Séminaire « L'enseignement des langues vivantes dans le premier degré »

Témoignages

Le dispositif dans l'académie de Lille

Patricia TOP, inspectrice de l'Éducation nationale

Je vais m'efforcer de vous présenter le travail mené pour la mise en place de la carte des langues dans l'académie de Lille. Je ne détaillerai ici que l'approche adoptée dans le département du Nord, qui compte soixante circonscriptions du premier degré.

Le projet académique a été publié sous la responsabilité du recteur Fortier. La place de la carte des langues y est assurée, et traitée sous l'angle de la continuité et de la diversité.

Le projet académique indique que l'ouverture culturelle et économique sur l'Europe doit être poursuivie grâce au développement de l'apprentissage des langues. Une carte des langues de l'académie est donc mise en place et sera revue en continu pour assurer une offre de qualité et porteuse d'avenir pour tous les élèves, de l'école élémentaire à la fin du lycée. De plus, une politique de sites, mettant les établissements en réseau, assurera aux élèves la continuité des enseignements de l'école au collège. L'apprentissage d'une langue étrangère sera progressivement généralisé en section d'enseignement général et professionnel adapté (SEGPA). Enfin, une palette de langues vivantes 2, y compris en lycée professionnel, équilibrera le choix massif en faveur de l'anglais en première langue vivante.

Le développement des sections européennes constitue un enjeu et un défi de première importance. Comme le recrutement des élèves ne débute qu'en classe de quatrième, les sections devront être mieux réparties sur le territoire académique. Il s'agit de répondre aux objectifs ambitieux du projet académique : multiplier le nombre de sections par deux, entre 1998 et 2001, et par trois d'ici à 2004.

Je vais à présent vous présenter plus en détail les réseaux mis en place dans cette académie, en commençant par le rectorat.

Le réseau

Le rectorat

Le groupe de pilotage académique est divisé en six commissions, qui se consacrent entre autres à la carte des langues, aux sections européennes, à l'enseignement des langues vivantes étrangères (ELVE), aux assistants, aux innovations en langues vivantes. Chacune de ces commissions est sous la responsabilité d'un IA-IPR de langues. Les inspecteurs de l'Éducation nationale (IEN) des deux départements de l'académie référents participent naturellement à ces commissions. Cela permet de satisfaire notre objectif d'harmonisation entre les départements. Depuis l'année dernière, l'habilitation est organisée dans les deux départements sur des modes de fonctionnement identiques. Ce groupe de pilotage a également permis d'harmoniser les systèmes d'évaluation dans l'académie.

L'inspection académique du Nord

A l'inspection académique, une cellule langues vivantes a été créée. Elle concentre son action sur le domaine pédagogique, car les objectifs quantitatifs sont en passe d'être atteints. Cette cellule a pris en charge différents dossiers, en collaboration avec les organismes suivants :

  • la Division de l'organisation scolaire (DOS), pour l'élaboration de la carte scolaire ;
  • la DAFEB, pour les affaires financières et l'organisation des examens et concours ;
  • la DPE, pour la gestion des personnels ;
  • le service des statistiques.

La cellule est gérée par un IEN, en collaboration avec trois personnes dédiées aux langues anglaise, allemande et néerlandaise. Nous considérons le néerlandais comme une langue européenne de moyenne diffusion. Le flamand, au contraire, est une langue régionale.

Les bassins d'éducation

Les bassins d'éducation sont en relation avec la cellule langues vivantes, mais aussi entre eux, au titre du chantier départemental " langues vivantes ". Ce chantier est coordonné par le responsable de la cellule. Au sein de chaque bassin, un IEN est référent pour le chantier langues. Depuis la rentrée 1999, deux postes d'animateurs-formateurs ont été attribués à chaque bassin. Leur compétence pédagogique est reconnue. Certains sont titulaires du CAFIPEMF généraliste et éventuellement d'un diplôme d'université validant une compétence linguistique.

