Séminaire « L'enseignement des langues vivantes, perspectives »

Conclusion

Jean-Paul de Gaudemar, directeur de l'Enseignement scolaire

Que vous soyez bien plus nombreux que prévu au moment de la clôture des travaux de ce séminaire prouve, s'il en était besoin, l'intérêt de l'institution scolaire pour les questions dont nous avons souhaité débattre et constitue en soi un réel motif de satisfaction.

Aussi je voudrais remercier tous ceux qui ont rendu possible ce rendez-vous, notamment les conférenciers et les intervenants. Je tiens aussi à saluer Francis Goullier, l'un des principaux artisans de ce séminaire. Forts de ces collaborations, je crois que nous avons progressé, ne serait-ce que dans la construction d'une véritable conviction collective.

La nécessité d'un enseignement intégré des langues

Nous pouvons d'ores et déjà tirer un premier enseignement de nos travaux : l'ardente nécessité de concevoir un enseignement intégré des langues.

Il faut en finir avec une certaine forme d' " autisme " dans l'enseignement des langues. Le profane le considère parfois et peut-être à juste titre, comme un véritable archipel dont l'unité n'est pas d'emblée évidente. Nous devons travailler à transformer l'archipel en continent et introduire un enseignement des langues qui fasse davantage apparaître l'intégration des langues elles-mêmes en une seule et même discipline.

Cette intégration au sein d'une discipline unitaire exige paradoxalement une diversification linguistique. En effet, notre volonté de diversifier l'enseignement des langues n'a rien à voir avec une sorte de démagogie internationaliste. Elle a du sens par rapport à ce que nous voulons faire à l'école, à condition que notre conception de la diversification soit suffisamment ambitieuse. A ce titre, les langues ne sauraient se limiter aux langues étrangères. Elles doivent nécessairement inclure les langues régionales.

Notre volonté de diversification de l'enseignement des langues procède également d'une réflexion sur les liens qu'entretiennent les langues entre elles, et sur la façon dont l'enseignement peut en tirer bénéfice. Encore aujourd'hui, nous éprouvons de grandes difficultés à développer des pratiques d'enseignement des langues vivantes qui exploitent toutes les parentés linguistiques.

L'interrogation sur les liens de parenté entre les langues revêt d'autant plus d'importance et d'urgence, que nous sommes en plein travail collectif sur les contenus et les programmes d'enseignement.

Imperceptiblement, nous vivons une véritable révolution dans la conception et les finalités des programmes d'enseignement des langues. Les programmes ne se résument plus en une simple liste de questions à traiter par les enseignants : ils énoncent désormais un ensemble de compétences à attendre des élèves à l'issue de leur parcours.

En cela, il convient de dépasser le faux débat entre les tenants de l'approche culturelle et ceux de l'approche linguistique. Il nous revient de proposer aux enseignants les outils nécessaires à l'explicitation des compétences attendues à chacun des niveaux d'enseignement et de préciser le parcours de progression des élèves. Notre ambition est de conduire les élèves à se constituer un répertoire plurilingue, au sens d'un ensemble diversifié de langues.

Vous l'avez souligné au cours de ces journées, la question de l'explicitation des compétences attendues des élèves ne saurait se poser sans que soit abordée en même temps la question de leur évaluation.

Tout d'abord, il semble normal que nous vérifiions que les objectifs fixés sont atteints. La conception d'un parcours de l'élève de trois à treize ans nécessite une gamme d'outils d'évaluation beaucoup plus étendue que celui que nous possédons actuellement. Ensuite, l'évaluation est nécessaire car elle renvoie à la façon dont on jalonne le parcours d'un élève. Dans tout parcours d'apprentissage, une chaîne de rendez-vous et de rencontres avec les élèves doit être mise en place pour éviter que les acquis ne soient perdus faute d'être régulièrement sollicités. Ces moments d'évaluation permettent d'une part, de diversifier les outils d'évaluation mobilisés et d'autre part, de rythmer le parcours de l'élève en lui donnant l'occasion d'être testé ou de tester lui-même ses compétences.

Le manque d'appétence de certains élèves pour les langues vivantes relève souvent du mystère : en effet, pourquoi le système éducatif ne parvient-il pas à intéresser à l'apprentissage des langues des élèves qui rêvent souvent d'un " Ailleurs " territorial et géographique ? Notre séminaire a montré l'intérêt des expériences que nous menons actuellement (sections européennes en lycée professionnel, travaux personnels encadrés, ...) pour y remédier. A nous de poursuivre par des efforts d'imagination. L'intégration de l'enseignement des langues peut aussi passer par une ouverture plus grande sur les arts, le milieu professionnel ou l'environnement régional ou départemental.

J'ai eu pour ma part, la chance d'avoir en sixième un professeur d'allemand qui m'a littéralement fait rencontrer l'Allemagne. Son nom seul était déjà en soi un exercice de prononciation et de découverte musicale. Sa tenue, sa façon d'être, sa façon de s'exprimer tout en lui était un avant goût de cet " Ailleurs ".

Nous devons donc jouer avec l'imaginaire de l'enfant. L'une des missions de l'École est de faire de l'apprentissage d'une langue un tremplin vers une autre culture. Pour faire venir l'extérieur à l'intérieur de l'école, les nouvelles technologies, les séjours de locuteurs étrangers ainsi que toutes les conventions ou réunions comme celles d'aujourd'hui seront les bienvenus.


Actes du séminaire - L'enseignement des langues vivantes, perspectives

Mis à jour le 15 avril 2011
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