaire et souligne la différence entre cette année et les années précédentes.

Il y a six mois à Budapest, la première journée d'une réunion placée sous l'égide de l'UNESCO, sous l'impulsion de M. Ledermann, était exclusivement consacrée au plan de rénovation de l'enseignement des sciences dans le primaire à l'échelle mondiale. Elle était organisée par l'organisation internationale regroupant toutes les sociétés savantes : l'Union des physiciens, l'Union des biologistes, l'Union des mathématiciens, etc. Les représentants d'une trentaine de pays étaient présents.

M. Ledermann, bien qu'il soit pionnier dans son pays, me confia qu'il avait appris à cette réunion la nécessité d'être très modeste. En effet, cette réunion a permis de découvrir de très belles expériences, provenant de pays inattendus. En chimie, une superbe mallette a ainsi été élaborée par des Australiens et des Sud-Africains. Dans tous les domaines, Suédois, Israéliens ou autres ont fait part de leurs expériences passionnantes.

Cette réunion donna l'image d'un partenariat planétaire. Il s'agit en effet d'un problème mondial, qui concerne aussi bien les États-Unis, où l'enseignement public primaire est totalement sinistré, que certains pays en voie de développement, notamment d'Amérique latine, où seuls 20 % des enfants sont scolarisés. Concernant plus spécifiquement l'enseignement des sciences, vital pour la société, l'enjeu est non seulement de l'améliorer, mais également de le recréer.

Il y a quinze jours se tenait en Colombie une réunion de tous les lycées français d'Amérique latine. Il y fut question de l'introduction de La main à la pâte dans tous ces lycées. Certains avaient en effet eu l'occasion de visiter Vaulx-en-Velin et quelques autres centres. Ils désiraient disposer rapidement du même matériel, notamment du matériel américain traduit en français. Une trentaine d'écoles colombiennes assistaient également à cette réunion. Elles se lancent également dans La main à la pâte, à l'instar de la plus grande université privée d'ingénieurs - les écoles privées sont nombreuses, à l'image du modèle américain - ce qui aurait été inimaginable il y a seulement cinq ans. Les responsables de ce projet se basent uniquement sur une visite effectuée dans des classes en France. Pour l'anecdote, un industriel d'Évreux produira les mallettes, avec des textes traduits en espagnol depuis le français, alors qu'ils ont originellement été traduits en français à partir de l'espagnol... Il s'agit en l'occurrence d'un bel exemple de dissémination qui prouve, au-delà des discours, l'importance du témoignage que constitue le fait de voir des élèves ayant du plaisir à apprendre et des maîtres du plaisir à enseigner, de voir des matières intelligemment enseignées dans des endroits difficiles.

Les partenaires jouent des rôles plus ou moins importants. Les participants du séminaire ne sont déjà plus des partenaires. Les IUFM et autres institutions sont en effet appelés à devenir des maîtres d'œuvre. Les partenaires originels ont joué un rôle durant la phase de pionniers. Cependant, la centralisation du système français donne à ces acteurs la responsabilité de la marche globale du système, en mettant à leur disposition toutes les armes possibles.

Le système français possède un avantage écrasant sur le système américain. La constitution américaine interdit en effet l'intervention du gouvernement fédéral dans l'éducation. Un Mormon, par exemple, refusera que Washington lui dicte sa loi en la matière. Des centaines de millions de dollars sont investis dans le système éducatif, mais leur valorisation s'avère aléatoire et difficile puisque rien n'est obligatoire. Le système français est totalement différent, ce qui lui permet de piller les idées et de les améliorer.

Compte tenu de la puissance du système français, tout sera réinventé en ce domaine d'ici trois à cinq ans. C'est la démarche qui importe, la façon d'enseigner qui prime.

La méthode de La main à la pâte a révolutionné la démarche de l'enseignement des sciences. Tout d'abord, certains partenaires jusqu'alors insoupçonnés ont émergé, qui n'existent pas ou très peu dans d'autres pays. Il s'agit des étudiants ou des élèves des grandes écoles. Ainsi, cinq ou six élèves de Polytechnique ont choisi, pendant un an, de se rendre dans une école, de préférence difficile, à Vaulx-en-Velin ou en Seine-Saint-Denis, plutôt que d'accomplir leur service militaire. Ils ont le sentiment d'avoir " découvert la France ", non en " taupe ", en préparant le concours avec acharnement, mais en passant une année avec un ou plusieurs enseignants.

