Séminaire « Développement de l'internat scolaire public »

Internat : un projet en partenariat

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La table ronde est animée par Alain Seksig, conseiller technique au cabinet du ministre de l'Éducation nationale

Nous abordons maintenant les questions relatives au partenariat nécessaire en matière d'internat entre le ministère de l'Éducation nationale et les collectivités territoriales

Intervention de Yannick Bodin, vice-président du conseil régional d'Ile-de-France, en charge des lycées et de la vie scolaire

En Ile-de-France, la proportion d'internes dans l'ensemble du système éducatif, en particulier dans le secteur public, n'a cessé de diminuer depuis les années 70, comme de manière générale en France. La part des internes dans les lycées publics franciliens est passé de 2 % en 1985 à 1, 3 % des lycéens en 1999. Je ne pense pas ce soit la loi de décentralisation qui ait provoqué cette diminution. Trois cycles regroupent à eux seuls 87 % des internes franciliens : les classes préparatoires (41 %), le second cycle professionnel (27 %), le second cycle général et technologique (19 %).

Cette situation a conduit le conseil régional, à la fin des années 80, en accord avec les recteurs et très souvent à leur demande, à transformer les dortoirs en salles de classe dans de nombreux établissements. Toutefois deux types de besoins subsistent toujours, ou réapparaissent en matière d' hébergement.

Les premiers sont liés à l'existence de formations professionnelles ou techniques rares pour lesquelles un recrutement régional et même national est réalisé. Les horaires d'enseignement peuvent aussi s'avérer incompatibles avec les horaires des transport en commun traditionnels. Ces considérations ont conduit à envisager la construction d'internats permettant aux jeunes de faire de bons choix de filière, reposant non pas sur la proximité du domicile parental mais pour réaliser un vrai projet professionnel.

D'autres mesures ont un caractère social. Elles donnent la possibilité d'un éloignement momentané des jeunes d'un milieu familial déstructuré et susceptible de perturber leur cursus scolaire Nous ne sommes pas pour autant favorables à créer des ghettos sociaux.

La réalisation de foyers de lycéens plutôt que d'internats au sens strict offre des lieux où les jeunes peuvent non seulement dormir, mais où ils peuvent vivre en dehors de la vie scolaire stricte. Ce sont des foyers attirants, qui leur offrent un environnement de qualité propice à leur développement personnel. Ce sont également des foyers qui luttent contre l'image négative qui leur est attribuée. Ces foyers ne seront pas attachés à un seul établissement et permettront, pour un nombre de places donné, de satisfaire simultanément les parents et les jeunes.

Le premier schéma régional des formations adopté en 1987 en Ile-de-France prévoyait la réalisation de foyers à l'usage de lycéens. Cependant, cette réalisation se heurtait à l'absence d'opportunités. En 1991, le conseil régional a créé une aide à la réalisation de résidences pour étudiants et apprentis, dont un petit nombre de places est réservé aux lycéens majeurs scolarisés dans des établissements d'enseignement situés dans notre région.

Par ailleurs, l'effort de rénovation permet de mieux prendre en compte cette préoccupation d'hébergement : nous rénovons une trentaine d'établissements par an et nous avons multiplié par trois notre budget d'investissement depuis 1998. Dans le cadre de cette rénovation, nous avons programmé la création de deux types de structures dans le même établissement : un internat classique pour les lycéens intégrés au fonctionnement de l'établissement et un foyer réservé aux étudiants ou lycéens inscrits en brevet de technicien supérieur.

Le schéma des formations 2000 présente trois grands axes : la réaffirmation d'une capacité régionale d'investissement, un effort de l'Etat en matière de postes, le développement de la politique de création d'internat, et notamment l'internat à vocation sociale, pour offrir un hébergement de qualité aux jeunes scolarisés loin de leur domicile ou qui ne trouvent pas chez eux de bonnes conditions de travail.

Le succès de cette nouvelle politique dépend de deux éléments. Au niveau régional, nous devons réussir à mobiliser des ressources financières importantes. Le budget actuel de 2 milliards de francs par an sera insuffisant. Au niveau de l'Etat, il faut que soient pris en charge les moyens en personnels.

