Colloque « De la mixité à l'égalité dans le système éducatif »

Ouverture des travaux


Nicole Ameline, ministre de la parité et de l'égalité professionnelle

C'est avec plaisir que j'ouvre les travaux de cette journée réellement exceptionnelle puisque pas moins de six ministères sont présents aujourd'hui ; des ministères qui se sont tous engagés en faveur du même objectif : promouvoir l'égalité des chances dans le système éducatif.

Je souhaite souligner l'importance de la Convention pour la promotion de l'égalité des chances entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes dans le système éducatif ; elle constitue un exemple de démarche intégrée sur ce thème au niveau national.

Trois éléments constituent cette démarche :
une plate-forme d'action avec trois volets qui serviront de fil rouge aux table rondes de ce jour : la diversification des choix d'orientation, l'apprentissage du respect de l'autre par la promotion d'une école non violente et non sexiste, enfin la sensibilisation des acteurs.
la mise en réseaux d'acteurs : des réseaux ministériels représentés ici et qui font vivre chaque jour sur le terrain la convention, en convainquant les acteurs locaux de l'utilité de la démarche, en impulsant des actions de plus en plus nombreuses, diversifiées et originales, pour certaines dans le cadre de conventions régionales. J'ai assisté notamment en février dernier à la signature de la convention de Basse Normandie pour la promotion de l'égalité des chances dans le système éducatif.
l'évaluation des projets.

Le 8 mars dernier, j'ai en quelque sorte amplifié cette démarche en présentant au Premier ministre "la Charte nationale de l'égalité", qui couvre l'ensemble des champs d'actions, et rassemble une centaine d'acteurs et près de 300 actions. Vous avez participé largement à cet exercice.

Les six ministères représentés ici aujourd'hui, ont, en quelque sorte, anticipé sur cette démarche intégrée de l'égalité, en décidant, il y a quelques années, d'unir leur compétences et leur savoir faire pour promouvoir l'égalité dans le système éducatif.

Je tiens à cet égard à remercier Mme Belloubet Frier, rectrice de l'académie de Toulouse, pour le travail qu'elle effectue en tant que présidente du comité de pilotage de la convention et pour sa contribution à cette journée qui va permettre de rendre visible l'action interministérielle menée depuis quatre ans et de mettre au jour des pistes d'amélioration afin de définir des perspectives de travail communes.

D'ailleurs votre engagement pour l'égalité professionnelle dans la formation initiale va bien au-delà de cet objectif, car l'égalité entre les filles et les garçons dans le système éducatif représente un investissement social qui sert à la fois l'affirmation de la démocratie, fortement fondée sur la valeur du "respect d'autrui" et le développement de notre économie.

L'égalité au niveau de la formation initiale est intimement liée à la politique en faveur de l'égalité professionnelle. Le constat aujourd'hui est sans ambiguïté. Les choix d'orientation professionnelle des filles et des garçons sont encore le reflet des représentations des rôles sociaux traditionnels assignés à chacun des deux sexes.

En effet, on continue d'observer que les jeunes filles, malgré leur meilleure réussite scolaire, continuent à laisser aux garçons les filières les plus sélectives et les plus valorisantes sur le marché du travail. Les choix restrictifs des jeunes filles au niveau de la formation initiale leur ferment de nombreuses portes pour leur insertion sur le marché du travail. Les femmes se concentrent dans seulement six catégories socioprofessionnelles sur les trente et une existantes et sont également sur-représentées parmi les demandeurs d'emploi et les détenteurs d'emplois précaires.

La politique que je mène en termes d'égalité professionnelle poursuit un objectif principal : élargir le choix des possibles aux femmes en leur permettant de bénéficier d'une autonomie pleine et entière.

Mais depuis l'année 2000, date à laquelle fut signée la Convention, certains phénomènes se sont amplifiés et l'école, une fois encore, est le terrain d'interrogations multiples, comme le révèle certaines conclusions du récent Débat sur l'École, confié à Claude Thélot. Deux grandes questions ont émergé qui mériteraient peut être d'être intégrées en tant que telles dans les travaux collectifs des membres de cette Convention. Je veux parler de la mixité et de la laïcité.

Il apparaît aujourd'hui en effet que si la mixité s'est imposée à l'école, la coexistence des garçons et des filles dans une même classe ne suffit pas à créer l'égalité, car il faut modifier les représentations et faire évoluer les comportements.

Récemment la mixité s'est vue imputer une partie des dysfonctionnements de l'école échec scolaire, violences comme si le simple fait de mêler filles et garçons sur les bancs de l'école aurait dû suffire à l'établissement d'une école non sexiste et non violente.

