Colloque « De la mixité à l'égalité dans le système éducatif »

Renforcer les outils de promotion de l'égalité

Table ronde

animée par Dominique Torsat, coordonnatrice des activités du Comité interministériel, direction de l'Enseignement scolaire, ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche

avec la participation de :
Michelle Zancarini-Fournel, professeure d'histoire contemporaine, IUFM de Lyon
Armelle Le Bras-Chopard, chargée de mission à l'Egalité des chances femmes/hommes dans l'enseignement supérieur (DES), ministère de l'Éducation nationale
Véronique Carré, professeure, université de Reims
Guy Lévi, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, chef de la mission de l'encadrement supérieur, ministère de l'Équipement, des transports, de l'aménagement du Territoire, du tourisme et de la mer
Michel Lorcy, directeur départemental de la protection judiciaire de la jeunesse, Territoire de Belfort
Dominique Devigne, ministère de la Justice

La formation à l'égalité dans la formation initiale des maîtres

Michelle Zancarini-Fournel

C'est à l'IUFM de Lyon qu'ont été mises en œuvre des actions de formation à l'égalité depuis la rentrée 2000 et dans ce cadre un tiers des professeurs stagiaires a été concerné par la formation à l'égalité filles-garçons. Lors de la rentrée universitaire 2000, nous étions deux IUFM à mettre en œuvre une formation au genre (Lyon et Toulouse). À l'IUFM de Toulouse, c'était à l'initiative de Jeanne Fine, professeure de mathématiques.
Ces formations sur l'égalité ont été mises en œuvre selon deux modalités très différentes. Le point a été fait à la fin de l'année. À l'IUFM de Toulouse, cela s'est fait dans le cadre de conférences proposées à un grand nombre de stagiaires. Elles ont touché environ deux vagues près de 400 stagiaires. À l'IUFM de Lyon, nous avons choisi de procéder par petits groupes d'analyse des pratiques, dans ce que l'on appelait à l'époque les "groupes de soutien à l'intégration professionnelle". Nous proposions deux fois trois heures de travail, décalées de trois mois, en donnant aux stagiaires un travail à réaliser, de trois sortes :
premièrement, réaliser dans les classes, une séquence pédagogique mettant en œuvre, selon leur discipline, ces questions là ;
deuxièmement, tenir un carnet de bord sur ce qui se passe dans la classe, dans les cours, dans les toilettes et dans les couloirs. On leur demandait de tenir un carnet de bord à la fois sur ce qui se disait, en particulier les injures, les injures sexistes et également sur les gestes, sur les relations filles-garçons, etc ;
le troisième point concernait les conseils de classe, sur l'orientation.

Cela a été pour les étudiants l'occasion de se sensibiliser, je crois qu'il faut être modeste dans son évaluation. Nous avons eu des résistances au début, elles ont diminué avec les questions d'actualité, qui sont de plus en plus vives. Ce sont les conseillers principaux d'éducation qui ont été les premiers à réagir très vite à cette formation parce qu'ils se sentaient particulièrement concernés.

Ensuite, venaient les professeurs des écoles stagiaires très concernés par la question des stéréotypes, la gestion des espaces, etc. Par contre les certifiés et les agrégés ont été plus réticents, c'est-à-dire que, selon les grades et les disciplines, des réactions ont été différentes, mais ceux qui ont accepté tout de suite d'aborder la question étaient les professeurs d'EPS. Je tiens à le dire parce que c'est la discipline qui est particulièrement concernée par toute une série d'éléments.

À Lyon, pour travailler sur cet aspect, j'ai essayé de construire une équipe pluridisciplinaire et mixte, avec des hommes et des femmes. Le fait qu'il y ait des hommes, je crois que c'était très important, en particulier les premières années, pour imposer la formation, non que les femmes ne soient pas capables de réaliser cette formation, mais la mixité, c'est important pour la crédibilité et la visibilité. Mon action a été fortement soutenue par les trois directeurs qui se sont succédés à l'IUFM.

Nous avons d'ailleurs mis en place un réseau d'IUFM, notamment dans ce que l'on appelle le pôle Sud-Est des IUFM. Il faut souligner l'action importante entreprise par les IUFM de Grenoble et de Montpellier. Des formations de formateurs y ont été organisées sur les questions théoriques de sexes et genres, le lien entre l'éducation physique et sportive et le genre, l'enseignement des langues, la psychologie et la différence des sexes, l'histoire des femmes, le genre des jeux vidéos, les violences sexistes...

Les violences sexistes nous préoccupent particulièrement, aujourd'hui sous deux aspects, celui de la pédophilie et celui de l'homophobie, réelle ou supposée. La pédophilie, pourquoi ? Parce qu'il y a une diminution à l'heure actuelle des hommes qui veulent enseigner en maternelle, et dans les premières classes du primaire. La hantise sociale de la pédophilie est telle, la crainte des parents est telle aussi, que les jeunes hommes s'éloignent de ces secteurs là. C'est un vrai problème et je rejoins là ce qui a été dit à la table ronde précédente, sur la nécessité de débattre, de proposer des lieux de discussion avec les parents, pour essayer de contrer ces peurs sociales qui changent les pratiques d'enseignement, à cause d'un rejet de tout rapport avec le corps de l'enfant. On le savait déjà pour les professeurs d'éducation physique. Ils ne proposent d'ailleurs plus certains exercices dans leurs cours, et en particulier, ils ne proposent plus certains exercices aux filles, parce qu'il ne faut plus de contact, parce qu'il y a des risques de poursuites judiciaires éventuelles. C'est donc un premier questionnement.

