Colloque « Éduquer à l'environnement, vers un développement durable »

Les stratégies académiques


Michel Ricard, professeur d'écologie et de biologie, université de Bordeaux III, Institut EGID (eau, environnement, géo-ingénierie et développement), chargé de mission auprès du Premier ministre

La stratégie nationale du développement durable, cadre de l'expérimentation

Considérations générales

L'acquisition des connaissances, mais aussi l'accumulation de données impose progressivement une fragmentation des connaissances, qui a favorisé d'une part les approches verticales, disciplinaires aux dépens d'une prise en compte globale des phénomènes ; d'autre part, une rupture entre les savoirs théoriques et les savoir-faire pratiques. Ce fossé est impressionnant dans le domaine de l'environnement qui, par définition, fait référence à une approche globale, transdisciplinaire, même si elle se réfère à des acquis disciplinaires.

Le développement économique a entraîné une anthropisation forcenée de l'écosphère, engendrant des dysfonctionnements multiples de la planète, menaces pour les ressources renouvelables et non renouvelables, et pour les conditions mêmes de notre existence. Le constat est alarmant. Des signaux d'alerte de plus en plus nombreux nous conduisent à concevoir de nouvelles manières de produire, de consommer et de se développer : ainsi apparaît le concept de développement durable.

Dans les pays, plus qu'au niveau mondial, un certain nombre d'initiatives doivent faire l'objet de projets de société. Elles reposent sur des actions fortes en matière d'éducation, de formation et d'information. L'éducation constitue une priorité qui passe par le renforcement des dispositifs existants et de nouveaux dispositifs mettant l'accent sur l'interactivité, la transdisciplinarité et les partenariats. C'est dans cette perspective que le Premier ministre m'a confié une mission, notamment dans le milieu scolaire.

Les objectifs du premier axe de la stratégie nationale du développement durable

Dans le cadre de cette mission ont été élaborées plusieurs propositions relatives à la généralisation et à la systématisation d'une éducation à l'environnement pour un développement durable (EEDD). Ces propositions retiennent six axes stratégiques et dix programmes d'action.

Un des objectifs du premier axe "éduquer à l'environnement pour un développement durable : l'école forme des citoyens de demain" vise à assurer à une classe d'âge, du primaire au baccalauréat, un minimum de soixante heures d'éducation à l'environnement pour un développement durable. Cela passe par de nouvelles approches pédagogiques, la création de l'Observatoire national de l'éducation à l'environnement pour un développement durable, ainsi que par l'élaboration et l'application d'une charte nationale sur l'éducation à l'environnement et au développement durable.

L'éducation scolaire : les deux phases du dispositif

Expérimentation entre septembre 2003 et juin 2004 dans quatre-vingt établissements du primaire et du secondaire répartis en dix académies pilotes.
Généralisation à partir de septembre 2004.

La démarche qui a conduit à proposer ce quota horaire dans les établissements s'appuie sur les conclusions du rapport réalisé par Michel Hagnerelle et Gérard Bonhoure. Parmi celles-ci, j'en retiens particulièrement trois :
au regard des programmes pédagogiques nationaux, il n'existe aucune garantie qu'un élève, au cours de sa scolarité, puisse bénéficier d'une réelle éducation à l'environnement et au développement durable ;
nombre d'activités périscolaires sont réalisées grâce à des actions conjointes réunissant enseignant et société civile, mais ces actions ne sont ni systématiques, ni généralisées ;
les actions d'éducation sont trop souvent mono-disciplinaires avec une prédominance pour les sciences de la vie et de la terre et la géographie, et font trop rarement appel à une approche transdisciplinaire.

Les conclusions de ce rapport montrent qu'il est indispensable de relancer une dynamique dans le milieu scolaire, selon une démarche partenariale élargie, des dispositifs pédagogiques assurant un horaire minimal. Il s'agit, en les systématisant, de reprendre les actions menées par le biais de partenariats multiformes institués au plan local et régional.

Cet horaire minimum constituerait le premier stade pour le futur citoyen d'une culture structurée et raisonnée afin de devenir un acteur responsable de la société.