En tant que collectivité territoriale, nous sommes préoccupés par le désengagement de l'Éducation nationale, qui nuit à l'entretien de notre patrimoine. Nous appelons à la concertation entre les ministères et les collectivités territoriales. Nous souhaitons parler avec tous ceux qui cherchent à héberger des jeunes sous statut scolaire ou sous statut du code du travail. Chacun peut réfléchir à des solutions dans son cercle de compétences. Nous ne pouvons pas, en tant que collectivité territoriale, créer un internat d'une centaine de places dans un lycée hôtelier et, tout près de là, un foyer d'hébergement pour un centre de formation d'apprentis et des chambres pour un institut universitaire de technologie. Une meilleure coordination ne peut être que bénéfique au contribuable et à la mixité sociale.

La coordination entre l'Etat et la région est indispensable :

Les collectivités territoriales n'acceptent plus d'être uniquement considérées comme des financeurs et des constructeurs. Ainsi lorsqu'en 1998 a été relancée la politique de construction de lieux de vie, nous n'avons pas hésité, dès l'année suivante, à créer une ligne dans notre budget pour l'accueil et à investir 100 millions de francs. Nous sommes des partenaires et apprécions que l'Etat nous considère comme tels. Les internats ne se créeront pas sans les collectivités territoriales. Si l'Etat souhaite relancer un plan d'hébergement qui existe déjà, les collectivités locales auront besoin d'une aide supplémentaire. Un contrat de plan a été signé. Je propose donc une annexe des contrats de plan.

Alain Seksig

Vos propos soulignent que les collectivités territoriales ne veulent plus être considérées seulement comme financiers et constructeurs, même s'il s'agit de l'une de vos compétences et missions. En outre, vous appelez de vos vœux une concertation renforcée entre les différents ministères et l'ensemble des collectivités territoriales.

Intervention de Dominique Brossier, direction de la Protection judiciaire de la jeunesse au ministère de la Justice

Je travaille à la direction de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), une administration très favorable à l'élaboration de partenariats. Les services publics et associatifs habilités de la protection judiciaire de la jeunesse ont pour mission première de prendre en charge les jeunes sous mandat judiciaire. Afin de répondre aux besoins de tous ces adolescents, nous sommes naturellement ouverts au partenariat avec les ministères, les institutions, les collectivités locales et les associations.

Au delà de la prise en charge pendant la période de mandat judiciaire, ces adolescents devront trouver les ressources nécessaires pour ne pas s'engager sur des voies de délinquance, de toxicomanie, de rupture scolaire ou de marginalité. Dans leur environnement, ils devront trouver des adultes pouvant les aider à résister à un certain nombre de tentations. Si nous voulons que la prise en charge éducative puisse se prolonger dans la famille, dans le quartier ou à l'école, nous avons l'obligation de travailler avec des partenaires, qui, d'abord avec nous puis après nous, contribueront à poursuivre l'éducation de ces jeunes.

A Beauvais vient d'être inaugurée l'école de la nouvelle chance. C'est une institution complètement expérimentale, née d'un partenariat avec les ministères de la Ville et de la Justice, la mairie de Beauvais, le conseil général et le conseil régional. Ces partenaires ont intégralement financé la construction et l'aménagement de locaux destinés à accueillir des jeunes de moins de 16 ans, souvent multirécidivistes, souvent absents des bancs de l'école, voire déscolarisés. Ainsi, ils seront hébergés dans des lieux adaptés à leur jeune âge et seront scolarisés sur place par deux enseignants mis à disposition par l'inspection académique. Des loisirs leur seront bien sûr proposés, ainsi qu'une éducation de manière générale. Toutefois, il ne s'agit pas d'un internat scolaire, puisque les enfants sont sous mandat judiciaire et sont placés par les juges d'enfants.

Interventiond'Olivier Rousselle, directeur du Fonds d'action sociale pour les travailleurs immigrés et leur famille

Le débat d'aujourd'hui pose des questions de fond, notamment quant à la scolarisation de jeunes immigrés, leur socialisation et leur intégration dans la société française. Une coopération étroite existe entre le Fonds d'action sociale (FAS) et l'Éducation nationale à travers des conventions avec les rectorats et des interventions en matière d'accompagnement scolaire. Sont concernées la formation linguistique et, plus largement, la formation des enseignants sur des sujets tels que : la sensibilisation aux questions liées à l'intégration des jeunes immigrés, les débats sur les groupes de niveaux notamment dans les collèges, la question de la carte scolaire et le phénomène de relégation, notamment à Marseille où l'on assiste au contournement à l'envers de la carte scolaire et les questions de mixité.

