Colloque « De la mixité à l'égalité dans le système éducatif »

Filles et garçons dans le système éducatif : 1984-2004, quelle évolution ?


Claudine Peretti, directrice de l'Évaluation et de la prospective, ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche

La direction dont j'ai la charge, participe depuis longtemps au débat sur l'égalité des chances entre filles et garçons dans le système éducatif en produisant des statistiques mais également des études sur ce thème. En effet, elle a mis en place très tôt des moyens qui permettent de disposer d'un constat sur l'état de la parité dans le système éducatif, ce qui est une condition de base à toute discussion, et assure une large diffusion de ces données, mettant ainsi à disposition des outils d'aide au pilotage et à la décision. Chaque année, la direction de l'Enseignement et de la prospective (DEP) publie, soit dans le Répertoire et références statistiques sous formes de statistiques, soit dans État de l'École sous forme d'indicateurs, l'état des lieux des différences filles-garçons dans le système éducatif. De plus, la plupart des articles ou notes d'information de la direction proposent une approche par genre quand cela est pertinent. Enfin, la DEP participe à la publication de l'INSEE Regards sur la parité qui regroupe, chaque année, les données sur la place des femmes dans la société.

Cette année, la DEP a également consacré un de ses séminaires au thème de la parité filles-garçons. Cette production régulière de statistiques ventilées par sexe permet d'assurer un suivi et une évaluation des politiques et des pratiques. De plus, et c'est une des missions essentielles de la DEP, la production des statistiques et études associées a permis de remettre en question certains a priori comme la soi-disant préférence des garçons pour l'enseignement professionnel après la 3ème, qui n'est en réalité qu'un effet des moins bons résultats scolaires des garçons par rapport aux filles, ou bien la contribution des filles aux filières scientifiques que l'on présente comme négative alors que les filles soutiennent ces filières proportionnellement plus que les garçons.

Un constat, tout d'abord : en 2004, les filles et les garçons n'ont pas les mêmes parcours à l'école. Les filles réussissent mieux scolairement que les garçons comme dans la plupart des autres pays développés et ce quel que soit le niveau d'enseignement et quelle que soit la filière ou discipline considérée. En 2002,78 % des filles étaient à l'heure en 6ème contre 70 % des garçons. À la session 2003 du baccalauréat, 82 % des filles qui se sont présentées ont eu leur diplôme contre 78 % des garçons et elles ont obtenu plus souvent une mention "bien" ou "très bien". Aussi, en 2002,69 % d'une génération de filles a son baccalauréat contre 55 % pour les garçons. En terme de niveau, en 2002, l'accès au niveau du baccalauréat, niveau IV, concerne 75 % des filles contre 63 % des garçons. Enfin, la moitié des filles obtiennent leur DEUG en deux ans contre seulement un tiers des garçons. Elles ont une espérance de scolarisation plus élevée que celle des garçons. Mais, leurs parcours sont très différents.

Les filles et les garçons ne font pas les mêmes choix d'orientation aux différents paliers : les filles sont sur-représentées dans les filières littéraires du secondaire et du supérieur, dans les filières professionnelles des services, dans les IUFM et dans les écoles paramédicales et sociales. Les garçons le sont dans les filières scientifiques et industrielles, et notamment dans les IUT et les écoles d'ingénieur. Ces orientations sont le fruit de résultats scolaires différents mais surtout de choix différents dans les orientations à niveaux scolaire et social équivalents en raison de motivations elles-mêmes différentes. Si, en fin de 3ème, l'orientation plus fréquente des filles en second cycle général ou technologique s'explique par leur meilleure réussite scolaire, leurs vœux divergent nettement de ceux des garçons en fin de 2nde : quelles que soient leur appartenance sociale ou leur réussite scolaire, elles optent moins souvent pour une 1ère scientifique. De même, en 1ère technologique, comme en BEP, les sections industrielles restent le domaine réservé des garçons alors que les filles rejoignent en majorité une section tertiaire.

Ces différences expliquent, en partie, celles qu'on retrouve à l'entrée dans l'enseignement supérieur. Mais, si les filles se dirigent plus souvent vers des études longues à l'université et les garçons vers une filière sélective, leurs choix correspondent aussi à des motivations spécifiques. En effet, les filles ont plus souvent que les garçons un projet professionnel affirmé : les motivations auxquelles répondent les orientations que prennent les garçons et les filles sont ainsi très significativement différentes. Tous, en effet, mettent en tête leur intérêt pour le contenu des études, mais les garçons placent en deuxième position les débouchés, loin devant le projet professionnel, à l'inverse nettement privilégié par les filles. Ces projets présentent des particularités fortes : 60 % des bachelières S "à l'heure", dont le profil scolaire est susceptible de leur ouvrir les portes les plus variées, souhaitent se diriger vers la médecine, les professions paramédicales et sociales.