Les outils mis en place pour l'éducation à l'environnement vers un développement durable (EEDD)

Plusieurs conditions étaient requises pour une réponse appropriée aux attentes de notre société. Il fallait d'abord engager une réflexion sur les programmes et un suivi des expérimentations. Ce travail a été entrepris dans notre ministère, grâce à la Desco et à l'Inspection générale, relayées par le personnel de l'Éducation nationale. Il était ensuite nécessaire de définir les modalités de la démarche en milieu scolaire et périscolaire et de développer les outils et les dispositifs appuyant l'action du ministère. Une action interministérielle a mis en œuvre la création, cette semaine, de l'Observatoire national pour l'EEDD, l'organisation d'un colloque sur ce thème en avril 2004 et la formalisation de la charte nationale.

L'Observatoire national pour l'éducation à l'environnement pour un développement durable est une structure en réseau, implanté au Muséum d'histoire naturelle. Il relève de la compétence de trois ministères : le ministère de la Jeunesse, de l'Éducation nationale et de la Recherche 1 , du ministère de l'Écologie et du Développement durable ainsi que du ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation, de la Pêche et des Affaires rurales. Il a pour mission de mettre à la disposition des enseignants et des formateurs des données pédagogiques et scientifiques, des outils ainsi que des expériences et des entrées sur les différents réseaux français et francophones existant dans le champ de l'EEDD.

Le colloque d'avril 2004 est destiné à mieux cerner les conditions de généralisation des nouvelles pratiques pédagogiques en matière d'EEDD, en intégrant les avancées issues de ce colloque et les premiers bilans des expérimentations. Il sera un lieu de réflexion et d'échanges entre les acteurs de l'EEDD (enseignants, collectivités locales ou société civile) et les partenaires francophones des pays du Nord et des régions du Sud.

La charte nationale définira sur le plan des académies et des établissements les conditions de mise en œuvre et de suivi de l'EEDD, avec une référence particulière aux démarches partenariales, regroupées au sein des plans académiques d'éducation et de formation en matière d'environnement vers un développement durable.

Le dispositif d'expérimentation dans les dix académies

Je souhaite revenir brièvement sur la description du dispositif relatif à la mise en place des soixante heures d'enseignement consacrées à l'EEDD. La répartition de cet horaire a été arrêtée à l'issue de concertations menées à différents niveaux de l'Éducation nationale (ministère, académies, établissements).

Les soixante heures seront réparties de la manière suivante :
trente heures au primaire, réparties dans le cursus, selon une démarche progressive qui doit être formalisée dans le projet d'école ;
trente heures au secondaire (vingt heures au collège, dix heures au lycée), réparties entre des formations disciplinaires et des enseignements croisés, transdisciplinaires, adaptés, en liaison avec les dispositifs pédagogiques récents (TPE, IDD, etc.)

Dans le primaire et dans le secondaire, les démarches pédagogiques doivent s'appuyer sur les programmes et sur les volumes horaires qui s'y rattachent, même si elles sont complétées par des activités périscolaires s'inscrivant dans le cadre de dispositifs nationaux (comme "Mille défis pour ma planète") ou régionaux ("classes à PAC", "école de la forêt", etc.) permettant à l'élève de s'approprier son environnement naturel. Les expérimentations au sein de quelque quatre-vingts établissements font l'objet d'un suivi réalisé par la Desco et par l'Inspection générale, à l'échelon de l'académie, par les comités de pilotage académique et au plan national par un comité national de pilotage regroupant les correspondants académiques.

Un calendrier de ces expérimentations a été dressé. Parmi les établissements concernés, certains ont déjà mis en œuvre une stratégie en matière d'EEDD alors que d'autres doivent se familiariser avec cette problématique. La démarche que j'ai présentée est à la fois interministérielle, et s'appuie sur notre ministère de tutelle qui en toute occasion doit rester souverain en matière de définition et de mise en œuvre du programme, même si la notion de partenariat reste importante.

