Séminaire « L'alternance au collège »

Ouverture et présentation du séminaire

Bernard Maccario, sous-directeur des enseignements des écoles et des formations générales et technologiques des collèges et lycées


Je vous souhaite la bienvenue et vous remercie de votre présence. L'alternance au collège étant une priorité ministérielle, nous avons souhaité la mise en place d'un séminaire national en deux sessions. Vous représentez aujourd'hui la moitié des académies du système éducatif français et certains d'entre vous représentent des académies des départements d'Outre-mer. Je vous signale que nous rééditerons la même opération sur deux jours la semaine prochaine à destination des collègues des quinze autres académies.

Avant d'introduire ce séminaire, je voudrais saluer la présence de collègues du ministère de l'agriculture dont les établissements d'enseignement accueillent des élèves dès la classe de 4ème. L'expérience de ces collègues sur le sujet qui nous réunit aujourd'hui nous a paru intéressante et utile, comme vous pourrez l'observer dans les ateliers. Je salue également la présence de deux inspecteurs généraux et de madame Bardi, adjointe au doyen de l'Inspection générale de l'Éducation nationale, présence qui prouve que ce séminaire est une première pierre du travail que nous souhaitons conduire en commun avec les Inspections générales.

Je vous rappelle les objectifs de ce séminaire que nous situons dans la perspective de la rentrée 2004. Les dispositifs en alternance figurent de manière explicite parmi les priorités fortes de la circulaire de rentrée. Nous souhaitons publier, dans les prochaines semaines, un texte réglementaire sur les dispositifs en alternance, qui sera un guide d'action rappelant certains principes et laissant aux établissements une latitude pour les mettre en place, sans toutefois imposer un cadre rigide. Nous souhaitons également publier un document d'accompagnement permettant une mutualisation des différentes expériences pour éclairer la mise en œuvre des dispositifs en alternance.

Ce séminaire répond à notre souci d'engager ce travail d'élaboration de textes et de documents de manière collective en prenant appui sur les académies. Nous avons déjà effectué ce travail en novembre 2003 avec les correspondants académiques alternance et avons ainsi pu réfléchir ensemble aux données que nous pouvions tirer de l'enquête lancée en début d'année. Ce séminaire permettra donc d'une part de nourrir le travail de préparation des textes et documents, d'autre part de faire le point à partir des expériences sur le terrain.

Pour organiser notre réflexion, cet exposé sera ancré autour de quatre points de repère.


L'alternance comme dispositif dérogatoire

Nous devons tout d'abord définir l'alternance comme un dispositif dérogatoire, notamment compte tenu de la spécificité du public concerné. Nous avons tenté de définir les caractéristiques de ce public dans la circulaire de rentrée publiée en 2003. Ces caractéristiques rejoignent celles contenues dans le décret de 1996 qui précise : "Le collège offre des réponses appropriées à la diversité des élèves, à leurs besoins et leurs intérêts. Ces réponses, qui ne sauraient se traduire par une organisation scolaire en filières, peuvent prendre la forme d'actions diversifiées relevant de l'autonomie de l'établissement. Elles peuvent également prendre d'autres formes, dans un cadre défini par le Ministre chargé de l'Éducation nationale, notamment des dispositifs spécifiques comportant, le cas échéant, des aménagements d'horaires et de programmes. Ces dispositifs sont proposés à l'élève avec l'accord de ses parents ou du responsable légal".

Dès 1996, le cadre dérogatoire avait été prévu. Des textes récents sur l'organisation de l'enseignement au collège dans les classes de 6ème et au cycle central mentionnent explicitement la possibilité offerte aux établissements de mettre en place des dispositifs dérogatoires. Cette dérogation est liée au public concerné, aux besoins et aux intérêts qu'il manifeste en direction des savoirs non académiques mais plus concrets d'apprentissage.

Nous pensons que le caractère dérogatoire ne peut pas s'envisager seulement en termes quantitatifs - allègement, réduction des enseignements dans certaines disciplines -, mais plutôt en termes qualitatifs. L'un des enjeux de notre réflexion pourrait être de donner un contenu pédagogique à la notion de dérogation, en abordant pour ces élèves le thème de la construction de parcours individualisés visant des compétences référées aux fondamentaux des programmes et prenant appui sur le contenu de l'alternance avec le lycée professionnel ou l'entreprise.