Leur relation avec les instituteurs ou institutrices est riche d'enseignements. Il arrive que l'enseignant soit complexé lorsqu'il ne parvient pas à répondre à une question d'élève. Cependant, il sera rassuré s'il s'aperçoit que l'étudiant se trouve également dans l'impossibilité de répondre. L'un des éléments importants de cette méthode d'enseignement est justement de permettre aux enseignants de dire aux enfants qu'il n'est pas toujours possible de leur répondre sur le champ, et que le maître doit parfois se renseigner d'abord - soit sur le site de l'INRP et de l'académie des sciences, soit dans le cadre d'une discussion avec les intervenants.

Il y a vingt ans, cette ouverture n'existait pas. On ne pouvait entrer à l'école sans posséder les diplômes adéquats. Il s'agit là d'un pas très important, en même temps que d'une source qui n'est pas prête de se tarir.

Une quarantaine d'élèves d'une grande école participent à La main à la pâte en allant dans des classes, aidés par l'un de leurs professeurs qui a décidé, arrivant à l'âge dangereux de 45 ans, l'âge des remises en cause, de consacrer la moitié de son temps à La main à la pâte.

Plus que d'apporter simplement leur aide aux enfants, ces étudiants mettent à leur disposition leur potentiel technique et technologique, ainsi que les outils, qui les forcent à échafauder des hypothèses, à mener et dessiner des expériences, à forger des concepts tout en apprenant à lire et à écrire.

Comment et jusqu'où répondre aux questions des enfants ?

Les difficultés ne doivent pas être exagérées. Il est certes inutile de promulguer aux enfants, à propos de l'irisation d'une bulle de savon, un cours sur l'arc-en-ciel. D'ailleurs, sur cent ingénieurs, bien peu, pris au dépourvu, sont capables d'apporter une réponse. Ne pas savoir répondre ne signifie pas être ignorant. La main à la pâte inclut d'ailleurs des cours de sciences naturelles, qui supposent une démarche différente de celle des sciences physiques, où les choses sont parfois simples, et fonctionnent sur un nombre de sujets limité selon le modèle : hypothèse, élaboration d'expériences, réponse à l'hypothèse. Voilà pourquoi il serait illusoire de penser que La main à la pâte peut être menée uniquement avec des sciences naturelles. La physique possède des vertus qui ne sont pas celles des sciences naturelles, ni celles des mathématiques.

Il est donc également nécessaire que l'instituteur apprenne aux enfants qu'ils ignoreront certaines choses pendant encore quelques années, et qu'il y en a même d'autres que les professeurs, voire les grands savants, ignorent.

Je prenais pour des démagogues ceux qui, aux États-Unis, estimaient que les enfants devaient être considérés comme des chercheurs scientifiques dans des laboratoires. En définitive, il s'agit d'une idée très profonde. Si un chercheur passe ses journées et ses nuits dans un laboratoire à tenter de comprendre des phénomènes ou de mettre à jour des lois, c'est parce qu'il existe des phénomènes fondamentaux qu'il ne comprend pas, même si dans vingt ans, l'explication paraîtra évidente. Il n'a pas honte de dire qu'il ne comprend pas. Il faut donc dire aux élèves qu'il existe certains phénomènes que l'on ne comprend pas, que même l'enseignant ne comprend pas, mais qu'ils sauront plus tard résoudre ces problèmes parce que certains d'entre eux deviendront des chercheurs.

Ces intermédiaires jouent donc un rôle primordial autant qu'inespéré. Il est possible toutefois que le besoin de faire appel à eux devienne moins évident lorsque les IUFM, ayant repris la direction des événements, auront intégré dans leur cursus la formation La main à la pâte. Cependant, aujourd'hui, si l'on compare une école accueillant quotidiennement cinq jeunes polytechniciens avec une école accueillant quotidiennement cinq académiciens, les polytechniciens se révèleront bien plus efficaces, car il leur sera bien plus facile, de dire qu'ils ne savent pas.