La question de l'homophobie qui est de deux ordres, côté élèves et côté enseignants. Avec les élèves, c'est la question du virilisme qui se développe. Je pense notamment à certaines études menées dans les établissements scolaires centrées sur la question de l'exclusion des garçons. On a beaucoup parlé des filles et des femmes, il est important de parler aussi des garçons, de l'exclusion de certains garçons en lien avec une attitude virile, une sorte de norme virile, qui leur est demandée par le groupe des pairs. Du côté enseignants, nous avons certains stagiaires hommes, qui ont ces difficultés, qui ne sont pas perçus comme assez virils par leurs élèves et qui leur font savoir par une série d'insultes, etc. Ces questions là, nous en débattons dans les stages de formation de formateurs.

Plusieurs IUFM travaillent en lien avec les universités sur cette question. C'est le cas, par exemple, de l'IUFM de Strasbourg qui a développé avec l'université proche, toute une série de formations, c'est le cas bien sûr à Toulouse, mais depuis longtemps aussi à Lyon. Á Lyon et Toulouse, les premières formations ont pu avoir lieu grâce à une tradition historique, très ancienne, d'implantation de formation.

Le premier colloque "Femmes, féminismes, recherche", s'est tenu à Toulouse en 1982. Le Centre lyonnais d'études féministes s'est installée depuis très longtemps à Lyon, donc ceci explique cela. Á Nice, la formation organisée à l'IUFM est en lien avec la formation continue. Á Clermont, une action a été conduite auprès des chefs d'établissement, et si j'avais une demande à faire ce serait la mise en place d'une formation des chefs d'établissement sur cette question là. Á l'IUFM de Lille très récemment, s'est tissé un partenariat très étroit avec la Belgique, dans le cadre du programme européen "Daphné" et avec le rectorat.

Je voulais simplement dire que la question des violences sexistes prenant une importance, comme l'a souligné tout à l'heure le collègue du ministère de la Justice, nous devrions nous travailler beaucoup plus dans les IUFM avec la Justice sur la question du rappel à la loi.

Il faudrait pérenniser les actions entreprises. Ce que nous avons fait avec la convention 2000 est fortement lié aux co-financements FSE, pour une période de six ans, 2000-2006. Je crois qu'il est très important de transmettre, de former des successeurs, de passer le relais et aussi de pérenniser institutionnellement, par différents moyens, la formation dans le système éducatif, en partenariat avec d'autres ministères, en particulier celui de la justice.

La mixité dans l'enseignement supérieur

Armelle Le Bras-Chopard

L'égalité des chances filles - garçons, femmes - hommes dans l'enseignement supérieur au ministère de l'Éducation nationale pose deux types de problèmes que nous retrouvons dans les autres ministères. D'une part, comment le système éducatif, permet-il de prendre conscience des disparités entre hommes et femmes et d'y remédier pour changer les mentalités, ceci au niveau des élèves et étudiants, jeunes ou futurs citoyens, et au niveau des enseignants chargés de cette sensibilisation et qu'il faut eux-mêmes " conscientiser " ? D'autre part, en interne dans chaque ministère, la question qui se pose est celle de l'accès des femmes aux postes de responsabilité, en particulier dans les établissements d'enseignement. En ce qui concerne l'enseignement supérieur au ministère de l'Éducation nationale, le travail s'effectue au niveau des universités, des Instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM), des Écoles normales supérieures (ENS) et des écoles d'ingénieurs, pour réduire une disparité à la fois horizontale et verticale. Horizontale au niveau des étudiantes et des enseignantes peu présentes dans les disciplines de sciences " dures " et majoritaires dans les sciences humaines. Verticale dans le sens où les femmes accèdent peu aux emplois supérieurs (15, 5% de femmes professeures) et aux postes de responsabilité importants (moins d'une dizaine de femmes présidentes d'université sur 88 universités).

Mon propos ici n'est pas de détailler l'action engagée par la direction de l'Enseignement supérieur depuis la nomination d'une chargée de mission à l'Égalité des chances femmes/hommes dans cette direction en 2000 1 , mais de sélectionner deux types d'actions, entamées à la DES, et que l'on pourrait mener en commun avec d'autres ministères partenaires de la Convention 2000 :
les statistiques sexuées
le recensement des enseignements sur le genre.

Les statistiques sexuées

Pour modifier une situation que l'on sait inégalitaire, il faut la connaître avec plus de précision. Cette modification ne peut s'effectuer seulement à partir de chiffres globaux, nationaux, par en haut, mais doit impliquer localement, à la base, les établissements d'enseignement qui peuvent alors, compte tenu de leurs spécificités, contribuer eux-mêmes, à leur niveau, à une plus grande égalité entre les sexes. Depuis 2001, des statistiques ont été collectées par établissement. Les universités ont obligation de renseigner les services statistiques de l'administration centrale, en particulier les directions du personnel enseignant du personnel administratif et des études et de la programmation qui centralisent les données et avec laquelle nous travaillons principalement. Des informations complémentaires (sur les vice-présidences, les directions d'écoles doctorales, les présidences des commissions de recrutement…) sont demandées, sous forme de questionnaires, par la direction de l'Enseignement supérieur aux établissements. Un dossier d'une vingtaine de pages, avec une grille similaire, est alors constitué pour chaque université, consultable sur le site du ministère de l'Éducation nationale, comprenant les pourcentages garçons/filles, femmes/hommes pour les étudiants, les enseignants et le personnel administratif. Ceci à tous les niveaux : disciplines, cycles, postes de responsabilité…

Cette présentation homogène pour toutes les universités permet des comparaisons et les données individualisées forment une base sur laquelle chaque établissement peut affiner ces renseignements chiffrés compte tenu de sa situation spécifique, procéder à des enquêtes qualitatives en son sein, émettre des préconisations, aboutir à des décisions qui vont, déjà localement, dans le sens d'une plus grande égalité des sexes. Un groupe de travail formé de membres des différentes directions du ministère et d'universitaires améliore le dispositif pour sa mise à jour annuelle et l'étend petit à petit à d'autres types d'établissements que les universités. Dans le cadre de la convention 2000, il serait utile de travailler avec les autres ministères pour savoir ce qui est fait chez nos partenaires, harmoniser les grilles et les indicateurs, homogénéiser la présentation de nos données respectives et avoir un outil commun.