Le rapport de Gisèle Gautier, présidente de la délégation sénatoriale aux droits des femmes et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes montre clairement qu'un faux procès est fait aujourd'hui à la mixité. Et il est important de manifester fortement son attachement au principe de mixité qui est devenu un ferment de notre vie quotidienne, aussi bien à l'école que dans la vie professionnelle et sociale.

Défendre la mixité, c'est défendre tout un projet de société où les différences sont vues comme un facteur d'enrichissement et non comme un facteur d'exclusion. C'est sur cette base que la mixité à l'école, en permettant de confronter les différences, est une condition sine qua non de l'apprentissage du respect mutuel.

Et pourtant comment ne pas souligner la réussite scolaire des filles mais aussi leur relatif échec social ? C'est bien là le cœur du paradoxe.

Comment se fabrique socialement le manque patent d'assurance des femmes même chez celles qui réussissent le mieux ? Comment créer chez les filles un sentiment d'estime de soi ? Comment se fait il que les filles semblent se laisser enrôler volontiers dans ce qu'on a appelé le "métier d'élève", en s'adaptant bien aux normes scolaires ; mais s'en trouvent fragilisées dès lors que la réussite dépend d'un affranchissement des règles du simple exercice, d'une indépendance à l'égard des jugements de l'institution et d'une affirmation de soi dans des enjeux sociaux extra scolaires ?

Citons à cet égard l'ouvrage de Sophie Ernst, La Mixité inaccomplie : "Notre société est complexe en ce qu'elle exige deux aptitudes qui ne sont pas forcément convergentes... : d'un côté du civisme et une grande intelligence de l'adaptation circonstanciée à la norme, de l'autre, une forte affirmation de soi comme ayant un projet personnel autonome et des aspirations originales. Or, tout se passe comme si la résultante de tout notre système d'éducation - parents, médias, école, groupe de pairs -, assignait de préférence l'une ou l'autre de ces polarités à l'un ou l'autre sexe, au lieu de les faire coexister, certes en tension, mais en tension créative chez chacun. Aux garçons, l'affirmation du moi et la capacité à affronter le défi et la compétition, aux filles le respect des normes et l'attention à autrui dans les pratiques de solidarité et d'assistance". Sans doute faut il davantage accompagner la mixité et je souhaiterais évoquer devant vous quelques pistes d'action qui me semblent importantes.

Un sujet me préoccupe particulièrement : c'est celui du risque de fossé numérique entre les femmes et les hommes. Je considère qu'aujourd'hui, la maîtrise des Technologies de l'information et de la communication (TIC) est aussi déterminante pour l'autonomie des femmes que le permis de conduire, il y a 40 ans. Et la faible présence des jeunes filles dans les filières de formation menant aux secteurs des TIC est un signal d'alarme auquel nous devons répondre de façon urgente. À titre d'exemple, les jeunes filles ne représentent que 13, 5% des étudiants en DUT informatique.

Il nous faut, à l'exemple du Plan national d'action pour l'emploi, nous fixer des objectifs de progression quant à la part des jeunes filles dans les filières scientifiques et techniques avec un accent particulier mis sur les TIC et sur le public spécifique des jeunes filles des quartiers urbains sensibles.

Par ailleurs, il convient d'élargir les actions de sensibilisation des acteurs. Ainsi, une partie des Instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM) ont mis en place des modules de formation sur l'égalité des chances. Sachant que les enseignants, hommes et femmes, contribuent, de manière inconsciente à la reproduction des stéréotypes sexistes et des schémas sociaux traditionnels, ce n'est pas une partie mais l'ensemble des futurs enseignants qui doit être formé à la gestion de la mixité et à l'égalité, si l'on veut qu'émerge enfin une pédagogie non sexiste.

Dans le même esprit de cohérence et d'efficacité, je souligne l'importance du système de classes passerelles. L'action que nous menons en termes de diversification des choix d'orientation des jeunes filles vers les filières scientifiques et techniques n'a de sens que si nous donnons une solution à celles qui se sont orientées initialement vers d'autres filières afin de nous aider à modifier leur parcours.

Enfin, l'élargissement des partenariats me semble indispensable pour que tous les acteurs agissant sur le système éducatif soient parties prenantes de l'action et lui donnent toute l'ampleur nécessaire.

Je pense en premier lieu aux branches professionnelles qui se sont engagées dans l'accord national interprofessionnel du 1er mars 2004 relatif à la mixité et à l'égalité professionnelle, à développer la communication sur l'image et la représentation sociale des métiers. Je rappelle que cet accord a été signé par tous les partenaires sociaux le 7 avril dernier. Dans ce cadre, il pourrait donc être proposé aux partenaires sociaux de s'associer à un groupe de travail composé à parité de représentants des six ministères signataires de la convention qui serait chargé de mettre en place un programme de communication.

