Séminaire « Les sciences de la vie et de la Terre au XXIème siècle »

Le point de vue du politique : pillage ou aide au développement ?

Xavier Darcos, ancien ministre de la Coopération, du Développement et de la Francophonie 1

Je me sens encore profondément lié à l'Éducation nationale et je salue mes collègues inspecteurs généraux. Depuis que je suis ministre de la Coopération et du Développement, je constate à quel point des questions relatives aux relations Nord-Sud, qui faisaient naguère l'objet de débats et de controverses, restent d'actualité. En effet, nous pensions les questions de la colonisation et du pillage des ressources naturelles dépassées et il suffit d'un incident pour que cette question revienne, formulée par les pays du Sud. Même si ces pays reconnaissent que la colonisation est un facteur de développement économique, la critique est toujours sous-jacente, en Afrique en particulier.

Depuis une quarantaine d'années, c'est-à-dire depuis que le processus de décolonisation s'est amorcé, c'est avec les pays jadis colonisateurs que ceux du Sud ont conservé des relations privilégiées. Il existe de rares exceptions : la Guinée équatoriale, ancienne colonie espagnole, vient d'adopter le français comme deuxième langue officielle pour se démarquer de l'ancien colonisateur.

Une coopération nécessaire

Les pays du Nord ont largement évolué et considèrent que le dialogue Nord-Sud est un axe privilégié des politiques internationales. La coopération décentralisée - l'engagement des collectivités territoriales - représente un volume d'aide considérable, même si cette aide est parfois un peu désordonnée. Cette évolution est illustrée par les organismes qui fédèrent les collectivités ou les élus comme l'Association internationale des maires francophones ou par le développement des ONG.

Je me suis récemment rendu dans le Sud du Burkina Faso. Je visitais un centre médical consacré à la lutte contre le sida et j'ai rencontré par hasard un vice-président de la région Rhône-Alpes, puis un conseiller général de Gironde qui menait une opération d'assistance scolaire, puis un représentant de la ville de Pau ! Cette conscience publique ne se forme pas uniquement sur le sentiment de partage et de charité mais aussi sur la prudence. En effet, développer l'Afrique est une nécessité en termes d'équilibre. L'Afrique compte 750 millions d'habitants dont les deux tiers ont moins de 18 ans et, d'ici à 2030, elle aura doublé sa population malgré les pandémies qu'elle connaît. Un continent aussi peuplé et marqué par la pauvreté à quelques encablures de l'Europe présente un risque. L'observation de la situation des Comores, par rapport à celle de Mayotte qui se situe à 50 kilomètres, illustre ce type risque. Les Comores sont dans une situation difficile : il n'existe aucune infrastructure, ni route, ni hôpital, ni université et, aujourd'hui, le tiers de la population de Mayotte est une population clandestine d'origine comorienne. La première cause de mortalité à Mayotte est la noyade des Comoriens qui essaient de rejoindre cette île. Le développement Nord-Sud est venu à la conscience collective sous la pression de la nécessité. Il est probable que cette volonté de développer le Sud se serait manifestée moins rapidement en l'absence de risque.

Les objectifs millénaires pour le développement

La communauté internationale s'est mise d'accord sur des objectifs à horizon 2015. Les objectifs millénaires pour le développement (OMD) sont de diminuer de moitié la pauvreté c'est-à-dire le nombre de personnes qui vivent avec moins d'un dollar par jour. Cet objectif est partagé par la communauté internationale et il est décliné par items : accès à l'eau, éducation des jeunes filles, lutte contre les pandémies, développement des infrastructures en particulier dans la région subsaharienne, etc.