Enquête sur les enseignements et la recherche sur le genre

Comparée aux autres pays, et pas seulement européens (que l'on songe aux États-Unis par exemple), la France comprend peu d'enseignements sur le genre dans les cursus et, s'il y a de nombreuses publications individuelles de chercheuses, la recherche institutionnelle, celle qui est effectuée dans des laboratoires et centres de recherche officiellement reconnus, fait figure de parent pauvre en ce domaine. Au delà du constat impressionniste et pessimiste, il s'agissait là aussi d'avoir une vision exacte et, si possible exhaustive, de la réalité. Un questionnaire a donc été élaboré et envoyé par la DES aux universités et instituts de recherche, et traité ensuite par l'association l'ANEF, après appel d'offres et financement du ministère de la Parité. Le rapport final est aujourd'hui consultable sur le site du ministère de la Parité, du ministère de la Recherche et bientôt sur celui de l'Éducation nationale. Il est important de noter que, dans cette enquête, une authentique coopération a fonctionné entre trois partenaires de la Convention 2000 : les ministères de l'Éducation nationale, de la Recherche et de la Parité. La récolte a été maigre côté recherche, mais les taux de réponse, plus significatifs pour les enseignements, ont permis de détecter les points forts et faibles tant au point de vue des disciplines que des aires géographiques.

Depuis 2001, date de retour des questionnaires et point de départ du traitement de l'enquête, la situation a évolué et nécessite une actualisation. Là encore, il serait possible d'élargir l'opération à d'autres ministères partenaires de la Convention 2000, d'y inclure leurs propres établissements d'enseignement, d'élaborer un nouveau questionnaire en commun et de travailler ensemble.

D'autres actions ont été menées dans l'enseignement supérieur : conventions avec co-financements européens, contrats quadriennaux que la DES passe avec les établissements, opérations de sensibilisation (expositions, colloques, interventions diverses…), formations à l'égalité hors cursus officiel…, mais, comme je l'indiquais au début de ce texte, je ne souhaitais pas faire un bilan de l'action de la DES : il s'agit plutôt de se tourner vers l'avenir et j'ai tenu à me concentrer ici, de façon pragmatique, sur deux actions concrètes pouvant aboutir à un authentique partenariat avec les autres ministères. Bien entendu, toutes autres actions peuvent être envisagées et toutes les suggestions sont les bienvenues…

La formation à l'égalité dans l'université

Véronique Carré

L'université de Reims Champagne Ardennes est pluridisciplinaire, avec un secteur santé, ce qui incite à traiter de l'égalité des genres de façon transversale. Nous, nous avons engagé deux actions, d'une durée de trois ans, au sein donc de l'université, avec le soutien du fond social européen.

La première action a commencé en septembre 2001. Elle ne concernait que les mathématiques. Nous avons travaillé autour d'une exposition qui s'intitule "femmes et maths, pourquoi pas vous ? ", réalisée par l'association "Femmes et mathématiques". La seconde action a démarré en septembre 2002. Elle est beaucoup plus large et concerne aussi bien le personnel de l'université que les étudiants. Elle implique les facultés de sciences, la faculté de droit, le service universitaire d'action culturelle et le service universitaire d'action sportive. Nous avons souhaité travailler dans la transversalité, ce qui nous conduit à agir selon quatre volets :
un premier volet, assez classique, relève de la sensibilisation à la problématique des rapports sociaux de sexe ;
un deuxième volet concerne la promotion des filles dans les milieux scientifiques, plus particulièrement en DEUG MIAS (mathématiques, informatique appliquées aux sciences), en DEUG science et structure de la matière et STPI (science et technique pour l'ingénieur) ;
un troisième volet concerne les activités culturelles et sportives ; ce fut le volet le plus transversal de ce projet ;
un quatrième volet, qui démarre plus difficilement, concerne la promotion du personnel et les relations au travail.

Le premier de ces différents volets, la sensibilisation à la problématique des rapports sociaux de sexe, n'a pas été facile à mettre en place. Pour commencer, nous avions choisi à l'époque, en décembre 2002, d'organiser un colloque : "égalité des sexes, où en est-on ? ". Il s'est tenu devant un public assez restreint, d'une centaine de participants. Les femmes y étaient majoritaires et l'accueil très favorable. Les thèmes de l'histoire des droits des femmes, de la politique, des femmes et des hommes au travail, des femmes et des hommes dans la vie privée, ont été abordés ; nous avons même reçu une oratrice marocaine, dont l'intervention a permis d'initier un débat sur "femmes et pouvoir au Maroc". À la suite de cela, nous avons conclu à la nécessité d'inscrire ce type d'action dans la durée. Nous avons donc développé, sur tous les sites de l'université, des conférences débats, animées par des ATER à l'UFR de droit, sur les droits des femmes. Cette action s'est tenue non seulement dans toute l'université de Reims Champagne Ardennes, mais aussi à Charleville-Mézières, à Chalons en Champagne, à Troyes, etc. Nous y avons trouvé un accueil favorable, malheureusement le public était très restreint, par manque d'adhésion, voire par pression, de l'entourage immédiat des chefs de service. Cette organisation n'a donc pas été facile, mais les débats furent riches ; le bilan est cependant mitigé.

Le deuxième volet - la promotion des filles dans les DEUG scientifiques - était centré sur un programme d'accompagnement de la scolarité, des nouvelles bachelières scientifiques et techniques, dans l'université. L'objectif était de les ouvrir à une meilleure connaissance du système universitaire, de faciliter leur intégration, de leur apprendre à organiser leur travail et à mettre en place un projet professionnel valorisant. Il est vrai que les filles arrivent souvent avec un projet professionnel, en faculté de sciences ; elles veulent être professeur des écoles ou professeur de maths, de physique. Elles ont une très grande méconnaissance - comme tous les étudiants d'ailleurs - des débouchés que peuvent offrir les études universitaires. L'une de nos tâches principales est justement d'expliquer les poursuites d'études après l'université. Dans la mise en œuvre de cette action, nous avons rencontré deux obstacles importants.