Ces partenaires constituent donc une extraordinaire richesse. Et encore s'agit-il là d'une petite partie des partenaires que l'on va trouver à l'Éducation nationale.

L'engagement de l'INRP : une évidence et un devoir

Anne-Marie Perrin-Naffakh, directrice de l'Institut national de recherche pédagogique

L'engagement de l'INRP auprès de la direction des enseignements scolaires, de l'académie des sciences, du CNDP et des IUFM est à la fois une évidence et un devoir, au regard des missions de l'INRP et des enjeux du projet de plan de rénovation.

Les missions de l'INRP

L'INRP a pour mission de produire des connaissances sur l'ensemble des niveaux de l'enseignement scolaire, sans exclure l'enseignement supérieur, tout en ayant un rôle de diffusion et de valorisation. Ces missions peuvent être assumées grâce à un positionnement particulièrement favorable, à la jonction entre la recherche théorisante et la réalité immédiate du terrain scolaire et des IUFM. L'INRP est donc un acteur et un relais du plan de rénovation de l'enseignement des sciences et de la technologie à l'école.

Les enjeux du plan de rénovation

La perception de ces enjeux a été précoce au sein de l'INRP. Celui-ci a en son temps joué un rôle dans les activités d'éveil, expérience dont il faut tirer les leçons. Il est à ce propos nécessaire de rappeler deux principes majeurs.

Premièrement, réactiver l'enseignement des sciences et de la technologie est d'une urgence décisive pour les capacités d'évolution d'un pays moderne. Sans tomber dans l'utilitarisme, il s'agit également d'un facteur d'insertion professionnelle des jeunes, cet aspect ayant pour corollaire une réhabilitation des enseignements technologiques et professionnels. Il s'agit d'une démarche privilégiée pour instaurer ou réinstaurer une pédagogie active, concrète, attrayante, efficace et exigeante, notamment en matière d'acquisition des connaissances. Il s'agit en même temps de réconcilier les générations montantes avec l'intelligibilité et donc le respect de l'univers au sein duquel elles évoluent, qu'il soit naturel ou technologique. Ceci va à l'encontre du fantasme d'une science inaccessible, omnipotente et potentiellement dangereuse. Il s'agit donc de donner du sens au principe d'interdisciplinarité souvent proclamé et rarement appliqué, en ce sens que trop souvent, on fige les champs de savoir dans des catégories étroites et étanches, en entretenant l'idée selon laquelle il ne peut y avoir de solution de continuité entre la science et les langages, verbal ou iconique, et entre la science et la civilité ou le civisme, donc la démocratie.

Deuxièmement, il existe une connexion indissociable entre instruction et éducation. Il s'agit en définitive du dérivé naturel de ce qui vient d'être évoqué, et qui va à l'encontre de certaines polémiques qui voudraient constamment les opposer, créant ainsi d'artificielles distinctions. La finalité ultime des apprentissages, s'ils sont bien conduits, tient à la nature des savoirs mais n'en est pas captive. Il s'agit en définitive, par les sciences ou d'autres matières, de former le jugement et, à travers cela, d'instituer l'élève en individu réfléchi, raisonnable et socialisé.

La place de l'INRP au sein du plan de rénovation

Concrètement, l'INRP bénéficie d'un capital acquis depuis plusieurs décennies, mais tout particulièrement depuis 1996 à travers son investissement dans l'opération La main à la pâte avec l'académie des sciences, et également de collaboration ancienne avec l'Inspection générale de l'Éducation nationale. Il s'agit donc de prolonger l'action engagée, qui se poursuit par ailleurs, à une échelle élargie.

L'INRP doit constituer un lieu de ressources, de références, aider à l'accompagnement scientifique dans les classes, qui sera d'ailleurs d'autant plus nécessaire que la phase de généralisation ne peut plus se fonder sur les volontariats locaux. Il s'agit, car l'action doit toujours s'accompagner d'un arrière-fond réflexif, de développer des recherches, en association notamment avec les IUFM. Ceci est d'ailleurs engagé, comme en témoignent les recherches sur les modalités d'échange entre enseignants et scientifiques sur les langages, permettant de communiquer sur l'action, ou encore le cahier d'expériences, l'appropriation de l'outil Internet (long est le chemin qui reste à parcourir), le suivi des jeunes enseignants pour l'enseignement des sciences.

