Colloque « Éduquer à l'environnement, vers un développement durable »

État des lieux


Gérard Bonhoure, IGEN sciences de la vie et de la terre

L'éducation relative à l'environnement et au développement durable. Un état des lieux, des perspectives et des propositions pour un plan d'action. Tel était le thème de l'état des lieux que j'ai réalisé avec Michel Hagnerelle l'année dernière, développé dans un rapport remis au ministre de l'Éducation nationale en avril 2003.

L'éducation à l'environnement est déjà inscrite dans les textes

Un premier constat s'impose : des textes existent. Il peut s'agir des textes de loi (datant de 1977, de 1993, etc) ou des textes des programmes, qui définissent clairement des contenus. Dans le premier et le second degré, les questions d'environnement occupent une place centrale dans certaines disciplines (histoire, géographie, sciences et vie de la terre, physique, chimie, éducation civique). On constatera d'abord que les enseignements sont normalement délivrés, même s'ils mériteraient qu'on jette un œil un peu plus scrutateur sur les notions.

On constate en effet que les élèves travaillent sur le mot d' "environnement" dont la définition n'est pas nécessairement partagée. Dans la circulaire de 1977, le terme est défini comme "l'ensemble, à un moment donné, des aspects physiques, chimiques, biologiques et des facteurs sociaux et économiques susceptibles d'avoir un effet direct ou indirect, immédiat ou à terme, sur les êtres vivants et les activités humaines". Avec une véritable prescience de l'avenir, cette définition intègre les aspects sociaux, économiques avec, à terme, la dimension temporelle : le développement durable est déjà là. C'est peut-être ce qui explique qu'un certain nombre d'actions entreprises dans ce cadre peuvent déjà recevoir le label "éducation au développement durable".

Une mise en cohérence des contenus est nécessaire

Il est temps de commencer à travailler sur les contenus : préciser les concepts de base et s'inscrire résolument dans une perspective de développement durable, en cherchant définir le sens de cette notion (peut-être simplement en explicitant la façon de questionner celle-ci).

Ce domaine est évidemment transversal et nécessite de croiser les disciplines. Il ne faut pas se contenter de la simple juxtaposition, à laquelle on abandonnerait les élèves. Ils ne peuvent trouver par eux-mêmes les rapprochements. Or, les textes sont, là encore, tout à fait explicites. La circulaire de 1977 indique ainsi : "toutes les disciplines apporteront leur contribution à cette action éducative". De même, on trouve dans les programmes de sciences physiques ou de SVT, du collège en particulier, des mentions systématiques des possibilités de liaison entre les disciplines.

Dans les faits, force est de reconnaître que ces liens ne sont presque jamais établis. On se contente de mentionner quelques actions exemplaires. Par exemple, en troisième, deux heures sont réservées au traitement conjoint de problèmes d'environnement par les enseignants de sciences physiques et de SVT. Il nous reste à trouver comment mettre en pratique ces croisements entre les disciplines.

Admettons que la conception des programmes ne facilite pas toujours la tâche : c'est en sixième que les paysages sont abordés en géographie alors que les SVT ne les présentent qu'en quatrième. Les dispositifs transversaux comme les IDD peuvent aider à résoudre ces incohérences.

Méthodes et textes pédagogiques

Les textes donnent également des indications sur les méthodes et les textes pédagogiques utilisables. La circulaire de 1977 indique que "l'éducation à l'environnement s'appuiera, dans toute la mesure du possible, sur un projet interdisciplinaire". Dans les faits, de nombreuses actions ont été réalisées, qui vont dans ce sens, tant dans les écoles que dans les collèges et, à un degré moindre, dans les lycées. Il faut souligner la qualité de ces projets et l'investissement des équipes pédagogiques. Mais ces actions s'appuient essentiellement sur des dispositifs situés hors du champ de l'enseignement obligatoire. Elles revêtent un caractère ponctuel et ne sont pas forcément ancrées dans les programmes, ce qui pose un problème de cohérence.

L'effet de manque de cohérence se retrouve encore au niveau des ressources. Si l'on considère les publications réalisées (brochures, sites, etc.), on regrette un véritable foisonnement, dans lequel les objectifs sont mal répertoriés. Les textes d'intérêt local, qui constituent une ressource immédiate pour construire un projet sur un territoire, ainsi que les documents de portée plus globale, mériteraient d'être davantage partagés. Un enseignant qui s'initie à la problématique de l'environnement éprouve des difficultés à identifier l'information pertinente.

Ce foisonnement se déplore enfin dans les partenariats, qui se sont multipliés, souvent à l'initiative des partenaires eux-mêmes. Ceci accroît encore le manque de cohérence et d'assise qu'exige cet enseignement.

Remédier aux lacunes identifiées

Ainsi, on ne peut pas affirmer aujourd'hui que l'objectif de la note de service de 1995 soit atteint. Celle-ci indiquait : "chaque élève, au cours de sa scolarité obligatoire, devra avoir bénéficié au moins une fois de ces formations transversales". Une étape, là aussi, est à franchir.

