Séminaire « L'alternance au collège »

Restitution des ateliers "À propos des dispositifs"

Groupe 1

Charles Senot
Bernard Januel

Le groupe 1 est entré dans la problématique sous l'angle du pilotage. Le groupe s'est immédiatement interrogé sur le nombre d'élèves devant être concernés par la démarche d'alternance au collège. Au regard de la diversité des situations académiques, départementales, infra-départementales, les échanges ont rapidement fait apparaître qu'il serait impossible de fixer des objectifs quantitatifs et de mesurer la réussite du dispositif au nombre d'élèves inscrits en alternance. En revanche, il a semblé nécessaire d'aborder cette problématique selon une démarche de qualité. En effet, pour assurer auprès des élèves et des familles la promotion de cette problématique nouvelle, la qualité de la prise en charge nous a semblé essentielle.

Pour assurer cette qualité, le groupe a ressenti la nécessité d'établir un cahier des charges national balisant le terrain. Il nous a semblé indispensable que ce cahier des charges précise la présence de référents au collège, au lycée professionnel et en entreprise. L'existence de ces référents permet le suivi des élèves d'une structure à l'autre. Il est également nécessaire que ces référents aient bénéficié de formations partagées.

Par ailleurs, le groupe a soulevé une question s'adressant à l'administration centrale. Il serait souhaitable qu'existent une stabilité et une visibilité dans la commande. En effet, proposer l'entrée d'élèves dans des dispositifs en alternance nécessite la tenue d'un certain discours sur leur orientation et la certification. Il a été demandé si les élèves pourraient passer le diplôme national du brevet ou le CFG, et sous quelle forme cela serait envisageable. Clarifier ce point permettra aux acteurs de terrain de construire leur projet avec la garantie que leurs élèves obtiennent une validation de leur parcours au même titre que les autres élèves de collège.

Une question a concerné la durée de l'alternance. Le groupe a discuté la nécessité de concilier les périodes d'alternance avec la fréquentation des collèges. Il a été jugé nécessaire pour les élèves d'acquérir un certain nombre de connaissances leur permettant d'avoir un cursus. Or les témoignages montrent que les dispositifs en alternance permettent à 10 % des élèves seulement de se maintenir dans un parcours commun. Nous devrons donc trouver des réponses précises à la question du temps d'alternance.

Groupe 2

Dominique Pierrel
André Rettig

J'ai tenté d'organiser le compte rendu de l'atelier autour de la notion de projet, thème qui est en effet revenu tout au long de notre discussion. La notion de projet a été tout d'abord abordée du point de vue du collège. Le dispositif d'alternance est conçu comme un élément constitutif de l'alternance elle-même. Nous avons considéré qu'il existait une situation d'alternance si le projet était formalisé par écrit et que le rôle des acteurs était défini dans un partenariat négocié entre le collège - maître d'œuvre du dispositif - et le lycée professionnel ou l'entreprise qui participe ainsi à un projet partagé. Le projet peut également émaner d'un réseau d'établissements et constituer un projet d'alternance de bassin, gagnant ainsi en mutualisation de moyens et en convergence d'objectifs.

Comme l'ont rappelé de nombreux intervenants, c'est le projet de l'élève lui-même qui demeure au centre du dispositif. La formulation des objectifs et la mise en œuvre du projet demandent un investissement très lourd de la part des enseignants. Dans ce cadre, nous avons évoqué les problèmes de formation initiale et continue. La définition des objectifs de chaque projet, qui fait partie du cahier des charges évoqué pour rendre valide un projet d'alternance, est déterminante. Au niveau d'un collège, il nous a semblé important que le projet intègre la plupart des objectifs fixés par le texte de 2003 et, prioritairement, la motivation, la connaissance du monde de l'entreprise et l'acquisition des savoirs fondamentaux.

Le groupe a par ailleurs insisté à maintes reprises sur la nécessité de distinguer les objectifs opérant en classe de 3ème et en classe de 4ème. En 3ème, ces objectifs peuvent s'orienter autour de la notion d'éducation à l'orientation. En 4ème en revanche, ces objectifs doivent permettre une remotivation et une redynamisation du parcours de l'élève.

