Colloque « Éduquer à l'environnement, vers un développement durable »

Conclusions et perspectives


Gérard Bonhoure, IGEN sciences de la vie et de la terre
Michel Hagnerelle, IGEN, doyen du groupe histoire et géographie

Je présente ici sous le terme de "conclusions" les apports de ce colloque, apports que Michel Hagnerelle et moi-même avons essayé de dégager. Il s'agit de conclusions communes : ce colloque marque la fin d'une première étape de collaboration étroite dans ce travail. Nous avons également appris l'art du travail en commun.

Notions et concepts : des mots encore à préciser

Des ambiguïtés persistent sur les mots et sur les notions. Nous devons préciser ces définitions sans masquer les différences d'approche. Nous allons nous attaquer à cette tâche pour proposer un premier outil provisoire, qui sera issu de ce colloque.

Les relations entre la nature, l'homme et l'environnement

Il persiste encore une confusion entre la nature et l'environnement. Cette représentation est issue des sciences de la vie et de la Terre, discipline qui a beaucoup évolué. Lorsque l'on étudie l'environnement, l'homme occupe une position centrale. La phrase "l'ensemble des éléments et la complexité de leurs relations constituent le cadre, le milieu et les conditions de vie pour l'homme" est partagée par toutes les disciplines. Les questions d'environnement sont posées par l'homme, en particulier dans une optique de gestion et d'aménagement.

Une vision prospective et positive

L'introduction de la dimension de développement durable est d'abord une vision prospective. Elle concerne les conditions de vie pour l'homme, dans une perspective dynamique. Cette vision est également positive. Elle conduit à sortir d'une attitude en retrait pour entrer dans une logique d'action positive. Sur cette approche du développement durable, une inévitable complexité est constatée, mais la prise en compte de celle-ci n'est pas synonyme d'une étude exhaustive. La difficulté sera d'adapter les questions au niveau de l'élève.

Accepter le doute et l'incertain

Une quatrième dimension consiste à accepter le doute et l'incertain, et renvoie le citoyen à la nécessité de faire des choix et de les assumer.

Les contenus : primauté des questions

Il est essentiel de mettre l'accent sur la façon de poser les questions et interroger les thématiques liées au développement durable. Cela impose de coordonner les différentes disciplines.

Sortir de l'affectif

Nous devons nous situer résolument dans les sciences. Dans la même optique, il convient de quitter tout militantisme et d'adopter un esprit critique pour questionner ce qui nous est présenté comme des évidences.

La prise en compte du territoire et des différentes échelles

Il est paru essentiel de travailler à toutes les échelles d'espace et de temps. Le territoire proche a été fréquemment retenu comme un point d'appui fondamental. Celui-ci peut être abordé à tous les âges, avec des niveaux de complexité adaptés à l'élève. Il faut ensuite savoir atteindre l'échelle globale, de façon appropriée à chaque niveau.

Question de méthode : instituer une transversalité

Il est devenu banal d'insister sur la transversalité de la démarche. Nous sommes tous d'accord pour dire que l'environnement ne doit pas constituer une nouvelle discipline. Son caractère transversal nécessite que l'on croise les apports des différentes disciplines. Croiser, c'est d'abord coordonner, c'est-à-dire "ordonner ensemble", un terme qui est fréquemment employé dans les programmes.

Avancer en équilibre sur ses deux jambes

Nos deux "jambes" sont d'une part les enseignements disciplinaires, les programmes, qui fournissent des contenus et des méthodes partagés par tous et d'autre part les projets, notamment les dispositifs d'enseignement transversaux.

Aucune de ces deux jambes n'est suffisante ; les deux sont absolument nécessaires et complémentaires dans leur approche. Comme dans la marche, nous ne pouvons distinguer de chronologie absolue entre les mouvements de ces deux jambes, ni de hiérarchie définitive.