Je souhaite tout d'abord préciser, que le programme est pris en charge par des enseignants ou des enseignantes scientifiques et aussi par des référents ; c'est ce qui en fait l'intérêt. Pour cela, nous avons sensibilisé des étudiants de licence, de maîtrise qui jouent le rôle de référents auprès des étudiants de première année de DEUG. C'est une démarche qui fonctionne très bien, les échanges sont nombreux et constructifs. Par contre, nous avons rencontré deux obstacles dans la difficulté de transmettre le message en direction des lycées et de commencer une action nouvelle en DEUG, non intégrée dans un enseignement obligatoire. Par ailleurs, nous avons eu la chance d'avoir le soutien du président de l'université ; cela a permis d'intégrer la question de l'égalité dans toutes les conférences de pré-rentrée et, de ce fait, la sensibilisation a été rapide. Par contre, l'initiative n'étant pas intégrée dans le cursus, relevant du bénévolat, les filles ne viennent pas systématiquement ; elles sont nombreuses au début et au fur et à mesure du temps, elles ne sont plus qu'une quinzaine à être présentes.

Le troisième volet, concerne les actions culturelles. Comment favoriser l'émergence d'une pratique culturelle chez les étudiantes, leur permettre une meilleure intégration dans la vie des campus et dans les instances culturelles ou régionales, par le biais de l'art. Dans cette perspective, nous avons organisé deux actions significatives.

Une réalisatrice a été invitée pour une conférence-débat dans le cadre de l'enseignement sur le cinéma. Valéria Sarniantou, réalisatrice de documentaires, a abordé la question de l'égalité entre les femmes et les hommes dans ce type de production, ainsi que dans sa profession. Comment existe-t-on, en tant que femme, dans ce métier ? Quelles références au cinéma féminin ont pu nourrir son parcours d'artiste ? Comment peut-on exister en tant qu'épouse d'un réalisateur mondialement connu ? Y a- t-il une spécificité de la création au féminin ? les étudiants ont été passionnés.

Sur cette lancée, nous avons réalisé une exposition de trente femmes, artistes de la région : plasticiennes, peintres…L'idée était d'avoir un lieu, au sein de l'université, pour parler culture et non plus éducation. Un catalogue de l'exposition a été réalisé, les femmes ont eu à réfléchir sur "Le fait d'être une femme influence-t-il la création artistique ? Vos œuvres peuvent-elles être qualifiées de féminines ? "

Nous avons également mis en place des actions dans le domaine du sport, pour essayer d'augmenter significativement le nombre de participantes aux différentes activités, à partir de l'hypothèse que lorsque l'on est bien dans son corps, on est mieux dans sa tête ; c'est donc un plus pour une meilleure réussite de ses études.

Une enquête a été faite sur les motivations et les attentes des filles, concernant les sports proposés par le service universitaire d'action sportive. Il s'avère que les étudiantes ont une motivation intrinsèque, ce sont les contraintes qu'elles s'infligent qui les motivent ; elles souhaitent perdre du poids, rester en bonne santé. Le plaisir n'apparaît pas comme la motivation principale. Elles recherchent des activités à dominante féminine ou mixte, non centrées sur la compétition.

La place des femmes dans l'encadrement au ministère de l'Équipement

Guy Lévi

Le ministère de l'Équipement fait partie des "néo-signataires" de la Convention interministérielle et s'inscrit tout particulièrement dans la perspective de l'axe 3 "" en menant une action volontariste pour favoriser l'accès des femmes aux postes d'encadrement supérieur.

Tout d'abord, quelques chiffres pour situer le ministère. Il compte environ 100 000 agents dont 25 %, toutes catégories confondues, sont des femmes. L'encadrement représente 10 % de l'effectif, 1 cadre sur 4 est une femme et 15 % d'entre elles sont cadres supérieures et sont susceptibles d'occuper des postes de direction (ingénieures des ponts et chaussées, administratrices civiles, architectes et urbanistes de l'État, ingénieures des travaux publics de l'État, attachées des services déconcentrés). Près de 10 % des postes de direction sont tenus par des femmes. On notera notamment le fait que trois femmes occupent depuis 2003 des postes de directrices régionales de l'Équipement alors qu'il n'y en avait jamais eu jusque-là. Les femmes sont encore trop peu nombreuses aux postes de direction. Dès la fin de la décennie 1990, la direction du personnel a lancé un plan d'action visant à favoriser l'égalité professionnelle des femmes et des hommes. L'objectif étant d'améliorer la parité et de favoriser l'accès des femmes aux postes d'encadrement supérieur par des actions très concrètes et des actions d'ordre plus qualitatif dans la gestion des carrières. Conscient de la nécessité de favoriser l'accès des femmes aux emplois supérieurs, le ministère de l'Équipement a également mené une recherche visant à réduire les difficultés d'accès à ces postes.

L'amélioration de la parité a ainsi consisté à imposer la nomination d'au moins 30 % de femmes dans les instances paritaires, les jurys de concours, la féminisation des noms de métiers, des grades…Il s'agit maintenant d'actions pérennes, intégrées dans les modes de gestion. Chaque corps d'encadrement est doté d'un (e) chargé(e) de mission qui est membre du corps dont le rôle consiste notamment à apporter un conseil personnalisé d'orientation de carrière mais également à constituer des viviers de futurs cadres dirigeants. Les chargé(e)s de mission conseillent leurs collègues dans les choix de poste qui leur permettront l'accès à ces viviers. Ils intègrent notamment le souci de parité, notamment dans le recherche des postes les mieux adaptés aux situations personnelles.

