Séminaire « L'alternance au collège »

Table ronde : enjeux pédagogiques, spécificités et organisation des dispositifs en alternance au collège



Bernard Maccario, sous-directeur des enseignements des écoles et des formations générales et technologiques des collèges et lycées

Se joignent aux inspecteurs généraux Philippe Forstmann et Jacques Verclytte les participants suivants :

Jean-Luc Chaventré, qui est actuellement proviseur à Montreuil, a été jusqu'en septembre 2003, principal de collège. À ce titre, il a mis en œuvre dans son établissement des dispositifs en alternance ;
Isabelle Gelly,
déléguée régionale de l'association pour le développement de la formation dans les transports en Franche-Comté, représente le point de vue de l'entreprise. Elle vous expliquera dans quelle mesure elle et son organisation sont intervenus dans le cadre de l'alternance au collège ;
Jean-Claude Haget,
proviseur de lycée professionnel dans l'académie de Bordeaux, et plus précisément dans le Lot-et-Garonne. Il a participé à un dispositif en alternance ;
Geneviève Piniau
ne présente pas ses interventions dans le cadre de ses fonctions actuelles de proviseur du lycée Robert Doisneau de Corbeil-Essonnes mais l'expérience qu'elle a conduite depuis plusieurs années au collège de Viry-Châtillon qui se situe dans un réseau d'éducation prioritaire du département de l'Essonne ;
Pierre Viala,
inspecteur d'académie de l'Ariège, intervient en tant que pionnier de l'alternance dans les départements de l'Ariège et de la Creuse. Il évoquera son expérience, notamment du point de vue des autorités académiques et abordera les questions relatives au pilotage.

Je vais demander à chacun des intervenants de présenter la nature de leur expérience et de réagir à certains propos. Il serait notamment intéressant que vous présentiez les caractéristiques des élèves en expliquant à quels types d'élèves se sont adressés les projets que vous avez montés et les dispositifs que vous avez mis en œuvre. Par ailleurs, je souhaiterais que vous nous informiez du devenir de ces élèves.


Jean-Luc Chaventré, proviseur du lycée de l'horticulture à Montreuil (Seine-Saint-Denis)

J'ai été principal du collège Pulitzer de La Courneuve, établissement regroupant 800 élèves dont 100 élèves de SEGPA, dans une commune où des difficultés importantes existent. À titre d'exemple, au cours des cinq dernières années, 50 % de la population a été renouvelée et 33 % des élèves sont en situation d'hébergement. Malgré les efforts déployés à l'école primaire et dans le cadre des réseaux d'éducation prioritaire, les élèves rencontrent des difficultés scolaires très importantes : 15 à 20 points de décalage sont ainsi enregistrés par rapport aux résultats nationaux lors des évaluations de début d'année.

Une double question s'est alors posée dans l'établissement :
Comment aider les élèves à leur arrivée au collège ?
Comment leur permettre de ne pas perdre pied rapidement ?

Un travail de remédiation et de soutien a ainsi été mené en amont et il a été constaté que de nombreux élèves arrivaient en 4ème avec deux années de retard et en état d'anorexie ou de rupture scolaire. Nous avons jugé urgent de remobiliser rapidement ces élèves et d'envisager pour eux un nouveau parcours à travers la réalisation du projet.

Le projet actuel, qui s'appuie sur une continuité par rapport aux années précédentes, est envisagé comme un parcours de réussite connoté de manière très positive par les élèves et les familles. Nous avons refusé d'envisager ces classes comme des "classes poubelles". Par ailleurs, le projet repose sur l'implication d'enseignants présents depuis de longues années dans l'établissement et ayant évolué à travers les différents dispositifs. Le projet concerne des élèves de 4ème et de 3ème regroupés en classes. Il n'existe pas de passage systématique entre les classes en alternance de 4ème et de 3ème. Les élèves accueillis sont en difficulté et en ont conscience. Ils sont accueillis à l'issue d'un dialogue et de rencontres avec la famille, après avoir fait des mini-stages organisés au cours du troisième trimestre de la 5ème et par une décision des conseillers d'orientation. Nous avons refusé d'accueillir des élèves ayant d'importantes difficultés comportementales ou de créer une classe de relégation pour les élèves non francophones.

Le projet repose sur trois axes essentiels :
l'organisation pédagogique des enseignements : les horaires des classes respectent une grille horaire précise (à l'exception de quelques aménagements élaborés personnellement par l'équipe de l'établissement), un socle de connaissances est requis à la fin des deux années ;
la partie technologique des programmes est dispensée au collège. Il existe, au sein de l'établissement, un projet d'atelier pédagogique comprenant la confection, le service et la comptabilité d'un repas permettant de confronter, chaque semaine, les élèves à une expérience proche du monde l'entreprise ;
des stages, organisés le plus souvent en entreprise et exceptionnellement en lycée professionnel, peuvent constituer une alternance pouvant atteindre douze semaines dans l'année.

