Séminaire « Développement de l'internat scolaire public »

Témoignages et présentation de projets éducatifs

Intervention de Laurence Azais conseillère principale d'éducation du collège de Vialas (Lozère)

Vialas est un village de 300 habitants dans les Cévennes et le collège est une toute petite structure qui accueille 80 élèves, dont 60 internes. Ce sont essentiellement des élèves en difficulté qui viennent du Gard et de l'Hérault. Je viens témoigner ici d'une expérience d'utilisation de l'internat contre l'échec scolaire. Elle est assez ancienne. A Vialas, la nécessité d'élargir le recrutement pour maintenir l'établissement a croisé, à un moment, une demande émanant de certaines familles et d'établissements voisins par rapport à des élèves qui leur posaient des difficultés.

Les facteurs de réussite

Avant de dégager deux types de facteurs de réussite, je souhaite préciser la notion de réussite. Si l'on considère les résultats au brevet ainsi que les taux de passage vers la seconde générale, Vialas doit avoir les plus mauvais résultats du département. Mais il faut savoir que nous accueillons des élèves en difficulté, 39% de notre effectif a un an de retard, 21% a deux ans et plus de retard. La réussite pour nous est de maintenir les élèves scolarisés jusqu'en fin de troisième alors qu'ils peuvent avoir connu de longues périodes d'absentéisme, de ne jamais laisser un élève de troisième sans solution en fin d'année et de faire en sorte que les orientations proposées soient acceptées positivement.

Je voudrais maintenant dégager deux types de facteurs de réussite, que l'on peut mettre en place dans une structure d'internat à condition de trouver les dispositifs adaptés.

Le premier facteur de réussite est l'éloignement en cas de crise familiale ou de problème sur le quartier de résidence.

Le second facteur est la connaissance approfondie qu'on peut avoir de l'élève grâce à la pluralité des regards portés sur lui au sein de l'internat, dans des situations d'apprentissage, de loisir ou de vie sociale qui lui permettent de révéler son potentiel dans des registres variés. Ceci peut l'aider à le réconcilier avec l'image qu'il a de lui-même et avec sa scolarité. Cette pluralité de points de vue permet par ailleurs un ajustement des conseils donnés aux familles et une démarche plus globale de médiation qui dépasse le cadre scolaire. L'élargissement de la perspective éducative à tous les moments de la vie est d'ailleurs un autre facteur de réussite puisqu'il permet de confier un rôle éducatif à du personnel administratif, technique, ouvrier, de service et de santé (ATOSS) ou à du personnel médico-social et de travailler plus concrètement à l'éducation à la santé, à l'environnement ou à la responsabilité. L'internat est un lieu de socialisation privilégié et le respect mutuel se construit progressivement. Enfin, l'internat permet de consacrer plus de temps à l'appropriation des règles.

Les choix éducatifs

Le seul fait d'être interne ne garantit pas les réussites. Y concourent également les choix éducatifs opérés en internat. La première de ces pratiques consiste à veiller à bien organiser les interventions autour de l'élève pour éviter la surcharge, donc les effets de lassitude. Il faut bien définir les champs de compétence de chacun et laisser une place à la vie privée. L'articulation entre pédagogie et loisir par exemple se construit dans le cadre d'un contrat éducatif local qui permet de structurer les interventions et qui constitue un lien entre les deux univers. De la même façon, un lien est tissé entre les enseignants et les surveillants qui prennent en charge l'étude du soir.

Il est également très important de travailler à l'adhésion de l'élève au projet mais aussi à l'adhésion de la famille. Il faut prendre le temps nécessaire, au moment du recrutement, pour comprendre la personnalité du futur interne, les motivations de la famille qui fait la demande et vérifier notre adéquation à cette demande. C'est une démarche qui prend du temps mais dont il ne faut pas faire l'économie car la non adhésion de l'élève ou de la famille au projet est la principale cause d'échec. Cette adhésion doit par ailleurs être régulièrement réactivée, notamment en direction des familles. Il faut savoir être disponible pour prendre en compte les inquiétudes ou les déformations légitimes dues à l'éloignement des enfants.

On ne peut accueillir en internat des élèves en difficulté sans renforcer les compétences des équipes. Pour compenser la rupture avec la famille, il est aussi très important que l'établissement se dote de partenaires et s'ouvre à l'extérieur. Le contrat éducatif local évoqué plus haut en est un exemple et nous travaillons également en partenariat avec le centre de guidance infantile de Florac dont certains personnels collaborent avec notre établissement.

L'internat n'est pas systématiquement un remède contre l'échec scolaire, mais les élèves que nous accueillons bénéficient d'une certaine amélioration dans la mesure où ils réinvestissent leur scolarité et où nous évitons les ruptures brutales. A Vialas, ce travail, entrepris sous la pression de la nécessité, est en train de devenir une identité assumée, voire revendiquée, autour de laquelle se construit le projet de l'établissement. Je ne peux donc qu'espérer que des structures du même type puissent voir le jour et je pense qu'il y a là pour des élèves en échec l'occasion d' une seconde chance.