Intervention de Michel Hagnerelle

Nous entrons dans l'avenir avec une très forte volonté nationale, politique et pédagogique. Nous souhaitons une relance de l'éducation à l'environnement pour un développement durable dans tout le système éducatif. Il faut promouvoir une vraie culture de l'EEDD pour tous les élèves au cours de leur scolarité. Cela doit se traduire dans le cadre d'un plan d'action académique pour l'EEDD, pour toutes les académies, un plan qui doit être prêt, dans ses grandes lignes, en juin 2004, pour être appliqué dès le début d'année 2004-2005.

Dans un premier temps, ce plan d'action est mis en place pour trois ans. Il faut du temps dans ces matières. Un responsable académique pour l'EEDD sera nommé par les recteurs dans chacune des académies en janvier 2004. Des réunions devraient avoir lieu dans huit académies d'accueil (Amiens, Caen, Rennes, la Martinique, Toulouse, Aix-Marseille, Grenoble et Strasbourg sont pressenties). Une académie expérimentatrice se joindra à l'académie d'accueil pour organiser la (les) journée(s).

Notre ambition est forte, même si nous savons que nous ne devons pas être déraisonnables et nous faire des illusions sur les moyens dont nous disposerons. Bâtissons à partir de ce qui existe ! Nous ne devons pas nécessairement travailler davantage, mais nous situer dans une perspective différente tant dans la façon dont nous posons les problèmes, que dans celle dont nous travaillons et dont nous utilisons toutes nos ressources. Nous ne devons ni monter d'usine à gaz, ni inventer le fil à couper le beurre, encore moins créer l'eau tiède.

Échanges avec la salle

De la salle : Ce qui se prépare ne sonne-t-il pas le glas de l'ECJS ?

Michel Hagnerelle : Il est vrai que l'EEDD recoupe beaucoup des objectifs de l'ECJS. Cette dernière dépasse néanmoins de loin l'éducation à l'environnement.

De la salle : Quelle sera la place des thèmes liés à l'environnement dans les IDD et les TPE ?

Michel Hagnerelle : Les thèmes des IDD et des TPE doivent obligatoirement intégrer ces questions. Nous demanderons donc à la Desco de réaliser cette intégration dans les TPE dès l'année prochaine. De même, dans les IDD, les thèmes sont tellement vastes que les enseignants peuvent et doivent intégrer la composante environnementale. Quant aux PPCP, il est impossible d'imaginer que ces thèmes soient absents. Ils font partie de ces éléments incontournables qui doivent être intégrés d'une manière ou d'une autre, y compris en contournant légèrement les textes existants. Lorsque l'on fixe une priorité nationale, il faut se donner les moyens d'y répondre.

De la salle : Je voudrais faire remarquer qu'il n'est pas besoin de solliciter les textes pour introduire l'environnement dans les IDD : ce thème figure explicitement dans la circulaire de rentrée 2003 : il peut être traité dans un IDD supplémentaire. Cette possibilité doit être exploitée l'année prochaine.

En outre, en ce qui concerne la généralisation de l'éducation à l'environnement vers un développement durable, trois questions se posent.

Les participants ont insisté sur la nécessité de prendre en compte ce thème dans les formations initiale et continue à l'IUFM. La question de la cohérence pédagogique de l'action tout au long du cursus de l'élève a été abordée. Enfin, nous nous sommes interrogés sur les moyens horaires des établissements pour la mise en œuvre des projets. Sur ces trois points cruciaux, un élément de réponse me semble résider dans une évolution des programmes vers une prise en compte plus systématique de ces thématiques.

Gérard Bonhoure : Dès qu'une réflexion innovante est menée, nous nous posons la question de la formation initiale, donc de l'IUFM. Je crois qu'il nous faut éviter les processus cumulatifs. Il existe des possibilités de formations disciplinaires, d'enseignement de premier degré ou de formation commune. Certains éléments de pédagogie peuvent se faire avec comme support les problématiques d'éducation à l'environnement et au développement durable. De toute manière, cette formation devra être intégrée dans la formation initiale et dans la formation continue.





  1. Consulter à ce sujet le site ÉduSCOL : http://eduscol.education.fr/D0185/default.htm

 

Actes du colloque - Éduquer à l'environnement, vers un développement durable 17-19 décembre 2003

Mis à jour le 15 avril 2011
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