Journées d'échanges autour des espaces numériques de travail

Atelier 1 : Convergence des projets ENT : réforme territoriale et continuité pédagogique

Les quatre cas abordés au cours de cet atelier permettent d'explorer les pistes envisagées par les acteurs des collectivités et académiques pour faire face à ces enjeux.

Intervenants :

  • Pascal Faure, DAN de l'académie Nancy-Metz ;
  • Félix Le Bovic, responsable de la mission transverse du système d'information, ville de Paris ;
  • Michel Kermagoret, directeur des Opérations Conseil, Klee Group ;
  • Fabrice Lemoine, DAN adjoint de l'académie de Versailles ;
  • Emmanuel Pret, chargé de mission Lycée Numérique, région Nouvelle Aquitaine.

Animateur : Serge Pouts-Lajus, pour le compte du ministère

La question de l'interopérabilité des ENT se pose aujourd'hui de façon de plus en plus prégnante. D'une part la réforme territoriale, via la fusion des régions, entraîne la coexistence sur un même territoire de solutions ENT différentes. D'autre part, les exigences en matière de continuité pédagogique notamment avec le renforcement du cycle de consolidation, le cycle 3 reliant désormais les deux dernières années de l'école primaire et la première année du collège, font peser un impératif d'interopérabilité sur les solutions.
La capacité des ENT à « coopérer » en termes d'échanges d'informations et d'interactions est donc devenue indispensable. Face à des solutions diverses et, pour beaucoup, techniquement disparates, comment garantit-on l'interopérabilité des ENT ?

Nouvelle-Aquitaine, une nouvelle région face à la convergence des solutions ENT

La Nouvelle-Aquitaine, plus grande région de France en termes de superficie, réunissant trois académies, douze départements et 286 lycées, est aujourd'hui confrontée à ces questions. Dans le cadre de sa politique « lycée numérique et connecté », la région engage des actions en faveur du très haut débit (THD) en investissant dans la généralisation de la fibre optique pour tous les EPLE ; le débit minimal est de 10 Mbps mais actuellement c'est le 20 Mbps qui se généralise et 40 Mbps pour les plus gros établissements. Depuis le 1er janvier 2016, un travail d'uniformisation des procédures d'achats et de maintenance est mené pour faire converger les pratiques des trois anciennes collectivités. Au-delà, c'est la politique éducative dans son ensemble qui fait l'objet d'un travail d'harmonisation : des dispositifs d'aide aux devoirs, de lutte contre le décrochage scolaire ou encore d'aide à l'acquisition de manuels scolaires sont également pilotés par la Région.

La question des ENT s'est posée de la façon suivante : deux solutions ENT étaient déployées sur le territoire de la Nouvelle-Aquitaine, héritage de l'ex-Aquitaine dotée de l'ENT LéA et de l'ex-Poitou-Charentes qui avait déployé l'ENT LOL. L'ancienne région Limousin ayant abandonné l'ENT Elie, il a été décidé en juin 2016 d'étendre la solution LéA sur ce territoire. En novembre 2016, son déploiement est en cours de finalisation. Réalisé en quelques mois, il a été notamment facilité par l'authentification via les guichets académiques. Pour un territoire aussi grand, le choix d'un ENT a dû prendre en compte de nombreux critères : la complétude de l'ENT en termes de fonctionnalités, l'historique des trois académies, l'adaptabilité de la solution aux lycées agricoles, sa pérennité et son coût. Emmanuel Pret souligne la complexité liée au fonctionnement des ENT qui fait intervenir différents niveaux de responsabilités entre établissements, académies et Région et appelle à une simplification de ce schéma pour faciliter la vie des établissements et des utilisateurs finaux.