Sur la question des manuels scolaires, j'aimerais également qu'un travail soit effectué en association avec les éditeurs, afin de développer une sorte d'autodiscipline des professionnels, à l'instar de ce qui a été fait dans le domaine de la publicité. Il s'agit que les modèles d'identification proposés aux filles dans les manuels scolaires soient en phase avec l'évolution du statut de la femme dans la société actuelle.

Enfin, perpétuant le travail mené avec les représentants des collectivités locales dans le cadre de la "Charte de l'égalité", je compte sensibiliser l'ensemble des maires de France dans le cadre d'un nouveau projet en faveur de l'égalité entre les filles et les garçons dans la vie municipale. Il s'agirait, à l'initiative des maires, de mobiliser des jeunes pour élaborer conjointement cette Charte, adaptée au contexte de la commune et privilégiant les thèmes les plus proches de la vie quotidienne de ces jeunes. Avec l'accord du maire, elle serait ensuite soumise au vote du Conseil municipal et donnerait lieu à un plan d'action civique. Au delà de la sensibilisation à l'égalité, cette action permettrait de montrer aux jeunes l'intérêt et la finalité de leur engagement citoyen et de leur participation à la vie politique locale.

Je souhaiterais en conclusion évoquer l'importance de la question de l'égalité professionnelle au sein même de mon action.

Depuis deux ans maintenant, j'ai délibérément incité les entreprises à s'investir dans une démarche vers l'égalité professionnelle. C'est pourquoi j'ai créé le "label égalité" destiné à valoriser les entreprises qui consacrent l'égalité professionnelle comme une de leurs préoccupations majeures.

J'ai aussi prévu de mettre à la disposition des entreprises un répertoire des bonnes pratiques en matière d'égalité professionnelle afin de mutualiser les expériences réussies. Ainsi, les femmes pourront prendre leur pleine mesure à tous les postes et fonctions que leur offriront ces entreprises modernes.

Dans le même esprit de valorisation des compétences des femmes, j'ai décidé de poursuivre deux autres priorités : la réforme du statut de conjoint collaborateur et la promotion de la Validation des acquis de l'expérience (et même l'expérience de la gestion des responsabilités parentales) qui sont également deux outils indispensables pour décloisonner le champ des possibles qui s'ouvrent aux femmes.

Plus largement, et cela a été l'objet d'une communication en conseil des ministres le 7 juin 2004, je souhaite faire prendre conscience que la maternité n'est pas un handicap pour la carrière. L'action à mener doit tendre vers un but : faire de l'égalité une réalité quotidienne et non plus seulement un droit consacré. C'est le message du ministère dont j'ai la charge. En promouvant, comme vous le faites, l'égalité des sexes dans le cadre de l'école mixte, il s'agit plus largement de transformer la société dans son ensemble ; voilà il me semble notre ambition commune.


Jean-Paul de Gaudemar, directeur de l'enseignement scolaire

Merci beaucoup, Madame la Ministre, pour les encouragements et les messages, que vous venez d'exprimer. Il me revient de prolonger ces propos d'ouverture ; avant tout, je souhaite vous transmettre tous les regrets du ministre François Fillon, de ne pas être parmi nous ce matin pour ouvrir ce colloque. Je me permettrai donc en son nom, d'évoquer les enjeux du colloque qui nous réunit.

Vingt ans après la première convention sur l'égalité filles/garçons à l'école

Tout d'abord, cette manifestation se tient à un moment très opportun. En effet, il y a vingt ans exactement que la première convention, entre ce qui fut la première forme du ministère dont vous avez la charge aujourd'hui et le ministère de l'Éducation nationale fut signée. Il est intéressant de réfléchir ensemble à ce qui s'est passé, d'observer que nombre d'événements se sont déroulés, même si notre programme de travail reste, à bien des égards encore très chargé.

Mais, le colloque que nous ouvrons se situe opportunément au regard de la convention du 25 février 2000 : aux deux tiers du parcours, quatre ans après sa signature ; je rappelle qu'au départ elle engageait trois départements ministériels et que trois les ont rejoints en 2002, la convention fut prolongée jusqu'en 2006. Le programme de travail qu'il nous a été donné d'accomplir, se doit d'être expertisé, à ce moment particulier de notre travail collectif. D'autant que, et Madame la Ministre vient de le rappeler, nous avons assisté, peut-être plus particulièrement cette année, à un débat relativement récurrent sur la mixité ; pas simplement sous un angle technique, mais plus substantiellement sous l'angle des valeurs qu'elle porte. Vous avez évoqué les perspectives d'action de votre ministère en ce domaine ; des actions fortes ont déjà été menées à bien ; elles ne concernent pas uniquement l'école, mais sont porteuses de réflexions au sein du système éducatif.