Des stages seront proposés aux élèves en fonction de leur parcours, de leur niveau et de leur positionnement initial. Au regard des évaluations successives établies par l'équipe et en relation avec les maîtres de stage, les stages sont organisés pour des périodes plus ou moins longues. La présence permanente de groupes d'élèves en stages permet d'aborder les apprentissages et les temps en classe de manière plus individualisée avec des effectifs favorables puisque les groupes comptent une douzaine d'élèves.

Un réseau important d'entreprises accueillant des stagiaires s'est établi au cours des dernières années. Un travail en collaboration avec les chefs d'entreprise, qui a permis de mettre en place des grilles de stage, prévoit des rencontres et un suivi par les enseignants et les chefs d'entreprise dans le respect des compétences de chacun. Au cours d'une ou deux années, l'élève peut appréhender le monde professionnel à travers des stages organisés dans des entreprises et des secteurs d'activité différents. Il peut également aborder les compétences et les acquis lui permettant de travailler en classe et d'appréhender le monde de l'entreprise Il peut enfin concevoir la transversalité du monde de l'entreprise.

Malgré la diversité de leurs parcours, 100 % des élèves sont affectés. La population concernée est globalement difficile et son niveau est parfois très faible. Il arrive toutefois que certains élèves entrent en seconde et même qu'ils reprennent des études. Un élève ayant fréquenté l'une de ces classes a ainsi passé le baccalauréat et obtenu une maîtrise de physique.


Bernard Maccario

Un des éléments que vous avez évoqué mérite d'être mis en avant. Il s'agit de la constitution des classes qui, loin d'interdire l'individualisation des parcours, est un élément favorable aux durées différenciées de périodes en entreprise en fonction des élèves. Au-delà du débat sur les modalités concrètes du dispositif, il faut dégager l'idée de traitement individualisé des élèves.


Geneviève Piniau, proviseure du lycée Robert Doisneau à Corbeil-Essonnes (Essonne)

Le collège des Sablons est situé dans un quartier difficile où l'échec scolaire des élèves est très important puisque nous nous situions 14 points en dessous de la moyenne académique en français et 17 points en dessous de cette moyenne en mathématiques et que la situation ne cessait de s'aggraver. Cependant, 75 % des élèves de ce collège, dont les équipes pédagogiques sont exceptionnelles, réussissent le brevet.

Cherchant des solutions pour des élèves qui, dès la 6ème, perdaient pied, nous avons imaginé de multiples possibilités. Ni les 6ème de consolidation, ni les 5ème où tous les cours de mathématiques et de français étaient dédoublés n'ont été concluantes. En revanche, nous avons constaté que les élèves qui n'aimaient pas l'école étaient les premiers à fréquenter l'école ouverte. Nous avons alors compris que ces élèves détestaient avant tout l'échec scolaire.

Ces élèves étant peu absents mais n'ayant pas les capacités de réussir en 4ème, nous avons mené une réflexion sur la possibilité de les remotiver. Nous avons alors eu besoin des entreprises et avons rencontré un conseiller de l'enseignement technologique qui nous a beaucoup aidé en nous mettant en relation avec de petites entreprises, et notamment des artisans où chaque élève était seul avec un patron. Nous avons alors observé des élèves s'éveiller. Ce fut le cas de Zulinda, une jeune portugaise qui voulait être interprète, mais ne savait ni lire ni écrire. Nous lui avons proposé de devenir fleuriste, ce qu'elle a accepté, mais après ses deux premiers jours de stage, elle a compris l'utilité de savoir écrire pour inscrire des noms de fleurs sur des pancartes. Cet exemple nous a fait comprendre que nous devions être plus proches des tuteurs en entreprise et négocier les contenus de façon à participer à la construction des savoirs des enfants. Nous avons alors commencé à former des tuteurs en vue de la réussite des élèves.

Dès la première année, les tuteurs remplissaient la moitié du bulletin de notes trimestriel des élèves, validant les savoirs acquis en entreprise. Nous avons alors constaté que la plupart des élèves qui s'ennuyaient à l'école étaient très appréciés en entreprise. Nous avons envisagé de mettre en place uniquement une "4ème Découverte des métiers" imposant un minimum de deux mois pour la découverte d'un métier, à raison de deux jours par semaine. Les règles se sont installées à mesure que les problèmes se posaient. Nous avions envisagé, à la fin de la première année, d'intégrer les élèves dans une 3ème générale, mais ils ont refusé de réintégrer une classe générale. Nous avons alors mis en place une "3ème Découverte des métiers" sur le principe des 3ème d'insertion où les élèves étaient deux jours et demi au collège et deux jours en entreprise. Ces 3ème ayant pour objectif de choisir une voie, nous avons dû faire appel aux lycées professionnels.

