Séminaire « Prévention de la violence et accompagnement des établissements »

Atelier n°7 : Exploration des enjeux dans la construction d'un accompagnement

Animatrice : Martine Laurence, académie de Versailles
Rapporteur : François Perrot et Claudine Rault, académie de Paris

La plus grande partie de la discussion a tourné autour de l'interrogation de la notion même d'accompagnement. Accompagner qui ? Pourquoi et pour quoi (dans un but de prévention ou de reconstruction) ? Selon quelles modalités et quelles temporalités ? Avec quels acteurs ? Avant, pendant ou après la crise ?

L'accompagnement est à distinguer de l'intervention institutionnelle (responsables académiques, réponse de type hiérarchique et/ou politique) qui se produit dans un temps rapproché après ou même pendant la crise.

Ces deux modes d'action académique posent la question de l'articulation intervention/accompagnement, de la cohérence des discours et des propositions entre ces deux genres. Complémentarité, positionnement et compétences des acteurs sont au cœur des enjeux.

Les enjeux

En terme d'enjeux, on a distingué les enjeux de pouvoir (place des syndicats, positionnement du chef d'établissement, des leaders…), les enjeux pour l'institution, les enjeux socio-politiques, les enjeux en terme d'ouverture des établissements…

La question des représentations initiales souvent marquées par une vision hiérarchique des rapports entre les personnes, la question de l'identité professionnelle apparaissent aussi comme des enjeux forts pour l'accompagnement. Il y a un enjeu de construction collective à mettre en place qui réorganise les positionnements, les identités et les relations dans l'établissement. Le projet d'établissement et le comité d'éducation à la santé et à la citoyenneté (CESC) ont un rôle fédérateur dans des opérations de reconstruction d'après crise. Ils supposent un diagnostic de situation. Ils favorisent les approches transversales et pluridisciplinaires. Ils articulent les différentes fonctions dans et hors de l'établissement : équipe de direction, conseiller d'administration scolaire et universitaire (CASU), enseignants, IA-IPR, IEN, partenaires divers, ils envisagent les questions liées à la communication et l'organisation…

Le repérage des difficultés

Le thème de l'histoire des crises a été aussi abordé en terme d'enjeu. Il semble qu'avec le temps, on perde la mémoire des crises passées et que la tendance soit de retomber dans des habitudes anciennes présentées comme des ornières qui peuvent à nouveau favoriser l'apparition d'une nouvelle crise (les mêmes causes produisant les mêmes effets). La rotation des élèves et des personnels oblige à réactiver la mémoire et à rester vigilant de façon individuelle et collective dans l'établissement, véritable enjeu.

La question de l'éthique de l'accompagnement a été posée (éthique ou déontologie ? ). Comment demander un accompagnement (ou même simplement exprimer une demande d'aide) qui ne soit jugé comme un aveu de faiblesse de l'équipe de direction par les autorités académiques. Eviter le non-dit ou le non-déclaré par crainte du jugement hiérarchique ou par les pairs (la réputation), éviter le " trop local " qui risque d'alimenter les jugements. Penser aux enjeux liés à la question de la confidentialité.

Autre enjeu de l'accompagnement, les acteurs de l'accompagnement : compétences requises pour être accompagnateur, la formation pour acquérir ou renforcer ces compétences, positionnement statutaire et institutionnel, cadre de référence éthique pour ceux qui accompagnent.

La question de l'extériorité des accompagnateurs a longuement été discutée : mise à distance, besoin de compétences qui n'existent pas dans l'institution, par exemple la place des " psy " dans ces dispositifs. Articulation de l'interne et de l'externe. Le risque d'une utilisation à des fins " politiques " ou " médiatiques " d'évènements vécus dans un établissement est aussi à mesurer et peut constituer un enjeu dans le cadre des partenariats mobilisés pour un accompagnement. Quelle confidentialité ? Quelle confiance entre les accompagnateurs et les accompagnés ?

Sens, intérêt et limites des réponses

L'accompagnement se définit comme une élaboration ensemble (co-construction) de ce qui manque à l'établissement ou à ses personnels. Il se distingue du simple appui qui est l'apport immédiat de solutions existant à l'extérieur. Il peut alors se définir comme un dispositif multiforme : suivi, reconstruction des structures, des équipes et des liens, aide au diagnostic et au repérage, aide à l'organisation, formation, dimension pédagogique, passage du " curatif " au " préventif ", etc. Du point de vue des modalités, en fonction de ce qui doit être travaillé dans l'établissement, on peut imaginer du conseil, des stages sur site, des journées de réflexion et d'échanges, des groupes d'expression, de la mise en réseau (partenariat, relations de proximité entre établissements : REP, bassin…), des analyses de pratiques, autant de modalités qui correspondent à des croisement de regards.

L'accompagnement ne s'adresse pas obligatoirement à l'ensemble de la communauté scolaire, il peut prendre en compte le besoin d'une supervision et d'échanges de pratiques pour telle ou telle catégorie (les personnels de direction par exemple). Une demande d'un véritable catalogue d'offres a même été exprimée. Dans tous les cas, l'accompagnement s'inscrit dans le temps : temps de l'analyse partagée, temps de la confiance, temps nécessaire à l'implication et à l'explicitation…

Pour qu'il y ait accompagnement, il faut une demande du chef d'établissement, une contractualisation entre l'établissement et l'académie, un dispositif d'évaluation de l'accompagnement lui-même. L'évaluation des effets de l'accompagnement à plus long terme semble une question délicate : peut-on mesurer l'ensemble des effets de l'accompagnement sur l'institution, les établissements et les personnes ?


Actes du séminaire - Prévention de la violence et accompagnement des établissements

Mis à jour le 15 avril 2011
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