Les projets, réalisés par des équipes d'exception, dotées d'un savoir-faire pédagogique d'une grande qualité, apparaissent difficilement propres à la mobilisation ou à une généralisation sous cette forme. Il convient donc de passer à une dimension supérieure.

En conclusion, il convient de souligner de nouveau la belle réussite des actions menées, et les lacunes qui subsistent. Il faut prendre la mesure du travail réalisé, notamment de l'expérience acquise dans les démarches de projet dont on connaît la qualité éducative.

Trois axes peuvent être définis afin de remédier aux manques identifiés :

généraliser : il s'agit de s'inscrire dans les dispositifs de l'enseignement obligatoire ;
construire cohérence et progressivité : il faut construire un édifice solide à chaque niveau de l'éducation, depuis le premier degré jusqu'au lycée.
se placer dans une perspective de développement durable

Ce colloque devrait nous permettre de faire avancer notre réflexion sur ces trois points, mais surtout, de rechercher des solutions simples et réalistes. Le réalisme est certainement une clé indispensable à la réussite de cette généralisation.



Michel Hagnerelle, IGEN, doyen du groupe histoire et géographie

Mesdames, messieurs, chers collègues, chers amis,

C'est avec un grand plaisir que je vous accueille dans ce colloque qui constitue une première nationale. Il a été mis en place par la direction de l'Enseignement scolaire, dont je remercie chaleureusement le directeur.

Gérard Bonhoure a évoqué les trois mots-clés qui devront guider notre action : généralisation, mise en cohérence et en progressivité, perspective d'un développement durable. Nous avons une immense ambition et notre colloque apparaît comme la première étape d'une dynamique que nous souhaitons relancer dans l'éducation. Pour cela, nous avons fait le choix de finalités essentiellement didactiques et pédagogiques. Si la réunion d'aujourd'hui est interne à l'Éducation nationale, nous avons également voulu discuter de ces enjeux avec certains partenaires invités, que je salue.

Les membres du comité scientifique ont proposé d'organiser nos travaux autour de trois questions :
de quoi parlons-nous lorsque nous faisons référence à l'environnement et au développement durable ?
que faisons-nous en ce domaine ?
qu'allons-nous faire de mieux, qu'allons-nous faire de plus à l'avenir ?
Les trois journées de ce colloque ont été bâties autour de ces différentes interrogations.

La première journée est consacrée essentiellement aux concepts, fondement de notre travail. Il nous est apparu indispensable de lever les ambiguïtés et les contradictions dans l'approche de ces notions et les définitions que nous en donnons. Nous avons pensé aussi qu'il était nécessaire de dépasser les représentations toutes faites pour rechercher ce qui, dans les savoirs, est scientifiquement établi. Ces interrogations seront l'objet de la première table ronde intitulée "De l'environnement au développement durable" et animée par Sylvain Allemand, journaliste de la revue Sciences Humaines. Cet après-midi, nous nous répartirons en dix ateliers qui permettront d'approfondir la réflexion sur ces notions.

La deuxième journée sera consacrée à la pédagogie de l'environnement. Quels savoirs, quelles démarches, quelle cohérence pour l'éducation à l'environnement ? Tels seront les thèmes abordés dans une première table ronde "Contributions croisées des disciplines", animée par Gérard Bonhoure. Puis, Guy Ménant, inspecteur g énéral de sciences et vie de la terre, et différentes intervenants traiteront dans une seconde table ronde des partenariats.

Demain après-midi, dix ateliers réuniront les participants, qui travailleront sur trois thèmes. Il s'agit d'approfondir la cohérence et la progressivité des approches, de l'école au lycée, de développer une démarche de projet et d'explorer les partenariats, les ressources et les réseaux en matière de développement durable.

Enfin, la troisième journée sera l'occasion de revenir sur les stratégies académiques en matière d'environnement et de développement durable. Nous entrons là dans la partie opérationnelle. L'objectif est de réfléchir à la mise en place, dès juin 2004, d'un projet pour l'éducation à l'environnement et au développement durable dans chaque académie. Il s'agira de généraliser cette éducation à partir de septembre 2004.

Ainsi, notre projet consiste-t-il à mettre en place un colloque refondateur d'une politique nationale d'éducation à l'environnement dans une perspective de développement durable. Ces réunions sont l'occasion de fédérer toutes nos compétences : nous représentons ici un public très divers, dans ses compétences et ses disciplines. Enfin, nous voulons déboucher sur des propositions concrètes et dégager des pistes fortes pour notre travail, dans les mois et les années à venir. Nous sommes là pour construire.

Je souhaite que ce colloque soit un vrai lieu d'échanges, de débats passionnés et sereins. Nous avons tous la passion de l'environnement. Aussi devons-nous dialoguer sans a priori, et en toute liberté.

Je vous souhaite un excellent colloque.

 


Actes du colloque - Éduquer à l'environnement, vers un développement durable 17-19 décembre 2003

Mis à jour le 15 avril 2011
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