Par ailleurs, l'implication des IUFM est sans doute décisive, car c'est en progressant dans la formation initiale et continue des enseignants du premier degré, instituteurs et professeurs des écoles, que la partie se gagnera.

Pour conclure

En accord avec sa mission nationale de service public, en adéquation avec ses compétences d'institut de recherche, l'INRP peut trouver un double mode utile d'intervention. En posture d'accompagnateur expérimenté, il a des compétences à apporter, didactiques, techniques. En posture de chercheur, ceci dit aussi modestement que résolument, il adopte une attitude distanciée par rapport à l'action, afin de rester, au fur et à mesure de son développement, apte à l'apprécier, à l'évaluer, à la réorienter, et à en faire une exploitation optimale.

Expérimentation et recherche documentaire

Roger-François Gauthier, directeur général du Centre national de documentation pédagogique

Dans la note de service du 8 juin 2000, un paragraphe retient mon attention : " [les] élèves conduisent des investigations réfléchies en mettant en œuvre des démarches concrètes d'expérimentation, complétées le cas échéant par une recherche documentaire. Il est important que les élèves pratiquent l'une et l'autre de ces deux voies complémentaires ". On perçoit là le risque d'une tension, même s'il s'agit d'une étape transitoire du texte.

L'expérimentation constitue-t-elle le noyau du plan de rénovation de l'enseignement des sciences et de la technologie à l'école, la recherche documentaire gravitant le cas échéant à ses côtés, tel un principe satellite, ou s'agit-il de pratiquer simultanément les deux modes d'apprentissage ?

Les premiers exposés ont insisté sur le fait que dans l'histoire de l'enseignement primaire, l'attention sur les sciences était récupérée par une attention sur les mots. De surcroît, le recours à l'image a été présenté comme un moyen n'ayant ni trouvé sa place ni prouvé son utilité.

L'existence d'un continuum

Il ne s'agit pas d'opposer les deux pratiques, ce qui supposerait une expérimentation n'ayant pas de comptes à rendre à des pratiques documentaires, ou une pratique documentaire qui pourrait se passer d'expérimentation, ces deux modes n'existant pas.

Il est cependant important d'y réfléchir car la connaissance du système éducatif français fait craindre que tout soit bon pour que les élèves n'expérimentent pas, qu'ils soient à nouveau détournés par les " artisans du commentaire ", comme ils l'ont si souvent été dans l'histoire éducative du pays.

Il n'y a ni opposition ni minoration, mais au contraire nécessité que l'attitude intellectuelle d'interrogation qui est à créer dès l'école primaire intègre deux voies qui s'appellent naturellement l'une l'autre. Il s'agit de repérer une partie du réel, un référent, de l'interroger, de formuler des hypothèses, d'échanger. La recherche documentaire fait d'ailleurs partie de l'enseignement obligatoire, à tous les niveaux scolaires. Il n'est évidemment pas question de laisser s'opposer deux attitudes dans les écoles primaires, l'une du domaine de la BCD, dont le risque est celui d'un " isolat littéraire ", l'autre du domaine de l'expérimentation, comportant quant à elle un risque de " marginalisation scientifique ".

Cette question doit être creusée auprès des maîtres : expérimentation et recherche documentaire sont des attitudes complémentaires et intégrées aux interrogations. Il existe bien évidemment des cas où l'expérimentation ou l'observation directe s'avère impossible, pour des raisons d'éloignement, de temps, de rareté ou de droit. N'oublions pas par ailleurs que lorsqu'on expérimente, que l'on intègre une démarche scientifique, intellectuelle, on n'est jamais seul. On intègre un univers dans lequel les documents existent et sont destinés à servir. La démarche scientifique d'un individu l'amène d'ailleurs à produire ses propres documents, à les comparer avec ceux produits par ses pairs, etc. Cette attitude générale de recherche documentaire, de hiérarchisation, de critique, de réemploi, forme un continuum qu'il n'y a pas lieu de rompre en opposant expérimentation et recherche documentaire. Les deux démarches sont intégrées.

