Séminaire «Mise en œuvre pédagogique du nouveau programme d'enseignement des langues vivantes dans la voie professionnelle»

Clôture des travaux

Daniel Charbonnier, inspecteur général

Chères collègues et chers collègues,

Merci à nos huit collègues qui viennent de rendre compte des échanges qui ont eu lieu dans chacun des quatre ateliers. Merci également aux quatre collègues inspecteurs qui sont intervenus dans ces ateliers pour présenter certains des travaux réalisés dans leurs académies.

Je vous propose, à l'issue de cette journée de réflexion, de garder à l'esprit certains des mots-clés ou expressions qui sont le plus fréquemment revenus dans vos débats. C'est probablement autour de ces termes et concepts que continuera à s'organiser votre action en faveur de la mise en œuvre pédagogique du nouveau programme d'enseignement des langues vivantes dans la voie professionnelle.

Tâche finale ou scénario ?

Il a tout d'abord beaucoup été question - "approche actionnelle" oblige - du terme de tâche. À des degrés divers, les participants de chacun des quatre ateliers se sont interrogés sur la terminologie employée aujourd'hui. Dans un atelier, en particulier, on semble s'être inquiété de l'éventuelle introduction (ou irruption ? ) dans le lexique didactique de notre discipline du terme de "scénario", qui viendrait soudain concurrencer ceux, liés, de "tâche élémentaire" et "tâche finale". Je tiens à redire que, dans ce qu'il a offert aujourd'hui à votre réflexion critique, le groupe d'experts auteur du nouveau programme, n'a aucunement souhaité faire œuvre de prescription.

Ce matin, lors de leur présentation générale du nouveau programme, Brigitte Tahhan et Marc Lewin ont insisté sur le caractère indicatif, non prescriptif, non limitatif, etc. des listes d'éléments qui figurent dans les divers tableaux composant ce programme. Un des avantages de cette "méta-référence" que constitue désormais le CECRL pour la discipline langues vivantes dans notre système d'enseignement nous paraît précisément se situer là : les objectifs visés, attendus et exigés disposent, grâce aux niveaux du Cadre et grâce aux descripteurs qui définissent ces niveaux, d'une échelle d'étalonnage claire et lisible par tous (professeurs et élèves, formateurs et "formés", usagers, partenaires extérieurs, institution, etc.). C'est sur la base de cette échelle et de ses repères que le professeur de langues vivantes peut et doit exercer sa liberté pédagogique dans le choix et la conception des activités qu'il propose à ses élèves.

Si, pour les propositions de mise en œuvre qu'il vous a présentées aujourd'hui, le groupe d'experts a retenu le terme et le concept de "scénario", c'est essentiellement pour mettre l'accent sur la nécessité de lier les activités entre elles, le risque - déjà constaté ici ou là - étant que ces activités soient simplement juxtaposées. Autre risque, peut-être : celui d'un recoupement entre la tâche dite finale et un produit (ou une production) final(e) qui deviendrait seul objet évaluable et évalué. Parler de "scénario" (ou, plus généralement, de "projet") permet peut-être, tout en conservant aux tâches réalisées aux élèves leur caractère central, de mieux percevoir l'importance des éléments de construction suivants : la répartition des rôles entre les acteurs ; la nature et le sens de la contribution apportée par chacun de ces rôles ; l'enchaînement, le rythme, la durée des différentes "scènes".

Et la progression linguistique ?

Cette question est elle aussi fréquemment revenue dans vos débats, tout aussi fréquemment qu'elle revient dans les sessions de formation que vous animez ou auxquelles vous participez dans vos académies.

Si la réponse, là aussi, lui paraît résider dans les progressions - compétence par compétence - d'un niveau à l'autre du CECRL, le groupe d'experts tient à redire qu'il n'est selon lui aucunement question de considérer et d'espérer qu'il suffira de "faire faire" pour que l'élève apprenne et sache. L'entraînement, les exercices linguistiques, les manipulations, les répétitions, le travail de mémorisation, l'observation raisonnée et contrastive des mécanismes et des faits de langue, les lectures et recherches personnelles effectuées par les élèves, etc., tout cela reste bien évidemment nécessaire et indispensable.

On se contentera ici de rappeler une double évidence :

  • Ces divers travaux et activités "linguistiques" doivent être mis au service des tâches que les élèves réalisent et, ainsi, prendre (... enfin ? ) tout leur sens dans le contexte du "scénario actionnel" qui leur est proposé.
  • Le lieu et le temps d'exécution de ce "travail linguistique" ne saurait bien sûr se limiter à la salle de classe, ce qui pose toute la question et tout le problème, particulièrement en lycée professionnel, du travail personnel de l'élève.

Et l'évaluation ?

Le troisième et dernier point qui, très naturellement, a été au cœur de vos discussions est celui de l'évaluation et plus particulièrement celui de la certification/validation des acquis des élèves.

Sur ce point, je ne peux que redire ce que j'ai dit maintes fois en d'autres circonstances : dans le même temps qu'il élaborait le nouveau programme, le groupe d'experts a réfléchi - là aussi, CECRL oblige - aux modalités de cette certification/validation. Ses propositions en ce domaine ont été transmises à la DGESCO dès le printemps de 2008. Ces propositions reposent sur une combinaison, selon les activités langagières et selon les moments du nouveau cycle de référence en trois ans, de validation en contrôle continu et d'épreuves en CCF, ainsi que sur le maintien d'une épreuve ponctuelle finale au baccalauréat professionnel. Les arbitrages attendus ne devraient maintenant pas tarder. Dans cette attente, je suis tenté de reprendre une image à laquelle j'ai déjà eu recours : le train du nouveau programme est à quai mais il attend sa motrice. Nous mesurons tous ici à quel point, dans le chantier qui nous occupe et nous réunit, cette question des modalités de la certification est cruciale : en effet, comment ne pas rappeler à cet égard que les deux objectifs majeurs de la rénovation de la voie professionnelle sont la réduction des sorties sans qualification et l'élévation du niveau de qualification ?

Mis à jour le 15 avril 2011
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