Le domaine pédagogique

Les documents pédagogiques ont été élaborés par l'une des commissions du groupe de travail académique, sur la base de travaux initiés quelques années auparavant. Ces documents sont identiques dans toute l'académie. Un premier document est intitulé Passerelle ; un autre École. Dans le document Passerelle, plusieurs critères sont à renseigner par l'enseignant ou l'intervenant extérieur, tels que les situations de communication retenues, les outils pédagogiques choisis, l'objectif principal ciblé, les moyens langagiers reconnus et les fonctions langagières mises en œuvre.

Le document est ensuite remis au collège concerné afin d'assurer une continuité des contenus d'enseignement au sein d'un même établissement.

La commission a également produit une fiche individuelle d'évaluation de l'élève, qui est jointe au dossier scolaire. Sa forme a fait l'objet de nombreux débats et il ne s'agit pas encore d'une version définitive. Néanmoins, nous avons tenu à préciser que le mode d'évaluation relevait d'une évaluation continue, et non d'un examen. Nous avons également essayé de mettre en évidence un domaine d'évaluation qui est souvent négligé : la phonologie.

En effet, les maîtres ont souvent la tentation de centrer leur évaluation sur le lexique pour des raisons de commodité.

Dans un premier temps, les compétences évaluées sont l'aptitude à l'apprentissage d'une langue étrangère, le désir de s'y consacrer, le sens de l'écoute, la prise de parole, la compréhension de brefs messages oraux et la façon dont l'élève accepte de ne pas tout comprendre.

Ensuite, la phonétique, la compréhension orale et écrite, la correspondance, le fonctionnement de la langue et les compétences interculturelles sont évalués.

Nous fournissons au maître des exemples d'activités, qui peuvent permettre de procéder aux évaluations. Nous pouvons mettre ces documents à votre disposition.

Problèmes liés à la diversification des langues

L'information des familles

Je vais maintenant vous présenter les tentatives de réponses que nous avons apportées, en fonction du contexte que je vous ai décrit. Je pars du principe que le débat sur la diversification des langues est tranché, même si la déclinaison de ce principe sur le terrain pose encore problème.

Dans notre académie, nous essayons de respecter le choix des parents. Dans chacune des circonscriptions de premier degré, il est du ressort de l'IEN et de ses collaborateurs, en liaison avec les principaux de collège, d'organiser une réunion d'information pour les parents. Lors de cette réunion d'information, nous présentons les différentes langues de la manière la plus objective possible. Nous essayons de multiplier les partenariats avec des organismes, tels que les chambres de commerce, pour informer les familles de la manière la plus complète possible. L'académie a publié et largement diffusé la brochure Apprendre les langues dans l'académie de Lille, où l'on trouve une présentation détaillée de chaque langue. Nous avons également élaboré des argumentaires que nous tenons à votre disposition.

La continuité des enseignements de l'école au collège

La première question liée à la continuité est de savoir si elle est prioritairement déterminée par l'école ou le collège. La fermeture d'un certain nombre de cours de LV1 allemand nous a fait abandonner notre position initiale qui consistait à penser que le collège devait orienter l'offre de langues en primaire. Aujourd'hui, notre position est plus nuancée. Nous voulons pouvoir envisager de reprendre ces cours. Lorsque, dans une école, une forte demande s'exprime en faveur d'une langue qui n'est pas enseignée au niveau du collège, les réouvertures de ces cours au collège seront réexaminées. Le recteur considère que la diversification doit être contrôlée. Il ne s'agit donc pas de proposer systématiquement toutes les langues dès l'école.

Comme partout, l'anglais confirme son hégémonie dans notre académie. L'arabe est encore considéré comme ELCO (enseignement des langues et cultures d'origine). Les autres langues proposées dans l'académie sont l'espagnol, l'italien, le russe et le portugais. Un système dérogatoire a été mis en place concernant le néerlandais, afin de l'implanter dans les zones frontalières. Si nous l'avions proposé seul, les familles ne l'auraient pas choisi quand bien même il s'agit de la langue du voisin. Si elles le souhaitent, elles pourront donc opter pour une demi-heure de néerlandais en plus de l'allemand ou de l'anglais.

