Séminaire « Prévention de la violence et accompagnement des établissements »

Atelier n°12 : Construire la contractualisation entre l'établissement et les dispositifs d'accompagnement

Animateur : Patrick Alt, académie de Paris
Rapporteur : Dominique Berteloot, académie de Versailles

Le terme de construction de l'accompagnement est approprié. Il s'agit d'une démarche qui se fonde sur l'analyse conjointe des besoins de l'établissement par les acteurs locaux et les membres du groupe d'accompagnement. La composition de ce groupe varie en fonction de la réalité académique et de la configuration de l'intervention initiale.

Après le premier temps d'analyse aboutissant à un diagnostic, une proposition d'accompagnement est formulée, qui peut comprendre des réponses en terme d'organisation ou de réorganisation interne, de formation, d'entretiens avec les différentes catégories de personnels, les membres de la communauté éducative.

De l'intervention d'urgence à l'accompagnement

Aujourd'hui, dit un participant de l'académie de Créteil, nos dispositifs se situent plus dans le curatif que dans le préventif. La nécessité de constituer un groupe d'aide aux chefs d'établissements est ressentie. Un tel groupe pourrait s'orienter vers l'appui technique aux établissements ainsi qu'aux personnels de direction, nouvellement nommés, nombreux dans l'académie. Dans la même académie se construit un groupe vie scolaire destiné à répondre aux besoins d'accompagnement des établissements. Il est composé de sept inspecteurs pédagogiques régionaux établissement et vie scolaire et de trois proviseurs vie scolaire.

L'accompagnement se fonderait sur la mise en œuvre de pistes d'action appartenant au quotidien scolaire et non aux circonstances exceptionnelles générées, par exemple, par la violence.

Ceci permettrait sans doute aux personnels de davantage poser leur réflexion, alors que tout, actuellement, semble marqué par l'urgence, de l'avis de nombreux interlocuteurs (inspecteur de l'Éducation nationale, chef d'établissement, personnel médico-social).

Pour le contenu de ces aides, un très large appel est fait à l'apport d'informations relatives à des pédagogies sachant s'adapter à des publics à besoins spécifiques.

L'ensemble des participants souligne la volonté des académies de sérier les possibilités de réponse et, simultanément, de les coordonner.

Ainsi, dans le département de Seine-saint-Denis, l'alerte reçue par le proviseur vie scolaire est analysée par ce dernier. Il fait ensuite appel aux conseillers techniques réunissant à leur tour les aides requises en fonction des configurations de crise.

Cette démarche, semblable en de nombreux départements, se complète par l'existence d'observatoires susceptibles de contribuer à la prévention en permettant l'analyse des phénomènes de violence dans leur histoire, leurs contexte, les circonstances dans lesquelles ils adviennent.

Le dispositif type, qui semble se dessiner au travers des descriptifs successifs, s'appuie sur des responsables départementaux susceptibles de manifester concrètement leur soutien sur le terrain, de mobiliser des équipes d'intervention composées par des personnels d'origine pluricatégorielle.

De l'urgence à la prévention

De l'avis général, ce qui marque la période actuelle, c'est qu'aujourd'hui, on commence à oser parler de ses difficultés, de chef d'établissement, d'inspecteur de l'Éducation nationale. Il y a peu de temps encore, on ne signalait guère les incidents ou les épisodes de violence. Ce changement de culture peut s'accélérer si, effectivement, la transparence a des retombées positives par rapport au fonctionnement de l'établissement, de la circonscription.

C'est dans ce sens qu'est présenté le centre d'aide aux écoles et établissements de l'académie de Versailles qui poursuit quatre missions complémentaires dans le cadre du dispositif académique de prévention de la violence. L'accompagnement des équipes par le Centre académique d'aide aux écoles et aux établissements (CAAEE) relève toujours d'une construction négociée avec les responsables locaux. Il se situe dans le cadre d'une démarche contractuelle et précise les règles de confidentialité, de non substitution des conseillers du centre aux prérogatives des chefs d'établissement ou des inspecteurs de l'Éducation nationale.

Aux chefs d'établissement et aux inspecteurs de l'Éducation nationale dont les équipes sont confrontées à des situations de violence en milieu scolaire, le CAAEE est susceptible d'apporter un ensemble d'aides diversifiées : permanence téléphonique pour le conseil personnalisé, mise à disposition de documentation spécifique, contribution à la conception de formations adaptées. Il peut également, suivant les circonstances, proposer l'intervention d'un groupe d'appui.