L'expérience des classes de découverte existe depuis 1996 aux Sablons. 140 enfants ont fréquenté cette structure. La moitié des élèves de ces classes venaient du collège, les autres venaient du district. Cette structure ne concernant chaque année que huit à neuf élèves du collège, nous avons souhaité immédiatement l'ouvrir aux autres collèges du district.

Concernant le devenir des élèves sortis du système aujourd'hui :

  • 9 % des élèves ont repris une formation générale dès la fin de la 4ème de Découverte des métiers et ont donc redoublé en 4ème générale ;
  • 74 % des élèves ont fait un BEP ou un CAP qu'ils ont obtenu ;
  • 12 % des élèves n'ont pas réussi le BEP ou CAP mais sont entrés dans la vie active ;
  • à ce jour 5 élèves ont obtenu un baccalauréat professionnel ;
  • 5 % sont en échec ;
  • sur les 74 % d'élèves ayant fait un BEP ou un CAP, 5 % ont poursuivi vers un bac professionnel.

Je rappelle que la 4ème Découverte des métiers s'adresse à des élèves en échec depuis leur entrée au collège. Pour certains élèves ne correspondant pas au profil des élèves de la classe de découverte professionnelle mais en manque de repères, nous avons mis en place une 3ème à projet professionnel. Cette classe était une 3ème classique comprenant un aménagement d'emploi du temps permettant aux élèves de passer une journée par semaine en entreprise ou en lycée professionnel. L'année précédant la mise en place de cette structure, nous avons donc dû engager des négociations avec sept lycées professionnels du secteur pour permettre aux élèves de passer quelques séquences en lycée professionnel en fonction d'une prédétermination. Nous avons souhaité que les élèves réalisent que l'enseignement général n'était pas exclu du lycée professionnel.

Pour aménager l'emploi du temps, nous avons consacré le mercredi matin à la technologie. Les élèves ont pu découvrir les métiers proposés en lycée professionnel. Les projets ont été validés par un stage en entreprise. Outre l'emploi du temps hebdomadaire, des séquences ont été mises en place tout au long de l'année pour alterner la formation au collège, au lycée professionnel et en entreprise. Le bon cadrage de ces séquences a permis aux lycées d'accueillir davantage de collèges que cela n'aurait été possible si les élèves avaient fréquenté le lycée professionnel tout au long de l'année.

Concernant le devenir des 42 élèves ayant fréquenté ces classes sur les années 2001-2002 et 2002-2003 :
dix élèves (cinq chaque année) sont entrés en seconde générale, ceux entrés en 2001-2002 étant actuellement en première ;
tous les autres élèves ont été affectés selon leur premier vœu en lycée professionnel grâce au bonus qu'ils ont obtenu.

Les élèves les plus difficiles ne sont pas dans ces classes afin de préserver la qualité du travail qui y est réalisé. Au sein du collège existe une classe relais pour les élèves ayant un comportement difficile. Une classe relais réseaux regroupe par ailleurs des élèves du secteur ainsi que des élèves exclus sur de courtes périodes. Une grande palette de possibilités permet aux élèves de trouver leur place et de répondre à l'objectif du projet d'établissement : permettre à chacun de réussir.

Bernard Maccario

Je vous remercie de cette présentation qui démontre le refus de figer le devenir des élèves. Vous avez établi que l'alternance est un dispositif parmi d'autres faisant partie d'une offre diversifiée au sein de l'établissement.

Il était important que vous insistiez sur la dimension pilotage et sur la nécessité d'organiser l'alternance, notamment en liaison avec les lycées professionnels et les entreprises.

Dans les deux cas évoqués, qui concernent des collèges situés en zone d'éducation prioritaire, je remarque votre volonté de vous doter de critères objectifs permettant de déterminer le public concerné par ces dispositifs. Vous avez développé des éléments justifiant vos choix et rendant très intéressantes les statistiques concernant le devenir des élèves.

Pierre Viala, inspecteur d'académie, directeur des services départementaux de l'Éducation nationale de l'Ariège

Les exemples que je vais développer ne sont pas forcément transférables ailleurs, ils concernent des départements ruraux où les déplacements d'élèves sont difficiles et où les problèmes de transport sont relativement insolubles. Les solutions prises dans les départements de la Creuse et de l'Ariège sont sans doute spécifiques aux départements ruraux.