La transparence est organisée. Les cursus permettant l'accès aux postes de direction en service déconcentrés sont connus, l'un des critères étant par exemple d'avoir occupé un poste d'adjoint au directeur. Les postes d'adjoint sont publiés sur les listes offertes à la mobilité accessible à chacun par l'intranet et passent en commission administrative paritaire. Depuis 2003, l'ensemble du dispositif est complété par des "rendez-vous d'orientation". Il s'agit de tests et d'entretiens proposés aux cadres après deux années dans leur second poste de cadre confirmé pour leur permettre de faire un choix entre divers types de carrières, cohérent avec leur potentiel, leurs motivations et les possibilités de parcours professionnels proposés.

Une restitution confidentielle est faite à chacun sur la base des comportements observés et évalués. C'est alors l'occasion d'échanger sur leurs points d'appui et leurs points éventuels de vigilance pour des préconisations de parcours professionnels et/ou de développement de compétences. Ces "rendez-vous" contribuent également à la détection des futurs cadres dirigeants et le dispositif, en phase de démarrage, a concerné à ce jour une trentaine d'agents.

Le ministère de l'Équipement a souhaité aller plus loin en menant une recherche sur les obstacles à l'accès des femmes aux postes d'encadrement supérieur considérant que des caractéristiques particulières convenaient d'être analysées spécifiquement. En effet, la nature largement technique des missions du ministère induit une forte proportion de cadres appartenant à des corps techniques (ingénieurs des ponts et chaussées et ingénieurs des travaux publics de l'État) où, malgré leur ouverture incontestable à la mixité, les femmes sont encore minoritaires.

Cette étude, menée en 2003 par deux sociologues du laboratoire "techniques, territoires et sociétés" de l'École nationale des ponts et chaussées, vise à identifier les freins à l'accès des femmes aux emplois supérieurs et à proposer des recommandations visant à réduire les inégalités entre hommes et femmes. Dans une première partie, quantitative, l'étude analyse les parcours professionnels et familiaux des femmes ayant atteint ce niveau supérieur et compare les promotions des hommes et des femmes dans les principaux corps susceptibles de conduire aux fonctions d'encadrement supérieur. La seconde partie, qualitative, s'appuie sur des entretiens conduits auprès des femmes cadres supérieures. L'étude suggère enfin des pistes que le ministère se propose de mettre en œuvre :

La mobilité géographique : en allant au-delà d'une politique active mais traditionnelle de rapprochement de conjoint, le principe retenu est de tenir compte des données sociologiques (comme, par exemple, le souhait des enfants de rester en contact avec leur mère durant leur scolarité) pour favoriser la nomination des femmes plutôt près de leur poste en cours qu'à l'autre extrémité du pays. Dans cet esprit, les départements proches de chefs-lieux de région constituent un secteur privilégié, qui combinent l'accès aux cursus scolaires supérieurs et présence familiale proche.

Accompagner la construction de parcours : il est important de ne pas négliger les débuts de carrière et d'inciter les jeunes femmes à occuper des postes "pleins" plutôt que de se contenter, comme c'est parfois le cas de postes mal adaptés à leur formation ou à leurs souhaits pour se rapprocher de leur mari, famille, etc. Le chargé de mission concerné veille désormais sur ce point en attirant l'attention qu'une carrière se construit dès le début. De même, les absences dues aux événements familiaux (maternités, congés parentaux, etc.) sont à prendre en compte dans la construction d'un parcours professionnel, en choisissant par exemple une succession de postes complémentaires sur un domaine, permettant de se spécialiser. Cela donnera des atouts lors de l'examen des promotions, que ne donnerait pas une suite de postes hétérogènes. Enfin, l'objectif est aussi de démontrer que les postes dits "exposés" ne sont pas inaccessibles ; pour cela, il est envisagé de mieux mettre en évidence les réussites sur ces postes. En somme, il s'agit de lutter contre l'idée que le fait d'occuper un poste d'encadrement supérieur est incompatible avec du temps partiel ou une vie familiale.

"Le conte et la loi"

Michel Lorcy

Je vais présenter une action de prévention qui fonctionne depuis maintenant un peu plus de quatre ans sur le Territoire Belfort, intitulée : "Relation heureuse et respect mutuel, les abus sexuels et la loi".

Elle découle d'une réflexion avec les éducateurs de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), suite à l'accroissement constaté du nombre de mineurs, auteurs d'abus sexuels et du rajeunissement de ces auteurs là. C'est un constat que l'on faisait de manière implicite, sans réellement y réfléchir. Certains événements dans le département, comme l'arrestation de mineurs très jeunes impliqués dans des affaires de viols, nous ont amené à réfléchir et à construire le projet que je vais vous exposer maintenant. La PJJ travaille bien évidemment en direction des mineurs et des jeunes majeurs en danger. Ils sont suivis, sous mandat judiciaire, mais nous travaillons également, bien évidemment, avec les jeunes délinquants. Le constat que nous faisions donc, c'est que ces jeunes, arrêtés et placés en garde à vue, niaient les faits, ne comprenaient pas pourquoi ils étaient accusés de viol.

Lorsque nous les voyions, à la sortie de la garde à vue, avant que le procureur ne les reçoive dans son bureau et avant que le juge des libertés, le juge des enfants ne prononce une incarcération éventuelle, nous étions amenés à nous entretenir avec eux, à rencontrer leurs parents et essayer de proposer des mesures alternatives à l'incarcération. Dans ce cadre-là, nous rencontrions, de la part de ces jeunes, un désarroi très grand, une incompréhension, par rapport à des actes dont ils n'imaginaient pas qu'ils puissent être réprimés de cette façon-là. Les parents rencontrés dans les heures qui suivaient l'arrestation de leurs enfants étaient eux-mêmes confrontés à ce désarroi, puisqu'on les informait que leurs enfants, leurs fils, parfois leur fille, se trouvaient en garde à vue, et qu'à l'issue de la garde à vue, ils n'auraient plus l'occasion de les voir que dans le parloir d'une prison et ceci pendant sans doute plusieurs années. Cette situation touche en fait tous les milieux sociaux. Il faut bien le comprendre. Bien évidemment, les jeunes délinquants sont généralement issus de milieux difficiles, défavorisés, avec toute sorte de difficultés, mais sur ce type d'actes, d'abus sexuels, toutes les couches de la société sont représentées.

