Séminaire « L'enseignement des langues vivantes dans le premier degré »

Un exemple de mise en œuvre d'un projet Comenius

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Les programmes communautaires dans le premier degré

Marie-France PITANCE, inspecteur de l'Éducation nationale, Thionville

La naissance du projet

J'ai participé en novembre 1999 à un séminaire européen organisé par l'Europa Zentrumdu Bade-Wurtemberg. J'y ai rencontré un maître allemand désireux de nouer un partenariat avec des écoles européennes. J'ai aisément trouvé dans ma circonscription une école primaire désireuse de s'ouvrir sur l'Europe. Je pensais que je n'aurais pas de difficulté à associer une école luxembourgeoise au projet. Il s'est avéré que j'avais tort. Les écoles luxembourgeoises, qui développent de leur côté un grand nombre de projets, n'ont pas été intéressées par celui-ci. Nous avons donc consulté le site Internet qui recense les établissements candidats aux projets européens. C'est ainsi que nous sommes entrés en contact avec une école sicilienne.

La mise en place du projet

La réunion préparatoire

La définition du projet a nécessité plusieurs mois. La première rencontre a eu lieu en juin 2000. Elle a permis de définir précisément le thème, l'objectif et le calendrier du projet. Les partenaires ont choisi le thème de l'éducation musicale. Les trois établissements se sont fixé pour but la réalisation d'un CD de chansons autour du thème de l'amitié entre les peuples. Le premier objectif, dont la mise en œuvre devait s'étendre sur la première année, était de choisir, d'orchestrer et de créer des chansons sur le thème choisi. La deuxième année devait voir la réalisation de la pochette et du livret d'accompagnement.

Les activités

Les élèves ont choisi et appris des chants et créé une chanson. Ils ont également mené un travail d'orchestration de ces morceaux. Ils ont échangé une correspondance régulière avec les élèves des deux autres pays pour présenter leur ville. Des rencontres ont été organisées entre les maîtres des trois établissements.

Au cours de la première année, deux visites de régulation ont été organisées pour les enseignants, l'une en Allemagne et l'autre en Sicile. Trois réunions étaient prévues pour l'année 2001 : deux en France réunissant, d'une part, la France et l'Allemagne et, d'autre part, la France et la Sicile, puis une réunion en Sicile regroupant les trois partenaires.

Des échanges sont prévus puisqu'un maître français se rendra en Allemagne et qu'un maître allemand rendra visite à l'établissement français.

Les difficultés rencontrées

Les difficultés rencontrées sont d'ordre matériel, pédagogique et structurel. La principale barrière reste néanmoins la langue.

La barrière de la langue

L'idéal est de disposer d'une langue commune aux trois pays, ce qui aurait été possible si une école luxembourgeoise avait voulu s'associer au projet. L'allemand est utilisé comme langue de communication entre la France et l'Allemagne. L'Allemagne et la Sicile communiquent en anglais et la France et la Sicile en français.

Des choix pédagogiques variés

Nous avons également rencontré des difficultés d'ordre pédagogique, tous les établissements ne partageant pas les mêmes conceptions en la matière. L'école française tenait à impliquer ses trois classes dans le projet. Les établissements allemand et sicilien, qui comptent chacun quinze classes, ont choisi de n'impliquer qu'une vingtaine d'élèves. Par ailleurs, l'Allemagne a tenu à sélectionner des élèves qui chantaient juste. La Sicile a quant à elle choisi des élèves qui apprenaient le français. L'école française a pour sa part choisi d'impliquer tous les élèves.

Les difficultés d'ordre structurel

Les maîtres français et allemands sont polyvalents. Cela signifie que les élèves travaillaient quotidiennement à la réalisation du projet. En Italie, les maîtres étant spécialisés dans une discipline, le projet n'était mis en œuvre qu'une fois par semaine.

Les difficultés d'ordre matériel

La Sicile et l'Allemagne ont enregistré leurs chansons dans un studio, ce qui a généré des coûts importants. En Moselle, les conseillères pédagogiques en éducation musicale disposent d'un matériel adapté qui a permis d'enregistrer au sein de l'école, pour un coût bien moindre.

Le bilan provisoire de l'expérience

J'ai rencontré la directrice de l'école française qui m'a fait part de ses impressions. Selon elle, l'intérêt d'un tel projet réside dans la découverte de modes de vie et de cultures différents. Les rencontres ont également permis d'échanger des pratiques pédagogiques. Par ailleurs, le projet fédère les actions d'une école. Les élèves enfin se sont montrés intéressés par la pratique de l'allemand, la découverte de systèmes éducatifs différents et les activités liées au projet d'éducation musicale.

J'ajouterai que ce projet a permis aux enseignants de recevoir une formation en éducation musicale dispensée par la conseillère pédagogique. Celle-ci leur a notamment appris à diriger une chorale. Par ailleurs, il faut souligner le caractère multidisciplinaire de ce projet. Une passerelle a été créée entre l'école primaire et le collège. En effet, les élèves qui se trouvaient en CM2 en 2000 sont retournés cette année à l'école primaire les samedis matins pour chanter avec leurs camarades de cycle 3 devant les enseignants allemands en visite en France. Enfin, le projet a permis à un maître en difficulté de retrouver le plaisir d'enseigner grâce à un travail en équipe très efficace.

La rédaction du projet a été très longue. L'attribution des fonds n'a pas eu lieu dans les meilleures conditions puisque nous ne disposions d'aucun financement au moment de la réunion préparatoire. Enfin, le système de gestion des subventions manque de souplesse car les fonds transitent par un receveur municipal. Il nous appartient d'aider les écoles qui développent ce type de projets.

Globalement, ce projet est une réussite, à telle enseigne que les équipes pédagogiques envisagent de le prolonger l'année prochaine en l'élargissant aux arts plastiques.

Myriam LEROUX

Pour information, les bourses versées par Comenius prennent en charge le déplacement et l'hébergement des collègues étrangers. Ceux-ci disposent en effet d'un forfait journalier calculé en fonction de l'indice des prix dans chaque pays. Les enseignants ne sont donc pas obligés d'accueillir leurs homologues chez eux s'ils ne le souhaitent pas ou ne le peuvent pas.

Mis à jour le 15 avril 2011
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