Je pense que l'alternance est un élément d'enrichissement pour tous les élèves. En effet, ces dispositifs sont basés sur une pédagogie de projet. Pour un certain nombre d'élèves, il s'agit véritablement d'un parcours de réussite. L'alternance s'adresse à tous types d'élèves dans la mesure où il existe divers degrés d'implication.

Dans le département de l'Ariège, il existe un dispositif "collège hors les murs" en 4ème et 3ème qui s'adresse à des élèves démotivés et souvent absents, devant être remobilisés. Ce dispositif, qui avait déjà été mis en place auparavant dans la Creuse, varie selon un projet individualisé pour chaque élève.

La construction de ce projet a été possible sous certaines conditions. Tout d'abord, ce projet s'adresse à une dizaine d'élèves, soit 1 % à 2, 5 % des élèves du département. Ce projet a été réalisé grâce à la présence d'un tuteur au niveau du collège et de l'entreprise. Pour labelliser le tutorat au niveau des entreprises, nous avons mis en place une commission départementale avec les chambres consulaires - chambre des métiers, chambre d'agriculture, chambre de commerce et d'industrie - et élaboré un carnet d'adresses pour chaque collège, établi par les chambres consulaires, ce qui offre des garanties sur la qualité d'accueil des élèves dans le cadre de l'alternance.

Pour les élèves de 4ème et de 3ème, la durée de l'alternance varie entre un et trois jours par semaine environ. Tous les projets sont individualisés et une commission départementale les valide. La décision est donc prise au niveau du département et non au niveau du collège. Tous les dispositifs sont départementaux et à la disposition de tous les collèges du département.

Le regroupement par bassin ou par secteur n'existe pas. En raison des difficultés de transport et de déplacement, chaque collège prend en charge ses élèves en totalité sur l'ensemble des dispositifs.

Le dispositif "collège hors les murs", qui a été transformé en dispositif relais, a été progressivement enrichi. Les partenariats, qui initialement s'appuyaient uniquement sur les chambres consulaires, ont été élargis au ministère de la Jeunesse et des sports, à la PJJ et au tissu associatif. L'alternance, qui est réalisée à 90 % dans le monde économique et social, peut tout à fait s'orienter vers le tissu associatif et s'ouvrir sur des activités culturelles.

Dans le groupe départemental sont représentés les chefs d'établissement, les conseillers d'éducation, le médecin et l'infirmière scolaire, l'assistante sociale, l'inspecteur de l'Éducation nationale des enseignements techniques et l'inspecteur de l'Éducation nationale de l'information et de l'orientation conseiller de l'inspecteur d'académie et les personnes en relation avec les élèves dans les établissements.

Il existe par ailleurs, au niveau de la classe de 4ème, un dispositif Découverte des métiers comprenant des élèves répartis dans plusieurs classes. Dans ce dispositif, qui s'appuie sur la 4ème d'aide et de soutien, les élèves sont dans des classes banales et ne sont regroupés en une même classe que sur trois disciplines majeures. Ces élèves bénéficient par ailleurs d'une séquence de trois heures par semaine dans le monde économique et social via les entreprises. A la fin de la classe de 4ème, un tiers de ces élèves sont remobilisés et entrent en 4ème ou 3ème générale l'année suivante. Les autres élèves entrent en 3ème Découverte des métiers, classe plus dérogatoire puisque le temps d'alternance peut y atteindre une journée et demie. Cette classe correspond à l'ancienne 3ème d'insertion. Les élèves qui la fréquentent passent le CFG. Nous nous questionnons sur la nécessité pour des élèves incapables d'obtenir des résultats suffisants dans les disciplines fondamentales de passer le diplôme national du brevet, sachant que le CFG permet de valider un parcours, de s'inscrire dans un résultat positif et de constituer le premier niveau d'une formation professionnelle. Pour permettre une continuité du dispositif de 4ème et 3ème Découverte des métiers, nous avons mis en place, dans tous les lycées professionnels du département, des CAP où les élèves sortant des 3ème Découverte des métiers sont prioritaires grâce à un bonus.

L'existence de dispositifs n'empêche pas une régulation. En effet, les chefs d'établissement soumettent chaque année aux inspecteurs d'académie de nombreux dossiers. Les élèves qui sont dans ce dispositif représentent 5 % à 10 % d'un niveau de formation. Une régulation est donc possible hors du cadre des classes à condition de s'en donner les moyens et de mettre en place des circuits appropriés.

Les dispositifs que j'ai évoqués existent pour tous les collèges du département. Cette année, les élèves suivant un dispositif de découverte des métiers représentent 8 % des élèves de 4ème et 7 % des élèves de 3ème. Globalement, 8, 5 % des élèves du département passent le CFG au lieu du brevet. Je précise que le taux de réussite à ce diplôme est de l'ordre de 90 %. Ce pourcentage comprend les élèves de SEGPA.

