Colloque « Pour une refondation des enseignements de communication des organisations »

Conclusion


Yves-Frédéric Livian, professeur des universités, institut d'administration des entreprises (IAE), université Jean Moulin, Lyon 3, membre du groupe d'experts pour les programmes scolaires


Le colloque que j'ai mission de conclure a proposé de nouveaux ancrages pour les enseignements de communication en sciences et techniques tertiaires qui jusqu'alors étaient conçus plutôt sous un angle "utilitaire". L'apport des sciences de l'information et de la communication est décisif pour leur refondation.

Ensemble nous avons vu au cours de ces journées ce qui légitime la place de la communication dans les préoccupations actuelles d'une filière qui, à moyen terme, conduit les élèves à l'exercice d'une profession. Je rappellerai les raisons macroéconomiques et sociales évoquées successivement par Ch. Le Moënne, F. Bernard et B. Miège : publicisation des activités professionnelles, changement des frontières public-privé, influence de la communication sur de nombreux métiers. P. Flichy a souligné l'importance de l'écrit, la nécessité de réagir aux aléas, de coopérer avec d'autres "en réseau". Le cognitif et le relationnel sont exigés à chacun des niveaux de compétence... Ph. Boistel a montré les nouvelles logiques à l'œuvre dans la gestion de l'entreprise, les questions d'identité, d'image, de réputation.

L'ancrage proposé par le colloque nous a aussi permis de découvrir les liens directs entre les contenus d'enseignement et la recherche universitaire et fait entrevoir, par ce biais, une nouvelle identité professionnelle des enseignants de communication.

Vous avez découvert une grande variété d'approches conceptuelles et une diversité d'expressions professionnelles (de l'universitaire chercheur au consultant en entreprise...) qui font de ce colloque un exercice de communication en lui-même ! Cette diversité, parfois choquante, renvoie en fait à la réalité sociale. Au-delà de l'anecdote, cela nous a rappelé que l'enseignement de communication se nourrit du discours scientifique et du discours des praticiens. Ce n'est pas l'un ou l'autre, c'est l'un et l'autre. Il faut bien sûr savoir les distinguer mais il convient de se nourrir des deux.

Ce colloque a exploré une certaine diversité de champs scientifiques et aussi une diversité en leur sein. C'était nécessaire et enrichissant, même si cela ne rend pas le travail d'appropriation très facile. Les sciences de l'information et de la communication, la psychologie sociale et le français nous ont enrichi de leurs apports. On devra y ajouter (plus tard peut-être ? ) la sociologie, les sciences de la gestion...On a vu des différences, par exemple, entre une approche centrée sur le comportement, soucieuse d'étudier expérimentalement les effets produits par certaines situations et désireuse d'obtenir des micro-changements de comportement (R.-V. Joule) et une approche "humaniste", plus discursive, davantage fondée sur l'échange (Ph. Breton). Les deux peuvent, sans doute, être utilisables, dans des enseignements de communication où la recherche d'efficacité et de dialogue ne sont évidemment pas incompatibles.

Dans la littérature spécialisée, on peut voir aussi une différence entre une approche psychologisante, s'intéressant surtout à la communication entre plusieurs êtres humains complexes, et une approche psychosociologique s'intéressant davantage aux médias et aux processus globaux.
En tant que formateur, il est important de bien repérer ces différences et de rester ouvert à cette diversité. En économie-gestion, nous utilisons de nombreux champs scientifiques différents, qu'il faut savoir articuler, dans l'intérêt de nos publics. Bien sûr, nous devons éviter l'éclectisme mais la confrontation d'approches différentes est essentielle.

Ouvertement ou en filigrane, on a vu qu'il était difficile d'aborder tous ces thèmes sans une préoccupation éthique. Plusieurs conférences l'ont abordée, qu'il s'agisse de la distinction entre argumentation et manipulation (Ph. Breton), des problèmes posés par les techniques d'influence (R.-V. Joule) ou des relations entre technologies et lien social. Je sais qu'elle a été abordée aussi dans les ateliers de l'après-midi. Ces questions sont essentielles. Sans être paralysante, la dimension éthique ne peut qu'être présente dans les enseignements de communication, où les limites et les conditions d'utilisation de certaines techniques doivent être clairement évoquées. Les élèves sont ou seront à la fois des salariés, des consommateurs et des citoyens.

Enfin, il est frappant de constater que de nombreux propos des chercheurs présents ont convergé vers une prise de recul par rapport aux technologies de l'information et de la communication. Les TIC n'étaient certes pas l'objet essentiel du colloque. Mais soumis que nous sommes à un discours permanent sur les bouleversements dus aux TIC, nous ne pouvons qu'être sensibles aux incitations exprimées quant à un réexamen des idées reçues dans ce domaine : "informationalisation" de la société plus qu'informatisation, temps long du changement plus que temps court (B. Miège), rappel de la fonction "utopique" des technologies, articulation complexe entre technologies et société (P. Flichy). On notera que personne n'a utilisé l'idée d'un "impact" des TIC sur le travail ou l'organisation, mais il est apparu plutôt un intérêt sur les usages de ces TIC et sur les manières de se les approprier, en évitant tant le déterminisme social que le déterminisme technologique.


Bien entendu, de nombreux sujets intéressants n'ont pu être abordés. Il a parfois manqué du temps pour approfondir certains thèmes. Un travail complémentaire de documentation sera à réaliser.

Ce colloque, dans ses apports théoriques comme dans ses travaux pédagogiques, n'est qu'un premier pas que nous espérons utile à tous. Une "refondation", puisque c'est de cela qu'il s'agit, demandera encore du temps et des efforts mais nous espérons que ce colloque en aura marqué une étape importante.

 

 

 

 

Pour une refondation des enseignements de communication des organisations du 25 au 28 août 2003

Mis à jour le 15 avril 2011
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