Le moment est donc venu d'évaluer les actions et par là même de décider des infléchissements à apporter. Je rappelle les principaux objectifs : une meilleure orientation, le respect mutuel entre filles et garçons et plus généralement la promotion de l'égalité des chances.

Nous avons, à travers cela, quelques cibles parfaitement en phase avec les vôtres, en particulier, l'accès des filles aux filières scientifiques et technologiques. La question se pose en termes différents, selon que l'on considère l'enseignement scolaire, celui dont j'ai la charge, ou l'enseignement supérieur. Mais, dans les deux cas, elle se pose avec force ; c'est un objectif extrêmement important de notre programme. Nous travaillons aussi sur la citoyenneté paritaire et sur la vie scolaire, notamment en matière de prévention des violences. Nous savons en effet, à quel point les filles sont à bien des égards plus victimes que les autres des violences quotidiennes.

Nous disposons de plusieurs leviers d'action, celui de l'orientation, celui du contenu des enseignements mais aussi celui de la vie scolaire et de l'aide à l'insertion. Vous avez évoqué, Madame la Ministre, votre programme vis-à-vis des entreprises. Combien de fois voit-on échouer des actions énergiques en matière d'orientation, non pas pendant la formation des élèves, mais par la suite au moment de l'insertion dans le monde du travail. Ce qui ne peut que conforter notre volonté d'agir ensemble vers plus d'égalité entre les filles et les garçons.

Je voudrais revenir un instant sur la question de l'accès des filles aux filières scientifiques et technologiques. Elle prend une acuité plus grande aujourd'hui, non seulement sous l'angle de la mixité et de l'égalité, mais également parce que notre pays a un problème de déficit global dans les secteurs scientifiques et technologiques. Le décrochage après le baccalauréat de nos étudiants, filles et garçons, est très préoccupant. Il y a tout lieu de penser, de ce point de vue, que le travail en faveur de l'égalité est aussi un travail, plus généralement, en faveur du développement scientifique et technologique de notre pays.

J'ai souvent coutume de dire, que dans ce domaine, c'est peut-être du côté des filles que se situent les vraies réserves de progrès. Cela est vrai dans l'enseignement secondaire, c'est encore plus vrai dans l'enseignement supérieur. La question se pose de la même manière à l'échelle européenne et de ce point de vue, l'Union européenne nous incite à agir pour accroître le potentiel scientifique et technologique de l'Europe. L'égalité entre les filles et les garçons, dans l'accès aux filières scientifiques, fait partie des grands objectifs stratégiques qu'elle s'est donnée, que ce soit dans la foulée du sommet de Lisbonne ou de celui de Copenhague. Des objectifs et indicateurs de progrès ont été définis en ce sens.

Je voudrais également revenir sur les premiers résultats d'une enquête concernant la violence en milieu scolaire, qui a porté sur l'année 2003 et dont les résultats peuvent être comparés à une enquête similaire conduite en 1993. Si nous observons certaines évolutions positives, cependant apparaît une croissance nette des violences sexuelles à l'école et autour de l'école, essentiellement faites aux filles. Nous avons donc là pour ne citer que quelques exemples, de quoi alimenter non seulement une conviction ancienne, partagée par tous les partenaires rassemblés autour de ce programme de travail, mais aussi, une conviction nouvelle de la nécessité de notre action.

La composition de la salle aujourd'hui en témoigne par la très grande diversité des participants, notre volonté de partenariat a été couronnée de succès au fil du temps. Il est intéressant aussi de constater des évolutions assez marquées, dans le champ même de notre action, focalisée sur l'enseignement secondaire, pour des raisons qui pouvaient paraître assez évidentes ; elle porte aujourd'hui sur l'ensemble de la chaîne du système éducatif. Depuis l'école primaire jusqu'à l'enseignement supérieur et la recherche. L'école primaire, en particulier, est à nos yeux un niveau extrêmement important parce qu'on sait à quel point c'est un moment essentiel où se forge, la culture de base de nos élèves, pas seulement les apprentissages fondamentaux mais aussi un certain nombre d'apprentissages, tel celui du "vivre ensemble" qui est au cœur des programmes de l'école. Dans le "vivre ensemble", il y a vivre ensemble l'égalité. Et plus, petits garçons et petites filles sont élevés dans cette culture, plus ceci facilite les choses ultérieurement, notamment à ces moments toujours délicats du collège, de l'adolescence où tout se dérègle, y compris dans les valeurs que l'on croit acquises au terme de l'école primaire.