Il existe, par ailleurs, dans tous les collèges des options de 3ème Techno et de 3ème en alternance. 28 % des élèves de 3ème choisissent l'option technologique. 60 % des élèves de 3ème Techno poursuivent en cycle long tandis que 40 % s'orientent vers le lycée professionnel. Dans l'académie de Toulouse, le département de l'Ariège est celui où l'orientation en lycée professionnel est la plus importante. Cette orientation y représente en effet 33 % contre 28 % pour la moyenne académique. Le taux de réussite est très important, notamment en CAP post-3ème. Avant la mise en place de ces dispositifs, une centaine d'élèves n'ayant reçu aucune formation qualifiante a été comptabilisée à l'ANPE en Ariège. Ce nombre diminue sans cesse puisque tous les élèves ont la possibilité de poursuivre leurs études en lycée professionnel, en CFA ou en lycée agricole.

Je précise qu'un problème existe au niveau des lycées agricoles. Il n'existe en effet aucun pallier d'orientation vers ces lycées qui recrutent pourtant au niveau de la 4ème. Les élèves et leurs familles prennent donc personnellement l'initiative d'intégrer les lycées agricoles en 4ème. Il n'a pas été possible, pour le moment, de mettre en place un dialogue constructif avec l'enseignement agricole.

Dans le département de l'Ariège, neuf collèges sur quinze proposent aux élèves des formations en alternance au niveau de la classe de 3ème. Cette alternance n'est pas toujours tournée vers le monde économique et social, mais majoritairement (6 collèges) vers le lycée professionnel de proximité. L'alternance ne s'adresse pas aux élèves en difficulté, mais à tous élèves de 3ème souhaitant suivre cette option.

L'existence de ces diverses options permet ainsi aux élèves de suivre soit un enseignement technologique long - qui a progressé -, soit un enseignement en lycée professionnel - qui s'est stabilisé.

Bernard Maccario

La présentation de monsieur Viala permet de définir plusieurs acceptions de l'alternance, concept ayant certainement besoin d'être clarifié. Face aux deux premiers dispositifs en alternance présentés, répondant à des élèves ayant des caractéristiques particulières, il existe une conception extensible de l'alternance comme modalité de formation ouverte à tous les élèves. Nous nous intéresserons lors de ce séminaire principalement aux deux premiers dispositifs.

J'aimerais que vous nous précisiez dans quelle mesure des aménagements des contenus sont pratiqués.

Pierre Viala

En 4ème, nous poursuivons les mêmes objectifs du programme mais les élèves sont réunis en petits groupes plus homogènes. Notre objectif est que ces élèves aillent en 3ème générale ou redoublent pour reprendre le cursus de la formation générale. Nous aménageons donc uniquement le rythme d'acquisition des connaissances en travaillant sur des exercices différents. Au niveau de la 3ème, les enseignants adaptent leur contenu aux exigences du CFG que les élèves passent en fin d'année.

Si la pédagogie est aménagée en 4ème pour atteindre les objectifs de la classe de 4ème générale, les dispositifs, les contenus et les enseignements sont adaptés au niveau de la 3ème pour atteindre les objectifs du CFG.

Jacques Verclytte

Concernant le dispositif "collège hors les murs", vous avez dit qu'il n'existait pas de dispositif particulier, que les élèves étaient gérés par leur collège et que le temps d'alternance pouvait varier de un à trois jours. Comment ce dispositif fonctionne-t-il ? Comment les absences des élèves sont-elles gérées ?

Pierre Viala

Un parcours individuel étant construit pour chaque élève, l'emploi du temps des élèves est étalé sur toute la semaine. Il appartient donc à l'équipe de l'établissement préparant le projet d'analyser et de valider ce qui est proposé. Si un élève est trop décalé par rapport au monde scolaire et que seule une intégration importante dans le monde économique peut lui permettre de trouver des repères, nous devons lui proposer des parcours très individualisés. Le temps d'alternance peut donc être variable tout au long de l'année. De plus, l'approche du monde économique donnée à ces élèves est basée sur sa représentation des métiers. Il arrive que des élèves changent de choix d'orientation au cours de l'année. Lorsque l'élève réintègre le groupe classe, les enseignements sont adaptés à son immersion dans le monde économique. Nous tentons de valoriser systématiquement les compétences de l'élève en choisissant les disciplines dans lesquelles il est dans une situation de réussite au sein du groupe classe. Pour certaines matières - français ou mathématiques notamment -, ces élèves sont placés dans des regroupements spécifiques. Les programmes sont donc individualisés pour chaque élève.