Paris, une ville-département et son projet d'ENT écoles-collèges

En tant que ville et département ayant la responsabilité des écoles et des collèges, la mairie de Paris s'est engagée dans une démarche d'expérimentation d'un ENT commun pour les premier et second degrés. Depuis 2012, les collèges parisiens bénéficiaient de l'ENT Paris classe numérique (PCN). Basé sur une solution open source, PCN répondait à la fois à la volonté de mutualiser les travaux réalisés par les autres collectivités et à l'engagement fort de la mairie de Paris dans le logiciel libre. Bien que créée à partir des meilleures briques du libre (Zimbra, Alfresco, Liferay, etc.), la solution s'est avérée peu satisfaisante. Les outils assemblés n'étaient pas interopérables compte tenu du fait que chacun disposait de son propre référentiel et de sa propre ergonomie.

Malgré ces difficultés, la collectivité a poursuivi sa réflexion pour converger en organisant des ateliers techniques pour définir l'architecture idéale, en réalisant une étude comparative des solutions libres, un audit technique, des tests de montée en charge et des essais de développement. La réflexion sur l'Open ENT de nouvelle génération (Open ENT-NG) a conduit à retenir les objectifs suivants : noyau minimaliste évolutif, solution simple et intuitive, centralisation de la gestion des droits, tissage applicatif entre les différents services, logique de partage généralisé et logique « réseau » facilitant les communautés inter-établissements. Félix Le Bovic présente l'ENT-NG comme une forme de réseau social éducatif.

La mairie de Paris a ensuite poursuivi sa réflexion en décidant d'étendre l'Open ENT-NG sur le premier degré répondant à une forte demande de la maîtrise d'ouvrage pour avancer sur des usages et partages concrets entre le premier degré et le second degré. Le choix a été fait d'utiliser le même noyau pour les deux niveaux de scolarité tout en laissant la possibilité d'adapter l'ergonomie en fonction de l'âge. L'expérimentation a ainsi été lancée en 2016 sur trois collèges et quatre écoles. Pour le cycle 3 par exemple, il est possible de proposer aux élèves des écoles et des collèges des applications communes tout en permettant une différenciation avec des applications propres. La souplesse de l'outil permet de faire évoluer les environnements et de les adapter aux besoins des enseignants, des élèves et de toute la communauté éducative.

Académie de Nancy-Metz, une solution ENT commune pour les collèges et les lycées, condition pour une vraie continuité pédagogique ?

Dans le cadre de la fusion des anciennes régions d'Alsace, de Champagne-Ardenne et de Lorraine au sein de la région Grand-Est, la nouvelle Région entreprend aujourd'hui sa réflexion pour faire évoluer le groupement de commandes pour PLACE (Plateforme Lorraine d'Accessibilité et de Communication pour l'Éducation), l'ENT déployé depuis 2012 sur l'ex région Lorraine.

L'ancienne région Lorraine avait en effet lancé un groupement de commandes sur le périmètre ENT fédérant la Région, l'académie de Nancy-Metz et les quatre départements lorrains. À la suite d'un appel d'offres unique, la solution de l'éditeur ITOP a été retenue et bénéficie à 250 000 usagers. Le rectorat de Nancy-Metz a fait le choix d'un ENT unique pour les collèges et les lycées d'une part pour faciliter la vie des usagers  (à savoir les enseignants exerçant dans plusieurs établissements, les familles avec plusieurs enfants, les personnels qui mutent ou encore les élèves poursuivant leur scolarité) et d'autre part pour mutualiser les coûts, l'assistance et les évolutions. Le rectorat n'avait pas pu étendre l'ENT sur le premier degré compte tenu des partenaires multiples que cela aurait impliqué (plus de 1000 communes).

Après bientôt cinq ans de déploiement, l'ENT PLACE présente aujourd'hui encore des difficultés. Il n'existe pas de continuité des comptes entre la 3e et la seconde. L'outil de vie scolaire pour les lycées est financé par les établissements et non par la Région. Le projet de service de gestion documentaire n'a pas abouti.
Enfin, l'élargissement du périmètre d'action de la nouvelle Région nécessite un effort d'harmonisation à l'échelle des trois anciennes Régions. Toutefois, le point de départ est plutôt favorable : dans l'ancienne région Alsace, la solution de l'éditeur ITOP est déployée dans les collèges et lycées par achat du service complet via un groupement de commandes ; en ex-Champagne-Ardenne, la solution de l'éditeur ITOP est déployée dans les lycées et les collèges de Marne, la solution de l'éditeur Itslearning en Haute-Marne et Envole dans les Ardennes et dans l'Aube.