D'une manière générale, nous constatons une forte baisse de la demande pour l'allemand au collège et une baisse de la demande pour le russe au lycée. Nous avons considéré qu'une information était nécessaire afin de compenser cette baisse.

La carte des langues

Dans le cadre de la préparation de la rentrée 2001, une commission s'est tenue dans chaque département, en décembre. Elle réunissait les inspecteurs d'académie - inspecteurs pédagogiques régionaux (IA-IPR) de langues, des IEN, les administrateurs scolaires de bassins et les services de la DOS. Les services de la DOS ont préparé les dossiers et les décisions ont été soumises à l'approbation de l'inspecteur d'académie. Ces décisions sont fonction de l'évolution des effectifs sur plusieurs années, de la cohérence des sites et des particularités des établissements. Le principe est de proposer une offre de langues variée, tout en constituant des groupes suffisamment nombreux pour garantir l'émulation. Je tiens à préciser que cet objectif est réalisable, dans la mesure où le département est fortement urbanisé. L'inspecteur d'académie a notifié ces décisions aux principaux des collèges et les a accompagnées des perspectives pour 2002.

Les enseignements

Regrouper les effectifs réduits

A l'issue des travaux, plusieurs constats ont été dressés. Des groupes de LV1 ont été maintenus, en dépit d'effectifs faibles, pour cause de ruralité ou pour ne pas fragiliser encore plus les zones d'éducation prioritaires (ZEP). Toutefois, il est précisé que cette situation ne pourra perdurer. Il n'est en effet pas raisonnable de maintenir des groupes constamment inférieurs à une dizaine d'élèves. Des politiques de circonscription seront mises en place pour tenter de réduire la fréquence de ces situations.

Deux établissements très proches géographiquement ont parfois chacun des groupes d'élèves très restreints dans la même langue. Il est alors fortement recommandé aux chefs d'établissements de s'entendre pour regrouper, d'une façon ou d'une autre, ces élèves.

Les prévisions s'avèrent inégalement fiables. Il a été demandé aux principaux de collège d'y apporter une attention particulière.

L'ouverture d'un cours de langues vivantes doit être préparée deux ans à l'avance, en relation avec les IEN. Il convient de s'assurer avec les familles qu'un nombre d'élèves suffisant y participeront.

La diversification, si elle est contrôlée au niveau du premier degré, est recherchée systématiquement au niveau du collège. Il est néanmoins nécessaire, une fois la demande identifiée, de s'assurer de la possibilité d'étude de cette langue au lycée de rattachement et de la cohérence de l'offre avec celle du collège voisin. Nous avons insisté sur le faible nombre de LV2 russe, arabe, portugais et polonais dans le département. Pour y remédier, nous avons effectué un recensement des collèges de plus de 500 élèves où une plus grande diversification pourrait être introduite.

L'évaluation

Je voudrais revenir sur le thème de l'évaluation, abordé précédemment. Il faut avoir l'honnêteté de dire que les documents que nous élaborons ne sont pas forcément utilisés sur le terrain. Ce problème n'est pas propre aux langues vivantes et beaucoup de travail reste à accomplir, en matière de continuité des enseignements entre le primaire et le collège. Les enseignants du premier degré sont parfois désolés de voir que les documents qu'ils ont renseignés ne sont pas exploités. De même, les contenus des enseignements du second degré ne sont pas toujours en continuité avec les enseignements du premier degré. Au final, le problème de l'évaluation est complexe à gérer. Malgré nos efforts, les documents que nous élaborons arrivent parfois sur le terrain sans accompagnement suffisant. Ils génèrent également un surcroît de travail que tous les enseignants ne sont pas disposés à assumer. La conviction de chacun est nécessaire, sur le terrain. La cellule " langues vivantes ", dans le département du Nord, travaille essentiellement sur le qualitatif.