Par rapport à tous ces problèmes, l'idée de relance de l'internat permettrait de limiter les phénomènes de nivellement par le bas, d'échec politique ou de grande difficulté scolaire que l'on rencontre dans les populations issues de l'immigration, comme en région parisienne, à Marseille ou à Montpellier.

L'assignation à résidence scolaire ou éducative touche en particulier les jeunes issus des populations immigrées qui sont en quelque sorte stigmatisés. Sortir les jeunes de leur quartier difficile est en fait un moyen de mieux les contrôler et d'éviter ainsi l'accumulation des problèmes dans le système éducatif. Cette démarche est culpabilisante. Il faudrait retrouver des mécanismes d'intégration.

D'autre part, il faut réfléchir à la répartition géographique. Il s'agit de réintroduire une méritocratie, totalement en crise dans certains établissements, qui permette de mener un projet positif et non un projet de relégation sociale et géographique.

Enfin, il faut réfléchir à la question de l'extraction du milieu d'origine qui est un sujet douloureux nécessitant l'accompagnement du FAS.

Sophie Bouchet-Petersen donne lecture de la communication de Ségolène Royal, ministre déléguée à la Famille, à l'Enfance et aux Personnes handicapées

" Je tiens à vous dire tout le prix que j'attache, dans les fonctions qui sont aujourd'hui les miennes, au développement d'un réseau public d'internats scolaires répondant aux besoins actuels des familles, tout particulièrement durant ces années décisives que sont les années-collège.

Vos travaux ont permis de procéder à un état des lieux lucide et de donner, à travers les expériences qui ont été présentées, un témoignage fort de ce qui est possible donc nécessaire. Votre réflexion ne s'est pas bornée aux données quantitatives, elle a su se faire qualitative car c'est bien une nouvelle génération d'internats, porteuse d'une réelle ambition éducative, qu'il s'agit de rendre accessible à tous.

Je me réjouis de l'engagement renforcé du ministère de l'Éducation nationale dans un domaine où les convictions de Jack Lang et les miennes non seulement ne datent pas d'aujourd'hui mais se rejoignent pleinement. Un domaine également où l'Etat, dans ses diverses composantes ici représentées, et les collectivités territoriales ont matière à coopérer dans le respect de nos compétences mutuelles mais en sachant joindre nos forces, afin de faire face plus efficacement, aux côtés des familles, à notre commune responsabilité éducative.

Les attentes des familles sont d'autant plus vives que l'internat d'aujourd'hui n'est plus celui d'hier et que celui de demain doit tirer parti du meilleur des expériences actuelles. L'idée que l'internat serait un pis-aller, une solution réservée aux élèves les plus en difficulté ou le substitut navrant de familles particulièrement " défaillantes ", est non seulement une idée fausse mais une idée très datée historiquement.

Sur la longue durée, enseignement scolaire et internat ont longtemps été quasi-synonymes. La chose, jadis, allait de soi car les établissements n'étaient pas légion et les transports encore faiblement développés. Très élitaire, l'enseignement secondaire accueillait, comme vous le savez, surtout des héritiers et un petit nombre de boursiers méritants mais, même dans ce contexte où l'accueil de tous n'était pas à l'ordre du jour, l'internat fut, pour de nombreux enfants de familles modestes, une vraie chance de réussite. Ce fut le cas au XIXème siècle et encore dans la première moitié du XXème.

Les conditions de vie des jeunes internes étaient certes rudes, le confort plus que spartiate et l'autorité s'y exerçait à l'ancienne, sans suavité excessive ni souci immodéré des personnalités individuelles. La littérature abonde de témoignages en ce sens qui nous permettent de mesurer combien les représentations de l'enfance et de l'adolescence ainsi que les conceptions éducatives ont fait du chemin. Mais même les descriptions les plus sévères n'excluent pas l'expression d'une forme de reconnaissance. Même les tableaux les plus noirs font écho à la vie juvénile qui, en dépit d'un ordre austère, trouvait à s'organiser, aux amitiés et aux solidarités qui s'y scellaient, parfois pour la vie, aux aventures de l'esprit initiées sous la houlette de tel ou tel maître spécialement convaincu et convaincant. Nul n'aurait, alors, songé à faire aux familles quelque reproche d'abandon ou de lâche sous-traitance.

