Colloque « Éduquer à l'environnement, vers un développement durable »

Risque et environnement


Jacques Faye, chef de bureau de l'information et de la coordination interministérielle au MEDD
Jacqueline Jalta, IA-IPR histoire et géographie, académie de Créteil

La nécessité de définir le mot

Le risque est une notion enseignée par différentes disciplines. Si l'angle d'approche diffère selon les disciplines, toutes ont besoin, avant d'envisager une étude approfondie, d'une définition opératoire de cette notion.La précision du vocabulaire commun permet des débats sereins, et évite de tomber dans le catastrophisme.

Le risque est une composante fondamentale de l'environnement

Pour le géographe, l'environnement est le milieu physique aménagé et transformé par les sociétés humaines. Ses différentes composantes physiques (atmosphère, biosphère, hydrosphère, lithosphère, pédosphère) agissent entre elles et sont en interrelations avec les sociétés humaines ; l'ensemble constitue le géosystème. Étudier le géosystème implique de prendre en compte les ressources renouvelables ou non, les contraintes, relatives dans le temps et dans l'espace, et les risques d'origine naturelle ou aggravés, voire déclenchés par les activités humaines. Les sociétés se trouvent au cœur de géosystèmes plus ou moins anthropisés.

Qu'est-ce que le risque ?

Le risque est la perception du danger ou de la catastrophe possible. Il doit être distingué de l'aléa et de la catastrophe. L'aléa ne crée pas le risque ; il n'y a pas de risque sans population qui le perçoit ou pourrait subir ses effets…Le risque n'est pas non plus l'accident ou la catastrophe, même si l'un ou l'autre peuvent contribuer à sensibiliser la population au risque. Celui-ci s'inscrit dans un contexte social, économique, culturel donné. Le risque est une construction sociale : il est perçu et vécu diversement selon les sociétés.Ce qui est défini aujourd'hui comme risque par un groupe social ne l'était pas autrefois ou n'est pas perçu comme tel par un autre groupe social, d'où l'intérêt d'envisager les représentations des risques inséparables des pratiques de gestion.

L'origine discutée du terme

Le mot serait d'origine arabe (risk). Il définit le danger pris par la cargaison et par là est associé à celui de sécurité, d'assurances. La notion de risque a pris de l'importance dans le débat social au cours des années 1970-1980. Pour le sociologue Ulrich Beck, c'est "le concept du XXe siècle". Il est en relation avec la post-modernité, la contestation de la science et l'apparition du doute dans le progrès : tout ceci est en résonance avec l'idée du danger, de la dénonciation d'un environnement en danger par des pollutions diverses ou devenu dangereux.

Le mot voit le jour dans nos programmes

Si nous nous référons à nos disciplines- pour la mienne, la géographie- nous notons que la notion d'environnement apparaît dans les programmes des années 1980. Elle est associée à des aspects écologiques (pollutions, dégradations liées à l'activité humaine : agriculture, industrie…). Dans les programmes des années 1990, la notion de risque émerge, plus spécifiquement associée aux dangers de la nature ou l'aménagement des milieux. Dans le dernier programme de géographie de Seconde (2000), l'environnement constitue une des notions transversales à intégrer dans l'étude de six thèmes au programme : deux thèmes concernent les ressources (nourriture et eau) ; trois thèmes, des milieux plus ou moins aménagés (ville, montagne, littoraux) ; le sixième thème s'intitule "Les sociétés face aux risques". Le risque est désormais intégré aux aménagements, il doit être géré : le risque zéro n'existe pas. Le risque devient en tant que tel un objet d'étude à analyser comme un système articulant des pratiques de gestion, des acteurs et des espaces selon des logiques diverses.

Sa place accordée dans nos programmes répond à une demande sociale

Aujourd'hui, dans nos sociétés très vulnérables, la notion de risque est associée à une demande de sécurité maximale. La vulnérabilité se mesure à l'estimation des dommages potentiels pouvant affecter un enjeu (population, biens, équipement) ; elle met en jeu des aspects physiques, économiques, sociaux, politiques. La vulnérabilité révèle la "fragilité d'un système dans son ensemble et sa capacité à surmonter la crise provoquée par un aléa" 1 . Les risques sont nombreux : naturels, naturels aggravés par l'action humaine, technologiques, sociaux…Nous exclurons ici les risques sociétaux (politiques, économiques, culturels). Bien qu'ils puissent faire peser sur le géosystème des dangers importants, ils ne sont pas directement en relation avec le fonctionnement du géosystème.