La création de la nouvelle Région entraîne la reconstruction d'un groupement de commandes avec les départements volontaires en envisageant éventuellement un périmètre fonctionnel plus large (en débat sur les matériels, l'assistance, etc.). Pascal Faure souligne la volonté forte de tous les acteurs d'aller vers une solution de continuité la plus large possible. Pour combler les faiblesses actuelles du projet PLACE, les réflexions se poursuivent sur de nombreuses thématiques :

  • l'authentification des usagers et la continuité des comptes collèges/lycées ;
  • une ergonomie à l'image de notre temps ;
  • une assistance plus efficace en particulier pour les personnels de direction ;
  • des services de création de parcours pédagogiques pour les enseignants et les élèves ;
  • une position du cahier de textes de la classe au centre des échanges pédagogiques, des services collaboratifs et des ressources ;
  • l'intégration du Gestionnaire d'accès aux ressources (GAR) ;
  • la continuité école/collège et lycée/université.

Académie de Versailles, une académie confrontée à la multiplicité des solutions en place sur son territoire

Avec 1 100 000 élèves, soit 9% de l'effectif national, l'académie de Versailles doit faire face à une complexité particulière en matière de solutions ENT. Ses lycées étant gérés par la région Île-de-France et ses collèges par quatre départements, cinq projets ENT coexistent sur l'académie avec trois solutions distinctes : la solution de l'éditeur ITOP pour les Hauts-de-Seine, le Val-d'Oise et les Yvelines, la solution Open ENT-NG pour l'Essonne et la solution Open-ENT pour la Région. Sur le premier degré, on dénombre peu de projets portés par les communes, en revanche sur l'académie tous les environnements ENT sont représentés par des projets d'écoles. La grande diversité de solutions implique une grande complexité dans l'accompagnement par les services académiques.

Aujourd'hui, l'académie de Versailles s'interroge sur la continuité école/collège/lycée. Sous quelle forme proposer cette continuité ? Avec quelles ressources, quels contenus et quels services ? En l'état, la solution imaginée par l'académie consiste à proposer des services tiers communs à l'ensemble des projets afin de garantir la continuité des parcours pédagogiques. La plateforme académique d'e-éducation, ELEA est conçue de la façon suivante : une instance Moodle est proposée pour chacun des 24 bassins d'éducation de l'académie ; chacun de ces 24 environnements est connecté à l'ENT des écoles/collèges/lycées associés ; ces instances Moodle sont chapeautées par une instance académique qui permet l'échange entre les établissements des différents bassins. L'académie réfléchit aussi à proposer des services collaboratifs dans le cadre du cycle 3 mais les expérimentations inter degrés conduites actuellement sont soumises à deux conditions techniques : non seulement les solutions doivent avoir le même éditeur mais elles doivent aussi disposer de la même infrastructure d'hébergement.

Témoignage d'un observateur-expert

En conclusion, Michel Kermagoret souligne les deux principaux enjeux de l'interopérabilité : l'enjeu d'efficacité pour les acteurs et l'enjeu structurel d'évolution de la place de l'ENT dans l'établissement. Initialement limité à faire entrer l'informatique dans l'établissement, aujourd'hui l'ENT est envisagé comme un véritable outil de formation et d'accompagnement aux usages numériques. En tant que plateforme de services, l'interopérabilité est le grand questionnement des prochaines années et doit faciliter la vie de l'élève sur des services existants et à venir.

Temps d'échange entre les intervenants et l'auditoire

Comment prévoir l'interopérabilité sur les territoires entre solutions différentes ? L'extension de l'approche du GAR ne pourrait-elle pas être la solution ? En effet, les ENT mettent à disposition des outils de création de parcours pédagogiques. Les technologies du GAR pourraient permettre à un utilisateur d'un autre ENT d'accéder à ces parcours pédagogiques.

