Université d'automne « Le système scolaire français et les élèves à besoins éducatifs particuliers »

Introduction

Paul Busuttil, directeur adjoint de l'Institut universitaire de formation des maîtres de Clermont-Ferrand
Gilbert Cambe, directeur adjoint de l'Institut universitaire de formation des maîtres de Clermont-Ferrand
Gloria Laxer, chargée de mission académique "publics à besoins particuliers"


Dans le cadre de l'évolution amorcée 1 du concept d'élèves à besoins éducatifs particuliers de 1975, une première université d'automne concernant ce thème s'est déroulée à Vichy (Allier) du 27 au 30 octobre 2003. Son sous-titre, "de l'intégration à l'inclusion", s'est imposé comme une entrée nécessaire dans la réflexion entreprise : permettre à tous les élèves de pouvoir fréquenter l'école au plus près et au mieux de leurs possibilités. Ainsi a été davantage cernée la réalité des besoins éducatifs particuliers qui ne peut s'assimiler au seul concept de l'Adaptation et Intégration Scolaires : la population concernée 2 est en effet plus importante du point de vue des enseignants, des personnels d'encadrement, des associations et autres partenaires ainsi que des familles.

Il était indispensable de définir clairement tous les publics à "besoins éducatifs particuliers" en rappelant les principes de la lutte contre l'échec, et en confrontant cette notion aux concepts d'intégration et d'inclusion au regard des diverses expériences européennes.

Il convenait également d'analyser les interfaces entre les diverses exigences scientifiques, institutionnelles, familiales et associatives et d'entrevoir l'évolution des aspects réglementaires : depuis ceux de la loi de 1975 à ceux de la loi de 2002 (dans l'attente de la nouvelle loi relative à la compensation du handicap).

Le rôle de l'économie de l'éducation dans l'aménagement de dispositifs efficients est apparu : comment concilier une dialectique visant la logique du projet individualisé donc du diagnostic et celle de l'exigence des programmes et des résultats scolaires sans aborder les questions de la formation et du soutien des enseignants, ou celles de la nécessaire mutualisation des moyens et du repérage des ressources ?

L'organisation de l'université d'automne autour du thème "de l'intégration à l'inclusion" a constitué un levier privilégié pour donner un cadrage universitaire au concept d'élèves à besoins éducatifs particuliers. L'école ne peut se passer d'interroger la recherche universitaire dans l'accompagnement des équipes d'enseignants. La recherche développera les outils de repérage de ces élèves, les protocoles d'enquête et d'évaluation des systèmes, enfin la création d'outils pédagogiques.

Constat a été fait que, même si chacun possède sa propre vision des problèmes relatifs à chaque difficulté, l'idée d'un consensus quant aux nécessités du dépistage, de l'accueil, du projet individualisé et de la prise en charge de tous ces élèves est ressortie très clairement.

Mentionnons quelques constats chiffrés au regard des objectifs et des réalisations de ce moment fort de formation professionnelle : l'université d'automne a accueilli plus de 120 participants appartenant à l'ensemble des corps, et issus de la plupart des académies. De même, la présence des partenaires territoriaux et associatifs s'est révélée d'une grande richesse. La présence de nombreux parents a montré la force de l'idée de BEP.

L'Europe se préoccupe depuis longtemps des élèves à besoins spécifiques 3 et le traitement dans les différents pays appelle une analyse : le projet individuel, mis en œuvre en France surtout pour les élèves en situation de handicap, est majoritairement admis dans la plupart des pays européens et s'applique à tous les élèves à besoins éducatifs particuliers.

Les enseignants, en collaboration avec tous ceux qui accompagnent ces élèves, doivent pouvoir s'approprier les méthodes de mise en œuvre autant que les contenus qui articulent les actions de chaque partenaire du projet.

D'autres réflexions, envisagées lors des travaux de l'université, méritent ici d'être citées.

Tout d'abord, le système éducatif doit être souple pour favoriser ces accueils ; il doit définir les priorités pour chaque élève, que le projet soit temporaire ou de plus longue durée. La catégorisation des élèves comporte toujours le risque de la stigmatisation : le concept de besoins éducatifs particuliers permet, en respectant les enjeux de la scolarisation, d'offrir à chaque élève sa place à l'école.

Dans un premier temps, une formation initiale 4 puis continue tout autant que l'organisation des ressources et l'accompagnement des enseignants restent essentiels. Le premier degré est en mesure de répondre, en partie grâce aux structures existantes, à un certain nombre de ces demandes. Le second degré vient de se voir doté d'un plan spécifique de formation 5 qui devra rapidement trouver ses marques et son public d'enseignants. En effet, il est indispensable - constat fait depuis fort longtemps - de préparer les enseignants du second degré à prendre en charge ces élèves. Chaque enseignant concerné doit être en mesure de discerner puis de comprendre les difficultés d'un élève pour pouvoir l'aider : mais il ne s'agit pas de devenir un enseignant spécialisé. C'est un changement de paradigme qu'il faut opérer ; dans la scolarité obligatoire, l'accueil de tous les élèves est un principe de base. Ensuite, la rencontre avec les différents partenaires (y compris les familles) qui ont à prendre en charge ces enfants est nécessaire mais pas suffisante. Un travail commun répartit les tâches dans le respect des compétences, des attributions et des territoires.

De là découle la nécessité du pilotage académique dans des dispositifs adaptés à l'échelle territoriale pertinente : établissement(s), bassin(s), département(s)
la mutualisation d'outils pédagogiques et la mise en réseau des différents partenaires ;
la création et/ou le repérage d'espaces ressources documentaires ;
la reconnaissance, l'implication et le partage des personnes ressources compétentes, avec une attention particulière pour que tous les partenaires soient clairement et rapidement identifiés ;
la mise en commun des informations pertinentes relatives à l'élève.

Au long de ces quatre journées se sont déclinées ces réflexions. Pour une meilleure lisibilité et dans l'esprit de ces actes, les diverses interventions (conférences, ateliers, tables rondes) sont regroupées selon deux chapitres :
les besoins éducatifs particuliers ;
de l'intégration à l'inclusion.

L'école de tous les élèves est un principe qui doit être rappelé chaque fois. Le concept de besoins éducatifs particuliers doit faciliter l'émergence de la notion de discrimination positive. Il mobilise depuis longtemps les acteurs de l'école. Parents, éducateurs, interpellent l'institution sur leurs besoins en formation, information et accompagnement. Ces élèves à besoins éducatifs particuliers, notre école ne peut les oublier.

  1. Voir le projet de circulaire de la rentrée 2004.
  2. Au cours de cette université d'automne, ont été considérés comme élèves à besoins éducatifs particuliers (liste sans ordre de prééminence et non exhaustive : les élèves en situation de handicap, nouveaux arrivants, voyageurs, intellectuellement précoces, en situation d'illettrisme, dysphasiques, dyslexiques…).
  3. Special needs children.
  4. CAPA-SH : Certificat d'Aptitude professionnelle pour les Aides spécialisées, les enseignements adaptés et la scolarisation des élèves en Situation de Handicap.
  5. 2CA-SH : Certificat Complémentaire pour les enseignements Adaptés et la Scolarisation des élèves en situation de Handicap, destiné aux enseignants du second degré.

 

 

Actes de l'université d'automne - Le système éducatif français et les élèves à besoins éducatifs particuliers 27-30 octobre 2003

Mis à jour le 15 avril 2011
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