La maîtrise documentaire

L'univers documentaire scientifique est fait de texte, d'image et de son. Toutes les actions réalisées en direction de l'école primaire concernant la lecture de l'image ou l'écoute des sons font partie d'un ensemble, et les enseignants ont intérêt à opérer un continuum entre ces dimensions. L'interdisciplinarité souhaitée dans le plan de rénovation dépend de la qualité apportée au lien entre ces éléments phares de l'enseignement primaire.

Le statut des documents

Par ailleurs, dans le cadre de la maîtrise documentaire proposée aux maîtres, il est également important d'attirer leur attention sur la distinction de statut à opérer entre les documents, en particulier la distinction majeure, avec les gradations nécessaires, entre les documents bruts et documents interprétés, mis en didactique. Paradoxalement, le CNDP fabriquait plus d'images animées avant la vidéo qu'aujourd'hui, alors qu'il est désormais si facile d'assembler des images, du son et du commentaire.

Ces deux types de documents ont droit de cité, à condition que les enseignants opèrent une distinction affirmée entre leurs statuts, y compris par rapport aux documents que l'édition publique et privée a intérêt de produire, si on veut que le plan se traduise en actes, c'est-à-dire par rapport aux documents spécifiques.

La typologie documentaire est donc importante.

Le repérage des documents

Ces documents doivent être disponibles. Quels services documentaires mettre en place pour que les documents soient repérés ?

Il y a évidemment des services de repérage documentaire. Les technologies actuelles d'information et de communication mettent des outils extraordinaires à la portée des utilisateurs. Citons simplement " educasource ", site des repérages sur le web des documents à potentiel pédagogique, ou encore " educlic ", portail des professionnels de l'éducation que le CNDP a ouvert cet été.

La sélection des documents

Il y a ensuite la sélection. Elle concerne tout d'abord l'offre éditoriale directe des partenaires du système public, CRDP et CNDP. Cette offre éditoriale bénéficie aux différents niveaux de procédures de validation, qui peuvent permettre de rassurer les instituteurs et les professeurs d'école. Mais, au-delà, elle concerne également l'offre générale sur tous les supports de l'ensemble de l'édition publique, privée, française, francophone, et pourquoi pas internationale. Le CNDP met en ligne sur son site une offre large, antérieure au plan de rénovation de l'enseignement des sciences et de la technologie à l'école, mais qui montre tout de même l'existant et le disponible, dans le cadre d'une contribution au plan. Il ne s'agit pas d'une bibliographie destinée à servir d'annexe, mais d'une offre définissant clairement ce que l'on peut attendre de chaque référence.

Ce n'est cependant pas suffisant. Les enseignants, pour être pleinement rassurés, ont également besoin que leurs pairs ayant déjà réalisé des actions mettent à leur disposition des guides et des scénarios d'utilisation. Le CNDP le fait déjà et le fera de plus en plus, non seulement en ligne, mais également par le biais d'un travail de proximité des CRDP et des CDDP.

La documentation se présente donc sous la forme d'un continuum du repérage dans un vaste océan aux guides pour la classe.

La ressource documentaire

Il est indispensable que tous les acteurs se mobilisent et contribuent à l'évolution du système éducatif. Comment faire pour que les documents soient là où l'on en a besoin ? Se pose ici la question des ressources documentaires dans les écoles primaires, de la même façon qu'autour du sujet frère des travaux personnels encadrés se pose la question de la ressource documentaire et de sa présence dans les lycées. Le groupe technique se promet d'élaborer un document tourné vers les collectivités locales. Cela est capital. En effet, la plupart des maires de communes sont disposés à engager des dépenses dans le cadre de l'école, mais encore faut-il les guider sur la bonne voie. Ils sont souvent perdus, notamment lorsqu'ils entendent dire que pour dépenser, il faut acheter des micro-ordinateurs. Certes, mais tout cela est un ensemble. Le dialogue avec les collectivités locales sera très important.

De la même façon, il sera nécessaire de se préoccuper de la communication en direction des parents, à qui il faudra expliquer que l'école primaire n'invente pas de nouvelles procédures dans le cadre du plan de rénovation, mais qu'elle veut mieux faire ce qu'elle a depuis longtemps l'ambition de faire.