Jacques Verclytte

Le temps d'alternance peut, comme vous l'avez dit, représenter trois jours par semaine. Le temps scolaire n'est-il pas considérablement réduit ?

Pierre Viala

En effet. Ces dispositifs s'adressent toutefois aux élèves étant en rupture complète avec le système scolaire.

Bernard Maccario

Je rappelle que ce témoignage traite de trois dispositifs distincts. Or le "collège hors les murs" est une alternative à la rupture complète. Ce que Pierre Viala a décrit dans le deuxième dispositif me semble correspondre davantage à notre problématique. Les élèves en question restent en effet dans le groupe classe de référence tout en ayant un parcours totalement individualisé. Ces élèves, qui suivent certaines disciplines avec le reste de leur classe, sont extraits de la classe de 4ème pour travailler à leur niveau selon des modalités pédagogiques bien définies. En 3ème, ils travaillent selon des objectifs ciblés sur le référentiel de compétences du CFG.

Pierre Viala

Nous souhaitons autant que possible une immersion des élèves dans des classes hétérogènes, mais, pour les disciplines où leur niveau est trop bas, ces élèves sont regroupés dans des groupes plus homogènes.

Jean-Claude Haget, proviseur du lycée professionnel Jean Monnet à Foulayronnes (Lot-et-Garonne)

Dans le cadre de notre établissement nous sommes en phase d'expérimentation et de réflexion sur l'alternance au collège. Il nous sera donc difficile de vous proposer un bilan, voire une évaluation sur ce dossier. Ce préambule étant posé, je vais vous présenter succinctement l'établissement, puis les axes de travail concernant l'expérience menée.

Le lycée professionnel Jean Monnet accueille 430 élèves dans la banlieue agenaise. Nous nous situons dans un département rural dont les caractéristiques s'apparentent à celles évoquées par monsieur Viala. Il propose exclusivement des formations industrielles. Hormis deux classes de 3ème préparatoire à la voie professionnelle (PVP), il existe dans l'établissement six BEP, quatre baccalauréats professionnels ainsi qu'une formation complémentaire d'initiative locale post-baccalauréat (micro-informatique). Il est à noter que la demande de poursuites d'études est d'autant plus forte que des solutions existent sur place.


Les six spécialités enseignées se décomposent ainsi :

  • structures métalliques, réalisation ouvrage chaudronné ;
  • productique mécanique informatisée ;
  • maintenance véhicule automobile ;
  • carrosserie, peinture automobile ;
  • électrotechnique ;
  • électronique.

Etant donné l'étendue du champ des formations, nous pouvons offrir diverses solutions aux collégiens.

Dans le cadre du projet d'établissement, et notamment du partenariat avec des entreprises référentes, nous avons réfléchi à un modèle d'alternance partagée. Une commission de travail restreinte s'est déterminée sur huit mots clés - valorisation, motivation, sensibilisation, organisation, formation, initiation, régulation et, bien sûr, évaluation - pour tenter de bâtir un projet à la fois cohérent et attractif.

Ce projet s'inscrit dans un premier temps dans le projet global de la " zone d'animation pédagogique " (district ou bassin). Il s'intègre donc dans le cadre d'un travail de proximité avec les collèges voisins. Au niveau de chacun d'entre eux, un repérage est effectué à partir du projet personnel de chaque élève. A l'issue, une visite de lycée professionnel est programmée sur une journée afin que le jeune en ait une vision d'ensemble.

Phase 1 : valorisation, sensibilisation
Nous demandons à nos collègues du collège d'établir ensuite un premier bilan des élèves pressentis pour une orientation dans une de nos spécialités.

Phase 2 : motivation, régulation
Nous proposons de regrouper une semaine durant ces élèves, dans un groupe de travail équivalent à une demi-division. Ils sont alors sous la responsabilité d'un professeur coordonnateur qui fait le lien entre toutes les disciplines, tant en terme de contenu que d'emploi du temps. Plusieurs enseignants, notamment d'enseignement général, interviennent afin que les élèves perçoivent la part importante de ces matières qu'il ne faut pas délaisser. Une bonne articulation entre les deux volets enseignement général/enseignement professionnel doit être prévue. En terme de contenu pédagogique, afin de donner plus de cohérence et de cohésion, le choix d'un thème de travail transversal à plusieurs matières s'est révélé nécessaire (ex : le temps).

Des interventions de chefs d'entreprises viennent ensuite présenter les familles de métiers liées à nos formations, ainsi d'ailleurs que les emplois connexes qui en découlent, trop souvent méconnus des jeunes et de leurs familles.
Nous avons également mis en place un tutorat exercé par d'autres jeunes déjà orientés dans ces filières, tant le message de pair à pair semble aussi nécessaire.