Agir pour les filles, c'est aussi agir pour les garçons

De même, il est intéressant à mes yeux de constater à quel point des actions qui furent pendant longtemps consacrées uniquement aux filles, sont devenues des actions volontairement englobantes, dans la mesure où l'on comprend sans doute mieux à quel point agir pour les filles suppose bien souvent que l'on agisse de manière à concerner à la fois filles et garçons. Dans l'ensemble des actions que nous conduisons, il faut avoir en permanence la préoccupation de l'égalité filles/garçons, faire en sorte que cette préoccupation de l'égalité et de la mixité pénètre ou traverse l'ensemble de la politique éducative. Cela n'est jamais facile parce qu'il y a toujours le risque qu'en chemin on l'oublie, cette préoccupation au profit d'autres priorités, mais je crois que c'est la manière la plus efficace. Ce que vous avez dit, Madame la Ministre, ne peut que nous encourager à aller dans ce sens et je pense que l'on pourrait donner de multiples exemples, du travail en réseau qui s'est développé ces dernières années notamment dans le domaine de l'orientation.

Enfin, la dernière remarque, pour conclure et c'est peut-être là le point essentiel à mes yeux, là aussi dans une grande communauté d'esprit avec ce que vous avez dit en évoquant la nécessité de parvenir à une culture de l'égalité : la mixité n'est qu'une condition nécessaire de l'égalité, mais certainement pas la condition suffisante. Par là même, malgré une mixité en définitive assez solidement établie dans notre système éducatif, l'égalité doit rester un combat permanent.

Un ascenseur social qui fonctionne bien du point de vue de l'égalité des genres

Parmi les succès enregistrés, il y en a un que je souhaite évoquer. On dit beaucoup que le système éducatif a échoué dans certains aspects de sa démocratisation, ces vingt ou trente dernières années et que l'ascenseur social ne fonctionne plus tout à fait comme il devrait. On pense souvent en disant cela davantage à une représentation de notre société en terme de groupes sociaux, au sens classique de ce terme, à travers les catégories sociaux professionnelles par exemple. Mais, ce qu'il est intéressant de noter et peu souvent dit, c'est à quel point, du point de vue de l'égalité filles-garçons, le progrès enregistré depuis 20 ans dans le système éducatif est considérable. Et là, je ne peux pas m'empêcher d'y voir un aspect tout à fait essentiel de la démocratisation du système éducatif. Les deux tiers de la progression des effectifs étudiants sont dus à la pénétration massive de jeunes filles dans l'enseignement supérieur. Il en est de même dans l'enseignement secondaire, les chiffres sont très nettement en faveur des filles, y compris les résultats scolaires. Comme chacun sait, ce sont les filles qui réussissent bien davantage que les garçons, comme si au fond elles saisissaient bien mieux la chance offerte par l'école.

C'est un aspect très intéressant à approfondir. Pour autant, bien des problèmes demeurent non plus en terme d'accès, non plus tellement en terme de réussite mais, comme tout le monde le sait ici, en terme de parcours, ce que l'on appelle la "sexuation des filières". C'est là que le travail reste à faire. Mais il reste à faire aussi en matière d'insertion professionnelle. Je le disais toute à l'heure, j'y reviens, les études récentes du Centre d'études et de recherche sur les emplois et qualifications (CEREQ), par exemple à propos de la "génération 98" sont malheureusement sans appel. Parmi les jeunes gens qui sont en sous-emploi chronique quelques années après la fin de leurs études, les deux tiers sont des filles.

Voila donc des sujets de progrès tout à fait essentiels qui doivent organiser notre travail.

La mixité au cœur de la laïcité

Enfin, je souhaite aborder ici la question de la laïcité. Ce n'est pas simplement une question liée à la séparation de l'Église et de l'État ou à la séparation de l'école publique et de l'Église. Dans laïcité, il y a l'étymologie du laos, du peuple : l'école laïque, c'est l'école pour tous, pour tous les enfants d'où qu'ils viennent, et quel que soit leur genre. De ce point de vue, la laïcité inclut les problèmes de mixité sociale, culturelle et des genres. Il y a pour moi, une harmonie complète dans ce combat pour la laïcité renouvelée aujourd'hui et l'affirmation de l'égalité des filles et des garçons.

Je vous souhaite un bon travail durant cette journée.

Mis à jour le 15 avril 2011
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