Intervention de Michelle Benaiche principal du collège de Cordes-sur-Ciel (Tarn)

Notre collège accueille 250 élèves dont 26 internes pour une capacité de 30. L'internat est mixte, composé de 12 filles et 18 garçons qui viennent parfois d'une autre académie. Quelques élèves ont des problèmes de scolarité, d'autres ont des problèmes de comportement et 6 d'entre eux ont des difficultés familiales. L'internat a été construit dans l'ancienne gare de Cordes. Sa réhabilitation en 1996 nous a permis d'y créer un cadre chaleureux. Comme cela a déjà été souligné, il est important que la famille et l'enfant adhèrent au projet de l'établissement et que l'on connaisse leurs motivations. C'est une condition indispensable pour pouvoir travailler ensemble.

La particularité de notre internat, en plus des commodités matérielles, tient aux études du soir qui sont encadrées par des éducateurs et des maîtres d'internat ainsi qu'à notre CDI qui est ouvert de 8 heures à 21 heures et où les élèves peuvent effectuer leurs recherches et disposer des outils nécessaires. Nous avons également mis en place un suivi et nous recevons les familles en présence du professeur principal et de l'éducateur. C'est une expérience que nous menons depuis deux ou trois ans et grâce à laquelle les familles se réconcilient peu à peu avec l'établissement. La présence de tout le personnel ATOSS est essentielle dans notre action, surtout au moment de l'accueil où les agents sont à l'écoute et répondent aux familles. Nous avons aussi ouvert l'établissement pendant les vacances de façon à mettre en place une école ouverte. Ce sont souvent les internes qui reviennent. Par ailleurs, un projet de partenariat avec une scène nationale est en train de voir le jour. Nos élèves peuvent pratiquer le théâtre l'après-midi et nous accueillons pendant les grandes vacances d'autres établissements scolaires qui pratiquent cette activité, ce qui nous a permis de créer des liens et de travailler en commun.

Intervention d'Alain Seksig, conseiller technique au cabinet du ministre

J'ajoute que vous organisez aussi, en tout début d'année scolaire, un moment de regroupement de tous les internes sur deux jours. Par ailleurs, depuis que des articles de presse sont parus concernant ce qui était fait à Cordes, vous faites face à une demande accrue, ce qui peut nous laisser penser que si l'on parle, positivement, de l'internat, la demande s'exprimera davantage.

Intervention de Jean-Jacques Hilmoine, proviseur du lycée Jacques Brel de Fruges (Pas-de-Calais)

En septembre 1990, l'internat du collège de Fruges devait fermer. Il ne restait que 48 élèves. C'était le dernier du département et sa fermeture aurait entraîné la disparition de 15 postes, tous corps confondus. Le projet de le maintenir a donc été adopté mais il a fallu très rapidement mettre en route sa rénovation et relancer l'internat en faisant venir dans un milieu rural tranquille des élèves de la ville en grande difficulté sociale et comportementale parfois même en situation de pré-délinquance. Le nombre d'internes a doublé en un an ce qui était le premier objectif. Le deuxième était de prouver à la collectivité territoriale qu'il y avait un réel besoin de ce type d'accueil dans le département. Nous avons atteint 90 internes la première année et 120 la deuxième. Le conseil général a programmé la reconstruction complète de l'internat et d'une partie de l'établissement. Nous avons travaillé directement sur ce projet avec les instances de ce département où il n'y avait pas d'expérience de construction d'internat.

Le premier principe a été de ne pas dépasser dans l'internat le tiers de l'effectif global de l'établissement, celui-ci étant de 450. La même répartition a été appliquée au sein de l'internat en accueillant un tiers de filles et deux tiers de garçons, ce qui correspondait à la répartition de la demande. Actuellement, les 50 places pour les filles sont tout juste occupées alors que 150 à 180 demandes sont refusées pour les garçons tous les ans. Mais l'établissement fonctionne bien et il ne faut pas mettre en péril cet équilibre. De la même façon, un tiers de la population de l'internat est constitué d'élèves dits " à problème " et d'un tiers d'élèves issus de familles " sans problème ". Un dernier tiers appartient à la section sportive de haut niveau de judo, créée en 1992, et qui a atteint son plein fonctionnement aux alentours de 1996. Nous y accueillons 75 judokas dont une vingtaine sont des élèves rencontrant des difficultés. Ils ont bénéficié de la discipline et des valeurs du judo pour réaliser un travail sur l'image de soi. Enfin, nous prenons en priorité des élèves difficiles en 6ème car il faut au moins quatre ans pour réussir à les resocialiser. La 4ème est la dernière limite, l'intégration étant pratiquement impossible à partir de la 3ème.

