Colloque « Éduquer à l'environnement, vers un développement durable »

Ouverture des travaux


Jean-Paul de Gaudemar, directeur de l'Enseignement scolaire

Il me revient, en qualité de directeur de l'Enseignement scolaire, d'ouvrir les travaux de ce colloque intitulé, de manière tout à fait heureuse, "Éduquer à l'environnement, vers un développement durable" et de dire pourquoi nous pensons que ce thème est important. Les enjeux éducatifs de cette question. Au-delà des priorités que ce thème représente pour la plupart des grands pays, l'Éducation nationale se demande s'il est possible de faire de l'environnement et du développement durable un objet éducatif, et de quelle manière.

La réponse à la première interrogation sera sans aucun doute positive.

Comme l'a rappelé le rapport 1 de Gérard Bonhoure et Michel Hagnerelle, présenté au mois d'avril 2003, l'environnement constitue depuis longtemps un objet d'étude. Le premier texte traitant de ce thème date de 1977, alors que la notion de développement durable n'a vu le jour que dix ans plus tard. Récemment, de très nombreuses pratiques pédagogiques favorisées par la mise en place des travaux personnels encadrés (TPE), des projets pluridisciplinaires à caractère professionnel (PPCP), ou des itinéraires de découverte (IDD), ont permis de faire travailler les élèves sur ces sujets.

Le rapport rédigé par nos collègues a le mérite d'établir un état des lieux lucide. Une conclusion s'en dégage : au-delà des actions menées, il devient nécessaire, pour répondre aux priorités actuelles, de mettre en place un nouveau plan d'action plus énergique et plus cohérent. D'une certaine manière, ce colloque est pour nous, Éducation nationale, un signal que nous voulons donner à notre maison tout entière. Les réflexions conduites pendant ces trois jours permettront de dessiner un peu mieux l'épure de notre action dans ce domaine.

L'objet d'étude que constituent l'environnement et le développement durable est essentiel. Il est complexe, en raison de la transversalité des approches qu'il implique. Nous savons depuis un certain temps qu'un discours sérieux sur ces questions renvoie à l'étude des conditions naturelles, économiques, sociales ou culturelles. Il est impossible de parler du développement de manière simple : l'objet oblige à des approches interdisciplinaires et partenariales qui rendent obligatoires des pratiques assez difficiles à instituer.

Il ne s'agit pas de mener une action cognitivement aléatoire, mais d'adopter une approche cohérente, raisonnée et maîtrisée.

La question contient un paradoxe. Chacun sait en effet que le concept de développement durable tire son origine des pratiques induites par le développement qui sont très vite apparues comme contradictoires avec la préservation de la qualité de l'environnement. Du point de vue du temps et de l'espace, les relations entre environnement et développement se sont posées sur un mode antagonique.

La notion de développement durable (ou soutenable, selon la terminologie anglaise), propose donc une approche du développement qui concilie celui-ci avec la préservation de l'environnement. Par sa complexité et la nature des questions qu'il pose, cet objet semble particulièrement intéressant.

Il peut apparaître aujourd'hui comme la seule forme de développement légitime et socialement acceptable, non seulement parce qu'il préserve la qualité de l'environnement, mais aussi parce qu'il fait percevoir l'environnement comme un facteur de développement et non plus comme une contrainte.

La notion de "développement durable" constitue une façon d'introduire nos élèves à la notion de long terme. Comme pour d'autres disciplines, il s'agit d'enseigner une distanciation. Le temps de l'action est ici celui du temps long, alors que le développement nous renvoie souvent à des dynamiques de court voire très court terme. L'apparent antagonisme entre développement et environnement présente l'avantage de faire travailler les élèves sur la temporalité intergénérationnelle (c'est-à-dire les relations entre une génération et une autre, la solidarité intergénérationnelle).

L'éducation à l'environnement introduit en outre dans notre enseignement la notion essentielle de principe de prévention et de précaution. La question "comment prévenir des risques en un univers incertain (dans un domaine hors de toute certitude scientifique) ? " est sous-jacente à l'idée de précaution. Celle-ci a donné lieu à deux courants de pensée. Le premier, qui reflète pour l'essentiel la législation française (à travers la loi Barnier de 1995) et la problématique de l'Union européenne, consiste à promouvoir une prévention des risques potentiels précoce mais proportionnée. Le second, celui de beaucoup d'organismes (ONG, courant environnementaliste) pousse plus loin la sécurité précautionneuse, en vertu de la règle d'abstention devant les risques.

Parler de ces approches aux élèves, c'est leur faire prendre conscience de l'importance des rapports entre la science et la société. Il ne saurait exister de politique pertinente sans un débat public conjointement au débat d'experts.

Enfin, on ne saurait réduire le thème du développement durable à un objet d'étude. À celui-ci s'ajoute consubstantiellement un objet éducatif, c'est-à-dire quelque chose qui relève de l'éducation citoyenne, une réflexion éthique sur les conséquences de nos actes et qui suscite des pratiques d'engagement. L'opération lancée par notre ministère l'année dernière a donné lieu à de nombreux projets relatifs au thème de l'environnement et du développement durable.

Ces quelques réflexions très simples sont essentielles pour comprendre le sens de ce que nous devons faire. Il reste à donner à nos actions une forme, un contenu éducatif, non en créant une discipline mais en développant des pratiques éducatives et pédagogiques nouvelles dès la rentrée 2004, et en donnant à nos élèves un bagage minimum (soixante heures, dans le texte arrêté). Les travaux que Michel Ricard a conduits, dans le cadre de la mission confiée par le Premier inistre, ont permis de lancer une expérimentation dans dix académies. Ils nous fourniront la matière d'un programme d'action collectif.

 


  1. Rapport disponible sur : http://www.education.gouv.fr/syst/igen/rapports.htm (rapports 2003)



Actes du colloque - Éduquer à l'environnement, vers un développement durable 17-19 décembre 2003

Mis à jour le 15 avril 2011
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