La nécessité de temps forts

Les temps forts constituent les points de passage, clairement identifiés et matérialisés sous une forme ou une autre. L'école, l'établissement représente un maillon très fort de cohérence, comme la partie du cerveau qui actionne ses jambes.

Sortir de la logique d'accumulation

Nous ne sommes pas dans une logique du "faire plus" mais du "faire autrement". Nous devons tout d'abord nous ancrer dans les programmes. Après ces journées, je pense que nous ne relirons plus les mêmes phrases de la même façon. Nous devons essayer de réaliser des économies d'échelle dans les croisements des domaines transversaux. Il s'agit d'intégrer (non d'ajouter) dans ces approches des problématiques environnementales.

Les partenaires

Avec qui allons-nous nouer des partenariats ? Les partenariats constituent une nécessité. Ceux-ci doivent être clairs et contractualisés. Ils peuvent se développer sous différentes formes : la présence physique de partenaires devant les élèves dans une situation pédagogique, la mise à disposition de ressources... Laissez-moi, pour finir, vous remercier, Mesdames et Messieurs, pour la qualité de nos échanges.

Quelles sont nos perspectives ?

La généralisation de l'expérimentation n'est pas une mince affaire. Nous en mesurons bien les obstacles et les difficultés. Nous allons sortir du cercle des initiés pour toucher d'autres collègues, moins convaincus et moins formés, en d'autres lieux. La généralisation va nous demander beaucoup d'énergie et d'obstination. Il nous revient de relever ce défi aux niveaux national et académique.

L'action future sur le plan national

Il s'agit pour nous de faire vivre le plan national de relance de l'EEDD, par un suivi actif émanant de la Desco et de l'Inspection générale. La venue de trois ministres à ce colloque est symbolique de l'importance accordée à ces thèmes.

Dans les mois qui viennent, nous allons premièrement nous occuper des actes de ce colloque. Il est urgent de diffuser rapidement certaines idées et informations à ce sujet. Il existe encore des interrogations fortes, que nous devons clarifier et nous donnerons très rapidement une suite à ce colloque.

Ce colloque débouchera sur des textes d'accompagnement : d'une part, une incitation forte dans la circulaire de rentrée 2004 (un paragraphe spécifique sera consacré à l'EEDD dans la partie intitulée "Développer la responsabilité"), et d'autre part, un texte publié au BO en remplacement du document de 1993, obsolète et méconnu. Ce texte reprendra les principales orientations définies dans ce colloque. Nous tenons beaucoup à ces deux éléments qui vous permettront de travailler et de convaincre certains interlocuteurs. Les textes ne suffisent pas ; ils sont pourtant indispensables.

Nous menons un recensement et une réflexion sur les acquis. Deux éléments sont actuellement élaborés par les services de la Desco et seront diffusés. Il s'agit d'un compte-rendu des expériences menées dans les dix académies et d'une synthèse d'une enquête conduite présentement par la Desco sur les politiques académiques de l'EEDD. Il est important que nous nous forgions une idée de ce qui existe, afin de disposer d'une base de réflexion.

Nous réfléchissons à des parcours de EEDD, comme nous l'avions fait à propos des parcours civiques, dans un souci de cohérence inter-niveaux, du primaire au secondaire. Un travail (que nous diffuserons dans les mois qui viennent) a été engagé par la Desco sur les programmes pour rechercher tous les points qui pourraient concerner, d'une manière ou d'une autre, l'éducation à l'environnement pour un développement durable. Il s'agit de cerner, du primaire au collège, les exploitations possibles de ces questions qui sous-tendent les programmes.

En janvier, nous mettrons en place un groupe de travail sur la progression des apprentissages dans domaine de l'éducation à l'environnement du primaire au collège. Enfin, nous veillerons à ce qu'apparaissent clairement dans le futur programme des questions qui se rattachent directement à l'éducation à l'environnement et au développement durable. Un nouveau regard sur ces questions doit être perceptible dans les documents d'accompagnement. Au collège, un travail est actuellement conduit sur les matières scientifiques, qui s'efforce d'intégrer les consignes relatives à ces approches. Il en ira de même pour d'autres domaines, notamment l'histoire-géographie.

