Université d'automne « Grande pauvreté et réussite scolaire au lycée »

Définir, connaître et mesurer la pauvreté


Marie Thérèse Espinasse, secrétariat général de l'Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale (Onpes)

L'Observatoire a été créé dans le cadre de la loi de juillet 1998 de lutte contre les exclusions. Il a été voulu par le mouvement associatif (Aide à toute détresse, Quart-monde, en particulier) ainsi que par le Conseil national de l'information statistique.


L'Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale

La composition de l'Onpes

C'est une instance sans identité juridique qui comprend vingt deux membres, nommés pour trois ans et répartis en trois collèges :

  • administrations économiques : Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), direction de l'Animation, de la recherche et des études statistiques du ministère de l'emploi (Dares), direction de la Recherche, des études, de l'évaluation et de la statistique du ministère des affaires sociales (Drees), Caisse nationale d'allocations familiales (Cnaf), Commissariat au plan, direction de la Prévision du ministère des finances ;
  • sept universitaires ou chercheurs ;
  • sept personnalités du monde associatif nommées à titre personnel.

À sa création en 1999, la première présidente en a été Marie-Thérèse Join-Lambert. Depuis octobre 2002, cette instance est présidée par Bertrand Fragonard, conseiller-maître à la cour des comptes, ancien délégué au Rmi, ancien directeur de la Cnaf. Le secrétariat général, rattaché à la Drees du ministère des Affaires sociales, comprend deux personnes.


La mission de l'Onpes

Elle est définie par l'article 153 de la loi et consiste à :

  • collecter et mettre à disposition toute l'information disponible sur la pauvreté ;
  • en éclairer les aspects mal connus (l'Observatoire dispose de crédits d'études) ;
  • améliorer la collecte de l'information.

L'Observatoire doit établir un rapport annuel sur la pauvreté, ses évolutions à destination du gouvernement et du parlement.

L'Onpes :

  • n'est pas un centre d'études ;
  • il ne doit pas évaluer la loi ;
  • il ne lui appartient pas de faire des propositions au gouvernement. Ce rôle incombe au Conseil national de lutte contre les exclusions qui rassemble administratifs, techniciens, parlementaires et représentants des collectivités et des associations ;
  • il n'est pas un observatoire des pauvres mais un observatoire de la pauvreté, de ses mécanismes, de ses processus…

Le premier rapport a été publié en novembre 2000, le second en février 2002 ainsi qu'une synthèse de tous les travaux commandités (600 pages pour 26 contributions en 2002).


Les représentations de la pauvreté


"On" pense que la pauvreté n'existe plus depuis le XIXe siècle, y compris dans les politiques publiques : on parle de jeunes, de familles, de quartiers en difficulté, sans préciser de quelles difficultés il s'agit. Il existe cependant une pauvreté visible : les sans domiciles fixes par exemple, mais on ignore que la pauvreté couvre un champ beaucoup plus vaste. Les Caf ont un baromètre d'opinions depuis 10 ans, notamment sur le Rmi et, pour la première fois en 1999, la courbe de la compassion (le Rmi, c'est justifié…) se croise avec la courbe du rejet (ceux qui le veulent peuvent travailler…). Ces représentations jouent un rôle dans la manière dont les décideurs mais aussi les simples citoyens perçoivent la pauvreté et déterminent en partie les moyens à mettre en œuvre. Elles ont donc une incidence sur l'effort de solidarité nationale.

Définitions

La pauvreté est à la fois une norme et une convention . " On " admet que le seuil de pauvreté correspond à des ressources inférieures à 50 % du revenu médian. En France, comme dans les pays de l'Union européenne, ce seuil est relatif et évolue dans le temps et en fonction de la localisation : les exigences de logement ne sont plus les mêmes qu'en 1954 et le problème du chauffage ne se pose pas dans les mêmes termes à Nice que dans le nord.

La précarité est impossible à apprécier globalement mais certaines données sont mesurables , comme les incertitudes qui pèsent sur l'emploi, les ressources et le logement. D'autres éléments sont plus difficiles à apprécier.

Il n'existe pas de définition stabilisée de l'exclusion . C'est une notion familière mais contestée parce que relative.

Les indicateurs de la pauvreté

Ils sont nécessaires pour quantifier, indispensables pour prévoir les budgets des mesures à prendre.

La pauvreté monétaire
Elle concernerait 6 % à 8 % des ménages (source : enquêtes "revenus fiscaux").

La pauvreté des conditions de vie
Elle se réfère à 27 items. Les enquêtes portent essentiellement sur les privations. Sont considérés comme pauvres, les ménages qui cumulent huit items. Cette pauvreté concerne 12 % des ménages.

La pauvreté "administrative"

Elle concerne les bénéficiaires de l'un des huit minima sociaux. Toutefois, on sait très peu de choses sur les personnes qui ne font pas valoir leurs droits parce qu'en France, on considère que chacun connaît la loi, sans prendre en compte les difficultés liées notamment à la multiplicité des organismes qui les gèrent. Ce phénomène est très peu étudié. C'est une pauvreté très sensible à l'évolution de la réglementation. Par ailleurs, toutes les enquêtes sont faites auprès de ménages qui vivent en logement "ordinaire", excluant les populations vivant en institution ou dans certains quartiers dont l'accès est difficile.

L'évolution dans le temps

Entre 1970 et 1984, la pauvreté est passée des ruraux âgés aux jeunes urbains, en raison de la création de mesures comme le minimum vieillesse. Elle tient compte de deux facteurs : la composition des ménages et les sources de revenus (les apporteurs de revenus).

Tous les chômeurs ne vivent pas dans un ménage pauvre. Le chômage est un phénomène individuel, la pauvreté est étudiée au niveau du ménage. Inversement, l'emploi ne protège donc pas de la pauvreté (temps partiel, contrat à durée déterminée…). Les ménages les plus exposés sont les familles monoparentales dont le chef n'a pas d'activité ou une activité faiblement rémunérée, ainsi que les ménages avec trois enfants et plus dont l'emploi est faiblement rémunéré. Les personnes isolées sont les plus menacées car elles ne peuvent pas compter sur la solidarité familiale.

La pauvreté est multidimensionnelle, elle concerne l'emploi mais aussi le logement dont l'accès peut être problématique et la santé, l'accès au droit (couverture médicale universelle) ne signifiant pas toujours l'accès aux soins (mise en jeu du rapport au corps et aux soins).


Grande pauvreté et réussite scolaire de l'école au lycée 28-30 octobre 2002

Mis à jour le 15 avril 2011
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