Le risque majeur en France et ailleurs

En France, la définition du risque majeur relève d'un contexte politique et administratif ; les ministères de l'Écologie et du Développement durable et de l'Intérieur ont retenu les critères de définition d'un risque dit majeur. La gestion du risque donne la priorité à l'État et à ses services déconcentrés, et en dépit d'une prise de conscience grandissante des citoyens, la culture française est celle des experts, des ingénieurs, la concertation et la participation des citoyens reste à développer. En outre, elle peut s'appuyer sur un assez bon niveau d'éducation à l'environnement.

Qu'en est-il des autres pays de l'Union européenne ? Des autres pays riches ? Des pays pauvres ? Des exemples pris dans les pays en développement nous conduiront à nous interroger sur d'autres risques, plus diffus, moins spectaculaires, plus lents à se manifester, mais qui n'en affectent pas moins un nombre de personnes souvent plus important qu'une éruption volcanique ou un séisme, par exemple la désertification.

Des exemples

En France et dans les pays de l'Union européenne

Y a-t-il aujourd'hui plus de catastrophes ou plus de risques ? La perception des risques connaît aujourd'hui des évolutions profondes : interconnexion des risques (dont la catastrophe d'AZF est le prototype), passage du visible à l'invisible (risques mal perçus), passage de l'immédiat au différé (sous-estimation des risques qui n'ont pas d'effets immédiats). Le tout a pour toile de fond un sentiment croissant d'insécurité.

Comment s'organiser face aux risques ? Si l'Union européenne a pris en compte cette notion, les acteurs privés et les collectivités locales restent peu mobilisés et les citoyens peu informés. Ce rôle reste parfois difficile à assumer, la prévention des risques pouvant nuire au développement local. Reste à clarifier les compétences entre l'État et les collectivités locales, à responsabiliser davantage institutions, entreprises et citoyens. Comment réagir ? Réagir suppose des moyens de plus en plus importants et coûteux. Une des questions centrales est posée par la loi de 1982 qui a mutualisé les risques en faisant intervenir, via les arrêtés de catastrophes naturelles, la solidarité nationale, avec comme dérive possible la déresponsabilisation des acteurs locaux, des assureurs et assurés. Il faut sans doute revoir aussi les mécanismes d'alerte, former davantage les élus à la gestion des situations de crise, agir sur la mobilisation citoyenne (l'armée est moins disponible qu'autrefois, au temps du service national obligatoire). La logique dominante est celle de la "mitigation", c'est-à-dire chercher par tous les moyens à atténuer les dommages. Pour cela on agit à la source (c'est plus facile pour les risques technologiques que naturels) ; plus souvent, on cherche à limiter les impacts en agissant sur la vulnérabilité et enfin on informe le citoyen, d'où l'enjeu de l'éducation à l'environnement et au développement durable.

Dans les pays en voie de développement

Ces pays sont fortement exposés aux risques, véritables révélateurs de l'inégal développement. De nombreux freins existent à la mise en œuvre d'une gestion efficace, en particulier l'insuffisante connaissance de l'aléa ; l'insuffisance de la prévision ; l'insuffisante maîtrise des sols et le statut du foncier ; les contraintes financières, le fonctionnement de l'État. Cependant, l'aide internationale joue son rôle. Celle-ci s'exerce de trois manières : scientifique, financière et humanitaire. La participation scientifique regroupe des fonctions de recherche et d'expertise : à Quito, les études de l'Institut de recherche pour le développement (IRD) ont contribué à sensibiliser les politiques et l'aide s'est concrétisée par la création d'un département "risques" à la direction générale de la Planification et à la direction de l'Environnement de la ville. On ajoutera pour finir l'action de la Banque mondiale et celle des organisations non gouvernementales (ONG).

 

 


  1. Dauphiné, André, Risques et Catastrophes : observer, spatialiser, comprendre, gérer, Paris, Armand Colin, coll "U Géographie", 2001.

 

Actes du colloque - Éduquer à l'environnement, vers un développement durable 17-19 décembre 2003

Mis à jour le 15 avril 2011
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