Le viol : un interdit franchi sans compréhension de la portée de l'acte

Lorsque ces mineurs sont placés en détention, même plusieurs mois après leur incarcération, (je vous parle en connaissance de cause pour avoir fait ce travail d'éducateur moi-même), ils sont convaincus qu'ils n'ont pas commis un acte aussi grave que la loi le dit. Nous nous sommes donc dit qu'il était important d'agir en amont et d'apprendre aux jeunes dans les collèges et les lycées, ce que dit la loi en matière d'abus sexuels, de viol et de le faire dans le cadre d'une action qui soit spectaculaire et qui marque les esprits. La définition du viol dans le code pénal est faite d'une manière très crue, avec des mots sans équivoque.

Nous souhaitions interpeller les jeunes à travers la loi, à travers des exemples vécus. Bien sûr l'anonymat était préservé dans les exemples cités, mais des faits réels étaient cités, à partir desquels le débat pouvait s'engager. Nous pensions que ces jeunes avaient franchi un interdit sans comprendre la portée de leurs actes au regard de la loi, mais aussi au regard d'un autre mode de loi qui régule notre société, qui est le code social, régissant les rapports entre les êtres humains, particulièrement dans " les relations amoureuses ", qui vont bien évidemment au delà de la relation sexuelle.

L'idée a consisté à monter une action un peu spectaculaire et à faire appel à une conteuse professionnelle. Aux travers des contes, elle amenait les élèves à aborder les codes sociaux, à réagir à l'égard de situations comme des abus sexuels, ou des actes de harcèlement, qui peuvent parfois conduire des jeunes filles à des gestes ultimes comme le suicide. Nous avons réalisé cette action avec l'Éducation nationale puisque le terrain de l'école, du collège et du lycée s'y prête bien. Dans un partenariat avec l'inspection académique sur le territoire de Belfort, la médecine scolaire et le service social scolaire, nous avons mis en place une action spécifique où un éducateur et une conteuse se déplacent dans les classes, à partir de la cinquième. Pendant deux heures, ils font un travail de décodage des contes, d'explication autour de la loi. Un travail interactif de questions-réponses, d'échanges, a lieu avec la classe, garçons et filles réunis.

L'action se déroule en présence d'un membre du collège ou du lycée. En général, un conseiller principal d'éducation, ou personnel du service médical parce que nous avons rapidement assisté à des révélations d'élèves victimes elles-mêmes d'abus sexuels, ou qui pensaient l'être, dans leur famille, le quartier ou l'école. Nous n'avions pas imaginé ces conséquences, au départ. Parfois même, nous avons eu des révélations ou des inquiétudes d'élèves qui avaient le sentiment, à l'issue de notre intervention, d'être en situation d'auteurs d'abus sexuels, de jeunes qui ne se sentaient pas forcément bien dans leur façon de réagir à l'égard des filles.

Pourquoi les contes ?

Parce que c'est une façon intemporelle, impersonnelle d'aborder des sujets graves, qui ne met pas en jeu directement le public d'élèves que nous avions en face de nous, qui leur permet de se projeter dans un monde imaginaire, mais qui rappelle, bien évidemment des événements concrets de leur vie de tous les jours.

Ces contes sont des contes populaires de différents pays, dont certains sont très connus : par exemple une version du "Chaperon rouge" que vous ne connaissez certainement pas, où la grand-mère est accommodée par le loup et mangée, son sang étant bu par le Petit Chaperon Rouge. Nous pensions que les élèves surtout d'un certain âge, et notamment en lycée technique, en lycée professionnel avec des publics majoritairement de garçons de 17 à 19 ans, allaient être lassés, allaient rire de ce qu'on allait leur raconter. Pas du tout. Pendant les deux heures d'intervention, je vous le garantis, nous n'avons jamais eu besoin de jouer les gendarmes. Nous avons eu des échanges d'une rare qualité avec des élèves, aussi bien de cinquième que de terminale, avec un intérêt partagé entre garçons et filles. Cette action a été primée comme étant la meilleure action de prévention de la délinquance en 2003 et j'ai eu l'occasion d'en témoigner l'année dernière à Copenhague au cours d'un colloque européen.

En ce qui concerne l'évaluation de l'action, je n'ai pas de chiffres à vous donner. Je peux vous dire quand même pour terminer que nous avons le sentiment, au bout de deux ou trois ans, que le nombre de mineurs suivis par la PJJ à Belfort, en matière d'abus sexuels, a énormément baissé. Nous n'avons pas encore évalué le lien de cause à effet entre cette action et la situation en matière de délinquance des mineurs dans le département, mais en tous cas, nous avons le sentiment qu'elle a eu des résultats très positifs.

La mixité au ministère de la Justice

Madame Devigne

Nous intervenons, par le biais d'un observatoire des carrières, en aval du système éducatif. Au sein du ministère, nous avons un certain nombre d'écoles : l'École des greffes, l'École de la magistrature, l'École de l'administration pénitentiaire. Ce sont toutes des écoles de formation professionnelle ; elles n'ont pas véritablement de poids sur l'orientation des uns et des autres.

L'observatoire des carrières a été mis en place au sein du ministère de la Justice, parce que depuis un certain nombre d'années, nous nous interrogions sur l'évolution de la parité hommes-femmes. Si nous constatons qu'elle est globalement respectée, puisque les femmes représentent à peu près 52 % de l'ensemble du personnel, nous nous rendons compte, cependant, que finalement les femmes sont représentées de manière très inégale dans les différents corps de métiers. Certains corps, comme celui des magistrats auxquels j'appartiens, se féminise beaucoup et il s'est féminisé relativement vite. Je voudrais simplement rappeler que les femmes ne sont rentrées dans le corps de la magistrature qu'en 1946. Auparavant elles n'avaient pas le droit de vote.