Le dispositif mis en place dans l'académie de Toulouse

Alain JAMBIN, inspecteur d'académie - inspecteur pédagogique régional

Introduction

En introduction, je rappellerai que les méthodes de chaque académie sont fortement ancrées dans l'histoire locale. A Toulouse, cette histoire locale est fortement marquée par la prégnance de la langue régionale, la proximité de la frontière avec l'Espagne et par une forte ruralité. La dispersion des établissements contraste ainsi avec la concentration lilloise. L'histoire institutionnelle de l'académie a également son importance. L'ancien recteur de l'académie de Toulouse, l'actuel directeur de la DESCO, avait beaucoup insisté sur l'importance du développement de l'enseignement des langues et de leur diversification.

Le pilotage académique

Objectifs et démarche

Les objectifs que nous souhaitons atteindre sont la diversification, la rationalisation, la cohérence, et la qualité.

La démarche pour y parvenir mobilise cinq stratégies : repérer, analyser, suggérer, fournir des outils réglementaires et conceptualiser le dispositif.

Le bassin que je vais présenter est celui des Hautes-Pyrénées, qui est l'un des huit départements de l'académie.

Identification des besoins et compétences

Afin de piloter la mise en place du plan et de donner des orientations, il a été nécessaire d'obtenir des informations pour identifier la demande non-exprimée. Il a donc été nécessaire d'analyser la demande en faveur des cours du centre national d'enseignement à distance (CNED) dans le département, mais également d'interroger les familles et de repérer les ressources disponibles. Nous avons réalisé des enquêtes qui, pour des raisons conjoncturelles, n'ont pu être menées jusqu'à leur terme.

Ces enquêtes devaient permettre de dresser des constats. Par exemple, nous disposons de nombreux enseignants hispanophones qui, en réponse à la pression sociale, enseignent l'anglais, alors qu'ils sont plus à même d'enseigner l'espagnol.

L'outil utilisé est un outil d'auto-évaluation des compétences linguistiques des enseignants. Cette évaluation est en cours. Le taux de retour de cette enquête est variable, selon les établissements. Le deuxième outil concerne le suivi des données déclarées par les établissements, ainsi que le suivi des données réelles.

Le pilotage du dispositif

Sur le plan organisationnel, nous avons essayé, avec les corps d'inspection, de mettre en place un dispositif de copilotage, consacré à la réforme des enseignements de l'école élémentaire. La rectrice a également élaboré une circulaire qui spécifie que des langues autres que l'anglais ne seront introduites en primaire qu'à la condition que deux langues soient proposées en sixième. Les inspecteurs de l'Éducation nationale (IEN) ont été chargés de faire connaître et de largement diffuser cette circulaire dans leur circonscription. Si les familles n'ont pas conscience qu'une deuxième langue est offerte en sixième, la diversification ne se réalisera pas. L'un des effets de cette circulaire est que l'allemand suscite un regain d'intérêt de la part des parents.

L'évaluation

Un autre axe de la politique académique concerne la qualité de l'enseignement. Nous avons mis en place une évaluation de la qualité, pour les trois langues les plus répandues, au niveau du CM2. Cependant, il a fallu surmonter les réticences des écoles, et nous avons eu du mal à y implanter cette évaluation. Cette tentative a toutefois permis d'identifier la forte disparité des équipements d'une école à l'autre.

En dehors du département des Hautes-Pyrénées, nous avons donc été contraints d'introduire cette évaluation en sixième, et non plus en CM2 comme nous en avions l'intention. Là encore, cette initiative a rencontré une réticence, non plus de la part des écoles, mais de la part des professeurs. Le premier objectif de cette initiative est d'évaluer les acquis des enfants. Ceux-ci ne sont peut-être pas à la hauteur de ce que l'on pourrait souhaiter, mais ils ne sont pas négligeables pour autant.

Le protocole d'évaluation est à votre disposition sur le serveur académique de Toulouse.

L'autre objectif est de déterminer l'efficacité du dispositif en termes de taux de couverture, de qualité des enseignements et de volumes horaires de cours. Nous avons ainsi pu mesurer le rapport entre la qualité et le taux de couverture.