Le centre académique contribue à l'amélioration de l'anticipation des situations de crise en développant des indicateurs, en proposant des formations spécifiques sur site. L'aide au diagnostic de sécurité, par exemple, est un des apports concrets développé par l'équipe du centre.

La démarche est déclinée dans les départements de l'académie. Dans les Yvelines, par exemple, il existe une cellule départementale pilotée par un inspecteur d'académie adjoint au DSDEN, composée du proviseurs vie scolaire et des conseillers techniques. Cette cellule contribue au développement, à titre préventif, de divers axes d'action partenariale ou propre à l'Éducation nationale :

  • mise en synergie des partenaires locaux ;
  • développement des comités d'éducation à la santé et à la citoyenneté ;
  • développement d'une culture du signalement (SIGNA, observatoire local)
  • mise en réseau des ressources administratives, pédagogiques, humaines susceptibles de répondes aux besoins des établissements.

Dans cette volonté de répondre aux besoins exprimés des établissements, l'ensemble des participants affirme que, désormais, il y a lieu de travailler, une fois identifié le champ de compétence des groupes d'appui, sur l'émergence de la demande des établissements.

Un exemple de contractualisation entre l'établissement et l'académie est donné à cette occasion, sur le plan pédagogique, dans le cadre des formations associées au dispositif " professeur à exigence particulière de type quatre " (PEP4).

Chacun s'accorde ici à penser que ces aides, ces appuis, ces accompagnements, doivent être un moyen pour encourager les mobilisations internes. L'aide, qu'elle soit immédiate ou différée, de proximité ou non, doit toujours asseoir l'initiative des acteurs locaux, en aucun cas se substituer à leurs prérogatives.

L'organisation de formations communes aux différents intervenants des groupe d'appui est présentée comme un moyen de faire progresser l'acquisition de ces éléments de culture commune.

La part du pédagogue

Après avoir défini quelques principes de l'accompagnement, il semble nécessaire, pour éviter de n'agir que sur les effets de la violence dans les établissements, de s'intéresser, à ses causes. Ceci renvoie aux domaines structurels, organisationnels, mais aussi pédagogiques.

Des points de convergence peuvent être recherchés dans les pratiques professionnelles des enseignants pour faciliter le travail commun par la mutualisation. De même, afin d'éviter les invocations sans effet concernant les bienfaits de la coopération et de l'entraide, il paraît plus logique de prôner des démarches pédagogiques qui les suscitent.

Une grande partie de travail de prévention de la violence pourrait porter, mais la liste des thèmes n'est bien sûr pas exhaustive, sur la lutte contre l'échec scolaire par la connaissance des problématiques adolescentes, sur une invitation au dialogue au sein des classes (heure de vie de classe), sur la formation concernant la notation des élèves, leur orientation.

La référence aux missions de l'école doit être constante. Il ne s'agit pas, pour répondre à la violence, de construire une école d'exception. Des réponses sont à rechercher sur place, dans le contexte même où se perçoivent les difficultés, parce que c'est bien là qu'elles doivent se résoudre. Les contrats de réussite de l'éducation prioritaire, les initiatives de la mission d'insertion de l'Éducation nationale portent ou peuvent porter le sens de l'école et sa matérialisation dans l'action.

Le besoin de contractualisation

La contractualisation entre les dispositifs d'aide et les établissements se fonde sur des entrées pédagogiques et prend d'abord en compte le sens de l'école, ses missions. Elle doit également permettre l'aide professionnelle, psychologique des membres de la communauté scolaire par ses moyens propres ou, de façon prioritaire, en mobilisant les forces locales.

Respectueux des prérogatives des acteurs locaux, cet accompagnement qui pose comme principe la confidentialité des actions, s'adresse aux équipes locales sur la durée. La complémentarité entre les membres des équipes d'accompagnement, nécessairement pluricatégorielles, favorise la construction de projets globaux situant l'établissement dans son environnement et sa complexité.

Un document écrit matérialise la contractualisation. Il précise les objectifs du travail commun, en indique les formes et la durée, en situe les différentes échéances, en désigne les acteurs. Cet écrit est utilisé pour favoriser l'explicitation du rôle de chacun, la communication dans l'établissement, et, enfin, l'évaluation de la qualité de l'accompagnement.

 

Actes du séminaire - Prévention de la violence et accompagnement des établissements

Mis à jour le 15 avril 2011
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