La communauté internationale dépense entre 50 et 60 milliards de dollars par an pour atteindre ces objectifs. Ces moyens sont insuffisants. Les institutions de bailleurs de fonds internationaux sont efficaces, mais il convient aussi de disposer de relais sur place. Par exemple, en matière de lutte contre le sida, il faut développer des systèmes de soins et de distribution des médicaments, mettre en place des dispositifs de lutte contre la falsification des médicaments, etc. Quel que soit le niveau d'engagement financier, on ne réglera le problème du sida uniquement en augmentant les moyens financiers. Il faut aussi organiser le système de soins. La mise en place d'une structure de grande qualité sans organisation du système de santé pour repérer les personnes malades et les orienter vers cette structure est inefficace. La France a décidé de se fixer un horizon en termes d'intervention financière. L'objectif est de consacrer à l'aide au développement 0, 5 % de la richesse nationale en 2007, soit 9, 5 milliards d'euros, et 0, 7 % du PIB en 2012. Nous savons que ces fonds seront insuffisants. Il faudrait que la communauté internationale consacre 100 à 110 milliards de dollars par an au développement. Cela peut paraître beaucoup, mais ce chiffre est à mettre en relation avec les 930 milliards de dollars dépensés pour l'armement chaque année ou avec les 360 milliards de dollars annuels consacrés aux aides structurelles, aux interventions sur les marchés agricoles en particulier.

D'après certains statisticiens, si nous n'opérons pas ce changement d'échelle en matière de financement, les objectifs fixés ne seront pas atteints en 2015 mais en 2047. Sur le sujet spécifique de l'éducation de base, la communauté internationale, l'Unesco en particulier, a décidé de modifier son action et de créer un nouveau dispositif appelé "Éducation pour tous" doté de davantage de moyens.

Des doctrines différentes

La nécessaire augmentation des financements fait l'objet de polémiques. Les Anglais ont proposé de créer un emprunt à très long terme garanti par l'État. Ce dispositif, l'IFF (International Fund Facilities), fait toujours partie de la volonté politique du gouvernement britannique. Le ministre du Développement britannique défend cette politique qui permet de disposer immédiatement de liquidités.

Les Américains considèrent qu'il faut simplifier les dispositifs. Ils proposent de supprimer unilatéralement les dettes pour les remplacer par des dons octroyés sur des critères définis par eux. Ils ont créé un nouvel organisme, sorte de guichet unique, doté de 20 milliards de dollars cette année et de 5 milliards de dollars l'an prochain, qui fixe les critères de suppression de la dette et qui octroie des fonds. L'intention évidente des États-Unis est de mettre un terme aux institutions de Bretton Woods et d'instituer un système bilatéral.
La communauté internationale, l'Europe en particulier, est très résistante à ce projet. La dette de l'Irak représente six fois sa richesse nationale. Les États-Unis ont proposé de supprimer cette dette. Nous refusons cette proposition et nous exigeons des conditions à l'annulation de la dette. Nous avons accepté que 30 % de la dette soient supprimés et proposé que l'annulation de 30 % supplémentaires soit conditionnée à la mise en œuvre d'un programme du FMI entre 2005 et 2008. Nous refusons de valider un programme d'annulation de la dette qui conduirait l'Irak à n'avoir plus que les États-Unis comme interlocuteurs.

La France propose de trouver de nouvelles sources de financement inspirées par les théories de la taxe Tobin. Elle a demandé à un spécialiste en finances internationales de faire des propositions sur les moyens de trouver ces sources de financement.Il pourrait s'agir de taxation des échanges boursiers, des transports aériens ou du commerce des armes. Le 20 septembre 2004, MM. Chirac et Lula ont présenté cette proposition. Ils ont été immédiatement rejoints par deux autres partenaires, le Chili et l'Espagne. Dans la journée du 20 septembre, 110 pays ont signé une approbation de principe de cette nouvelle taxe. En revanche, les États-Unis, l'Arabie saoudite, la Suisse et les pays complaisants par rapport à l'origine des capitaux qu'ils accueillent résistent à cette proposition.