Phase 3 : organisation, initiation, formation
Les élèves repartent vers leur établissement d'origine (collège). Un second bilan est alors indispensable pour déceler l'opportunité pour chacun d'eux de poursuivre ou de modifier son projet d'orientation. Des stages en entreprises bien ciblés peuvent être proposés au plus motivés. Toutefois, des interrogations demeurent sur les types de convention à utiliser. La réglementation en matière de sécurité collective et individuelle doit évoluer, tant pour l'établissement d'accueil (LP) que pour le partenaire entreprise. Les risques encourus pour intervention sur machines dangereuses doivent être prévus dans les conventions de partenariat.

Phase 4 : évaluation
Pour conclure, il est indispensable que les collégiens et leurs familles perçoivent que les formations que nous proposons sont des sciences pratiques, alliant des compétences théoriques et manuelles. Les poursuites d'études exigent un socle minimum de connaissances, tant dans les domaines généraux que technologiques.

Isabelle Gelly, déléguée régionale de l'association pour le développement de la formation dans les transports en Franche-Comté

Je ne dispose pas encore d'éléments chiffrés. Je voudrais toutefois vous faire part de l'expérience menée avec la branche " Transport et logistique " avec laquelle je travaille en tant que déléguée régionale de l'association pour le développement de la formation dans les transports (AFT) en Franche-Comté. L'AFT, organisme de formation spécialisé dans le domaine du transport et de la logistique, mène depuis un certain nombre d'années, un partenariat étroit avec le ministère de l'Éducation nationale au travers d'une convention, ce qui l'amène à être en relation fréquente avec le rectorat. Lors d'une réunion des conseillers en enseignement technologique, j'ai eu l'occasion de découvrir le dispositif d'alternance. Ce dispositif m'a semblé être une réponse à l'une des préoccupations des professionnels qui est de promouvoir leurs métiers auprès d'un large public, en particulier celui des jeunes.

Nous avons demandé à monsieur Senot (délégué académique à l'enseignement technique de l'académie de Besançon) d'intervenir lors du comité régional de la formation professionnelle dans les transports et la logistique (CRFPTL), réunion qui regroupe des professionnels - chefs d'entreprises de transport, responsables logistiques - à qui le dispositif a été présenté et qui y ont vu une manière de faire découvrir leurs métiers, sachant que cette branche professionnelle a des difficultés à se faire connaître et apprécier. Les professionnels ont pensé que les jeunes pourraient également comprendre le rôle de cette branche professionnelle dans l'activité économique française.

Les représentants des fédérations professionnelles de Franche-Comté ont ensuite été ravis de solliciter leurs entreprises afin de déterminer les entreprises disposées à accueillir des jeunes. Un courrier expliquant le dispositif de l'alternance a été envoyé à l'ensemble des professionnels de la région. 25 entreprises réparties sur la région Franche-Comté ont manifesté leur intérêt d'accueillir un jeune en alternance. La liste des entreprises intéressées a été transmise au rectorat qui est chargé d'informer les collèges de l'intérêt de ces entreprises. L'AFT a donc servi de relais entre les collèges et les entreprises. Nous menons par ailleurs une campagne de visite d'entreprises qui aura lieu la semaine prochaine.

Notre objectif principal était de présenter aux jeunes la diversité des métiers de la branche tout en insistant sur la nécessité d'avoir un minimum d'acquis en enseignement général. En effet, outre une formation professionnelle spécifique, le travail dans les transports nécessite également des connaissances générales en géographie, en informatique, en français...

Nous entretenons un partenariat très fort avec les entreprises engagées dans le dispositif professionnel. Ces dispositifs intéressent les entreprises qui y voient un moyen de sensibiliser les jeunes et de les accompagner dans cette démarche. Nous n'avons pas encore travaillé sur l'accueil des collégiens et laissons chaque entreprise libre de décider de la manière dont elle souhaite mettre en place des conventions avec les collèges et intégrer les jeunes dans leur entreprise.

Les entreprises ont une image très positive des dispositifs en alternance dans la mesure où ils permettent aux jeunes de s'intégrer dans le milieu professionnel, en ayant acquis au préalable une connaissance de ce secteur. Nous avons simplement mis ce contact en place entre les collèges et les entreprises. Si des concrétisations ont lieu, nous aurons l'occasion de travailler sur l'accueil des jeunes dans l'entreprise.