En outre, les participants ont souligné que tout projet nécessitait un accompagnement. Pour dynamiser le parcours, il a été jugé nécessaire de partir d'une conception positive de l'alternance. Il a été dit que "l'alternance n'est pas faite pour mieux supporter le collège. C'est un projet centré sur l'élève permettant de le faire réussir grâce à des objectifs et des modalités adaptés". Cela appuie la différenciation entre la 3ème et la 4ème. Il a par ailleurs été dit que le projet de l'élève transcende le problème de l'organisation et de la modalité. "L'alternance nécessite la prise en compte d'un projet individualisé pour chaque élève, mettant en œuvre une démarche d'individualisation en réponse à des besoins repérés".

Un intervenant a déclaré : "Le projet n'a de valeur que si l'on diagnostique les compétences de l'élève, qu'on organise le partenariat et qu'on valorise les réussites de l'élève pendant les périodes d'alternance".


Groupe 3

Jean-Pierre Lauby
Louis-Pascal Jacquemond

Le groupe 3 a travaillé à partir d'expériences de différents partenaires présents représentant toutes les académies.

Nous avons privilégié des verbes actifs - impliquer, fédérer, adhérer, diversifier -, sachant que notre observation s'est appuyée essentiellement sur les modalités de mise en œuvre et les conditions de réussite. Les questions que nous nous sommes posées concernent essentiellement des modalités et des moyens de mise en œuvre, sur les plans juridique, financier, fonctionnel.

Nous avons traité la question de l'implication des enseignants volontaires mais non spécialistes. Il serait tentant de confier cette responsabilité à certaines catégories de professeurs, voire aux seuls professeurs de technologie. Or l'existence de professeurs spécialistes au sein de l'établissement ne paraît pas souhaitable. Le pari est en effet de poursuivre les apprentissages faits en dehors du collège dans le cadre des enseignements dispensés au collège.

Notre deuxième centre d'intérêt a concerné la mutualisation des contenus visant la création d'une culture partagée construite autour de l'idée que l'alternance, c'est faire apprendre autrement, et en particulier par l'expérience. Ce faire apprendre par l'expérience mobilise un certain nombre de compétences qui ne sont exclusives ni au moment, ni au temps de l'expérience, mais qui pourront être transférées ou réutilisées dans d'autres moments, et en particulier dans les enseignements généraux du collège. Il s'agit de prendre en compte cette dimension globale. Il est donc nécessaire que les enseignants et les différents acteurs sachent ce qui se passe dans le cadre de l'alternance. Il est par ailleurs nécessaire de concevoir les identités de chacun des acteurs que sont les professeurs de lycées professionnels, les enseignant du collège et les tuteurs d'entreprise. Il faut avoir une perception précise des apports spécifiques des différents acteurs dans leurs spécialités et leurs capacités d'expertise. En ce sens, des modalités de formation devraient permettre d'échanger en amont ou en cours de développement du projet.

Le projet fait émerger une construction et une culture communes s'élaborant progressivement par l'examen des différentes problématiques rencontrées. Cette culture peut se développer sur la base de l'évaluation, de l'analyse des compétences, de la contribution par les enseignants du collège des différentes disciplines à la mise en œuvre des compétences acquises ou du renouvellement de ces compétences.


Groupe 4

Alain Mamessier

Le point fort du débat a été la contractualisation et la construction collective du parcours incluant à la fois objectifs, attentes et indicateurs de réussite. Je précise que le groupe était composé d'un nombre important de chefs d'établissement ayant de l'expérience dans ce domaine.

Il est ressorti du débat que le repérage des élèves à risque n'était pas le problème majeur car les équipes éducatives connaissent bien le profil de ces élèves. En revanche, la contractualisation avec l'élève et la famille doit intervenir très tôt dans le processus de construction collective partagée du parcours. Il est donc nécessaire de conserver une vision très ouverte des parcours qui ne sont pas pré-construits. Le groupe a néanmoins insisté sur la nécessité d'encourager le travail préalable en bassins permettant de calibrer et d'identifier les possibilités de réponses en termes de ressources mobilisables. Une telle approche très en amont de l'action doit inclure une réflexion forte avec l'élève et la famille sur l'objectif recherché et sur ce qui contribuera à sa réussite.