L'action future dans les académies

Dans les académies, nous allons solliciter les recteurs dès le début du mois de janvier pour leur demander de désigner un responsable de l'éducation à l'environnement et au développement durable. Nous leur dirons également de mettre en place des comités de suivi, afin d'engager la dynamique des plans d'action sur six mois.

Telles sont quelques perspectives dans lesquelles nous nous engageons, à court et à moyen terme.

Remarques pour finir

Un domaine placé au centre de la formation du citoyen

Nous travaillons sur ces thèmes dans un domaine fondamental du système éducatif. L'éducation à l'environnement vers un développement durable est placée au centre de la formation du citoyen. Vous remarquerez que nous n'avons pas abusé de ce terme durant ces trois jours. En travaillant sur ces enjeux, nous nous situons au cœur d'une éducation civique. Au-delà d'une éducation à l'environnement vers un développement durable, c'est certainement une éducation par l'environnement et le développement durable que nous visons.

Un travail inscrit dans la durée

Nous travaillons dans la durée. Nous parlons d'une "démarche de petits pas", de "jambes" : le tout est d'avancer, en sachant où nous allons. Nous ne devons pas avoir honte des tout petits pas car ceux-là nous permettront assurément d'avancer.

Une démarche raisonnable

À tous les points de vue, nous travaillons dans le raisonnable. Une certaine lassitude est parfois présente dans les établissements envers les innovations. Il ne s'agit donc pas d'augmenter le travail des enseignants, mais de leur faire percevoir les choses différemment et de poser de nouvelles questions. Regardons ce que nous pouvons faire de mieux dans le cadre de l'existant !

Accepter la multiplicité des approches

Nous travaillons dans la diversité : nos origines et nos formations sont très diverses. Dans ce domaine, il ne doit pas exister d'exclusive. Il faut donc accepter la multiplicité des approches, des points de vue et des investissements. Certains enseignants s'investiront doucement, d'autres s'engageront dans des projets ambitieux. Nous devons aussi accepter la diversité entre les disciplines : travailler ensemble, en coordination doit nous conduire à conserver nos spécificités. Il ne s'agit pas de rechercher l'uniformité.

Expérimenter, innover, créer

Je crois que nous devons tirer profit de cette année d'expérimentation généralisée qui débute à la rentrée prochaine. Nous devons nous donner de la liberté pour travailler, aider nos collègues à oser expérimenter. Dans le cadre des programmes, il faut savoir interpréter les questions et, parfois, les infléchir pour qu'elles s'insèrent dans l'optique que nous souhaitons développer aujourd'hui.

Nous devons également infléchir les dispositifs d'enseignement complémentaire dont il a été question : il n'est pas écrit que l'on doive respecter les couples disciplinaires initiaux dans les TPE. Je pense qu'il existe de nombreuses façons d'interpréter les thèmes proposés pour entrer dans les thématiques de développement durable.

Il faut enfin savoir exploiter au maximum les pistes ouvertes par l'action culturelle. Les projets existent. Dans un élément d'expérimentation, il faut savoir faire preuve d'imagination. Il faut oser, en n'ayant pas peur de se tromper car nous avons aussi droit à l'erreur. Nous sommes dans un domaine large, difficile à maîtriser. Ne bridons donc pas les initiatives. Ces évolutions sont à la portée des enseignants. Nous bénéficions d'une forte ambition nationale : la dynamique est relancée. La réussite de cette opération dépend de ce que nous ferons. Vous êtes les pilotes des opérations dans les académies ; la Desco et l'Inspection générale vous aideront autant qu'elles le pourront.





  1. Consulter à ce sujet le site ÉduSCOL : http://eduscol.education.fr/D0185/default.htm

 

Actes du colloque - Éduquer à l'environnement, vers un développement durable 17-19 décembre 2003

Mis à jour le 15 avril 2011
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