Le dispositif mis en place en Hautes-Pyrénées

Afin de promouvoir la diversification, des enseignants volontaires assurent, en cycle 2, une initiation à deux langues, en rapport avec l'offre de langues des cycles 3 du secteur. Cette diversification a pour objet de préparer les élèves à un choix futur. Il s'agit d'une initiative expérimentale.

En revanche, une autre expérience a été menée, avec un dispositif plus conséquent. Au sein de six écoles du département, une initiation à trois langues a été assurée en classes de CE1 et CE2 pour faciliter le choix de la langue obligatoire en cycle 3. L'initiation à chaque langue a couvert un trimestre. Ce dispositif a pour corollaire que le choix de la deuxième langue sera nécessairement proposé à l'entrée en sixième. Le groupe académique des langues s'est penché sur chacun des 23 bassins de l'académie. En fonction d'une analyse de l'offre et des moyens existants, il a permis d'éclairer les choix ultérieurs des bassins.

Les langues régionales sont particulièrement ancrées dans ce département. En effet, 730 enfants suivent cet enseignement. Deux sections bilingues ont été ouvertes, ce qui suppose la création d'un poste supplémentaire d'enseignement dans chacune des écoles. Le bilinguisme apparaît au niveau du cours élémentaire. Le lien avec le collège correspond au même esprit que ce qui a été présenté par ma collègue, avec une dimension supplémentaire consacrée à la langue régionale puisque l'option occitan est proposée dans 19 collèges sur 20, dans le département.

 

Complément au témoignage :
La politique en faveur du développement de l'apprentissage de la langue régionale dans l'académie de Toulouse

Gilbert MERCADIER, inspecteur d'académie - inspecteur pédagogique régional

Le développement de la langue occitane se réalise autour de plusieurs axes, en relation avec le développement des autres langues. Dans une première forme, il s'agit d'une sensibilisation à la langue et à la culture régionale, à travers les autres disciplines ou par des opérations ponctuelles. Il ne s'agit donc pas encore d'une démarche d'enseignement de la langue proprement dit, mais d'une découverte de la culture qu'elle porte, en s'appuyant sur l'environnement.

Le deuxième modèle consiste en une initiation qui a souvent lieu en parallèle avec l'enseignement de la langue vivante. Cette association n'est pas toujours aisée, ni comprise. Dans le cadre du conseil académique, nous préparons des recommandations afin d'éviter qu'une concurrence ne se développe entre les langues vivantes et la langue régionale. Nous avons préparé des parcours linguistiques particuliers, associant des langues voisines, comme l'occitan et l'espagnol. Cette démarche a pour but d'associer les langues dans le primaire, afin d'utiliser les acquis d'une langue dans l'autre.

La dernière forme existante concerne l'enseignement bilingue à parité horaire, qui concernait 1 020 élèves de l'académie à la dernière rentrée. Les résultats de ce dispositif sont très encourageants dans les trois langues : la langue régionale, le français et la langue vivante. Le pilotage de ces dispositifs n'est pas toujours aisé, pour les mêmes raisons que celles qui ont été avancées pour les langues étrangères. Nous souhaitons faire comprendre que, dans l'intérêt des élèves, il serait préjudiciable de mettre en concurrence la langue régionale et les langues vivantes. La circulaire nationale sur l'enseignement des langues régionales prévoit pratiquement les mêmes formes d'enseignement que celles que je viens d'exposer.

Débats

Bernard MACCARIO

Comment la situation des effectifs des écoles rurales est-elle prise en compte par les bassins ?

Alain JAMBIN

Certains départements, en particulier celui du Gers, ont une tradition d'alternance entre la présence sur site et l'enseignement à distance, pour la formation continue des maîtres comme pour l'enseignement dans le second degré. Nous initions un processus identique d'alternance, avec des phases de visio-enseignement, suivie de phases de présence en classe. Il ne s'agit, pour l'heure, que d'un axe de réflexion qui vaut pour les départements ruraux. Nous sommes très loin d'une généralisation de ce système. Concrètement, un collège diffuse, avec des moyens d'enseignement à distance, l'enseignement d'une langue moins répandue que l'anglais ou l'allemand.

