Séminaire « Du modèle américain à la superpuissance ? »

Conclusion des travaux

Gérard Dorel, inspecteur général, groupe Histoire et géographie

Le thème de nos débats d'aujourd'hui est au cœur de nos préoccupations d'enseignants en histoire, géographie et en civilisation, au collège et au lycée.

Je remercie la Desco d'avoir suscité ce regard pluridisciplinaire sur les États-Unis, sur les manifestations de sa puissance et sur certaines de ses faiblesses. Ce fut l'occasion de confronter des points de vue entre enseignants et chercheurs.

La présence du professeur Ceaser nous a aidés à développer une vision plus nuancée que celle qui prévaut dans les manuels. La matinée a été nourrie par les interventions successives de deux historiens français et d'un politologue américain. Elles nous ont permis de sortir des idées reçues sur un pays qui nous fascine mais que nous rejetons parce qu'il nous fait peur. Pour nos collègues, nous souhaiterions que les États-Unis règlent les problèmes du terrorisme et du fondamentalisme mais nous ne jouons pas toujours le jeu car nous refusons l'universalité de ce combat. Pourtant, de nouveaux fronts s'ouvrent. La Corée du Nord et l'Iran sont deux pays qui inquiètent.

André Kaspi nous a montré les manifestations du phénomène universel que constitue l'anti-américanisme. Il l'a fait de façon nuancée. Selon lui, l'anti-américanisme français repose sur le conf lit irréconciliable d'une double prétention à l'universel. Celle de la France qu'évoquait François Monanteuil est fondée sur le rayonnement, celle des États-Unis sur la diffusion pragmatique des mêmes valeurs.

L'expérience américaine nous interpelle en permanence. Adrien Lherm a parlé du fait religieux qui est au cœur de nos enseignements quelles que soient nos disciplines. Il a montré le caractère original et exceptionnel de la religion aux États-Unis qui est une société profondément sécularisée mais où la religion fait florès. Ce phénomène n'est peut-être qu'une manifestation parmi d'autres du communautarisme à l'américaine. La place centrale de la religion ne s'impose pas comme on pourrait le penser compte tenu du succès actuel de la droite religieuse aux États-Unis. Paradoxalement, cette exception américaine s'impose dans le monde comme un modèle.

Le professeur Ceaser a battu en brèche une autre idée reçue. Le fonctionnement politique ne repose pas sur une discipline de parti comme nous l'imaginons en France. Il a expliqué que chaque député ou chaque sénateur est d'abord le repré- sentant de lui-même et tempère les dérives potentiellement fascisantes de l'Amérique. Ce pays républicain depuis près de deux siècles n'a jamais connu le fascisme. Quel pays démocratique européen est dans ce cas ? Il s'agit peut-être là d'un des éléments remarquables de la puissance de la démocratie américaine.

Ces interventions ont servi de socle à la table ronde dont l'objectif n'était pas de multiplier les interventions magistrales mais d'évoquer des questions fondamentales. Ce regard pluridisciplinaire fut enrichissant. Le fait démographique et migratoire est essentiel à la compréhension de ce pays mais la dimension spatiale n'a pas été suffisamment abordée. Il s'agit également d'un élément fondamental. La France est restée atone sur le plan démographique jusqu'aux années 1940 par manque d'espace car la paysannerie ne pouvait s'étendre par manque de terre. Aux États-Unis, ce problème ne s'est pas posé. Ce modèle américain permet d'imaginer ce que pourrait devenir le Brésil qui, à mon sens, est les États-Unis du XXIe siècle.

Je remercie la Desco pour cette initiative ainsi que les intervenants qui nous ont permis de mieux comprendre les États-Unis.

Mis à jour le 15 avril 2011
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