Le XXe siècle a connu une évolution spectaculaire de la scolarité des femmes. Les filles ont rattrapé puis dépassé les garçons sur le plan scolaire : durée moyenne des études, niveau moyen de diplômes, taux de redoublement ou de retard scolaire, taux de réussite aux examens, niveau moyen aux épreuves de contrôle des acquis scolaires, etc. Avant les années 1980, cela se vérifie au niveau de l'enseignement primaire et secondaire, de même que dans les deux premiers cycles du supérieur. Depuis, cette évolution a plus porté sur l'accès au supérieur, en terme de taux de scolarisation et de durée de scolarisation mais également en terme de filières : des filières peu féminisées ont évolué vers plus de parité mais par contre les filières déjà féminisées ont vu se renforcer leur part de femmes, ce qui contribue à moins de parité.

En 1981, le nombre d'étudiantes dépasse celui des étudiants. En 1999, les femmes deviennent majoritaires en 3ème cycle universitaire. Depuis les années 1970, le licencié est une licenciée, depuis le milieu des années 80 le titulaire d'une maîtrise est une titulaire, depuis la moitié des années 1990 le diplômé de DESS est une diplômée mais le doctorant et l'ingénieur sont toujours des hommes. Cependant, il y a eu une évolution entre 1984 et nos jours : 15 % des ingénieurs étaient des femmes en 1984,23 % aujourd'hui. 38 % des diplômés des écoles de commerce étaient des femmes en 1985,47 % actuellement. Enfin, si seulement 28 % des docteurs étaient des femmes en 1980, elles représentent 42 % en 2000. Aussi, le numéro 67 de la revue Éducation et Formation met en évidence que les deux tiers de la croissance des étudiants depuis 1990 sont dus aux femmes.

Faisons un retour sur la période 1984-2004.

En terme de niveaux de sortie

En 20 ans, les femmes sortent de plus en plus diplômées et à des niveaux plus élevés. En 2002, pour les générations âgées de 45 à 54 ans, nées autour des années 50, la proportion de femmes ayant un diplôme supérieur à bac+2 est inférieure à celle des hommes. Pour les générations de 35 à 44 ans, l'écart se resserre et, pour les générations plus jeunes, il s'inverse puisque 24 % des jeunes femmes de 25 à 34 ans disposent d'un diplôme supérieur à bac +2 contre 17% des jeunes hommes de 25 à 34 ans.

25-34 ans
35-44 ans
45-54 ans
F
H
F
H
F
H
aucun diplôme ou CEP
11, 2
16, 2
19, 4
22, 4
31, 2
28, 4
BEPC seul
4, 3
4, 2
8, 7
6, 1
9, 8
7, 2
CAP, BEP ou équivalent
17, 1
26, 5
30, 4
38, 9
24, 9
34, 4
baccalauréat ou brevet professionnel
22, 4
20, 1
16, 4
11, 3
13, 7
10, 7
baccalauréat+2 années d'études
21, 4
16, 4
13, 8
9, 8
11, 3
7
diplôme supérieur
23, 6
16, 7
11, 3
11, 6
9, 1
12, 3

Tableau n°1 : diplôme le plus élevé obtenu selon l'âge (en %).
Source : INSEE - Regard sur la parité, 2004, enquête emploi.

En terme de taux de scolarisation

Sur la période 1985-2001, la scolarisation des filles s'est plus fortement développée dans le supérieur que celle des garçons (cf. le graphique 1). De surcroît, les filles sont dorénavant plus scolarisées au delà de 24 ans, et, bien que la différence soit faible, elle est néanmoins significative du rattrapage que les filles ont réalisé aux niveaux de formation les plus élevés. Aussi, entre 1985 et 2001, l'écart entre l'espérance de scolarisation des filles et celle des garçons a fortement augmenté passant de 0, 2 à 0, 5 année. Les filles en ont bien mieux profité que les garçons, en raison de leur choix plus fréquent en faveur des études longues en fin de troisième.

Rentrée
Ensemble
Garçons
Filles
1985-1986
1986-1987
1987-1988
1988-1989
1989-1990
1990-1991
1991-1992
1992-1993
1993-1994
1994-1995
1995-1996
1996-1997
1997-1998
1998-1999
1999-2000
2000-2001
17, 11
17, 26
17, 45
17, 67
17, 89
18, 12
18, 36
18, 55
18, 80
18, 93
19, 01
19, 01
18, 99
18, 97
18, 94
18, 90
17, 02
17, 17
17, 36
17, 57
17, 78
18, 01
18, 21
18, 38
18, 60
18, 74
18, 82
18, 82
18, 80
18, 78
18, 75
18, 70
17, 20
17, 36
17, 54
17, 77
17, 99
18, 24
18, 52
18, 73
19, 00
19, 13
19, 21
19, 20
19, 19
19, 16
19, 13
19, 10

Tableau n°2 : espérance de scolarisation à deux ans.



  • *Source : DEP, DURIERS S. (2004), "Les taux de scolarisation : historique 1995-2001", DEP, Note d'Information à paraître.
  • Note de lecture : La diminution du taux de scolarisation à partir de 1997 est essentiellement imputable à l'accélération des parcours dans le second degré.

Mis à jour le 15 avril 2011
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