Université d'été « Enseigner les sciences à l'école primaire »

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Intervention de Claude Dautel, représentant du recteur de l'académie de Montpellier

Je suis très heureux de vous accueillir dans notre académie. Je remercie l'institut universitaire de formation des maîtres (IUFM) qui a organisé cette université d'été en partenariat avec l'équipe de La main à la pâte et le professeur Jean-Michel Dusseau qui en est le responsable scientifique.

Vous savez qu'actuellement, dans les pays développés, il y a une désaffection des étudiants pour les études scientifiques. C'est incontestable et notre ministre se base sur un certain nombre de constats historiques pour inverser cette tendance. Nous savons que l'enseignement des sciences à l'école ne date pas d'aujourd'hui : la leçon de choses date de 1887, les activités expérimentales dans l'enseignement du second degré, appelées aujourd'hui travaux pratiques, ont été instaurées en 1920. Les activités d'éveil mises en place en 1970 ont donné un coup de fouet à l'enseignement des sciences. Plus près de nous, tout le monde connaît l'opération "La main à la pâte" et son incontestable succès.

Pour les gens qui ne sont pas de notre région, il est bon de rappeler qu'on y organise tous les deux ans des " exposciences " en alternance avec des " Einstein ". Personnellement, j'assiste à ces manifestations : vous avez là des stands avec des élèves d'école maternelle et primaire qui vous présentent leurs projets. C'est une motivation extraordinaire. Ces expériences très enrichissantes resteront un pôle innovant pour le plan de rénovation de l'enseignement des sciences et de la technologie à l'école. Ce plan concerne tout le système éducatif français, l'université, le lycée, le collège et l'école.

C'est pourquoi, dans un premier temps, notre ministre s'intéresse à l'école élémentaire. Pour cela il a mis en place une structure de pilotage national au sein de la direction de l'enseignement scolaire (DESCO). Martine Le Guen vous en parlera plus longuement tout à l'heure. Au mois de juin, il a nommé président du comité de suivi national Jean-Pierre Sarmant, inspecteur général de l'Éducation nationale (IGEN) de physique-chimie qui viendra clôturer cette université d'été. Le comité de suivi national a pour mission, non seulement d'impulser, mais d'évaluer les travaux, car s'il est bien de lancer des réformes, encore faut-il savoir si elles portent leurs fruits. Aujourd'hui je représente le chaînon académique pour l'académie de Montpellier, puisque je suis pilote du groupe de suivi académique. Tous ces groupes sont mis en place par les différents recteurs et la cellule ouvrière de cet ensemble est constitué par le groupe de pilotage départemental placé sous la direction de l'inspecteur d'académie, directeur des services départementaux de l'Éducation nationale (IA-DSDEN).

Le groupe de suivi académique, composé d'une vingtaine de personnes environ, comprend les inspecteurs d'académie, inspecteurs pédagogiques régionaux (IA-IPR) de physique-chimie, sciences et vie de la Terre, technologie, des représentants des groupes de pilotage départementaux et des personnes ressources. Son but est d'assurer la liaison entre le niveau national et le niveau départemental, de fournir des éléments de formation et de répondre aux besoins des départements. On peut citer comme domaines d'action la documentation, en partenariat avec les centres régionaux de documentation pédagogique (CRDP), l'expertise des produits pédagogiques et surtout la formation, à la demande des écoles et des enseignants. J'ai personnellement l'intention de me déplacer dans les départements pour voir comment le plan de rénovation se met en œuvre. L'IUFM a bien sûr son rôle à jouer. Il le joue formidablement bien, notamment à travers la réalisation de cette université d'été. Pour terminer, je dirai que je suis heureux de voir 130 personnes qui ont sacrifié quelques jours de leurs congés pour venir travailler ensemble. C'est encourageant et je compte sur vous pour mettre en place ce plan de rénovation de l'enseignement des sciences et de la technologie à l'école qui redonnera, j'en suis convaincu, le goût des sciences à nos élèves.