Réponses des intervenants :

  • Il ne faut pas oublier que les services numériques éducatifs doivent être au service des usagers et ne pas perdre le sens de nos actions à cause de problèmes techniques et juridiques. À force de dysfonctionnements et complexification, il existe un risque que les utilisateurs aillent vers la concurrence marchande. L'interopérabilité doit particulièrement concerner la production de contenus. Comment un usager récupère une carte mentale, une frise chronologique, etc. Il manque dans le SDET l'aspect « format de données » qui permettrait de passer un contenu d'un ENT à un autre.
  • Il ne faut pas non plus idéaliser la mutualisation des contenus entre enseignants : avant tout, l'enseignant cherche à mettre ses contenus pédagogiques à disposition de ses élèves. De plus on se heurte très souvent à des problèmes de droits d'usages des contenus assemblés lors d'une publication sur internet.
  • L'idée d'étendre le projet GAR vers l'ENT est séduisante mais il ne faut pas créer davantage de complexité où l'ENT ne serait qu'un portail et tout le reste serait géré par des services tiers.

Face à la problématique d'archipel de la Guadeloupe très complexe, les 2 collectivités sont difficiles à coordonner. Toutefois, on sent une certaine appétence pour optimiser les moyens, rationaliser et développer des structures de type groupements de commandes. La volonté d'aboutir à une forme de convergence existe mais les éditeurs semblent frileux dès qu'on aborde cette question. Que penser de ce manque de confiance de la part des éditeurs ?

Réponses des intervenants :

Là où l'académie voit de la convergence, les éditeurs voient de la concurrence. Le levier pour résoudre ce problème des relations avec les entreprises pourrait relever de la responsabilité du ministère qui devrait intégrer l'exigence d'interopérabilité/convergence dans le SDET.

Chaque projet a son écosystème différent. Les autorités académiques et les collectivités font en sorte d'avancer ensemble pour permettre de créer de la convergence sur le territoire.

Quelle a été la démarche pour déployer PLACE sur le 1er degré et le 2nd degré ? Avez-vous eu recours à des groupes utilisateurs ?

Réponses des intervenants :

  • Lorsqu'il y avait 11 sites dans le premier projet PRISME, c'était facile de réunir des groupes d'utilisateurs sur des thématiques. Avec l'augmentation massive des déploiements, un club d'utilisateurs en ligne dans l'ENT a été créé pour que les usagers puissent se prononcer sur ce qui convenait ou ne convenait pas. Cela n'a pas fonctionné. Le concept du retour d'utilisateurs en ligne a du sens lorsque l'on a une question et une réponse à apporter sur un point précis, en identifiant la bonne personne à interroger.

Certains éditeurs indiquent parfois ne rien inscrire dans leurs propositions concernant la réversibilité car cela risquerait de les pénaliser par rapport à la concurrence. Dans le SDET, le texte dit que la solution doit assurer la réversibilité : cela fonctionne-t-il ? Est-ce suffisant ? Que devrait préciser le SDET sur cette question ?

Réponses des intervenants :

  • Mettre une clause de réversibilité dans un marché est indispensable. Il serait impensable de ne pas la prévoir pour un marché de raccordement internet des lycées par exemple. La réversibilité se prévoit budgétairement et est incluse dès le départ dans l'évaluation des dossiers des soumissionnaires.
  • Il est nécessaire d'insérer une clause de réversibilité. En revanche, il faut être précis sur ce que l'on décide de rendre réversible. Le SDET devrait définir le minimum de ce qui doit apparaître dans les clauses de réversibilité. De toute façon, le fait que les migrations aient lieu pendant l'été rend les choses suffisamment compliquées pour ne pas surcharger le travail sur la réversibilité en reprenant des données trop volumineuses.
  • Concernant le choix des données réversibles, certains aspects de la vie scolaire doivent nécessairement figurer parmi les données réversibles.
  • Lors de la rédaction du nouveau marché, la question de la réversibilité a été très présente. Le fait de poursuivre avec un outil open source simplifiera le transfert de données. Si la migration a lieu pendant l'été, toutes les données ne seront pas récupérées. Toutefois, les outils de vie scolaire disposent de modules intégrés d'archivage.
Mis à jour le 06 décembre 2016
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