L'innovation est difficile à amener sur le terrain éducatif français. N'oublions pas tout ce que l'innovation, mise à disposition des maîtres dans les classes par le biais d'une ressource documentaire largement diffusée, pourrait nous permettre de gagner en étapes, comme en témoigne l'histoire. Le musée de l'éducation de Rouen montre bien comment, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, les acteurs mettaient des moyens en faveur de la diffusion de supports techniques et de moyens documentaires. Il serait dommage qu'à l'heure où les techniques sont disponibles, nous soyons en retrait.

La formation des maîtres dans le domaine de l'enseignement de sciences : une évolution nécessaire

Gérard Mary, directeur de l'IUFM de Reims, correspondant sciences de la Conférence des directeurs d'IUFM

L'idée d'un investissement nécessaire des IUFM dans le plan de rénovation de l'enseignement des sciences et de la technologie à l'école ne semble ni contestable ni contestée.

Ce plan de rénovation devrait être un formidable accélérateur du travail en commun entre les IUFM, les inspections académiques, les circonscriptions et les écoles primaires dans les mois et les années à venir.

Les IUFM ont un rôle essentiel à jouer dans la réussite de ce plan. Plus de 10 000 professeurs des écoles vont en effet passer chaque année sur les bancs de la formation initiale des IUFM, cette formation ayant des conséquences importantes sur la façon dont ils enseigneront ou non les sciences. Il a pu être dit à juste titre, depuis le lancement de La main à la pâte que l'investissement des IUFM dans cette opération n'était pas toujours suffisant. Un bilan objectif permet cependant de tirer deux conclusions : cet investissement existe désormais, il est fort et s'accroît considérablement.

L'adhésion des IUFM à La main à la pâte a été réaffirmé solennellement par Gérard Weiss, président de la conférence des directeurs, lors du colloque de la Grande Bibliothèque en janvier 1999. A cette occasion fut désigné un représentant des IUFM pour être auprès de La main à la pâte, puis aujourd'hui auprès du plan de rénovation.

La formation initiale

Je me réfère à ce qui se passe à l'IUFM de Reims, sans pour autant en faire un modèle ou un exemple. Ce type d'initiatives existe d'ailleurs presque partout sur le territoire national.

En matière de formation initiale, il est nécessaire d'adapter les plans de formation des IUFM aux objectifs et aux méthodes du plan de rénovation de l'enseignement des sciences et de la technologie à l'école, en favorisant la réflexion des stagiaires, le travail en équipe, la confrontation des expériences, en rejetant les cloisonnements disciplinaires qui n'ont pas lieu d'être à ce niveau, le tout à l'instar des méthodes préconisées pour la classe.

A Reims, l'IUFM a mis en place un nouveau module de sciences, obligatoire pour tous les professeurs d'école stagiaires. Il s'agit d'un module de travail sur la base d'un projet collectif de groupe de PE2, avec un encadrement défini au niveau de quatorze heures. Il s'agit de faire autre chose que ce qui était fait jusqu'à présent, en l'occurrence de compléter la logique du pilotage par la remédiation, qui a été très longtemps en cours, et l'est encore, par une logique de valorisation des acquis et une anticipation sur la définition d'une dominante pour les professeurs des écoles.

Les professeurs des écoles, qui possèdent souvent une formation universitaire nulle ou très faible en matière scientifique, doivent pouvoir acquérir des connaissances minimales dans les IUFM, mais les scientifiques doivent également valoriser leur formation initiale dans leurs pratiques de classe. Actuellement, 30 % des professeurs des écoles sont issus des filières scientifiques. Ce progrès considérable a été accompli en quelques années seulement.

Le mémoire professionnel constitue par ailleurs un élément dynamisant d'une politique de formation initiale très importante. Il permet aux stagiaires de réfléchir sur leurs pratiques et incite à l'innovation. Il est donc nécessaire d'encourager les stagiaires à préparer et présenter des mémoires professionnels portant sur l'enseignement des sciences. L'académie des sciences a d'ailleurs décidé de créer dès 2001 un prix récompensant les meilleurs d'entre eux, c'est-à-dire ceux qui présentent et analysent des protocoles innovants en matière d'enseignement scientifique.