Intervention de Jacques Pelous, directeur de l'IUFM de Montpellier

Je vous souhaite la bienvenue dans cette académie et, si vous le permettez, je vais commencer par une anecdote personnelle. Il y a 25 ans, j'étais le correspondant académique d'une expérience de rénovation de l'enseignement des sciences, non pas à l'école primaire, mais au collège et au lycée. A l'époque, la commission Lagarrigue-Delacôte travaillait sur l'enseignement des sciences et de la technologie et d'ailleurs mon voisin et ami Claude Dautel, qui est actuellement inspecteur pédagogique régional, était un des expérimentateurs de ces nouveaux programmes. Ce problème de la rénovation des sciences est un problème récurrent. Mais ce qu'il y a de nouveau aujourd'hui, c'est l'affichage, au niveau de l'école primaire, de la nécessité de développer cet enseignement des sciences à une époque où la formation de l'esprit des élèves est essentielle. En effet, je crois qu'il est important de faire porter notre effort à cet âge là.

Pourquoi l'IUFM est-il partie prenante de cette opération ? Il l'est d'abord parce que Jean-Michel Dusseau, professeur à l'IUFM, est le responsable scientifique de cette université d'été. Il l'est aussi parce que de nombreux formateurs d'IUFM sont présents ici, vont participer aux ateliers et jouent un rôle très actif dans la formation initiale et continue dans le domaine. Si les formateurs IUFM, non seulement de Montpellier mais aussi de tous les IUFM, sont impliqués dans ces opérations, c'est parce que, je crois, que le passage d'une phase d'expérimentation, à travers des opérations type " La main à la pâte ", à une phase de généralisation est une opération difficile qui nécessite l'implication d'un ensemble de personnes pour réussir, aussi bien en formation initiale qu'en formation continue.

Au niveau de la formation initiale, nous aurons à faire évoluer les plans de formation de manière à ce qu'ils permettent d'inculquer cet état d'esprit nouveau d'un enseignement des sciences que l'on souhaite développer au-delà de l'expérimentation de " La main à la pâte ".

Au niveau de la formation continue, il existe dans l'académie des groupes d'étude et de recherche dans lesquelles on retrouve, et c'est cela qui est important et intéressant, des gens d'horizons divers, non seulement des universitaires et des formateurs IUFM, mais aussi des conseillers pédagogiques, des gens de terrain, des inspecteurs de l'Éducation nationale, des inspecteurs pédagogiques régionaux. Le mélange des cultures et des différentes approches est essentiel pour l'efficacité de la mise en œuvre de ces opérations de rénovation. Ces groupes d'étude et de recherche sont des producteurs de ressources qui viennent en complément des autres centres de ressources et cette décentralisation de la production de ressources constitue une opération essentielle.

Indépendamment de ces actions académiques, à l'intérieur de l'IUFM, il y a aussi place pour le développement de recherches-action, de recherches liées au terrain. Les instituts universitaires de formation des maîtres, organismes universitaires, ont toute leur place dans la production de ressources et d'innovations qu'il faut mener de front avec la nécessité d'une généralisation. Si on veut préparer l'avenir, il faut que les établissements comme les IUFM jouent un rôle innovant, en parallèle avec les organismes nationaux et en collaboration avec eux. Donc je plaide pour que, au niveau des IUFM et du nôtre en particulier, se développe une politique dite d'appel d'offres qui permette de soutenir les initiatives qui vont dans le sens de l'innovation.

Intervention de GérardMary, directeur de l'IUFM de Reims, représentant de la conférence des directeurs d'IUFM

Dire que les IUFM ont un rôle essentiel à jouer pour la réussite de la rénovation de l'enseignement des sciences à l'école, c'est sans doute enfoncer une porte ouverte. Il faut en effet que la formation initiale, la formation continue et la recherche, se mettent en phase avec les objectifs du plan et concourent à sa réussite. Un seul chiffre pour s'en convaincre : plus de 9000 nouveaux enseignants de primaire sortent chaque année des IUFM. La formation qu'ils y auront reçue ne sera pas sans influence sur la manière dont ils enseigneront - ou éviteront d'enseigner - les sciences et la technologie. C'est une grande responsabilité et, même si on a pu regretter parfois que l'engagement des IUFM en faveur du mouvement de " refondation " de cet enseignement tel qu'il a été initié par Georges Charpak et l'équipe de " La main à la pâte " ait été pas trop timide, il est aujourd'hui bien réel et il se développe.