Envisager l'alternance comme un dispositif dérogatoire signifie qu'un nombre réduit d'élèves est concerné. Les réponses à l'enquête réalisée sur l'alternance en 4ème ont montré que moins de 20 000 élèves sont concernés, soit moins de 3, 5 % des effectifs des classes de 4ème. Ces chiffres peuvent être pris comme repère malgré les réserves d'ordre méthodologique concernant cette enquête dont l'un des intérêts réside dans les disparités mises en évidence : suivant les départements, le pourcentage d'élèves concerné variait en effet entre 1 % et 17 %, ce qui démontre quelque divergence dans les conceptions de la dérogation et du public concerné. Nous devons donc nous demander si nos points de vue sont suffisamment harmonisés, notamment au sein d'une même académie, ce qui déjà nous renvoie à la nécessité d'un pilotage de ces dispositifs.

La notion de dérogation pose également la question relative du seuil. Nous devons déterminer à partir de quel volume horaire nous répondons aux besoins des élèves concernés. L'enquête que j'ai évoquée montre qu'un grand nombre d'établissements offre une alternance d'une demi-journée par semaine en utilisant fréquemment le support des itinéraires de découverte. Nous devons nous demander s'il existe une relation entre ce volume horaire et le nombre d'élèves concernés. Nous devons également nous demander à partir de quel seuil nous entrons dans un dispositif dérogatoire de façon à créer la rupture que ce dispositif implique par rapport au parcours ordinaire des élèves. Nous pensons que cette rupture doit être une condition pour que les élèves exploitent de manière optimale leur potentiel. Au niveau de la direction de l'Enseignement scolaire, il nous semblait intéressant d'envisager un plancher représentant 20 % du volume horaire scolaire. Cela implique des aménagements d'horaires et de programmes permettant de conduire, avec des élèves, une approche pédagogique la plus individualisée possible.

La question du seuil est liée au type de dispositif choisi. Les élèves suivant une formation en alternance doivent-ils sortir de leur classe de référence pour suivre leur formation en alternance et revenir dans leur classe pour les activités communes ou doivent-ils être regroupés dans des classes spécifiques ? Les deux formules existent actuellement. Nous n'envisageons pas la mise en place d'une réponse nationale uniforme. Nous souhaitons, au contraire, laisser aux établissements le choix d'adopter les modalités leur paraissant le plus adaptées à leur situation.


L'alternance comme dispositif évolutif

L'objectif est de mettre en place un dispositif évolutif de manière à nous prémunir contre une transformation en structure, afin de ne pas figer le devenir des élèves. Si ces dispositifs s'inscrivent dans l'objectif de réduction des sorties sans qualification, ils ne constituent pas une pré-orientation mais une contribution à la préparation de l'orientation. Pour que les dispositifs en alternance échappent aux dérives de la structure d'exclusion, il faut, ici encore, aborder les questions de leur pilotage : stratégies d'implantation de ces dispositifs, régulation, actualisation de leur implantation en fonction des besoins. Ainsi envisagé, la localisation des dispositifs en alternance pourrait être revue chaque année.

Par ailleurs, le projet d'une nouvelle structure pour la classe de 3ème a fait l'objet d'une large consultation et est actuellement soumis au cabinet. Il vise à clarifier l'offre de formation au niveau de cette classe, sous la forme d'une 3ème unique regroupant plusieurs formules permettant aux élèves de trouver des réponses à leurs besoins, notamment à travers un module de découverte professionnelle. Ce module, pouvant représenter de trois à six heures au titre des enseignements obligatoires et/ou facultatifs, se propose de répondre aux besoins de certains élèves et, parmi eux, ceux qui sont actuellement accueillis dans les classes de 3ème préparatoires à la voie professionnelle. Le dispositif en alternance doit donc se positionner par rapport à l'évolution de la classe de 3ème.


L'alternance comme dispositif de formation partagée

L'alternance associe deux ou trois partenaires - le collège, le lycée professionnel et/ou l'entreprise - et implique un projet pédagogique définissant le rôle de chacun en matière de contenu et d'activités proposés aux élèves d'une part, de suivi des élèves d'autre part. Afin que l'alternance ne soit pas une simple juxtaposition de séquences dans des lieux de formation différents, nous devons porter un intérêt particulier aux articulations du dispositif, c'est-à-dire à la préparation des séquences en alternance, à leur exploitation et aux liens pouvant permettre à la rupture d'être féconde. Cela dépendra fortement de la manière dont les acteurs de la formation sauront utiliser le vécu, l'expérience, les activités ayant été réalisées ou observées par les élèves dans les différents lieux et temps de leur parcours en alternance.

