Séminaire « L'enseignement des sciences économiques et sociales »

Allocution d'ouverture


Jean-Paul de Gaudemar, directeur de l'enseignement scolaire

Je suis très heureux d'ouvrir les travaux d'un colloque auquel le ministère de l'Éducation nationale et plus particulièrement la direction de l'Enseignement scolaire attachent une grande importance. Une révision des programmes de sciences économiques et sociales vient d'être menée à son terme. Le programme de terminale est appliqué dans les classes de lycée depuis la rentrée scolaire 2003 - et bien des réflexions sur la manière de concevoir l'enseignement de ces disciplines ont été nourries dans ce cadre. Dans ce même temps, la rénovation de la filière sciences et technologies tertiaires et son infléchissement vers les sciences et technologies de la gestion a été entreprise et a eu pour résultat d'interroger à nouveau l'enseignement scolaire non seulement de la gestion mais également du droit et de l'économie.

Des débats parfois vifs ont eu lieu autour de la question de l'enseignement des sciences économiques et sociales. J'en veux pour preuve le rapport remis par Jean-Paul Fitoussi au Ministre ou encore les réactions exprimées par le monde de l'entreprise. D'une certaine manière la question intéresse l'actuel débat sur l'école…Le moment semblait donc propice à l'établissement d'un bilan - au moins provisoire - qui réponde aux interrogations des enseignants chargés de mettre en œuvre les nouveaux programmes d'enseignement.

Mais ce colloque offre aussi l'opportunité à de nombreux formateurs et enseignants qui représentent ici l'essentiel du public aux côtés des corps d'inspection, de se rencontrer et de prendre conscience grâce à des universitaires de renom de l'évolution de leurs disciplines. La direction de l'Enseignement scolaire entend ainsi diversifier les offres et proposer aux enseignants des modalités renouvelées de formation continue. Certains d'entre vous ont bénéficié depuis trois années de stages longs dans les grandes entreprises…d'autres ont participé à l'université d'automne sur le thème des "entreprises dans la mondialisation". Je suis en mesure de vous annoncer la création, en collaboration avec l'École Normale Supérieure de Lyon, d'un site dédié à l'économie et à la sociologie accessible via ÉduSCOL dès le mois de septembre prochain.

Nous avons constaté que les sites actuellement développés avec les Écoles normales supérieures dans le domaine des sciences physiques, sciences de la vie et de la terre, de la géographie, des mathématiques connaissent un fort taux de fréquentation. Pour revenir aux sciences économiques et sociales et en guise de préambule, je souhaiterais souligner que cette série occupe aujourd'hui une place singulière dans l'enseignement secondaire. Ces disciplines sont relativement récentes et correspondent, dans la seconde moitié des années 1960, à un mouvement d'autonomisation des disciplines : l'économie et la sociologie se constituent comme des disciplines universitaires en tant que telles.

La série ES des lycées recrute sans difficulté des élèves qui se retrouvent par la suite à l'université mais également dans des filières courtes ce qui doit nous conduire à nous interroger sur les finalités d'un tel enseignement. Notre rôle se limite-t-il à l'enseignement des sciences économiques et sociales ? Ne doit-on pas enseigner une citoyenneté éclairée par des approches issues de différents champs scientifiques ?

En classe terminale ne faudrait-il pas proposer aux élèves de la série ES une initiation aux disciplines universitaires qui s'offriront à eux pour une poursuite d'études ?

Enseignées comme une discipline d'enseignement général optionnelle en classe de seconde, les sciences économiques et sociales sont ensuite réservées aux élèves d'une seule filière. Sommes-nous certains de la pertinence d'un tel choix ? Sur ce point, une perspective plus internationale aurait le mérite de nous aider à repenser la spécialisation des disciplines dans l'enseignement secondaire et dans l'enseignement supérieur. Cela me paraît d'autant plus important que l'harmonisation européenne de l'enseignement supérieur doit se préparer, en amont, dès le secondaire.

De nombreuses questions d'ordre pédagogique sont sous-jacentes à ces préoccupations. De par nature même, les préoccupations politiques et idéologiques ont une place importante dans les enseignements de SES et la question se pose d'aider des enseignants à analyser les présupposés sur lesquels ils se fondent. En outre, il est nécessaire d'enseigner les sciences économiques et sociales autrement que sous la forme d'une simple juxtaposition d'approches disciplinaires différentes, ce qui renvoie à des réflexions d'ordre épistémologique tout à fait propres à cette série.

Il importe également de ne pas ignorer que cet enseignement est fortement interpellé par tous les acteurs économiques et sociaux et qu'il ne peut être confiné à une perspective "interne à l'éducation". Il doit être ouvert sur le monde et peut gagner à être rapproché du travail des professeurs de la filière sciences et technologies de la gestion.

Je voudrais, pour conclure, poser deux questions. La première concerne la formation initiale des enseignants. de la filière sciences économiques et sociales ; j'observe, dans ce domaine, un mouvement surprenant de retour sur la spécialisation acquise lors des études universitaires alors qu'il conviendrait d'établir des "transversalités". Ce processus est d'autant plus inadapté que les profils des enseignants sont désormais de plus en plus spécialisés. Jean-Paul Fitoussi écrivait dans son rapport de 2001 que les universités devraient s'investir dans la formation des maîtres. Je trouverais intéressant que les universitaires s'expriment sur la conception de la formation des maîtres. La deuxième question est essentielle car elle concerne la perspective offerte à nos élèves. Je pense que le lien entre l'enseignement secondaire et supérieur n'est pas encore suffisamment assuré. Pourtant, un nombre important d'élèves de la section sciences économiques et sociales se dirige après le baccalauréat vers les filières universitaires. Il s'agit donc de s'interroger à la fois sur la qualité de nos enseignements mais aussi sur les perspectives offertes à nos élèves. Je souhaite donc que ce colloque, au travers de la diversité des interventions, livre des éléments de réponse à ces interrogations.

Je laisse la parole à Jean Etienne, doyen de l'Inspection générale de sciences économiques et sociales.


Actes du séminaire national - L'enseignement des sciences économiques et sociales 19 et 20 mars 2004

Mis à jour le 15 avril 2011
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