Bernard Maccario

J'ai commencé mon propos en insistant sur la dimension dérogatoire du dispositif et en la justifiant par le public concerné. Ces caractéristiques, énoncées lors des deux dernières circulaires de rentrée, sont suffisantes. Nous avons dit, dans la dernière circulaire de rentrée, que ce dispositif s'adresse, dès la classe de 4ème, à des élèves âgés d'au moins 14 ans manifestant une accumulation de retards ou de lacunes que les modalités traditionnelles de soutien scolaire n'ont pas permis de surmonter. Ces élèves doivent, par ailleurs, avoir des intérêts, des goûts ou des talents non pris en charge dans la scolarité normale du collège.

Ces deux caractéristiques étaient présentes dans les interventions de cette table ronde. Le caractère dérogatoire constitue une réponse à des élèves n'ayant pas pu rattraper leur retard au cours des classes de 6ème et de 5ème. Ces élèves ne sont pas des élèves en rupture pour des problèmes de comportement et de violence, mais des élèves pour qui les moyens ordinaires du collège n'ont pas permis de trouver des solutions satisfaisantes. Nous pensons que l'alternance leur permettra de trouver, à travers la fréquentation du lycée professionnel ou d'une entreprise, matière à mieux ancrer des acquisitions pour accéder à une qualification de niveau 5 au minimum. À partir des témoignages qui ont été apportés, on peut penser que, sans cette alternance, ces élèves ne seraient pas parvenus à retrouver un sens à leurs apprentissages. C'est en cela que les dispositifs en alternance se différencient des dispositifs relais et de l'éducation à l'orientation.

Le terme "alternance" a une acception large. Nous souhaitons conserver le terme "dispositif en alternance au collège" pour les élèves que nous venons de caractériser. En marge de l'éducation à l'orientation et des itinéraires de découverte - qui s'adressent à l'ensemble des élèves - et des dispositifs relais qui s'adressent à une population ayant des problèmes de comportement -, les dispositifs en alternance offrent des réponses à des élèves qui ont des lacunes trop importantes pour suivre une scolarité normale en 4ème mais pour lesquels le passage par une approche plus concrète facilitera l'acquisition de connaissances et de compétences permettant d'envisager une orientation positive à la fin du collège. C'est pourquoi il est essentiel d'expliciter les critères définissant le public relevant de l'alternance afin d'éviter la coexistence de dispositifs à plusieurs vitesses dans les établissements.

Par ailleurs, la constitution d'une classe spécifique au sein d'un collège ne signifie pas que seuls les élèves du collège y seront accueillis. Le dispositif doit également être évolutif, notamment en ce qui concerne le nombre d'élèves de l'établissement se trouvant dans le dispositif. Un tel dispositif ne doit pas être mis en place s'il ne répond pas aux besoins exprimés une année donnée.

Les dispositifs doivent être pilotés en termes d'implantation et d'affectation. Une vigilance particulière doit être portée aux critères afin d'éviter que le dispositif n'assure des fonctions ne répondant pas à ses objectifs initiaux. Je rappelle que le dispositif en alternance est un des éléments d'une politique éducative visant à réduire les sorties sans qualification. Les témoignages autour de cette table ronde ont, à cet égard, apporté des éléments de réponse.

S'agissant de la classe de 3ème, les projets de textes ont circulé et, à l'issue de cette consultation, nous avons proposé des amendements au cabinet à qui il appartiendra de prendre une décision. La 3ème unique mais diversifiée que nous avons évoquée devrait accueillir quasiment l'ensemble des élèves. Lorsque je parlais de nouvelles classes de 3ème intégrant les 3ème existantes, je pensais aux formules intégrant les diverses formes de 3ème préparatoires à la voie professionnelle, classes expérimentées depuis quelques années. Un petit nombre d'élèves justifiera vraisemblablement le maintien de dispositifs en alternance au niveau de la 3ème et passeront le CFG. Nous souhaitons, à cet égard, développer des liens entre le CFG et le CAP et entre le CFG et le brevet, dans la perspective de la définition d'un socle commun de compétences et de connaissances attendues en fin de collège. Le CFG pourrait être le niveau plancher de ce socle. Or le CFG est actuellement basé sur le CAP et ne prend donc pas en compte les objectifs de la formation au collège. Il serait intéressant de positionner les élèves par rapport à ces objectifs et aux exigences auxquelles renvoient ces diplômes selon une gradation depuis le niveau plancher jusqu'au brevet.

Par ailleurs, il a été fait allusion à l'enseignement agricole. Nous travaillons actuellement avec le ministère de l'agriculture afin d'élaborer les textes rapprochant l'organisation des enseignements des classes de 4ème et de 3ème des établissements agricoles de celle de nos collèges. Nous avons lancé parallèlement un travail de concertation de manière à préparer ensemble aux niveaux national et académique les opérations de rentrée et de carte scolaire.

Actes du colloque - L'alternance au collège 9 et 10 mars 2004

Mis à jour le 15 avril 2011
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