Le groupe a insisté sur le nombre réduit d'élèves concernés par le dispositif et sur la nécessité de raisonner selon une logique de réponse aux besoins et non selon une logique de l'offre.

C'est le caractère non pérenne et la notion de parcours individualisé qui sont importants. L'aménagement n'est pas apparu essentiel dans les débats, mais la durée de l'alternance semblait dépasser 10 %. Les débats ont fait ressortir l'idée que nous nous situions dans une logique d'apprendre autrement et non d'apprendre moins ou différemment.

Une question concernant la demande très forte de positionnement des différentes formules d'alternance existantes (3ème PVP, 3ème insertion, etc.) est particulièrement ressortie des débats.


Synthèse des ateliers

Bernard Maccario

Il me semble que ce qui a été dit lors des ateliers et reformulé par les rapporteurs répond au premier objectif de ce séminaire, c'est-à-dire la participation à l'élaboration d'un cadrage réglementaire. Certains éléments sont susceptibles d'apporter des ajustements au texte que nous préparons.

Vous avez présenté les principaux mots clés qui se dégagent des ateliers. Nous pouvons trouver des convergences autour de trois points fondamentaux :
les objectifs du dispositif ;
l'alternance comme projet commun ou partagé ;
le pilotage.


Les objectifs du dispositif

En ce qui concerne les objectifs, je m'appuierai sur la contribution des groupes 2 et 4. Je souscris à la présentation faite par le groupe 2 mentionnant qu'un projet supportant un dispositif doit prendre en compte plusieurs objectifs : remotivation, reconstruction du sens des apprentissages grâce à l'expérience. J'associerais volontiers la connaissance du monde du travail à la présentation de la voie professionnelle comme un parcours de réussite possible. En termes d'acquisition des fondamentaux, il nous semble essentiel de fixer un horizon possible pour ces élèves. Ainsi, au terme d'un dispositif en alternance en 4ème, on devrait pouvoir envisager pour une majorité d'élèves la poursuite de leur parcours scolaire. La structure de la future classe de 3ème devrait renforcer cette perspective.

La question des objectifs renvoie à la question du public. C'est le public et ses caractéristiques qui donnent toute sa signification à la notion de caractère dérogatoire. Nous nous adressons à un public limité. L'intervention de madame Piniau, qui a évoqué le cas d'un collège se situant dans un contexte d'éducation prioritaire comportant une hétérogénéité importante, montre que le nombre d'élèves passés par un dispositif en alternance est relativement réduit.

Le dispositif dérogatoire est mis en place pour des élèves qui, sans l'alternance, risqueraient de se trouver dans une situation d'impasse. Il s'adresse forcément à des effectifs très limités, au-delà de ce qui relève de l'hétérogénéité des publics du collège, prise en charge par d'autres dispositifs de "droit commun". Cela permet de donner tout son poids au critère mis en avant par le groupe 4 consistant à sortir d'une logique quantitative. L'objectif n'est pas que chaque collège mette en place un dispositif en alternance. Nous ne nous situons pas dans une logique d'offre mais de réponse à des besoins individuels, ce qui renvoie au caractère non pérenne de ces dispositifs.

Nous ne pouvons pas être indifférents à l'existence d'objectifs différents entre l'alternance au niveau de la 4ème et au niveau de la 3ème. En 3ème, l'élève se positionne dans un cycle d'orientation, l'objectif des dispositifs en alternance est alors la préparation d'un accès à une qualification de niveau 5.

L'alternance comme projet commun ou partagé

Une importance particulière a été accordée au terme "projet". Alain Crindal a parlé de mise en projet de l'élève. Il ressort en effet que l'élève fait partie des acteurs du projet. Le projet commun ou partagé est donc une centration sur les acteurs, et notamment sur les élèves. Le groupe 3 a parlé d'adhésion de l'élève et de sa famille. La contractualisation avec l'élève a également été évoquée.