De la salle

Quels sont les effets de la diversification sur les demandes de dérogation ? On pourrait voir se développer, dans les collèges des villes, des stratégies de parents qui choisiraient une langue pour des raisons d'élitisme. J'y vois un effet pervers pour les petits collèges. Par exemple, dans certaines académies, le choix du russe n'est jamais innocent et permet de fréquenter un lycée huppé.

Bernard MACCARIO

Ce phénomène vaut également pour les zones urbanisées.

De la salle

La diversification de l'offre de langues peut-elle donner lieu à l'octroi de dérogations lorsque deux écoles d'une même commune ont des offres de langues différentes dans le premier degré ?

Patricia TOP

Concernant la question posée sur les demandes de dérogations, je crois qu'il convient de mettre en place une politique des langues, pour le premier degré, aux niveaux des bassins et des circonscriptions. Pour la prochaine rentrée scolaire dans le département du Nord, il a été demandé de travailler à l'analyse de l'existant dans les écoles, collèges et lycées. Cette analyse doit permettre de proposer certaines dispositions, afin d'élaborer une offre de langues diversifiée. Il est vrai que dans notre département, les problèmes liés au milieu rural se posent moins que dans certains autres départements. Pour information, une seule langue est enseignée dans les zones rurales du Nord.

Dans le cadre d'une politique très volontariste, nous essayons de faire en sorte que le cours élémentaire soit une étape de sensibilisation au choix des langues. Nous avons déjà pensé à la possibilité de dérogation. C'est pourquoi je n'ai pas voulu que la politique de circonscription se traduise par un regroupement des établissements en fonction des langues enseignées, car nous savons quels effets pervers cela pourrait avoir, en rapport avec les comportements que vous avez évoqués.

De la salle

Peut-on trouver un accord sur la définition de la notion de diversification ? Pour certains, il s'agit d'avoir plusieurs langues dans un secteur donné, alors que dans certains collèges, plusieurs langues sont offertes aux mêmes élèves. Cela favorise l'élitisme, car les élèves qui suivent plusieurs langues sont forcément des élèves qui n'ont pas de difficultés. A mon sens, il serait préférable de favoriser une diversification géographique. Cette remarque vaut également pour les langues régionales.

Alain JAMBIN

Vous avez bien posé le problème de la diversification, qui est assurée soit dans un secteur géographique, soit au niveau du même établissement. Par rapport à ce que j'observe dans notre académie, il faut partir de l'existant et des ressources disponibles et créer des pôles linguistiques. Par exemple, à Albi, nous avons une forte demande des familles pour l'italien et nous disposons des ressources nécessaires pour y répondre. La diversification en milieu rural peut donc être organisée à partir des spécificités des secteurs géographiques. En ville, la diversité s'exprime plutôt par une offre large, au sein d'un même établissement.

Les recteurs et les inspecteurs d'académie, qui sont comptables des moyens, affirment que nous ne pouvons pas tout faire en même temps, car la diversification a un coût. Affirmer le contraire relèverait de la démagogie. La politique de bassin vise précisément à travailler, avec la carte des langues, à une rationalisation progressive en la matière. Le ministre a déclaré qu'en 2005, deux langues seraient partout proposées en sixième. Il faut espérer que les moyens nécessaires seront mis à la disposition des académies.

De la salle

Est-il possible d'identifier les collègues qui ont une formation en langues ? Je pense à ceux qui ont été recrutés en IUFM avec un diplôme universitaire d'anglais ou d'allemand. Cela permettrait d'optimiser les ressources.

Alain JAMBIN

L'enquête d'auto-évaluation des compétences en langues que nous avons menée est l'un des moyens de répondre à votre question. Cette méthode permet d'évaluer les compétences, indépendamment du diplôme. En effet, les compétences en langues ne sont pas forcément de nature académique. Il faut faire diligenter une enquête par les inspections académiques.

Mis à jour le 15 avril 2011
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