En plus de cette organisation, il y a un accompagnement éducatif fort. Le soir, les élèves de 3ème dont le comportement et les résultats scolaires le permettent, peuvent travailler dans leur chambre, où ils sont à trois. Les 6èmes sont dans des chambres de 7 lits, les 5èmes et 4èmes dans des chambres de 5 lits, ceci afin d'amener progressivement les élèves vers l'autonomie. Les élèves en grande difficulté sont encadrés par un maître d'internat ou un Aide éducateur de 18heures à 19heures 30.

Globalement, les élèves réussissent s'ils arrivent dès la 6ème. Depuis 1996, le collège est légèrement en dessous du niveau départemental à l'entrée en 6ème mais à 20 points au-dessus du brevet des collèges. Par ailleurs, les élèves internes réussissent un peu mieux que les externes. On peut dire que le principe de l'internat est un principe de réussite au même titre que le principe d'intégration. Le cadre rural permet de créer cette rupture dont il a souvent été question et dont le jeune en difficulté a besoin.

Je ne prendrai qu'un seul exemple de réussite. Celui d'un jeune de Boulogne-Billancourt, en très grande difficulté, qui arrivait au collège pour tripler sa 6ème. Il est passé directement en 5ème mais la 4ème a été excessivement difficile car il a essayé de redevenir un meneur : la culture du monde rural a joué son rôle et l'en a empêché. Nous venons de tenir les conseils de classe et il a de nouveau 14 de moyenne, son comportement est tout à fait correct et je crois qu'il envisage de rester en internat au lycée l'année prochaine.

Intervention de Guy Villard, principal du collège de Bouilly (Aube)

Le collège de Bouilly accueille 710 élèves dont 42 internes, filles et garçons. La majorité des internes sont des élèves en difficulté. Depuis la rentrée, 6 places d'internat ont été réservées à des élèves accueillis en classe-relais dans un autre établissement. Un tiers de nos internes est aidé économiquement et consomme la moitié des fonds sociaux du collège.

Notre établissement est un collège à recrutement favorisé dont les résultats scolaires sont supérieurs à la moyenne départementale. Les élèves internes bénéficient de l'effet d'entraînement du collège. Notre projet éducatif pour l'internat tient essentiellement dans la réussite scolaire de ses collégiens. Nous disposons de très peu de créneaux horaires en dehors des heures de cours et aucun moyen financier spécifique pour réaliser une véritable animation socioculturelle. Nos locaux sont de bonne qualité. Les internes disposent de chambres de deux lits. Pour intégrer l'internat, il faut que l'élève en soit volontaire. C'est une des données dont nous nous assurons lors du premier entretien avec la famille et l'adolescent.

L'arrivée, en cours de trimestre, d'internes relais qui sont la plupart du temps des élèves " blessés " et en souffrance est à chaque fois, pour nous, un sujet d'inquiétude. Comment vont réagir ces élèves ? Comment vont-ils être acceptés par le groupe ? Vont-ils réussir à s'intégrer dans un ensemble déjà fragile ?

Les enfants qui demandent à venir à l'internat présentent trois types de difficultés :

  • de comportement,
  • d'ordre familial ou social,
  • de type scolaire.

Nous réussissons à encadrer et à faire progresser les élèves confrontés à une ou deux de ces trois difficultés en nous appuyant sur le domaine qui ne pose pas de problème. En revanche, lorsque ces trois problèmes coexistent, nous sommes la plupart du temps démunis et notre action vouée à l'échec..

La mixité garçons/filles, ainsi que le brassage social, sont favorables aux élèves. Sur ce point, il arrive que nous soyons en désaccord avec les services de l'inspection académique qui cherchent des structures d'accueil pour leurs adolescents les plus en difficulté. Nous essayons en effet de faire valoir que nos élèves ne doivent pas tous présenter les mêmes types de difficultés. Il faut même que certains aient le profil de " bons élèves, bien dans leur peau " pour servir d'entraînement et de dynamique à l'ensemble. Le danger est que ne se crée un ghetto au sein de l'établissement. Nous avons comme soucis constant de valoriser dans le public l'image de l'internat.

Enfin, je voudrais souligner l'importance de l'encadrement.

Il n'est pas convenable de mettre en face d'une vingtaine d'élèves un surveillant d'une vingtaine d'année sans expérience et de lui demander d'assumer à la fois le rôle de garant de l'ordre et de la sécurité, le rôle de pédagogue dans l'aide aux devoirs et le rôle de soutien affectif d'enfants en souffrance.

Ainsi donc, il m'apparaît qu'il ne faut plus recruter les surveillants sur le seul critère de la catégorie socioprofessionnelle car l'encadrement d'élèves en internat nécessite des qualités au-dessus de la moyenne qu'il faut détecter avant la prise de fonction et procéder ensuite à une véritable formation de ces personnels.

J'insisterai enfin sur le rôle fondamental des conseillers principaux d'éducation dans un établissement doté d'un internat. Leur affectation devrait se faire sur des postes à profil.

Actes du séminaire national - Développement de l'internat scolaire public

Mis à jour le 15 avril 2011
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