Cette adhésion des IUFM a été réaffirmée solennellement lors du colloque de la Grande Bibliothèque en janvier 1999 par Gérard Vaysse, président de la conférence des directeurs d'IUFM, et un directeur (d'abord André Gramain puis Gérard Mary) a été chargé d'être le correspondant de la conférence auprès de " La main à la pâte ". Plus récemment, un correspondant "sciences à l'école" a été désigné dans chaque IUFM. Engagés auprès de " La main à la pâte ", les IUFM se retrouvent tout naturellement associés à la mise en œuvre du plan de rénovation. Je vais évoquer quelques pistes, en me référant, sans en faire un modèle ni un exemple, à l'IUFM de Reims qui est, par la force des choses, celui que je connais le mieux.

En matière de formation initiale, les IUFM ont à adapter leurs plans de formation afin de les mettre en accord avec les objectifs et les méthodes du plan de rénovation de l'enseignement des sciences et de la technologie et ce, en favorisant la réflexion des stagiaires, le travail en équipe, la confrontation des expériences, tout en rejetant les cloisonnements disciplinaires (à l'instar des méthodes préconisées pour la classe).

A Reims, nous avons ainsi mis en place, en plus des enseignements disciplinaires qui sont maintenus, un module "sciences" obligatoire pour tous les professeurs des écoles stagiaires (PE 2) comportant 14 heures d'encadrement en vue d'un travail interdisciplinaire sur la base d'un projet d'équipe. Un des objectifs de ce nouveau module est de faire en sorte que les stagiaires issus des filières universitaires scientifiques n'abandonnent pas les sciences lors de leur année de formation professionnelle et se trouvent impliqués dans un projet pédagogique avec des stagiaires d'une autre origine disciplinaire (dans le plan de formation précédent, la matière optionnelle choisie au concours n'était plus enseignée en seconde année).

Par ailleurs, le mémoire professionnel constitue un élément dynamisant du dispositif de formation initiale. Il permet aux stagiaires de réfléchir sur leurs pratiques et incite à l'innovation. Il faut donc inviter les stagiaires à présenter des mémoires professionnels portant sur l'enseignement des sciences. D'ailleurs l'académie des Sciences a décidé de créer, à partir de 2001, un prix pour distinguer et récompenser les meilleurs mémoires professionnels présentant et analysant des protocoles innovants en la matière.

L'autre volet sur lequel l'investissement des IUFM est requis est celui de la formation continue et de l'animation, en liaison avec les inspections académiques. Là aussi, il convient de rechercher des méthodes actives mettant les enseignants en situation à l'image de ce qui se fera dans cette université d'automne.

Dans plusieurs IUFM, les sciences à l'école sont une priorité explicite du projet d'établissement. Ce qui se traduit par différentes initiatives comme la création de centres de ressources. A Reims, nous avons l'ambition de créer une salle dédiée aux sciences à l'école, animée par les professeurs de sciences avec, à terme, l'aide d'un professeur des écoles (PE) recruté à cette fin dans chacun de nos cinq centres départementaux. Cette opération a débuté à la rentrée 2000 puisqu'un PE a été recruté au centre pédagogique de Reims sur ce projet par redéploiement d'un poste vacant. Ces dispositifs (salle + matériel + formateur) ont une vocation diversifiée : accueillir des stagiaires en formation initiale, des actions de formation continue, des ateliers de pratique scientifique… Les inspections académiques y participent.

