Université d'automne « Musique(s) et cinéma(s) »

Allocution d'ouverture

Martine Le Guen, sous-directrice des actions éducatives et de la formation des enseignants, direction de l'Enseignement scolaire

Je voudrais remercier Monsieur le Maire de nous accueillir chaleureusement dans le site magnifique de l'île de Berder qui sera sans aucun doute propice à une réflexion fructueuse.

C'est avec plaisir, Mesdames et Messieurs, que je suis aujourd'hui aux côtés de Christine Juppé-Leblond et de Vincent Maestracci pour ouvrir, avec eux, notre université d'automne consacrée à "Musique(s) et cinéma(s)".

Cette manifestation s'inscrit dans le cadre du programme national de pilotage (PNP) de la direction de l'Enseignement scolaire qui est destiné à la formation des personnels enseignants, des formateurs et des représentants des corps d'inspection. Le PNP, qui comprend des séminaires nationaux, inter académiques et des universités d'été ou d'automne, est un programme d'actions qui prend appui sur les orientations prioritaires de la politique ministérielle. Il précise les axes des politiques académiques de formation et se décline dans les plans académiques de formation (PAF) et dans leurs volets départementaux (PDF).

Les universités d'été ou d'automne ont un caractère original : elles favorisent la réflexion prospective et permettent la production d'outils à visée didactique et pédagogique. Elles bénéficient des apports de l'Université et de la recherche - ce qui est le cas ici avec le concours de l'université de Rennes II et de son Centre de ressources et d'études audiovisuelles (CREA), de l'université de Metz et de Paris VIII - ainsi que de l'expérience de praticiens, de représentants des corps d'inspection, d'enseignants et de professionnels. Aujourd'hui, pour vous, qui êtes professeurs d'éducation musicale, professeurs de différentes disciplines en charge de l'enseignement du cinéma et de l'audio-visuel, inspecteurs d'académie-inspecteurs pédagogiques régionaux (IA-IPR) d'éducation musicale ou d'autres disciplines prenant en charge le cinéma, c'est une opportunité de conduire une réflexion pluridisciplinaire et d'enrichir des échanges, à la fois croisés, mais aussi entre pairs.

Le thème auquel se rattache la présente université d'automne est celui des dispositifs pluridisciplinaires dans les enseignements au collège et au lycée. Les objectifs précis consistent à :
échanger des regards croisés sur l'art du cinéma et sa dimension sonore ;
impulser une dynamique pluridisciplinaire associant des professeurs de différentes formations pour nourrir l'approche transversale des dispositifs mis en place au collège et au lycée et de travailler sur projets.

Les modalités retenues par les organisateurs vont permettre d'alterner des rythmes différents : conférence historique, interventions techniques, témoignages de professionnels du son et de l'image, ateliers d'analyse et de réalisation.

Je ne suis spécialiste ni de musique, ni de cinéma, comme vous. Mon intérêt premier, c'est l'impact de cette action de formation pour contribuer à enrichir, avec ses retombées, les Itinéraires de découverte (IDD) au collège, les Travaux personnels encadrés (TPE) au lycée d'enseignement général et les Projets pluridisciplinaires à caractère professionnel (PPCP) de la voie professionnelle. Rappelons que, pour les IDD, deux thèmes se prêtent bien à un travail croisé : il s'agit des "arts et humanités"et des "créations techniques". Pour les TPE, en série L, des "arts, littérature et politique"et en série S des "images".

Mais, si je ne suis pas spécialiste, je suis néanmoins spectatrice, avec souvent le réflexe de distanciation par rapport à ce que je vais voir dans une salle de cinéma. Aussi, tout naturellement, me suis-je livrée à une réflexion, très sommaire je l'avoue, sur l'apport de la musique dans une œuvre cinématographique. Je vais donc vous en livrer quelques éléments.

Tout d'abord, imaginer un film sans son, ni musique ? Je ne sais si cela peut exister. Les films muets (de Charlie Chaplin ou de Laurel et Hardy par exemple) bénéficient de la présence d'un accompagnement musical : le piano, instrument unique. Dans ce cas, on montre toujours le rôle essentiel du pianiste, dans une semi obscurité, qui suit avec émotion ou ardeur les différentes phases de l'histoire filmée.

Depuis lors, les films sonorisés ont une bande- son qui est un élément essentiel de l'œuvre cinématographique (même si bien sûr deux autres éléments sont importants : la pertinence du dialogue et la qualité de la lumière qui participe à la création de l'image). La bande-son doit être en rapport avec l'image, l'action, le décor du point de vue artistique et esthétique. Ainsi :
le défilement peut être normal ou accéléré pour souligner l'intensité de l'action ;
les éléments de la bande- son peuvent être très dépouillés (cf. le bruit d'une respiration dans une poursuite) ou, au contraire, très sophistiqués (présence de chœurs ou d'orchestre symphonique dans une scène, par exemple, de reconstitution historique).