Lorsqu'on a établi, en 1965, les premières statistiques, on s'est rendu compte qu'au sein de l'École de la magistrature, 80 % d'auditeurs étaient des hommes. En 1981, les femmes représentaient 54 % et devenaient donc majoritaires. Depuis l'évolution n'a pas cessé. Aujourd'hui, parmi les dernières promotions d'auditeurs de justice, les femmes représentent 80 % des auditeurs, ce qui veut dire que, "rien n'est perdu", puisque finalement depuis 1946, peu de temps s'est écoulé, par rapport aux progrès réalisés.

Indépendamment des magistrats, d'autres corps au sein du ministère se sont féminisés, comme celui des greffiers, des personnels administratifs des services judiciaires, des éducateurs de la direction de la protection judiciaire de la Jeunesse, des travailleurs sociaux. Indépendamment de ces corps là, vous en avez d'autres toujours marqués par une prédominance masculine, en particulier, les corps techniques et les corps de surveillance de l'administration pénitentiaire, qui posent en particulier le problème de l'entrée des femmes dans ces établissements.

Finalement au sein de notre ministère, nous nous sommes beaucoup interrogés sur cette évolution, en particulier sur la féminisation de certains corps pouvant être considérée comme dévalorisante pour certains métiers, notamment pour celui de magistrat. Il faut que le corps accepte cette évolution, mais il y a cependant un moment où, quand un seuil est dépassé, le corps social peut rejeter cette évolution. C'est à partir de ces questionnements qu'a été créé un observatoire des carrières de la justice.

Nous sommes partis également d'une autre problématique ; bien que les femmes soient majoritaires, elles ne sont pas majoritaires aux postes à responsabilités et en particulier encore une fois dans la magistrature. Vous avez 80 % d'auditeurs mais 15 % des femmes qui occupent des postes de responsabilités et qui sont chefs de juridiction. À partir de ces constats, il a été décidé de recenser les problèmes et de mettre en place un observatoire qui permettrait de mettre les choses à plat. C'est la raison pour laquelle, le Garde des Sceaux a décidé, par arrêté du 21 août 2003, la création de cet observatoire des carrières de la justice. C'est un instrument atypique dans le paysage administratif français.

Il a trois missions :
réfléchir aux évolutions possibles et souhaitables des métiers offerts par le ministère de la justice ;
étudier la place que peuvent, et que doivent, occuper les femmes au sein du ministère et faire des propositions pour le développement des carrières des femmes, y compris donc dans les postes de responsabilités et d'encadrement ;
donner aussi une meilleure image et une meilleure connaissance des métiers de la justice à nos concitoyens notamment chez les jeunes, les garçons et les filles. Pour réaliser cette mission, l'observatoire a été conçu de manière transversale et représentative de toutes les composantes du ministère, avec des directeurs d'administration centrale, des directeurs des écoles, des représentants de juridictions et des services déconcentrés, avec également des organisations syndicales et professionnelles de magistrats ou de personnel du ministère.

Cet observatoire est assisté d'un comité technique composé de la même manière. Il a été installé en décembre 2003 et a commencé à travailler, avec des groupes de travail de quatre à cinq personnes. Un premier groupe est constitué des corps et fonctions de direction, un deuxième groupe des métiers juridictionnel et administratif, un troisième groupe des métiers à dominante socio-éducative et un quatrième groupe des métiers de surveillance et techniques. Chacun travaille sur une problématique particulière, l'évolution des carrières, la place des femmes dans les différents métiers et l'attractivité des métiers de justice. Ils se sont réunis trois ou quatre fois, depuis que l'observatoire a été mis en place. Ils font des propositions, qui sont ensuite soumises au Garde des Sceaux.

Débat avec la salle

Michel Lorcy
Je pense que toute action de terrain nécessite une évaluation et qu'il est indispensable de poser la question des effets à court et moyen termes de nos actions. C'est une exigence par rapport aux moyens engagés.

Je vais aborder ce sujet du financement parce qu'il représente le nerf de la guerre. C'est vrai qu'une action telle que je vous l'ai présentée à un coût. Notre conteuse professionnelle, intermittente du spectacle bien évidemment, demande un salaire qui est, je crois de deux mille francs par jours. Donc deux interventions de deux heures par jour. La protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) assure entièrement le coût de l'opération. C'est un choix que nous faisons pour faciliter et mettre en place l'action le plus rapidement possible dans les établissements scolaires. Nous bénéficions d'une aide liée à la politique de la ville et nous devons rendre des comptes tous les ans sur l'utilisation de ce budget et sur la réussite des actions mises en place dans les départements. D'ailleurs, lorsque je suis allé présenter cette action à Copenhague, un des critères exigés par les partenaires européennes était moins le contenu de l'action que son évaluation en terme d'efficacité. Sans doute s'agit-il là d'une tradition plutôt anglo-saxonne que latine, mais c'est vrai qu'aujourd'hui nous sommes obligés d'y venir. Les financements se réduisent et automatiquement le nombre de projets présentés nécessite, dans la concurrence, que l'on tienne compte de leur réussite sur le terrain.

Delphine Brun
Par rapport au programme des "p'tits égaux", nous avons voulu vérifier si effectivement il était pertinent ou pas d'agir dès la maternelle, dès l'âge de cinq ans. Donc nous avons mené une expérimentation dans des écoles de Haute-Savoie, qui nous a vraiment montré que l'éducation sexuée prépare vraiment les filles et les garçons à occuper des places bien distinctes plus tard à l'âge adulte dans la société. Cette évaluation montre vraiment que les enfants s'ancrent dans de nombreux stéréotypes sexués.