La formation continue

Elle doit reprendre les méthodes et objectifs de la formation initiale. Des stages de formation continue doivent se dérouler de manière active, à l'image de ce qui est demandé comme activité de classe, et sans être uniquement inscrits dans une logique de remédiation d'insuffisances.

Les sciences à l'école constituent une priorité explicite du projet d'établissement dans un certain nombre d'IUFM. Cela se traduit par des initiatives importantes. L'IUFM de Reims a par exemple l'objectif, en voie de réalisation, de créer une salle de sciences spécialisée dans chacun de ses cinq centres départementaux, en faisant en sorte que chacune d'elle soit animée par un professeur des écoles issu du potentiel de formation de l'IUFM, et recruté spécialement dans cet objectif. Un recrutement a d'ores et déjà eu lieu à la rentrée 2000. Ce dispositif se poursuivra dans les années futures, à la mesure également des moyens qui seront accordés dans ce cadre.

Ces dispositifs (salle de science, matériel, formateur permanent) ont une vocation diversifiée : accueillir les stagiaires de formation initiale, les actions de formation continue, des ateliers de pratiques scientifiques. Les inspections académiques participent d'ailleurs à cette initiative.

Le caractère universitaire des IUFM

Il ne doit pas être négligé. Les IUFM disposent eux-mêmes de scientifiques capables d'accompagner les maîtres dans les logiques du dispositif de La main à la pâte. Les relations privilégiées qu'ils entretiennent avec les universités leur permettent de servir de lien entre le terrain, les scientifiques et les étudiants volontaires pour s'investir dans l'opération.

Ils ont également vocation à développer la recherche en éducation. Il semble donc nécessaire et souhaitable que ce type de rénovation s'accompagne d'une recherche directement liée au terrain. Des actions se développent actuellement, et la collaboration avec l'INRP est à ce titre non seulement utile, mais nécessaire.

Voici quelques pistes de réflexion :

  • L'expérimentation sert-elle, de manière schématique, simplement à acquérir des savoir-faire ou participe-t-elle à l'acquisition des connaissances, et de quelle manière ? Il est nécessaire d'approfondir les recherches à ce sujet.

  • On a souvent dit, notamment dans le cadre de La main à la pâte, que les professeurs des écoles de formation scientifique ne s'investissaient guère plus, voire moins, que les professeurs des écoles de formation littéraire. Quelles sont les causes de cette situation ? Quels protocoles de formation initiale et continue mettre en œuvre afin de valoriser les acquis scientifiques universitaires de ces étudiants et de faire en sorte qu'ils puissent être réinvestis dans la démarche pédagogique ?

  • Quels acquis de La main à la pâte les élèves emportent-ils avec eux au collège ? Une étude précise pourrait être menée à ce sujet, dont les résultats seraient sans nul doute très positifs, et nourriraient la réflexion actuelle sur les rénovations et les réformes à mener au collège.

Les ressources pédagogiques

Les IUFM doivent prendre leur place dans la création et la mise à disposition des ressources pédagogiques, en utilisant au maximum, mais pas seulement, les ressources d'Internet. Il est nécessaire d'adopter à ce sujet une attitude bannissant les notions de frontière ou de territoire. Un certain nombre de sites web accueillent d'ores et déjà des ressources pédagogiques. Ils doivent travailler et habiter ensemble, sans se faire concurrence. C'est d'ailleurs ce qui se passe actuellement. De ce point de vue, l'exemple de La main à la pâte est extrêmement éclairant. Le site de La main à la pâte et ce qui a tourné autour a été un facteur de réussite de cette opération.

Les IUFM ont désigné depuis maintenant un an un correspondant de La main à la pâte. Chaque IUFM en possède un. L'objectif est la création d'un réseau reconnu, permettant la création de ces ressources pédagogiques. Ces correspondants seront réunis à l'académie des sciences au début de l'année 2001. Ce sera notamment l'occasion de préciser le rôle exact de ce dispositif. Ils existent cependant d'ores et déjà et doivent devenir des partenaires essentiels dans les écoles, les circonscriptions et les inspections académiques.

Actes des séminaires interacadémiques - L'enseignement des sciences et de la technologie à l'école

Mis à jour le 15 avril 2011
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