Enfin, il ne faut pas oublier de solliciter le caractère universitaire de nos établissements. Ils disposent de scientifiques capables d'accompagner les maîtres selon les objectifs de " La main à la pâte ". Ils ont des relations privilégiées avec les universités et peuvent servir de lien entre le terrain et les scientifiques et étudiants volontaires pour s'investir dans l'opération. De plus, les IUFM ayant reçu pour mission de développer la recherche en éducation, il me paraît non seulement souhaitable mais peut-être même indispensable d'accompagner une telle rénovation par une recherche liée au terrain. Plusieurs pistes peuvent être ouvertes. En voici quelques exemples : à Reims, une équipe dirigée par une universitaire spécialisée en didactique de la physique, Madame Kaminski, a engagé un programme de recherche qui vise à identifier les représentations des maîtres du 1er degré sur leur propre pratique en matière de sciences. Cette recherche pourrait aider à définir les axes d'un soutien en formation continue.

Un autre thème qui se développe en liaison avec une équipe universitaire belge porte sur le rôle de l'expérimentation. Il s'agit de savoir si, par l'expérimentation, on n'acquiert que des savoir-faire ou si celle-ci constitue aussi un appui pour l'acquisition des concepts (en restant bien entendu au niveau de ce qui est accessible aux enfants du primaire). Si on faisait un sondage sur ce point parmi les participants à cette université d'automne, ou plus largement parmi les tenants de " La main à la pâte ", je ne doute pas que l'immense majorité des suffrages se porterait sur la seconde option. Une étude plus scientifique que l'affirmation de convictions pourrait toutefois présenter un intérêt, notamment pour convaincre les " décideurs " du bien fondé de l'investissement intellectuel et matériel qu'il convient de faire dans ce domaine.

On pourrait suggérer bien d'autres pistes et l'inventaire des thèmes explorés en recherche, ici ou là, serait sans doute utile. Pour ma part, j'en proposerais volontiers quelques autres :

- pour l'enseignement des sciences, observe-t-on des différences (et si oui lesquelles ? ) entre les pratiques des PE issus des filières scientifiques et les autres ? Plusieurs témoignages dans le cadre de l'opération " La main à la Pâte " semblent porter à penser que les littéraires s'investiraient plus que les scientifiques. Si cela se vérifie, quelles actions est-il opportun de mettre en œuvre pour mobiliser plus et mieux les scientifiques ? Et ce d'autant plus que l'action menée pour accroître la proportion de scientifiques dans les promotions de professeurs des écoles de nos instituts porte ses fruits : les scientifiques représentent actuellement plus de 30% des sortants.

- Quelles rétroactions " La main à la pâte " a-t-elle dans le fonctionnement des classes, des écoles où elle s'applique ? On dit en particulier que les stagiaires réussissent mieux leur intégration dans les écoles " Main à la pâte ". Pourquoi ?

- Quels acquis les élèves " Main à la pâte " emportent-ils avec eux au collège ? Réussissent-ils mieux dans les matières scientifiques ? Cet aspect devrait pouvoir commencer à être étudié, vu le recul dont on dispose désormais (4 ans).

Enfin, pour conclure, je voudrais rappeler que chaque directeur d'IUFM a désigné un correspondant " Sciences à l'école ". Ceux-ci ont été réunis une première fois à l'académie des Sciences et se réuniront à nouveau au début de l'année 2001.

Il s'agit de la création d'un réseau dont le rôle reste à préciser sous certains aspects mais dont on peut penser qu'il saura favoriser la mobilisation du potentiel des IUFM, tant auprès de l'institution pour assurer la réussite du plan de rénovation, qu'auprès du pôle innovant qu'est " La main à la pâte ". Je pense en premier lieu à la création et au partage de ressources pédagogiques.

Dans ce domaine, il n'y a pas de territoire à délimiter ou de couverture à tirer, il y a tout simplement à réussir la rénovation de l'enseignement des sciences et de la technologie à tous les niveaux. Il est bien de commencer par l'école, mais ce n'est qu'un début…


Actes de l'université d'été - Enseigner les sciences à l'école primaire

Mis à jour le 15 avril 2011
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