Les mentalités évoluent rapidement. Il y a quatre ou cinq ans, la taxe Tobin suscitait une circonspection générale alors qu'aujourd'hui, elle fait l'objet d'un large consensus. Au cours de la session spéciale de l'Onu qui se tiendra en octobre 2005 et qui portera sur les moyens dédiés aux objectifs millénaires, une taxe sur les transports aériens devrait être discutée. 2

Les "biens publics mondiaux"

Nous découvrons de nouveaux concepts comme les "biens publics mondiaux". Cette notion a été développée par la France et la Suède et engage à réfléchir aux biens qui appartiennent au monde et non au pays où ils se situent. Cela concerne essentiellement les ressources naturelles mais aussi, par exemple, l'éducation. Des groupes de travail se réunissent pour définir des secteurs où le développement serait obligatoire pour tous. La France est très attachée à ce projet qui répond à deux de ses préoccupations. En effet, notre pays considère, d'une part, que l'aide au développement est importante et, d'autre part, est attaché à la diversité culturelle et à la biodiversité. La notion de biens publics mondiaux permettait de prendre en compte conjointement ces deux problématiques. Les sujets choisis sont de plus en plus transversaux, comme les bassins fluviaux, par exemple. Le bassin du Niger concerne 120 millions d'habitants et le bassin du Congo est le deuxième bassin forestier du monde. Cette transversalité permet de réfléchir au destin de tout un territoire.

Cette approche se combine également avec la volonté d'être vigilant sur la préservation des ressources naturelles. Elle vise à éviter le pillage de ces ressources par la mise en œuvre de systèmes pour vérifier leur exploitation. Par exemple, le processus de Kimberley concerne l'exploitation des diamants et l'EITI assure la transparence de celle des matières extractives. Ce processus, accepté par quasiment tous les pays d'Afrique et du Moyen-Orient, a pour origine la campagne "Publish what you pay" d'une ONG anglaise. Cette notion de bien public mondial impose des contraintes aux pays producteurs pour éviter le pillage des ressources économiques mais aussi la corruption. En effet, ce mal demeure très présent dans les pays en voie de développement. Aujourd'hui, les conditionnalités d'aide aux pays sont rigoureuses en la matière. La coordination entre bailleurs de fonds permet un arrêt immédiat de tous les flux d'aide à destination d'un pays sanctionné par l'un des bailleurs.

Nous découvrons de nouveaux concepts comme les biens publics mondiaux. Cette notion a été développée par la France et la Suède et engage à réfléchir aux biens qui appartiennent au monde et non au pays où elles se situent. Cela concerne essentiellement les ressources naturelles mais aussi par exemple l'éducation. Des groupes de travail se réunissent pour définir des secteurs où le développement serait obligatoire pour tous. La France est très attachée à ce projet qui répond à deux de ses préoccupations. En effet, notre pays considère d'une part que l'aide au développement est importante et, d'autre part, est attaché à la diversité culturelle et à la biodiversité. La notion de biens publics mondiaux permettait de prendre en compte conjointement ces deux problématiques. Les sujets choisis sont de plus en plus transversaux, les bassins fluviaux par exemple. Le bassin du Niger concerne 120 millions d'habitants. Le bassin du Congo est le deuxième bassin forestier du monde. Cette transversalité permet de réfléchir au destin de tout un territoire.

Cette approche se combine également avec la volonté d'être vigilant sur la préservation des ressources naturelles. Elle vise à éviter le pillage de ces ressources par la mise en œuvre de systèmes pour vérifier l' exploitation des ressources naturelles. Par exemple, le processus de Kimberley concerne l'exploitation des diamants et l'EITI assure la transparence de celle des matières extractives. Ce processus, accepté par quasiment tous les pays d'Afrique et du Moyen-Orient, a pour origine la campagne "Publish what you pay" d'une ONG anglaise. Cette notion de bien public mondial impose des contraintes aux pays producteurs pour éviter le pillage des ressources économiques mais aussi la corruption. En effet, ce mal demeure très présent dans les pays en voie de développement. Aujourd'hui les conditionnalités d'aide aux pays sont rigoureuses en la matière. La coordination entre bailleurs de fonds permet un arrêt immédiat de tous les flux d'aide à destination d'un pays sanctionné par l'un des bailleurs.

