Université d'été « Dépendances et conduites à risque à l'adolescence »

Les soins aux dépendants alcooliques

Damien DUQUESNE, Médecin, centre de cure ambulatoire en alcoologie ( CCAA)- Arras

Je vais parler des personnes qui sont devenues dépendantes à l'alcool éthylique. Je travaille au CCAA, c'est-à-dire au centre de cure ambulatoire en alcoologie, que l'on appelle ainsi depuis la loi de novembre 1999 ; le terme antérieur était Centre d'Hygiène Alimentaire. Je suis également médecin du travail à Lille où je rencontre des personnes qui sont aux prises avec ce problème.

Mon intervention se déroulera en 3 temps : de l'alcoolisation à l'alcoolisme ; les soins (quels lieux, quelles techniques, quelles équipes ? ) et je terminerai sur la prévention.

L'assurance maladie estime à 52 000 par an les décès liés à l'alcoolisation excessive ; cela représente en moyenne 1000 morts par semaine. On parle beaucoup plus de l'éventuel risque d'une viande éventuellement contaminée sur un étal de boucher que des 1000 morts par semaine liés à l'alcool. Ces 52 000 morts ne sont pas tous alcooliques : on peut décéder du fait de alcool sans être dépendant alcoolique.

L'alccolisation peut être cause de plusieurs maladies graves, en particulier :

  • les cancers : 32 % de cette mortalité,
  • les maladies du foie et du pancréas : 21 %,
  • les maladies du cœur et des vaisseaux : 17 %,

sans oublier :

  • 1/3 des décès sur la route,
  • 1/4 des suicides,
  • 1/2 des homicides.

Le risque de développer une alcoolopathie est évalué :

  • au-delà de 2 verres par jour pour une femme (en bonne santé et non enceinte),
  • au-delà de 3 verres par jour pour un homme en bonne santé.

Bien entendu, un homme de poids moyen qui consommerait 3 verres de suite (30 g d'alcool) ne serait pas autorisé à conduire (taux d'alcoolémie supérieur à 0, 5 g/l).

La dépendance alcoolique existe quand la personne a perdu la liberté de ne pas s'alcooliser.

Une alcoolo-dépendance physique est évidente quand les tremblements des mains (généralement le matin au réveil) sont stoppés par l'alcoolisation. On peut être alcoolique sans avoir un signe net de manque d'alcool éthylique. Pour préciser l'état de dépendance à l'alcool, il est conseillé de tenter un arrêt complet de toutes boissons alcooliques pendant une dizaine de jours de suite, dont un week-end. En cas d'impossibilité ou de difficultés, il faut consulter son médecin. Mais certaines personnes peuvent être abstinentes pendant des semaines, voire des mois, mais il arrive qu'en prenant le " produit alcool " il y ait une incapacité à modérer sa consommation. De plus en plus, on développe une communication où il n'est plus question de dire " et vous, vous en êtes où avec l'alcool ? " mais " vous en êtes où avec les produits psychotropes en général ? ".

S'agit-il d'une recherche de convivialité ou de la recherche des effets du produit (consommation de type psychotrope) ? Cette deuxième hypothèse est la plus répandue et la plus dangereuse chez les jeunes.

Aucun examen biologique ne permet de diagnostiquer l'alcoolo-dépendance, mais les examens sanguins peuvent aider le médecin à connaître les répercussions de l'alcoolisation sur la santé. On dose surtout la Gamma GT (enzyme hépatique) et le CDT dans le sang, qui permettent de voir l'incidence de l'alcoolisation chez l'individu.

Le docteur Fouquet donne cette définition : il y a alcoolo-dépendance quand le besoin de boire une consommation alcoolique est supérieur à la volonté de ne pas boire. Il y a des jeunes qui sont alcoolo-dépendants, au sens de cette définition, quand ils n'envisagent pas de sortir sans s'alcooliser.

Les soins aux personnes alcoolo-dépendantes constituent un ensemble, en amont et en aval du sevrage. Ils sont mis en œuvre par une équipe pluridisciplinaire qui travaille en réseau (diététiciennes, psychologues, médecins, réseau associatif). L'objectif est d'aider la personne à retrouver une liberté par rapport aux produits, et pas seulement à l'alcool. Pour atteindre cet objectif, le patient doit s'abstenir définitivement de toute consommation d'alcool, passer par une période de sevrage, le plus souvent en ambulatoire (au domicile) avec une prise en charge qui associera :

  • un suivi médical et psychologique,
  • la prise de médicaments,
  • la participation (recommandée) aux associations d'anciens malades (Alcooliques Anonymes, Croix d'Or, Vie Libre…)

Certaines personnes peuvent suivre l'un ou l'autre des moyens proposés. Ils porteront un soin particulier au suivi des signes annonciateurs de réalcoolisation (envie d'alcool, situation à risques, évolution dépressive, etc.).

Bien entendu, les consommateurs excessifs non alcoolo-dépendants relèvent d'un suivi par leur médecin généraliste pour favoriser le retour à une alcoolisation modérée (2 verres par jour au plus pour une femme, 3 pour un homme).

Les enseignants sont tout particulièrement concernés par la prévention de l'alcoolisation excessive, selon un slogan connu : mieux vaut prévenir que guérir. En alcoologie, les choses sont bien établies pour les soins, mais pour la prévention, c'est plus complexe. Par exemple, une récente campagne en direction des médecins généralistes présente un intérêt certain ; vous avez peut-être vu les affiches chez votre médecin traitant : l'alcool, un plaisir, un besoin, un problème. Cela permet au médecin d'ouvrir le dialogue avant que l'alcoolisation ne devienne un problème.

On peut conseiller, dans la collection Enseigner (Armand Collin) l'ouvrage de Gilles Ferréol : Adolescence et Toxicomanie ; il développe bien les moyens de prévention en milieu scolaire. Citons également l'excellent ouvrage au CFES du Docteur Sandrine Berthon : Apprendre la santé à l'école.

Les enseignants trouveront au CFES (Tél : 01 41 33 33 91) et à l'ANPA (Tél : 01 42 33 51 04) des documents et outils pédagogiques adaptés aux âges des élèves.

Pour terminer cette communication, je citerai Nicole Maestracci, présidente de la MILDT : "En fin de scolarité, 40 % des jeunes ont bénéficié d'un programme de prévention des drogues illicites, 20 % ont eu un programme concernant l'alcool et le tabac". Comment ne pas être étonné :

  • que la prévention soit surtout celle des produits illicites (pas si illicites que cela semble-t-il…),
  • qu'une minorité de jeunes bénéficie de prévention des addictions en milieu scolaire.

Selon les chiffres, la prévention s'intéresse beaucoup plus aux produits illicites qu'aux produits licites. On parle davantage de cannabis que de tabac, alors que le danger pour les fumeurs de cannabis c'est bien plus le tabac qu'ils fument. Généralement, plus un produit fait de morts, moins on consacre d'argent à sa prévention.

Pour la prévention des risques liés à l'alcool et au tabac, le développement d'un travail en partenariat avec les structures spécialisées favorisera une évolution positive dans l'avenir.

 

Actes de l'université d'été 2000 - Dépendances et conduites à risque à l'adolescence

Mis à jour le 15 avril 2011
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