C'est, me semble-t-il, à partir de l'après-guerre que, peu à peu, le point de vue se renverse, pour des raisons objectives : plus d'établissement à travers le pays et plus de moyens de transport pour y accéder. Mais aussi pour des raisons subjectives : une attention croissante portée à l'épanouissement de l'enfant - dans un contexte où émerge, s'agissant des plus jeunes, les critiques de ce qu'on a appelé " l'hospitalisme " - semble peu compatible avec la rigidité des internats d'antan. La prééminence accordée au cadre familial accompagne, durant quelques décennies, le modèle, aujourd'hui révolu, de la mère au foyer. La massification progressive de l'enseignement secondaire déborde, quoi qu'il en soit, très largement les possibilités d'accueil en internat. Ce qui jadis allait de soi ne correspond plus à l'humeur du temps. L'internat, dans les représentations dominantes, devient une formule réservée à des situations particulières : enfants handicapés, jeunes délinquants, études obligeant à partir loin de chez soi (comme dans le cas de certains enseignements professionnels, de sections sportives ou de classes préparatoires aux grandes écoles). Pour l'essentiel, seul l'enseignement privé offre encore aux familles la possibilité de faire le choix éducatif, volontaire et non contraint, de l'internat comme projet positif plutôt que comme solution par défaut.

Tout nous pousse aujourd'hui à dépasser cette vision des choses et à corriger la pénurie des capacités d'accueil du secteur public tout en adaptant aux conceptions éducatives actuelles une formule qui répond, je l'ai constaté, à des besoins croissants.

Deux grands ordres de raisons y poussent :

  • d'une part, le fait que l'internat librement choisi permet de tirer, dans le contexte d'aujourd'hui, les conclusions convergentes de deux grandes mutations. Mutation de l'école, notamment du collège, qui, pour être effectivement celui de tous, doit s'adapter à chacun, l'accès au droit commun supposant la diversification et l'individualisation des réponses éducatives. Mutation de la famille avec la pluralité désormais acquise de ses formes, la plus grande fragilité des couples et la fréquence des recompositions familiales, l'existence de nombreuses familles monoparentales et la nécessité d'apporter une aide, nullement stigmatisante, à la fonction parentale que toutes sortes de circonstances, sociales et personnelles, peuvent plus ou moins malmener ;
  • d'autre part, le fait, non moins important, que la démocratisation de la réussite scolaire (à laquelle les familles populaires, loin d'être " démissionnaires ", sont ardemment attachées) passe par la pluralité de l'offre éducative et par le droit pour tous les enfants, quelles que soient les ressources de leurs parents, d'accéder à des internats de qualité que le service public doit être en mesure de proposer.

Les raisons de choisir l'internat sont multiples. Ce peut être, du côté des parents, le temps d'un divorce ou d'un changement professionnel et le besoin d'assurer à l'enfant une stabilité temporairement mise à mal. Ce peut être, à un moment de l'adolescence - cet âge complexe et contradictoire où assurer sa prise sur le monde conduit à tester les limites - le besoin d'introduire, sans rompre aucunement les liens familiaux, une distance bénéfique car après tout grandir, c'est toujours un peu partir sans pour autant couper les ponts. Ce peut être parce que l'environnement quotidien se révèle peu propice à l'effort et à la concentration scolaires, le choix, temporaire ou durable, d'un autre contexte et d'une autre façon de vivre pleinement sa scolarité sans pour autant infliger une règle monacale. Ce peut être, dans une situation bloquée et quelle qu'en soit la raison, la façon d'introduire un peu de jeu, de la respiration, une nouvelle marge de manœuvre, scolairement et individuellement profitable.