Le cas de l'Afrique

En ce qui concerne l'Afrique, nous fixons des lignes d'horizon communes. Le nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique est notre "feuille de route". Il promeut une méthode pour que les pays africains gèrent leur développement eux-mêmes. Le dispositif de "revue par les pairs" consiste, pour des pays sélectionnés, à vérifier ce qui se passe dans les pays voisins. Un bureau a été créé à Johannesburg. Nous souhaitons que cette logique s'applique aux conflits et que l'Union africaine mette en œuvre une armée d'interposition afin que nous n'ayons pas à intervenir. En effet, l'intervention des Blancs est mal acceptée dans certains pays. C'est le cas du Liberia, qui est un pays complètement détruit, mais dans lequel l'intervention des pays du Nord n'est pas possible.

Au fur et à mesure du développement de ces pays, des élites se créent mais les gens formés ne restent pas dans leurs pays. Sur les 300 000 diplômés supérieurs algériens par an, 215 000 s'installent ailleurs qu'en Algérie. Nous devons faire en sorte que les personnes que nous formons retournent dans leurs pays d'origine. Nous avons modifié le système de bourse et d'accueil au profit de l'installation des diplômés dans leurs pays d'origine. Cette politique est très mal perçue par les étudiants des pays du Sud.

À cet exode des cadres supérieurs s'ajoutent les problèmes des pandémies. En effet, très souvent, ce sont les corps intermédiaires qui sont les plus atteints, par le sida en particulier. Au Botswana, la prévalence de cette maladie est de 30 % dans la population et de 50 % dans les classes intermédiaires. En République centrafricaine, 70 % de la population enseignante est séropositive. Par conséquent, il est important que les antiviraux soient rapidement disponibles dans ces pays de façon que le renouvellement des générations permette un remplacement des cadres. 40 millions de personnes sont atteintes du sida et les progrès dans la lutte contre ce virus ont des effets pervers. Alors que le taux de transmission du virus de la mère à l'enfant était de 80 % il y a dix ans, il n'est plus que de 3 % aujourd'hui. Par conséquent, le nombre d'orphelins à cause du sida augmente dramatiquement.

Échanges avec la salle

De la salle :
En ce qui concerne la mise en place de taxes sur le modèle de la taxe Tobin, peut-on envisager de travailler sans, voire contre les États-Unis ?

Xavier Darcos :
Les États-Unis ont refusé de consacrer une partie de leur PIB au développement. C'est également le cas de l'Allemagne. Les États-Unis considèrent qu'il faut utiliser d'autres moyens : le développement des ONG et des institutions caritatives en particulier.

La France essaie autant qu'il est possible de séparer sa politique étrangère de sa politique de développement. Dans les organismes américains qui concourent au développement, il existe une confusion entre les fonctions de développement et les fonctions politiques. Grâce à nos services d'information, nous savons où vont se développer dans les années qui viennent les groupes évangélistes. Ces structures s'implantent dans les endroits où il y a du pétrole, où les armes circulent et où se développent des groupes islamistes. La stratégie américaine est donc très différente de celle de la France, qui a choisi de s'appuyer sur l'Onu et sur la collectivité internationale.

De la salle
Comment passer le relais aux pays anciennement colonisés compte tenu de l'hémorragie des élites que vous avez évoquée ?