Des références à la souplesse ont été faites. Il est important qu'existe un cadrage aux niveaux national et académique, mais une certaine souplesse apparaît également essentielle afin, non seulement d'intégrer, mais éventuellement, de permettre à des élèves volontaires de quitter le dispositif.

Les acteurs de l'alternance sont composés de l'ensemble des intervenants au collège, au lycée professionnel et en entreprise. Plusieurs ateliers ont utilisé la notion de référent. Dans chaque lieu de l'alternance, il est nécessaire que quelqu'un définisse l'objet du partage et qu'un rôle primordial soit accordé au suivi des élèves. Les équipes pédagogiques doivent par ailleurs s'impliquer. Comme l'a dit Louis-Pascal Jacquemond, pour être valorisée au sein de l'établissement, l'alternance ne doit pas être confinée à l'intervention d'une équipe réduite, mais doit impliquer l'ensemble des enseignants. Chacun en fait a vocation à être un référent. C'est pourquoi il est important que les professeurs de l'ensemble des disciplines s'engagent et qu'il existe une rotation des rôles. Le caractère non pérenne peut être envisagé comme un critère de souplesse. Le dispositif ne doit pas être réduit à une personnalité, à la conviction et à l'engagement d'un établissement.

Ce qui fonde un projet commun, ce sont aussi les pratiques. Or nous disposons de peu d'éléments concernant les pratiques, ce qui est compréhensible au stade où nous en sommes. De plus, la connaissance des pratiques suppose un saut qualitatif très important. En effet, l'alternance, qui est maîtrisée au niveau des lycées professionnels, ne fait pas partie de la culture du collège. Le groupe 2 a souligné la nécessité de formaliser le projet et en particulier l'utilisation de tout ce qui peut concrétiser la liaison entre les différents acteurs, notamment dans le suivi de l'élève. Nous devons sans doute travailler sur cette question, en mutualisant ce qui existe, notamment dans le cadre de l'accompagnement des équipes et de la formation.

Concernant la question du seuil, je m'interroge sur la nécessité de fixer un seuil à 10 %. Sommes-nous certains que la marge de mise en œuvre des programmes se situe aux alentours de 10 % ? Le seuil de 10 % n'est-il pas plutôt un seuil au-delà duquel apparaît la nécessité de mettre en œuvre des pratiques différentes ? Pour qu'elle ait un sens, l'alternance doit non seulement se dérouler en partie hors du collège, mais aussi modifier la manière dont seront conduits les apprentissages au collège. Nous devrons donc travailler sur la base de compétences à acquérir et réfléchir à la façon dont nous pouvons redonner du sens aux apprentissages.

Le pilotage

S'il existe des attentes en matière de pilotage national, c'est principalement le pilotage de proximité qui a été évoqué. Nous devons donc déterminer si le cahier des charges doit être national, académique…C'est au niveau du bassin que nous pouvons nous inscrire dans une logique de réponse aux besoins, que nous pouvons mettre en place des stratégies de complémentarité entre collèges pour que la notion de dispositif ait un sens, pour que les possibilités de découverte en milieu professionnel soient mieux gérées et pour que le travail avec les entreprises soit mieux abordé et négocié.

Les modalités de mise en œuvre ont été évoquées. Une grande partie de ces modalités reviennent à l'établissement. Nous devons privilégier une certaine souplesse, notamment pour la mise en œuvre des parcours des élèves et des seuils. Au-delà du plancher et quel que soit le dispositif mis en œuvre, il nous paraît essentiel d'envisager une individualisation qui conduira à différencier la durée des séquences passées en dehors du collège.

J'espère que nous parviendrons à réaliser dans les meilleurs délais un texte opératoire. Nous souhaitons que ce texte fixe les grands principes de la mise en œuvre des dispositifs en alternance. Ce document reprendra les éléments figurant dans la circulaire de rentrée de l'an dernier mais devra être plus précis sur certains points sensibles évoqués, notamment à la lumière de la première mise en œuvre au cours de l'année scolaire en cours.

 

 

 

 

Actes du colloque - L'alternance au collège 9 et 10 mars 2004

Mis à jour le 15 avril 2011
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