Université d'été « Europe et islam, islams d'Europe »

Enseigner Byzance/Constantinople/Istanbul

Atelier n°1
Animateurs : Altan Gokalp, Cnrs, et Bruno Mellina, inspecteur général de l'Éducation nationale

L'atelier a répondu à un certain nombre de questions que se posaient les participants. Il ne peut pas donner de réponses " clés en main " pour des séquences d'enseignement, mais plutôt des éclairages sur des interrogations des élèves et des professeurs.

La question kurde

Cette question est complexe. Vingt millions de kurdes vivent dans cinq pays, dont 15 millions en Turquie (sur 69 millions d'habitants) ; sur ce nombre un quart sont alévis. Il s'agit d'une religion hétérodoxe, un syncrétisme entre christianisme et islam. Ils croient en une trinité (Allah, Mahomet et Ali). Longtemps secrète, cette appartenance est aujourd'hui revendiquée : mais on peut se poser les questions suivantes :
- un Kurde est-il d'abord Kurde ou d'abord alévi (ou bektachi) ?
- quelle identité prime sur l'autre ?
- les Kurdes sont un des 63 groupes ethniques qui peuplent la Turquie.

Les langues parlées dans l'Empire ottoman ?

L'ottoman n'est pas une langue. C'est un " koiné ", un véhicule commun de compréhension, la langue du pouvoir qui emprunte à plusieurs idiomes. En fait, chacun parle sa langue nationale (exemple les Grecs). Le turc est devenu langue nationale en 1920. Personne ne le parlait avant. Par ailleurs, les langues parlées ont changé selon les périodes et les lieux. Au XIIIe siècle, trois langues étaient en usage : le turc, l'arabe et le persan. En 1878 en Bosnie, 88 % parlaient le serbo-croate, 10 % l'ottoman et 2 % l'arabe.
Le problème de la liberté de la langue ne s'est pas posé avant le développement de la scolarité : elle est alors devenue un enjeu politique.

Quelle place faire à l'Empire ottoman au début de l'année en quatrième ?

La difficulté est de délimiter l'Empire ottoman (on trouve de bonnes cartes dans l'Histoire de l'Empire ottoman publiée chez Fayard). L'expansion est continue jusqu'en 1683, ensuite le recul commence. L'espace disputé se situe à la frontière avec l'Empire autrichien.
Pour comprendre les trois cercles (Istanbul, les territoires limitrophes, les territoires lointains) et le rétrécissement de l'empire, on pourra superposer des transparents.

Mouvements migratoires, localisation de groupes ethniques ou linguistiques

Ces deux phénomènes sont très difficiles à cartographier, en effet, les cartes sont assez vite dépassées. Les populations se déplacent très facilement et vont là où elles pensent trouver du travail (plus de 3 millions de Kurdes vivent à Istanbul ; 1, 5 million en Europe).
Partout en Turquie, comme en ex-Yougoslavie et en Albanie, on assiste à une littoralisation de la population. Cette mobilité est une réalité d'aujourd'hui, mais c'est une constante dans l'histoire de l'Empire ottoman : Istanbul a toujours été la métropole de référence et a toujours suscité une certaine attraction.

La Turquie et l'Union européenne

La réticence de l'Union européenne vient moins des problèmes des Droits de l'homme ou de la montée de l'intégrisme musulman. La difficulté majeure est la capacité de l'Union européenne à absorber 70 millions de Turcs, plus pauvres et plus jeunes que la moyenne des États de l'Union européenne (l'intégration de l'Allemagne de l'Est a été difficile et n'est pas achevée). En même temps, la Turquie est un marché considérable et une puissance industrielle. Les Turcs sont très désireux d'entrer dans l'Europe. Ils sont conscients de leur relative pauvreté.
Pour l'instant, on assiste à des départs vers l'Ouest, notamment parmi les catégories sociales éduquées. Ils sont accueillis par les diasporas présentes dans de nombreux pays européens. L'existence de diasporas et de mouvements religieux transnationaux change radicalement les conditions de départ des Turcs comme des Yougoslaves.

 

Europe et islam, islams d'Europe les 28,29 et 30 août 2002

Mis à jour le 15 avril 2011
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