Xavier Darcos
Il convient d'installer sur place les centres de formation et de soin. Les personnes meurent en raison de l'insuffisance des infrastructures. En République démocratique du Congo, il n'existe ni route praticable ni voie navigable, alors qu'il s'agit d'un pays grand comme dix fois la France. En Guyane française, 57 % des malades sont Surinamiens et la population scolaire des classes maternelles double tous les dix ans. Le Suriname est séparé de la Guyane française par le Maroni. Nous avons donc décidé de construire des écoles au Suriname afin que les habitants restent dans leur pays.

De la salle
Ne revient-il pas aux Hollandais de s'occuper du Suriname ?

Xavier Darcos
La participation hollandaise est très faible dans ce pays, alors que les besoins sont considérables.

De la salle
Si les jeunes médecins ne retournent pas dans leur pays d'origine, c'est peut-être qu'ils ne disposent pas de matériel pour travailler ni de salaires suffisants pour vivre ?

Xavier Darcos
La pauvreté de ces pays et les conflits, avec les destructions qu'ils entraînent, conduisent les diplômés à quitter leur pays. Un sondage réalisé en République démocratique du Congo montre que 80 % des habitants souhaiteraient vivre en Belgique. L'obsession de la grande majorité des jeunes est de quitter le pays pour rejoindre une capitale européenne.

De la salle
Au-delà de ces idées généreuses et sincères, ne sommes-nous pas en guerre économique contre certains pays en développement pour contrôler les ressources de leur territoire ?

Xavier Darcos
On peut en effet constater que le pétrole attire les Américains et que l'acier attire les Chinois. Toutefois, il ne s'agit pas d'une guerre, car il est dans notre intérêt que ces pays se développent. Tout décalage entre l'offre et la demande crée des stratégies. Par exemple, en France, 23 000 couples souhaitent adopter des enfants, 8 000 agréments sont délivrés et seulement 1 000 enfants par an sont adoptables en France. Par conséquent, 80 % des enfants adoptés dans notre pays viennent de l'étranger et un commerce se développe. C'est la raison pour laquelle nous avons interrompu notre aide au Cambodge. Partout où existe un rapport de force économique, des trafics apparaissent.

De la salle
Vous évoquiez les étudiants francophones accueillis en France. L'effort de la France pour diffuser l'enseignement en langue française est-il maintenu et amené à se développer ?

Xavier Darcos
La francophonie suppose de faire en sorte que la langue française soit parlée dans les institutions internationales, aussi et surtout dans les secteurs où la langue est porteuse de pouvoir et de savoir. Cela s'applique aux secteurs scientifiques et au domaine du droit. En effet, il faut veiller à ce que la common law ne se substitue pas à notre conception des règles de jugement héritées du droit romain. Les différences de fond entre ces deux conceptions du droit ont des incidences sur les comportements économiques et sociaux des peuples. Préserver la langue française comme vecteur du savoir est un acte politique. Les Américains ont proposé aux pays du Maghreb de former gratuitement l'ensemble de leurs juristes. Nous tentons d'éviter que cette proposition ne soit acceptée. En effet, nous savons que si ces personnes étaient formées au droit anglo-saxon, l'influence de la France en serait grandement diminuée. Les enjeux de la francophonie sont immenses. La langue française est porteuse non seulement de culture, mais aussi de conceptions du développement humain, du droit et de la science qu'il faut sauvegarder. J'ajoute que ce n'est pas la France qui décide de la politique de la francophonie, mais l'Agence internationale pour la francophonie qui comporte 67 pays, y compris des pays non francophones. Nous avons récemment accepté que des pays où la langue française n'est pas du tout parlée - la Bulgarie, la Macédoine, l'Albanie - deviennent membres associés de l'Agence.

  1. Du 1er avril 2004 au 2 juin 2005.
  2. Enregistrée au Journal Officiel du 31 décembre 2005, cette loi entrera en vigueur le 1er juillet 2006.


Actes du séminaire national - Les sciences de la vie et de la Terre au XXIème siècle : enjeux et implications 15 et 16 décembre 2004

Mis à jour le 15 avril 2011
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