Au niveau de l'impact de l'outil en tant que tel, sachant qu'il est encore en cours d'adaptation, se serait présomptueux d'en parler. L'évaluation qui est en cours à la demande du ministère de la Parité et du ministère de l'Éducation a quand même montré un certain nombre de résultats. Bien évidemment, il y a des modifications à apporter au programme, notamment au niveau des biographies. Mais ce que l'on peut voir, c'est que ce programme interpelle vraiment les enfants, en leur permettant d'aborder différents thèmes qu'ils n'ont pas forcément l'habitude d'évoquer dans les heures de classe. Et puis également l'effet positif de ce programme. Ce sont les initiatives qu'ont pu prendre les enfants ou les enseignants et qui vont dans le sens d'une promotion de l'égalité. Des enfants qui jouent plus volontiers ensemble. Il existe une mixité au niveau des activités sportives. Par exemple, des enseignants ont proposé aux enfants de jouer à la corde à sauter, à des jeux davantage mixtes au niveau des espaces. Donc en terme de changements des représentations que les enfants se font de leur place dans la société, on n'a pas d'impacts ou de mesures réelles, mais on voit déjà un certain nombre d'effets intéressants en tout cas.

Hélène Pomme
Bien sûr il y a des freins à l'action. Bien sûr l'éducation à la citoyenneté et l'éducation civique, quel que soit le nom qu'on lui donne, ne cible par vraiment l'égalité filles-garçons. Il y a peut-être du travail à faire pour la réécriture partielle des programmes, mais les enseignants savent bien qu'il est possible d'adapter les programmes. Plutôt que d'indiquer des obstacles, je parlerai des moyens d'aider à cette prise de conscience. Le meilleur moyen est de former les enseignants, c'est de leur montrer l'importance de l'enjeu. Car l'obstacle, si vraiment il faut en désigner un, c'est la méconnaissance et une certaine indifférence. Il y a un énorme travail à réaliser au niveau de la formation des enseignants et cela dès la formation initiale. Et surtout, il faudrait rappeler aux enseignants qu'ils ont la possibilité d'utiliser des espaces de liberté et le moyen de faire réagir les élèves sur des sujets qui peuvent leur tenir à coeur, sur l'actualité ou un sujet du programme. C'est pourquoi le travail interdisciplinaire des itinéraires de découverte en collège, où plusieurs disciplines peuvent travailler sur un thème et où les élèves ont une certaine liberté de choix est intéressant. Je crois qu'il faut plutôt montrer que l'on peut aborder ce sujet-là, même s'il n'est pas dans les instructions et les compléments officiels.

Gilles Mazard
Je voulais juste revenir sur les questions d'évaluation. Dans l'enseignement agricole, je ne pense pas qu'on dispose des éléments chiffrés pour parler de l'évolution des comportements des jeunes ou de la diminution des conduites dites de violence ou de violence sexiste ou autre. Mais, ce qui est certain, c'est que les personnels qui se mobilisent sur des actions de ce type, en disent tout l'intérêt. Des relations de confiance s'instaurent entre adultes et jeunes. Elles libèrent la parole et permettent à beaucoup de jeunes d'exprimer leurs propres difficultés et donc de pouvoir être suivi pour ses difficultés. Sur la question des obstacles, des leviers ou des propositions, je trouve que l'une des difficultés actuelles dans l'enseignement est de se mobiliser collectivement. Nombre d'initiatives ne relèvent que de la volonté individuelle. La proposition c'est de réfléchir ou de trouver les moyens de construire collectivement des réponses dans les établissements. Trop souvent ce sont des politiques qui se croisent et qui sont lues comme incohérentes pour les adolescents.

Esther Fouchier
Tout d'abord concernant la journée du respect, nous avons fait une évaluation quantitative et qualitative. Je parlerai de l'aspect qualitatif, c'est l'essentiel, pour moi. Dès le départ nous avons rencontré des freins. Les élèves ont rempli un questionnaire concernant la charte du savoir-vivre ensemble, ils ont dit ce qu'ils avaient à dire sur le collège. Tout de suite, cela a créé des problèmes car ils ont rapporté des attitudes non respectueuses des adultes ; cela a bouleversé les personnels d'éducation et tout a été interrompu. Les enfants attendent toujours les résultats des propositions qu'ils ont faites.

Delphine Brun
En guise de proposition plutôt une remarque sur les obstacles éventuels à la promotion de l'égalité. Je rebondis sur ce que disait Hélène Pomme. Je pense que les outils de promotion de l'égalité ne suffisent pas forcément en tant que tels. Tout dépend de la manière de les utiliser. C'est ce qu'on a pu voir notamment dans le cadre de l'expérimentation du programme "Les p'tits égaux" et je pense donc qu'il est très important de former les professionnels. Pas seulement des professionnels de l'Éducation nationale mais aussi tous les professionnels qui interviennent auprès des jeunes, que ce soit dans le cadre du BAFA, dans le cadre des centres d'hébergement, notamment les centres d'hébergement qui accueillent des femmes victimes de violences, pour prévenir justement une reproduction intergénérationnelle de ces violences là. Donc intervenir, essayer de proposer des formations dans le cadre des écoles qui forment ces professionnels là pour que l'impact de ce type de message soit optimisé. Et puis également faire en sorte que ces outils puissent être disponibles auprès des professionnels qui souhaitent se saisir de cette thématique et y travailler.



  1. Pour de plus amples informations, je me permets de renvoyer à A. LE BRAS-CHOPARD, "La politique d'égalité des chances femmes/hommes dans l'Enseignement supérieur au ministère de l'Éducation nationale" in C. BARD, C. BAUDELOT, J. MOSSUZ-LAVAU, Quand les femmes s'en mêlent. Genre et pouvoir, Ed. de La Martinière, 2004, p. 349-376.

Mis à jour le 15 avril 2011
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