Plus nombreux qu'hier, les parents souhaitent, sans renoncer en rien à la responsabilité qui est la leur, pouvoir faire ce choix. Plus nombreux qu'hier, des enfants et des adolescents en viennent à exprimer ce souhait. Ni punitif ni correctif, l'internat susceptible de correspondre à leurs vœux est bien celui dont les expériences évoquées ce matin dessinent le portrait possible : un lieu d'épanouissement porteur d'un véritable projet éducatif. Un foyer, en somme, nullement concurrent du foyer familial mais complémentaire et participant de cette co-éducation à laquelle les familles et l'école sont attachées. De nombreux adultes, parents à des degrés divers et professionnels de différentes catégories, sont susceptibles d'y prendre part. L'enfance et l'adolescence sont, de nos jours, des trajets de vie qui passent par un grand nombre d'adultes. Ce n'est pas, à mon sens, amoindrir le rôle irremplaçable et instituant des familles mais au contraire les épauler que de savoir varier, en fonction de l'intérêt bien compris des enfants et à condition qu'ils y adhèrent, ce que Boris Cyrulnik appelle des " tuteurs de développement ". Ce n'est pas non plus faire peser sur les parents quelque soupçon déplacé d'incompétence que de leur donner, ce qui est encore trop peu le cas, le droit réel de choisir, avec leur enfant, la formule la mieux adaptée, à un moment donné, à sa réussite.

Garant de l'égalité de traitement sur l'ensemble du territoire national, l'Etat ne peut se satisfaire ni de l'actuelle pénurie (O, 5% seulement de collégiens, cela a été rappelé, sont aujourd'hui internes) ni d'une situation aussi contrastée d'un département à l'autre. Dans un tel contexte, seules les familles les plus aisées, par le recours à l'offre privée, ou les plus chanceuses géographiquement ont une possibilité effective de choix. Beaucoup d'autres n'ont, dans le secteur public, d'autre alternative que la liste d'attente ou le renoncement.

Telle est la situation que Jack Lang entend résolument transformer, avec le concours de tous. Et telles sont, brièvement évoquées, les raisons pour lesquelles, en charge de la famille et de l'enfance, je suis partie prenante de la réflexion et de l'action ici engagées. Celle-ci ne doit pas se limiter à une politique suiviste de la demande, au demeurant insatisfaite. Elle nous engage à une politique volontaire et promotionnelle de l'offre. Elle ne vise pas simplement la meilleure utilisation et l'augmentation des capacités d'accueil mais l'invention d'une formule moderne d'internats accessibles à tous et bons à vivre pour chacun. L'internat que nous voulons n'est pas dépossession des parents mais choix souverainement assumé, par les familles et les enfants, d'une autre façon de vivre sa scolarité, tout particulièrement durant ces années stratégiques, ces années de tous les possibles que sont les années adolescentes. Ambition du projet éducatif, qualité de l'accueil, de l'accompagnement quotidien et des soins, évolution correspondante des pratiques et des métiers, implication des familles, c'est tout cela qu'il nous faut penser et mettre en œuvre ensemble avec le souci constant de la bientraitance et du bien-être des adolescents, de l'équilibre entre vie collective et droit à l'intimité, entre enrichissement personnel et réussite scolaire.

C'est pourquoi je suivrai avec attention les études qui vont être impulsées par le ministère de l'Éducation nationale et la Caisse des Dépôts et des Consignations. Je veillerai naturellement à la prise en compte des préoccupations des familles qui recoupent, j'en suis convaincue, le parti pris de l'excellence qui est ici le vôtre. J'y apporterai bien volontiers, dans le cadre de la réflexion actuellement conduite par mon ministère sur l'éducation des adolescents et sur les familles en situation de pauvreté et de précarité, la contribution de notre direction de la Recherche et de l'Institut National des Etudes Démographiques qui observent les évolutions des comportement des familles notamment en matière éducative. Je souhaite également qu'avec la Caisse d'Allocations Familiales, partenaire essentiel de la politique familiale, nous étudiions la mise en place d'une aide financière aux familles les plus démunies faisant, pour leurs enfants, le choix de l'internat, aide complémentaire des bourses actuelles et de l'intervention des fonds sociaux collégiens et lycéens.

" L'éducation, disait Hannah Arendt, est le point où nous décidons si nous aimons assez le monde pour en assumer la responsabilité ". L'internat pourrait être le point où nous décidons si nous aimons assez nos enfants pour offrir, à chacun selon ses besoins, les conditions les mieux adaptées à une adolescence heureuse et à une scolarité réussie. "


Actes du séminaire national - Développement de l'internat scolaire public

Mis à jour le 15 avril 2011
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