Le décret et la circulaire concernant les modalités d'accueil des mineurs de moins de seize ans en milieu professionnel, publiés en août et septembre 2003, offrent déjà un cadre conventionnel formalisant le rôle et la responsabilité de chacun des acteurs. L'annexe pédagogique à cette convention permet également de disposer d'un cadre pour figurer l'essentiel du projet pédagogique. Il convient toutefois de décider si d'autres items doivent être ajoutés et en particulier ceux :

  • concernant le suivi des élèves : quels outils de liaison entre collège et LP et/ou entreprise ? Quelles traces conserver du parcours des élèves, de leurs activités, de leurs évaluations, … ?
  • concernant le rapport entre les activités professionnelles et les savoirs scolaires pour définir ce qui peut être appris en milieu professionnel, les compétences qui peuvent y être développées, les points d'appui que ces compétences peuvent offrir pour les enseignements, en d'autres termes, comment réinvestir dans la classe le vécu de l'élève en entreprise ou en lycée professionnel.


L'alternance comme dispositif piloté

Il nous paraît important d'insister sur le pilotage qui doit être envisagé au niveau national et académique, ainsi qu'au niveau de l'établissement. Ce pilotage doit être non seulement organisationnel, mais aussi pédagogique.

Au niveau académique, outre les questions d'implantation de dispositifs et d'actualisation de ces implantations, il nous faut insister sur les stratégies de complémentarité entre établissements permettant de varier les possibilités de parcours des élèves. Il nous semble important de ne pas pré-orienter les élèves, mais que, dans le cadre de leur séjour en milieu professionnel, ces élèves puissent avoir l'occasion de rencontrer divers champs professionnels. Les recteurs et inspecteurs d'académie doivent aussi être en charge de la validation des projets relatifs à l'alternance, en vérifiant notamment que les critères ayant présidé à l'affectation des élèves dans les dispositifs sont conformes à ceux du public pouvant en bénéficier. Le niveau académique est également celui où doivent s'aborder les questions d'accompagnement et de formation. On insistera ici sur l'intérêt des formations communes réunissant les équipes pédagogiques de collège et de lycée professionnel : l'alternance n'appartient pas à la culture du collège, alors qu'elle est fondatrice de l'enseignement professionnel. Il convient donc d'envisager les transferts de compétences nécessaires.

Au niveau de l'établissement se déterminent les choix essentiels concernant les modalités d'organisation du dispositif en liaison avec la fonction de ce dispositif au sein de l'établissement. En effet, le caractère dérogatoire du dispositif n'exonère pas l'établissement de la mise en œuvre des autres dispositifs de différenciation et de diversification qui sont à sa disposition, notamment en amont de la classe de 4ème. Il est ainsi nécessaire de donner au caractère dérogatoire toute sa dimension, c'est-à-dire de mettre en place un dispositif en alternance uniquement lorsque toutes les autres mesures prévues au sein du collège n'ont pas permis de répondre aux besoins.


Déroulement du séminaire

Ces éléments de réflexion justifient l'organisation en trois phases de ce séminaire. Dans un premier temps, nous mettrons à l'épreuve du terrain les quatre repères évoqués ci-dessus en nous livrant à un état des lieux. Dans un instant, Jacques Verclytte et Philippe Forstmann, qui représentent les Inspections générales, nous livreront les premières observations du groupe de suivi des dispositifs en alternance, qui constituent un bilan d'étape et non un travail définitif. Nous compléterons cet état de lieux par une table ronde à laquelle seront conviés plusieurs acteurs ayant engagé la mise en œuvre de l'alternance depuis plusieurs années de façon à tirer des leçons de leur expérience.

Nous vous proposerons ensuite des travaux en ateliers autour de deux problématiques qui permettront de regrouper les questions que j'ai soulevées. Dans un premier temps la problématique de la formation partagée, à travers les conditions à réunir pour qu'un dispositif en alternance puisse être efficace et répondre aux besoins des élèves. Nous bénéficierons pour cette réflexion de l'éclairage d'Alain Crindal, chercheur ayant développé des travaux sur l'alternance. La deuxième problématique concerne la problématique de la dérogation, en termes de contenus pédagogiques. Nous évoquerons l'aménagement des programmes et des contenus, inséparable des compétences exigibles pour les élèves concernés. Katherine Weinland et Marc Fort, deux inspecteurs généraux de l'Éducation nationale, respectivement des groupes des lettres et des mathématiques, livreront leurs réflexions en prenant appui sur des éléments provenant de travaux au niveau académique.

Nous terminerons notre journée de demain par la restitution des ateliers et la synthèse des travaux par Jean-Paul de Gaudemar.

De manière transversale aux deux grandes problématiques qui structureront nos travaux, nous aborderons aussi les questions de pilotage afin que ce séminaire vous permette de disposer de points d'appui pour la préparation de la rentrée 2004, notamment pour l'accompagnement, la formation et le suivi des équipes et de leurs projets.

 

 

 

Actes du colloque - L'alternance au collège 9 et 10 mars 2004

Mis à jour le 15 avril 2011
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