La bande-son comporte la voix, parfois même des textes chantés comme dans les comédies musicales, auquel va s'adjoindre la danse (cf. "Chantons sous la pluie"ou plus récemment Les demoiselles de Rochefort). Elle comporte également des bruitages dont l'usage peut être neutre, proche du réel pour donner plus de force à l'image (ce sera, suivant les cas, le bruit de la pluie, du vent, des chants d'oiseaux, des bruits de pas, de vaisselle, des claquements de porte…). Ces bruits peuvent être en redondance avec l'image, mais ils peuvent être aussi en opposition pour renforcer l'intensité d'une scène.

Venons-en alors à la musique. Dans un film, on perçoit les effets conjugués de l'image et de la musique. Tout d'abord, la musique comme moyen d'exprimer le psychologie et le sentiment d'une personne : par exemple, la solitude reprise par le jeu d'un seul instrument avec un rythme lent, mais aussi l'espoir, ou le rêve, évoqué par un rythme ample, apaisant. En outre, la musique comme moyen de soutien des éléments dramatiques d'une œuvre cinématographique : par exemple d'un film policier (cf. M le maudit de Fritz Lang), d'un western (cf. Il était une fois dans l'Ouest) ou d'une aventure dramatique (cf. "Providence"avec le célèbre duo banjo et guitare). Par ailleurs, la musique comme moyen d'émotion qui accompagne la montée de la tension chez le spectateur (cf. le coup de cymbale qui couvre le coup de feu dans "L'homme qui en savait trop"). Il s'agit en fait de créer une atmosphère sonore en phase avec l'action.

Parfois, on note un leitmotiv qui revient pour scander les différentes étapes du récit (cf. "La Chanson de Lara"dans Le docteur Jivago). Parfois, c'est une petite thématique sonore lancinante (cf. Il était une fois dans l'Ouest du compositeur Ennio Morricone).

Volontairement, le contraste entre l'image et la musique peut être souligné. Ainsi, on peut s'attendre à une musique adaptée à un groupe de jeunes et à son environnement (du rap, par exemple). Le choix de la musique est tout autre, puisqu'il s'inscrit dans un registre classique. J'évoquerai ici, par exemple, le décalage entre la violence des personnages d'Orange mécanique et la musique classique de Beethoven choisie par Stanley Kubrick.

Ce fonctionnement en contrepoint est utilisé aussi par Gus Van Sant dans son film Elephant primé au dernier Festival de Cannes : on y retrouve "La lettre à Elise"et "La Sonate n°2 du Clair de Lune"de Beethoven. Dans ces deux exemples, on pourrait penser à un cliché musical et à une bande son qui pourrait desservir la qualité du film. En réalité, ce n'est pas vrai du tout. Dans le premier cas, la force musicale soutient l'intensité des scènes. Dans le second cas, la musique souligne le romantisme apparent du jeune tueur Alex et incite à se poser la question suivante : comment un être sensible peut-il être meurtrier ? J'ajoute que, pour l'analyse de la musique dans "Elephant", vous trouverez des fiches pédagogiques très intéressantes dans le cédérom actuellement en cours de diffusion et dont quelques exemplaires sont à votre disposition pendant vos travaux.

À noter également que certains films aident à redécouvrir des musiques anciennes, comme celle de la musique française du 17e siècle par exemple, avec Tous les matins du monde d'Alain Corneau. Les morceaux de viole et de gambe de M. de Sainte-Colombe ou de basse de viole de Marin Marais y sont magistralement interprétés par Jordi Savall.

À l'opposé de cette conjugaison de musique et d'image, on observe que parfois la musique supplante l'image. C'est le cas dans les séquences publicitaires, dont on retient bien mieux le thème musical (cf. la marque Dim…), dans les parties introductives d'émissions télévisées (cf. Ripostes…).

En outre, cette reconnaissance de la création musicale, qui vit indépendamment du cinéma, est source d'une industrie prospère si l'on considère les gondoles "musiques de films"des grandes surfaces. Ces musiques de films ont l'avantage d'ouvrir au grand public l'accès à certaines musiques classiques et à des compositions originales reconnues. C'est ainsi que, depuis des années, des compositeurs tels que Vladimir Cosma, Michel Legrand ou encore Philippe Sarde contribuent au succès d'œuvres cinématographiques.

Je voudrais remercier les inspecteurs généraux, Christine Juppé-Leblond et Vincent Maestracci, les universitaires qui ont accepté d'intervenir, notamment le CREA, les services académiques qui ont aidé à l'organisation de l'université d'automne ainsi que les professionnels qui vont témoigner de leur savoir-faire. Leur fort investissement doit vous aider à contribuer au plein succès de cette action de formation que, j'espère, vous réinvestirez dans vos classes, pour le bénéfice de vos élèves.

À Berder, petite île du golfe du Morbihan, vous allez revenir avec des images plein les yeux et une petite musique au fond du cœur, mélange de vent et de bruit des vagues, qui attestera sans doute du plaisir d'avoir partagé un moment de bonheur.

Je vous souhaite d'excellents travaux et de riches échanges.


Actes de l'université d'automne - Musique(s) et cinéma(s) octobre 2003

Mis à jour le 15 avril 2011
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